IV. DE LA SENSIBILITÉ ET DES FONCTIONS VISCÉRALES
Sous ce titre, nous envisagerons plus particulièrement les fonctions diverses appartenant à l'état soma tique et nous ferons connaître quels éléments elles peuvent fournir pour le diagnostic de la simulation de la folie. Nous avons dit que la folie était une maladie procédant de l'association de l'àme et du corps et se manifestant par des symptômes psychiques et par des symptômes physiques. Nous avons étudié rapidement les différents phénomènes que pouvait fournir Tintelligence. Nous allons parcourir ceux que le physique présente au médecin expert, et l'on verra par là combien il est difficile qu'après un examen direct, minutieux et approfondi, on ne découvre pas la simulation.
On ne saurait se méprendre sur la profession de foi que nous avons faite en quelques lignes, sur les idées que nous avons émises et qui ne se rattachent absolument ni à l'exclusivisme matériel ni à l'exclusivisme spiritualiste. Noos nous sommes efforcés plus loin de démontrer que l'aliénation mentale se meut pour ainsi dire dans le cercle d'un état physiologique déterminé. La prédominance de tel ou tel système de fonction ne peut amener la folie qu'en raison de ce même état physiologique déterminé, qui mesure le retentissement pathologique. Il en résulte aussi que la folie produit des altérations de fonctions qui lui sont propres.
Nous étudierons successivement le sommeil et la veille, la sensibilité, la chaleur animale, la respiration,
EXAMEN DIRECT. \2o
la digestion, les sécrétions, les fonctions de la peau. On ne rencontre pas au môme degré les symptômes qu'ils fournissent dans chaque catégorie de maladies mentales et dans chacune des formes que nous essaierons tout à l'heure de résumer.
Bu sommeil ei de laveille. — Il importe d'examiner d'abord les alternatives de repos et d'activité que l'organisme tout entier et certaines fonctions subissent dans l'aliénation mentale. Dans l'état normal, le retour périodique de ces deux états est absolument nécessaire. L'économie, après avoir lutté contre les forces extérieures , vient se retremper dans la bienfaisante • inertie du sommeil. Toutefois, il n'est guère que les fonctions dites animales qui soient soumises à cette intermittence; les fonctions de la respiration, de la digestion, des sécrétions n'y prennent part que par un léger ralentissement. L'homme bien portant qui ne tient aucun compte de cette obligation primordiale ne tarde pas à ressentir tous les effets d'un exercice immodéré, d'une surexcitation soutenue de toutes les fonctions. L'activité continue qu'il veut produire finit par rompre l'équilibre entre la dépense et la réparation. La fatigue et la lassitude s'emparent bientôt de celui qui fait une semblable tentative.
Chez l'aliéné la même influence morbide qui modifie toutes les manifestations de la vie de relation s'étend également sur cette condition de la santé. L'insomnie est même un des caractères les plus importants de la folie. On. voit des aliénés rester pendant plusieurs semaines et des mois entiers sans pouvoir goûter un seul
126 EX/VMEN DIRECT.
instant de repos. Mais c'est surtout dans les états aigus que ce symptôme se manifeste. Dans la période d'incubation de l'aliénation mentale, bien plus que dans la période confirmée, le sommeil est rare, les hallucinations et les rêves effrayants poursuivent les aliénés dans ces périodes. Cette insomnie prolongée affaiblit le système nerveux et détermine une sorte d'épuisement. Dans la démence l'insomnie a surtout lieu le matin. Ce symptôme n'a^'ait pas échappé à ceux qui ont étudié la folie ; et les auteurs anciens qui se sont occupés de la simulation de cette maladie n'ont pas manqué de le signaler et d'attirer sur lui l'attention des médecins experts. A leur exemple, nous ne saurions trop le recommander. Pour s'en assurer, il faut que la surveillance soit continuelle et que la chambre où couche le prévenu soit suffisamment éclairée afin qu'on puisse le voir, l'examiner dans toutes ses positions et ses mouvements, soit pendant la nuit, soit pendant le jour, car il profiterait •du jour pour se reposer des mouvements et du bruit qu'il a faits au lieu de dormir.
Sensibilité phtjsique (1). — Les altérations de la sensibilité physique peuvent offrir à l'observateur trois modes différents, l'exaltation, la diminution ou la perversion.
L'exaltation ou hypéresthésie se rencontre surtout dans certaines formes de mélancolie et dans les formes que nous avons appelées formes mixtes, et parmi elles principalement dans la folie nervosique ou hypochon-
(1) Des altérations du la sensibilité, par L.-V. Marcé, 18(i0.
driaqueet dans la folie hystérique. Quelques simulateurs, inspirés par de fausses idées sur l'aliénation, croient donner une preuve de cette maladie en exagérant les impressions perçues par suite du contact, de pincement, de piqûres, épreuves tentées pour connaître la mesure de leur sensibilité, et réagissent par des gestes bizarres disproportionnés avec le peu de douleur éprouvée. L'excitation maniaque n'offre que bien rarement l'accroissement de la sensibilité.
L'anesthésie et l'analgésie sont des symptômes bien plus difficiles à simuler, et il faut une force de volonté considérable, et même on peut dire impossible, pour supporter ce que les véritables aliénés peuvent subir par l'effet de la maladie. L'anesthésie et l'analgésie s'observent chez les stupides, les mélancoliques, les hystériques, les épileptiques maniaques et les monomaniaques dans leurs moments de paroxysmes. On les rencontre encore dans le cours de la paralysie générale et dès son début. Comme le fait remarquer Marcé, l'anesthésie par son étendue et sa profondeur contraste dans ce cas d'une manière saisissante avec le peu de gravilé des autres symptômes.
L'existence de cette diminution de la sensibilité rend compte d'une foule de particularités symptomaliques constatées depuis longtemps chez les aliénés. On comprend de quelle ressource peut être cet état morbide. Nousverrons plus loin quel parti on a tiré dans quelques cas de ce caractère essentiel de certaines formes d'aliénation par l'emploi des moyens douloureux.
Les malheureuses manifestations du fanatisme as-
sociées aux erreurs de l'imagination y ont trouvé aux quinzième et seizième siècles les bases d'un système de tortures et de supplices. On ne saurait trop rappeler ces terribles conséquences des fausses interprétations des faits.
Les perversions de la sensibilité générale sont trèscommunes; des malades pendant l'état de veille ou de sommeil se sentent piqués, mordus, brûlés, etc..
On remarque pour les sens spéciaux les mêmes symptômes d'exaltation, de diminution et de perversion. Mais les perversions sont surtout curieuses à étudier ; elles donnent lieu aux symptômes désignés sous le nom d'illusions et d'hallucinations. L'illusion a son point de départ dans une impression réelle modifiée ensuite par l'état pathologique du système central, tandis que les hallucinations sont des sensations perçues en l'absence des excitants spéciaux destinés à agir sur nos sens.
Tous les sens peuvent être atteints d'illusions et d'hallucinations. Celles de l'ouïe sont les plus communes. C'est encore par le fait d'une anomalie de la sensibilité du système musculaire que les aliénés n'ont pas le sentiment de la fatigue.
Nous avons signalé combien la physionomie, l'attitude et les gestes permettaient de reconnaître la vraisemblance de ces phénomènes morbides. L'interrogatoire complétera les éléments du diagnostic.
De la digestion. — On ne saurait révoquer en doute ' l'importance de cette fonction. C'est par la digestion qu'on répare ses forces, c'est par la digestion qu'on
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entretient l'énergie vitale. Les relations des fonctions digestives avec les manifestations psychiques sont tellement immédiates, qu'elles ont toujours fixé l'attention des médecins qui ont observé la folie.
La digestion est la fonction qui présente le plus . d'anomalie chez les aliénés. Ses troubles se présentent particulièrement à la période prodromique et à la période de développement. D'après Flemming, ils sont alors tellement fréquents, que les cas dans lesquels on ne les rencontrerait pas devraient être regardés comme de véritables exceptions. Lorsque la folie a le type intermittent périodique, presque toujours ou observe comme signe prodromique un embarras gastriqui vient annoncer à l'avance le retour du trouble mental.
Dans certaines formes on remarque en même temps qu'une maigreur extrême une voracité excessive; c'est ainsi que les maniaques ont un appétit très-développé. Ils se jettent souvent sur des choses qu'on ne peut ni manger ni digérer. Les forces assimilatrices sont stimulées chez eux par une dépense considérable des forces musculaires, et par la suractivité de toutes les fonctions, mais cette voracité paraît tenir en même temps à l'absence du sentiment de satiété. Dans la démence simple, dans la paralysie générale, l'homme, au milieu de l'anéantissement de toutes les pensées, de tous les sentiments, se trouve pour ainsi dire réduit à un tube digestif, de là encore un appétit excessif. Puis, le goût peut être profondément perverti, ils n'ont pas la moindre sensation de dégoût. Il est des aliénés qui vont jusqu'à
manger leurs excréments, boire leur urine... etc..
Un travail morbide ou exagéré de l'intelligence, une concentration des facultés mentales, l'innuence des idées fixes, les craintes d'empoisonnement amènent au contraire une diminution considérable de l'appétit. Le mélancolique mange peu, avec peine, il digère lentement. Dans les formes dépressives, il en est qui, sous l'empire de conceptions plus ou moins erronées et d'hallucinations, se refusent avec une obstination des plus tenaces à prendre de la nourriture et apportent une abstinence dont la prolongation est vraiment surprenante. On est obligé de lutter de toutes les façons contre cette persistance maladive et de recourir à des moyens artificiels pour remédier à la résistance que la force de volonté peut imprimer à l'ouverture des premières voies et au rejet des aliments. Chez les simulateurs le refusdes aliments n'est qu'illusoire. Ils tâchent en cachette et le plus secrètement possible de se procurer des aliments, ainsi qu'il a été constaté dans plusieurs des observations que nous avons recueilhes.
Louyer-Yillermay, dans l'atiaire Cornier (1), fait remarquer qu'il fallait distinguer entre les détenus pour déUts ordinaires et ceux qui sont sous le poids d'une accusation capitale. Il ne pense pas que ces derniers puissent acquérir de l'embonpoint.
Cette opinion corrobore d'ailleurs un fait acquis par la clinique des maladies mentales et sur lequel a insisté Esquirol, c'est que, quand l'affection tend a la guérison,
(1) Discussion médico-légale sur la folie, par Georges, 1826, p. 176.
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on voit la maigreur faire place peu à peu à un embonpoint plus ou moins prononcé. Lorsque l'obésité vient à se manifester sans amélioration de l'état mental, c'est presque toujours un signe certain d'incurabilité.
La constipation, l'excrétion des déjections, de même que le caractère de ces dernières sont des symptômes rendant compte de certains états morbides organiques appartenant à telle forme plutôt qu'à telle autre et dépendant du degré de contractilité de l'intestin et du degré d'activité des sécrétions intestinales.
De la circulation. — Les recherches que l'on a faites jusqu'à présent sur l'état de cette fonction chez les aliénés, n'ont encore donné que des résultats d'une valeur insuffisante quant au diagnostic des maladies mentales. D'après Earle, le pouls des personnes atteintes d'aliénation aiguë est plus rapide que celui des malades dans l'état chronique. M. le docteur Liste a observé dans la paralysie générale des variations assez grandes et en rapport avec les périodes de cette maladie. Règle générale, la circulation est plus active chez les aliénés que chez les individus jouissant d'une raison parfaite. La folie est un état chronique ne s'accompagnant pas de fièvre, mais dans certains cas d'une certaine accélération du pouls ressemblant à de la fièvre. Sous le rapport de la fréquence du pouls, les hallucinés occupent le premier rang, puis les maniaques dont le pouls est remarquable par sa variabihté. mais n'est pas en rapport avec le degré d'agitation. Les monomaniaques et les déments viennent ensuite. Chez le mélancohque, le pouls petit, miforme et à peine sensible, est
quelquefois ralenti, mais bien souvent il conserve son accélération normale. Dans la période de dépression mélancolique, surtout dans lecoUapsus, M. le docteur Guillaud a constaté qu'il ne savait pas s'il existait aucune maladie où il fût possible de noter un pouls aussi lent, aussi petit, aussi faible. 11 a y\i des cas oh il ne présentait pas plus de 25 à 30 pulsations par minute. MM. Barrow et Albert signalent que, dans certains cas, il y avait défaut d'isochronisme dans les pulsations des artères , et que l'intensité des pulsations pouvait différer suivant tel ou tel vaisseau artériel, radial ou carotidien, aorte ascendante ou descendante. M. Cl. Bernard explique ces symptômes par l'inégalité d'énergie des contractions du ventricule ; cette inégalité se communique dans des proportions inégales ; de là résulte un mélange de contractions alternativement fortes et faibles.
Malgré les nombreuses variations qu'offre la circulation, Jacobi pense que, pour chaque cas isolé, l'étude du pouls a une grande signification. Le docteur Rush va même jusqu'à dire qu'il a su distinguer par la rapidité relative du pouls une folie simulée d'une folie réelle. Notre expérience personnelle ne nous a pas encore conduit aussi loin que le docteur anglais.
Quant à la composition du sang, il ne nous paraît pas que les observateurs soient arrivés à des résultats concluants.
Be la respiration et de la calorificatioru — Jacobi a trouvé quelquefois des' différences très-grandes dans les rapports de la respiration avec le nombre des pul-
salions artérlelJes. Chez leS malades aLleints de stupeur, les inspirations et les expirations sont à peine perceptibles.
La température de la peau participe au trouble nerveux général, et il est curieux qu'au milieu de celte activité des maniaques, le thermomètre indique une température du corps normale ou même au-dessous de la normale. Ce n'est que dans l'agitation maniaque qui accompagne la paralysie générale progressive, que la température du corps semble s'élever.
Chez les mélancoliques les extrémités sont froides et se réchauffent difficilement. Les monomaniaques accusent des sensations normales de froid, de chaleur, de frisson. M. Morel a observé chez une malade atteinte de mélancolie avec stupeur, que la moitié du corps était brûlante, tandis que l'autre était froide.
La caloritication peut quelquefois être indépendante du mouvement circulatoire et se rapporter à des lésions internes.
Des sécrétions. — Les sécrétions éprouvent des modifications importantes dans l'aliénation mentale ; rinfluence du moral sur ces actes de l'organisme a été notée depuis longtemps. Mais, en dehors de celte in-, fluence, en raison de l'état morbide du système nerveux, les altérations des fonctions de sécrétion se rencontrent nombreuses et variées. Elles peuvent se présenter soit comme cause, soit comme effet et agir d'une manière puissante sur la nutrition.
La production de la salive peut être abondante sous l'influence de l'imagination et des idées maladives, la
134 RXAMRN niRRCT.
sputalioli être le résultat d'un sentiment de haine ou de mépris; mais, d'un autre côté, elle peut être l'effet d'une excitation locale, d'une affection de la bouche ou d'un état général plus ou moins grave. La sécrétion salivaire, chez quelques déments et aliénés stupides, ressemble à un véritable ptyalisme.
Il est des simulateurs qui ont essayé de produire ce symptôme; mais, outre qu'il ne coïncide pas avec les, autres phénomènes morbides, on reconnaît bientôt qu'il n'est nullement semblable h celui qu'on observe chez les vrais aliénés.
La sécrétion lacrymale a lieu chez les déments, chez les paralysés généraux, plus souvent encore que chez les maniaques et les mélancoliques. Les signes fournis par l'émission des larmes sont bien plus relatifs au pronostic qu'au diagnostic, ils indiquent quelquefois une crise favorable.
MM. Sutherland et Rigby en Angleterre, M. Michéa en France, se sont particulièrement occupés de l'analyse des urines chez les aliénés. Les urines nerveuses sont en général abondantes, claires, aqueuses. La couleur rouge foncé, ou d'un jaune orangé ou ambré se rencontre dans plus de la moitié des cas de manie ou de mélancolie et chez le quart des déments. Chez ces derniers, l'urine est le plus souvent jaune verdâtre, jaune pâle ou opaline. Dans un récent travail (1^, M. le docteur Dumesnil considère la présence de l'albumine dans les urines comme pouvant servir à distinguer la
{{)1Annales médico-psychologiques, t. XXVIII, année 1863.
fièvre tvphoïde de certains états phrénopathiques qui lui ressemblent. Quoiqu'il soit difficile, dit M. le docteur Lunier, analysant les travaux des médecins anglais, de tirer une conclusion générale d'après le nombre peu considérable des faits observés, il est important de constater que les conditions pathologiques différentes que fait aux malades le genre particulier d'aliénation dont ils sont atteints, se révèlent par des symptômes qui sont loin d'être sans valeur. Il n'est que l'étude seule et suivie des aliénés qui puisse amener à les reconnaître.
La transpiration cutanée et la sécrétion sudorifique ne laissent pas d'être modifiées. La peau est généralement sèche, aride, l'absence de sécrétion produit la coloration jaunâtre de l'épiderme. Les signes fournis par la peau sont même d'une certaine valeur et méritent de fixer l'attention des médecins experts, car il est impossible au simulateur de les produire par l'imitation, et les observations qu'on a faites à ce sujet permettent de les considérer comme donnant des résultats constants.
Il est des médecins qui ne se sont pas bornés aux caractères énoncés précédemrnent, fournis par le sens de la vue ou du toucher, ils ont fait intervenir le sens de l'odorat et ont cru reconnaître aux sécrétions des aliénés une odeur caractéristique. M. le docteur Knight attribue à ce symptôme la même valeur pour la découverte de la simulation , que précédemment le docteur Rush au caractère du pouls.
Des commémoratifs ou état anamnestique . — Dans
ino RXAMEN DIURCT.
le chap. IV, nous avons déjà parlé des antécédents. Nous nous sommes bornés à exposer notre manière de penser relative à l'hérédité et à la prédisposition. Nous avons passé sous silence bien des détails que nous supposions ne pouvoir être complétés que par l'examen direct à la suite de l'interrogatoire et de la vue du prévenu soumis à l'observation du médecin expert. Mais, même après l'examen direct, vu l'insuffisance des renseignements, il est souvent bien difficile de constituer l'état anamnestique. Alors qu'un individu persiste à répondre d'une manière incohérente, à garder le silence et se tait sur tout ce qui se rattache à son histoire, il n'est guère possible de se livrer à un examen pathogénique complet de la maladie. Il faut s'en rapporter aux symptômes seuls pour établir l'ensemble morbide et diagnostiquer la maladie. Toutefois, les simulateurs n'adoptent pas toujours les formes aphasiques et donnent quelques détails. Ils prétendent avoir eu des maladies antérieures, coups, fièvre typhoïde, etc...., avoir subi des traitements ; ils ont eu des chagrins, des peines morales ; des luttes intérieures pénibles ont eu lieu, etc.. Il est quelquefois possible de vérifier ces diverses allégations du sujet par de nouvelles informations auprès des parents, des voisins, etc.... Enfin, ces renseignements des parents fournissent quelques éclaircissements essentiels.
Nous ne pouvons parcourir toute la longue suite des causes qui ont été invoquées pour la production des affections mentales et discuter leur valeur. Nous nous eu tiendrons à les mentionner, laissant au médecin
expert le soin de les apprécier suivant le cas individuel qu'il a sous les yeux.
Nous reproduisons le tableau que Marcé a tracé dans son excellent traité pratique des maladies mentales, p. 96.
Causes prédjsposantes<
1 individuelles.
de l'ordre ' moral, i
1 /Civilisation.
/ générales, jld^es religieuses.*
( Evénements politiques.
Hérédité.
Age.
Sexe.
Climat.
État civil.
Profession.
Education.
Emotions, passions, chagrins.
Imitation.
Emprisonnement cellulaire.
agissant directement sur l'encéphale, agissant à distance et sympa-
thiquement.
Anémie, cachexies, (pertes ICauses gé-) séminales, onanisme), Ide l'ordre/ nérales ) '^'^^l^^s^s, dartres, rhumaphysique, \ f tisme, fièvre typhoïde,
fièvre intermittente.
Causes phy-fMenslruation, grossesse, acsiologiques. ( couchement, lactation.
Causes spé-(^"'°'''''^^^^''"^' Plof"^' ™ercifiques. °P^""°' belladone,
\ solanées vireuses,haschish.
Feu le docteur Ferrus a écrit, dans son livre sur les aliénés, que les malfaiteurs sont presque tous exempts de ces luttes morales sourdes et dévorantes auxquelles trop souvent la raison des honnêtes gens succombe.
Causes occasionnelles
Causes lo cales
Rappelons aussi qu'il n'existe aucune cause nécessaire de l'aliénation mentale, qu'il est rare qu'une seule et unique cause produise le trouble intellectuel et que le plus généralement on observe un enchaînement de divers facteurs.
Ajoutons encore que Guislain considère comme trèspeu fondée la division des causes en morales et en physiques.
L'invasion prompte et subite d'une affection mentale n'a guère lieu qu'à la suite d'une cause qui agit énergiquement et porte dans l'économie entière une perturbation inattendue. Les causes qu'on a désignées sous le nom de physiques, et qui peuvent partir aussi d'une émotion morale très-puissante, sont celles qui peuvent amener cette explosion soudaine. Ainsi, l'apoplexie, la congestion et certains accidents traumatiques, etc Mais plus on entre avant dans la vie antérieure, plus on reconnaît que cet accident imprévu se préparait de longue main.
C'est à cette période qui organise l'invasion que l'on a donné le nom de prodromes ou incubation. Il est peu de maladies qui aient une incubation plus insidieuse et plus lente que l'aliénation mentale, et elle est d'autant plus insidieuse et méconnue par les parents et par ceux qui vivent avec les individus, que les manifestations qui appartiennent à l'évolution de cette période sont loin de se présenter d'une manière continue et franchement progressive. Ces manifestations empruntent soit à l'idiosyncrasie individuelle, soit à la forme typique que la maladie doit affecter. Elles se
signalent par des inlei-mitteuces et des rémiltences. Que la prédisposition ait été apparente ou occulte, l'aliéné commence à ne plus ressembler à lui-même ; il se fait remarquer par des singularités personnelles, par des manifestations insolites, des sentiments et de l'intelligence. Quand le génie dé la folie est ancien, les changements que l'on remarque dans le caractère de l'individu sont plutôt de l'exagération. Celui-ci n'est pas précisément tout le contraire de ce qu'il était, mais tout ce qu'il y avait depuis longtemps de singulier acquiert tout à coup une intensilé plus grande. D'autres fois, au lieu d'une exagération, c'est une véritable transformation qu'éprouve le caractère. De là dérivent la négligence des devoirs de famille et de société, le désordre de conduite, le dérangement des affaires, des irritations, des violences qui momentanément et quelquefois pour toujours, brisent les rapports avec les parents et les amis. A ces exagérations, à ces contrastes, à ces oppositions de caractère correspondent des expressions de physionomie qui sont comme les saillies de l'homme intérieur. L'insomnie devient de plus en plus prolongée, plus opiniâtre, les rêves nombreux. L'appareil locomoteur est plus souvent influencé ; on remarque ou un besoin de mouvement continuel ou une apathie, une immobilité, une torpeur, qui résistent à toutes les sollicitations. Tous les sens présentent une activité augmentée, affaiblie ou pervertie ; toutes les fonctions organiques n'offrent pas moins de modifications nombreuses.
Mais, comme ledit M. Falret, à qui nous avons em-
prunté en grande partie le tableau rapide que nous venons de faire de la période prodromiquc : « Bien souvent le malade apprécie l'origine des désordres progressifs de son intelligence, il sait à quoi les rapporter et sent le besoin de réaction , mais il ne peut en faire la confidence aux personnes qui l'entourent, il cherche même à cacher à tous les yeux l'état dont il a conscience et à se dérober ainsi à toute observation et à tout moyen de traitement. » Ces efforts intimes pour cacher cette perte prochaine de la raison sont bien caractéristiques de l'aliénation mentale. On retrouve ce symptôme du début dans la période d'état de certaines formes. Il mérite toute l'attention de ceux qui méditent sur la folie et sur son diagnostic.
A ce moment la folie ne s'est encore trahie par aucun acte frappant de délire.
M. Falret, dont les travaux contiennent tant de vues pratiques et cliniques importantes, met dans le même chapitre en regard avec cette situation de la période prodromique et les caractères qu'elle présente la situation semblable que peut produire la passion. 11 la différencie ainsi : « Sous l'influence de celle-ci, il n'y a dans les facultés mentales qu'une exaltation, qu'une concentration, qui n'excluent pas leur exercice logique sur la généralité des autres objets , et déjà, dans l'incubation de la folie, il se manifeste des désordres qu'on ne peut logiquement rattacher à la fixité d'une préoccupation. Quoique esclave en réahté, l'homme seulement passionné conserve au moins les apparences du libre arbitre et puis ses actes sont cou-
séqiients avec sa passion; tandis que, dans l'incubation de la folie, l'idée ou plutôt le dérangement cérébral subjugue ostensiblement l'individu ; celui-ci obéit presque en automate. Le redoublement d'une passion se lie ordinairement à quelque cause extérieure ou apparente, l'exacerbation des prodromes de la folie n'en a pas besoin; il survient des accès de joie, décolère, des accès de tristesse, de consternation que rien n'a provoqués, et qui dépendent directement de quelque modification de l'économie cérébrale. »
Ces considérations sur la période prodromique nous ont paru d'autant plus nécessaires qu'il est essentiel que le médecin expert puisse mettre en relation les symptômes que le prévenu manifeste à l'examen direct, et ceux qu'il accuse avoir éprouvés, et de plus ceux que l'entourage de cet individu soumet au tribunal et à l'expertise médico-légale. Quoique nous ayons fait ressortir que le plus souvent ces renseignements sont incomplets ou incertains, l'observateur ne s'en efforcera pas moins à établir une partie indispensable de l'histoire médicale.