MANIE CHRONIQUE
La manie simple ou aiguë, que nous avons décrite précédemment, peut passer à l'état chronique et constituer alors une forme assez bien caractérisée qui n'est plus le type primitif, mais qui lui ressemble beaucoup.
L'économie semble s'habituer au désordre que nous avons signalé, et l'élément matériel reprend peu à peu un état plus ou mpins normal, tandis que l'élément psychique continue à offrir des preuves d'un trouble manifeste. Ce trouble mental n'est d'ailleurs que le résultat d'altérations organiques, pour ainsi dire constituées.
Le passage à l'état chronique se fait par la disparition des troubles digestifs. Le sommeil seul reste imparfait. La constitution s'améliore. La physionomie présente pourtant certaines particularités. Les malades
RÉSUMÉ DES PRINCIPALES FORMES DE FOLIE. lo3
passent leur vie au milieu d'alternations incessantes de calme et d'excitation survenant spontanément ou à propos de la moindre cause occasionnelle. Dans l'intervalle des accès, les malades restent plus ou moins calmes. Chez quelques-uns pourtant, l'insomnie, les cris incessants, la violence des mouvements, amènent alors un étal de cachexie et d'amaigrissement auquel les sujets même les plus frêles résistent avec une énergie qu'onn'aurait jamais supposée. La menstruation reparaît • chez la plupart des femmes, et, lorsqu'elle a lieu, elle ne produit plus une surexcitation aussi grande.
Les facultés intellectuelles perdent le degré d'activité si considérable que nous avons noté et qui donnait à l'entendement du maniaque une étonnante vivacité. La mémoire ne possède plus le pouvoir reproducteur si puissant et si remarquable de l'état maniaque aigu. Un caractère essentiel de la manie chronique, c'est qu'il est excessivement difficile d'arriver à fixer l'attention du malade pendant quelques instants et de le ramener momentanément au sentiment de lui-même.