‹ Etude médico-légale sur la folieChapitre 39 sur 90 · DEGENERES. EXCENTRIQUES · texte numérisé non relu

DEGENERES. EXCENTRIQUES

quelque temps auparavant an cimetière du sud à Paris, où l'auteur de ces sacrilèges attentats était un sous-officier de l'armée chez qui rien ne dénonçait la folie, et que la justice militaire renonça à punir à la suite d'une très éloriuente et ttcs juste appréciation de son état mental présenté par M. le docteur Marchai de Calvi. J'ai trouvé un grand nombre de ces individus parmi les i^édfixaslas, et ce sont eux qui fournissent les plus frappants exemples de cette folie morale très justement nommée psijchopathie sexuelle. Mais ils peuvent commettre aussi des crimes beaucoup plus vulgaires, des vols, des abus de confiance, des escroqueries, des faux, pour lesquels il n'est pas toujours aussi facile de reconnaître et de déterminer l'influence de l'état mental de ces individus.

Un des traits sous lesquels se manifestent le plus souvent leurs dispositions morales consiste dans une sorte de persécution obstinée dirigée par eux contre telle personne qui aura eu le malheur d'être en rapport avec eux, surtout contre ceux que leur position a mis une seule fois <à même de leur être utiles. Il faut retourner ici l'expression heureuse par laquelle M. Lasègue a désigné toute une classe d'aliénés lypémaniaques atteints du délire de persécution, c'est-à-diie se croyant persécutés et î[^\)^e\ei' cq\\\-q\ àe?, aliénés persécuteurs. Ils ne se bornent pas à obséder de leurs écrits, de leurs plaintes, de leurs réclamations ince.-santes ceux à qui ils s'attachent comme à une proie; ils les poursuivent tantôt publiquement, tantôt jusque dans leur maison, eux, leur femme, leurs enfants, de suppliques répétées. Us en viennent bientôt à l'insulte et aux menaces, parfois même, quoique larement, aux voies de fait. J'aurais ici bien des exemples à citer. Je rappellerai seulement celui d'une femme qui après avoir, à force de mensonges, d'histoires romanesques inventées et soutenues pendant des années avec un luxe

d'imagination extraordinaire, sollicité et obtenu d'un vénérable curé de Paris, des secours considérables, finit, quand elle eut lassé sa charité, par tirer sur lui dans son église même, deux coups de pistolet qui ne lui firent heureusement que des blessures peu graves. Etait-il possible de dire en pareil cas que la volonté avait été inconsciente, l'impulsion irrésistible et que cette femme n'était pas responsable de sa tentative homicide. Je ne l'ai pas pensé pour ma part, et je ne le pense pas encore. Je reconnais toutefois l'impossibilité de poser dans des cas de ce genre une limite et des règles absolues pour une appréciation médico-légale toujours très délicate.

Ces êtres malfaisanls, ces persécuteurs acharnés qui dépensent en efforts stériles et pour arriver à un but chimérique cent fois plus d'inlelligence et de peine qu^il ne leur en faudrait pour suivre tranquillement la voie commune et occuper licnnètement leur place dans la société, ont une tendance martjuée à se jeter dans les intrigues et dans les bas-fonds de la politique. C est contre les hommes les plus haut placés, souvent contre le che même de l'Etat qu'ils dirigent leur persécution. Oatre^ qu'il plaît à leur vanité puérile de se do;ijier un rôle, de faire parler d'eux, d'être l'occasion de quelque scandale d'autant plus bruyant que leurs visées sont plus haut(-. ils trouvent là où les passions politiques semblent en^ igées, des dupes plus faciles et parfois des appuis fort inattendus qui ne sont, il est vrai, (jue leurs premières dupes, avant de devenir leurs complices. On n'en trouvera pas de modèle plus complet et plus frappant que ce Bucboz Hilton dont j'ai déjà cité quel({ae£ écrits et dont je donnerai plus loin l'bistoire détaillée, et qui se fit pendant quinze ans le persécuteur obstiné du roi Louis-Pliilippe .

11 est une dernière remarque très importante et très pratique à faire au sujet de ces dégénérés excentriques, c'est

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