‹ Etude médico-légale sur la folieChapitre 50 sur 90 · ALIÉNÉ PERSÉCUTEUR. 3G · texte numérisé non relu

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de suite une place dans la magistrature; il faut attendre au moins quelques mois. Mais alors il fera un riche mariage et il aura enfin la position sociale à laquelle lui donnent droit son intelligence et son talent.

On sait quelles relations mensongères il s'est attribuées avec quelques personnes haut placées, il continue à en faire l'objet de ses récits les plus habituels. 11 a été passer cet été même plusieurs semaines au château d'Angerville, chez M. Berryer et en Bourgogne, chez M. le comte de Montalemberldans la familiarité de qui il persiste à se dire, en dépit des laits récents qu'un esprit moins troublé que le sien ne devrait pas avoir oubliés. Quant à M. d'Iiaussonville, il le dénonce comme son banquier ordinaire. Bien qu'il lui doive encore huit mille francs sur les douze mille qu'il lui a prêtés, Sandon n'hésite pas à dire que M. d'IIaussonville est tout prêt à payer pour lui une pension de cinq ou six cents francs dans une maison de santé, et qu'on peut demander en son nom tout l'argent dont il aura besoin à la même personne qui s'empressera d'envoyer cinq cents francs plutôt que cent francs.

Un dernier trait achèvera de peindre et de rendre visible pour tous le désordre d'esprit du sieur Sandon. Sur une demande qu'il avait adressée au bâtonnier des avocats du barreau de Paris, l'un des secrétaires de M" Dufaure, M' Saint-Aignan, voulut bien venir le visiter récemment à Mazas. Il le prit pour un agent de police et ne le leçut qu'avec défiance et se plaignit même à nous de sa visite. Mais ce n'est pas tout, son imagination, par un revirement qui lui est familier et par suite d'un nouveau travail, lui suggéra l'idée d'attribuer à cet honorable avocat la rédaction d'une note destinée à être insérée dans V Indépendance Belge et qu'il nous présente écrite, il est vrai, de sa propre main, mais, ajoutait-il, dictée par M Saint- Aign;ui et inspirée par M" Dufaure.

Si nous avions pu douter un seul instant de la nature et de l'étendue des illusions dont la raison du sieur Sandon est le jouet et du trouble auquel elle est incessamment livrée, nous eussions vu tomber toute hésitation devant les interprétations erronées, les suggestions imaginaires, les inventions maladives dont notre mission a été l'objet de la part de celui que nous avons été chargés de visiter et d'examiner, avons-nous besoin de le dire, en médecins et au seul point de vue de la constatation de son état mental. Aucun de nous n'a été à l'abri ni de ses mensonges, ni de ses injures^ ni de ses violences; et, tous trois, nous l'avons vu tour à tour nous accabler de ses protestations d'estime et de confiance. On jugera par ce seul spécimen de la manière dont il comprenait ses rapports avec nous.

A la date du 7 novembre dernier et dans la même lettre, il priait l'un de nous de presser le dépôt de notre rapport, et sans transition il le chargeait de lui acheter un cours de langue allemande dont il lui indiquait l'auteur, l'éditeur et le prix. Il terminait celte étrange épître par la menace suivante : (( On me demande un récit de l'entrevue avec les « trois médecins. Je veux votre avis avant de le donner, c'est « M' Dufaure lui-même qui doit venir le prendre, avant « de placarder notre nom à tous les coins de la publi- « cité, suisse, belge, anglaise, allemande, italienne, euro- « péenne. Enfin j'ai dû vous en prévenir. » On retrouve dans ces dernières paroles l'expression de cette idée fixe qui domine toute la conduite et toutes les facultés de Sandon, c'est que la France et l'Europe n'ont pas de préoccupation plus grave que celle de sa propre personne et du sort qui lui sera fait.

Nous en avons dit assez pour faire comprendre et, nous osons l'espérer, pour faire toucher du doigt la réalité et la nature de la folie dont est atteint le sieur Sandon. Nous voulons cependant, pour ne rien omettre, insister encore

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Si 11' qiiel(}MCS parlicularités et nolamment sur les signes iiiiporlants que peut fournir encore l'examen de son état physique.

Xous avons parlé plus d'une fois dans le cours de ce rapport des nombreux écrits émanés du sieur Sandon qui oiif passé sous nos yeux et qui nous ont si puissamment aidés à le connaître et à le juger. Mais le nombie même et la forme de ces écrits ont une signification qu'il n'est pas permis de négliger. Sans revenir sur les prétentions d'écrivain de Sandon qui se compare à Montesquieu, et voit déjà s'ouvrir les portes de l'Institut devant un nouveau Traité de la grandeur et de la décadence delà démocratie^ suivant la prédiction que lui aurait faite M. Prévost-Paradol, nous ne voulons relever ici que celte fécondité stérile, cette manie épistolaire qui, dans toutes les positions, à Paris ou à Felletin, en prison ou en liberté, partout, toujours et à tous, reproduit chaque jour les mêmes idées, les mêmes mots sans être arrêté un seul instant par l'inutilité avérée et le constant insuccès de cette correspondance universelle. C'est là, on le sait, une des marques les plus caractéristi(jues et les plus générales de la folie. Il en est de même de ces postscriptum multipliés, de ces alinéas nombreux, de ces lignes serrées qui donnent aux écrits des aliénés un cachet si remarquable et que nous retrouvons dans toutes les lettres du sieur Sandon.

La personne du sieur Sandon n'offre pas une physionomie moins tranchée. Il a 37 ans. Sa constitution assez vigoureuse ne paraît pas notablement altérée, et cependant son visage porte l'empreinte d'une certaine souffrance intérieure, son teint est plombé, ses traits ordinairement contractés. Il porte souvent la main à la tête et s'est plaint à l'un des honorables magistrats qui l'ont visité de sentir son cerveau rongé par les rats. A nous-même, il a déclaré avoir éprouvé comme une sensation d'engourdissement et de pa-

ralysic dans uii côté Hii corps. Son extérieur est tout à (ait inculte et !a pauvreté seule n'explique pas la malproprelé et l'abandon de toute sa personne. Sa parole est ordinairement très facile et d'une prolixité qui est très commune chez certains fous et qui est le plus ordinairement l'indice de l'incohérence des idées. Ainsi jamais il ne répond directement à une question, et sur les faits les plus actuels il recommence toujours le récit de toute sa vie passée et dt s circonstances les plus étrangères à la demande qu'on lui adresse. Les principales fonctions physiques, à part qut 1ques troubles des organes digestifs, s'exercent d'une manière régulière. Le sieur Sandon a eu à différentes reprises des périodes marquées d'excitation et d'emportement qui le montraient fort capable de violences. 11 a fait plusieurs tentatives de suicide sur lesquelles il nous serait difficile de nous prononcer, faute de renseignements suffisamment précis. Mais il est certain que l'idée du suicide revient très souvent dans les discours et dans les écrits du sieur Sandon.

En résumé, de l'exposé des faits qui précèdent et de l'examen approfondi auquel nous nous sommes livrés, nous n'hésitons pas à conclure que :

1° Le sieur Léon Sandon est atteint d'aliénation mentale, caractérisée par un délire ambitieux et des idées fixes, ainsi que par une {)erversion absolue et com[)lète des facultés morales et affectives.

2" La maladie mentale du sieur Sandon a fait, depuis un au, et malgré l'étiit de liberté dans lequel il a vécu, de notables progrès; et la tendance manifeste qui existe vers la démence, ainsi que les phénomènes physiques qui se produisent du côté des centres nerveux, doivent faire considérer cette maladie comme incurable.

3° L'état du sieur Sandon est de nature à lui enlever complètement la conscience et la responsabilité de ses actc^, et le rend par cela mê'ne dangereux, non seulement pour

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lui-même, mais pour rordre public et Ui sûreté des personnes.

4° 11 y a lieu en conséquence de le placer et de le maintenir dans un asile spécialement consacré au traitement des aliénés.

Depuis que ce rapport a été rédigé, c'est-à-dire depuis plus de dix ans, celui qui en est l'objet n'a cessé d'occuper de sa personne le public, les autorités, les plus hauls représentants du pouvoir lui-même. Traité non en malade, mais en victime, persécuteur beaucoup plus que persécuté, il a réussi par vivre, non seulement en liberté, mais secouru sur les fonds secrets du ministère de l'intérieur et de la préfecture de police. Mais le mal n'en faisait pas moins des progrès et n'en suivait pas moins sa marche fatale. A la date du 24 août 1870, le sieur Léon Sandon était admis à la maison municipale de santé, dans le service de notre très honoré collègue, M. le docteur Besnier, à la loyauté et à la confiance de qui je dois la note suivante : c'est la seule réponse ([u'il me convienne de faire à toutes les attaques dont ont été assaillis avec moi, pendant tant d'années, tous les médecins qui ont eu le malheur d'être appelés à se prononcer sur l'état mental de Sandon, et qui d'ailleurs avaient été unanimes pour le déclarer aliéné.

M. Besnier accompagnait l'envoi de ses observations de la lettre que je crois devoir reproduire ici : « Je m'emu presse de vous adresser le résumé des incidents princi- « paux du séjour de M. Sandon dans mon service, c'est « une rédaction photographique, qui a toute la séche- « resse, mais toute l'exactitude de la photographie. Je « désire vivement qu'elle vous serve, le cas échéant, à <( anéantir une odieuse calomnie que les journaux ont a encore articulée ces jours derniers. »

M. Léon Sandon, avocat, entré le 24 août 1870, à la

maison municipale de sanlé, service de M. Ernest Besnier, — 3" étage, chambre n° 7.

M. Sandon déclare «ne pas être malade », il ne peut donner aucun renseignenent.

L'examen attentif de sa personne indique qu'il s'agit d'un accès congestif céphaiique^ avec état saburral des voies digestives, chez un paralytique général : congestion de la face, tremblement fibrillaire de la langue, gène de la parole,, faiblesse des membres inférieurs, incohérence dans les idées, aberration dans les actes, etc.

Interrogé sur son âge, M. Sandon répond qu'il a « cinquante ans ». Sur l'année de sa naissance, il répond «1823 » et il est impossible, quelque soin affectueux que l'on prenne de le remettre sur la Yoie, non seulement de lui faire rectifier son erreur^ mais encore de la lui faire comprendre.

M. Sandon, interrogé sur sa profession, ses antécédents, sa situation de fortune, etc., répond qu'il est avocat, qu'il a été substitut à Riom, en 18.^36; qu'il est revenu à Paris depuis cinq ou six ans..., « que ses affaires vont mieux qu'elles n'ontjamaisété..., qu'il agagné vimjt-cinq mille fr. sa première année d'exercice à Limoges..,, qu'il lui sera difticile de se remettre à sa profession..., qu'il n'est pas malade, etc. y>

Sous l'influence d'une médication appropriée, les accidents congeslifs et saburraux se sont amendés, mais l'aberration mentale est restée la même : négligence absolue de la personne, difficulté de déshabiller le malade qui veut se coucher et qui se couclie en effet tout habillé. Aux interrogations babituelles de la visite du matin, il répond, un jour, en réclamant un objet qui ne lui manque pas; un autre jour, en demandant, durant tout le service, qu'on lui amène « sa petite maîtresse», etc.

La maison municipale de santé n'étant pas destinée

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