DÉMENCE PRIMITIVE SIMPLE
M. le docteur Delasiauve nous paraît jusqu'à présent avoir le mieux étudié la démence dans ses subdivisions naturelles. C'est ainsi qu'il admet une démence
primiiive ou spontanée, où l'affaiblissement répond à une dégradation intime et graduelle du cerveau; une démence vésanique, qui vient compliquer les folies; une démence symptomatique , qui est due à de graves lésions locales, tumeurs, ramollissements, caillots hémorragiques, etc., etc.; une démence sénile , que l'on observe chez les vieillards.
Nous allons nous occuper ici seulement de la démence primitive et de la démence consécutive aux formes simples , renvoyant aux folies compliquées ou organiques proprement dites la démence symptomatique.
Nous empruntons presque entièrement à M. le docteur Delasiauve la description de ces formes (1).
Le dément est un riche qui conserve encore des débris de son ancienne opulence. C'est une comparaison très-juste qui exprime que la démence consiste dans l'affaiblissement des facultés mentales.
« Cette affection apparaît dès l'abord avec ses signes propres et sans autres complications. Il n'y a point de folie antécédente. La santé générale persiste. Le malade n'accuse aucune souffrance. L'expression morbide se réduit, en un mot, au seul manque de forces intellectuelles et morales, La démence est lente et graduelle. La diminution de la mémoire est en général un des caractères les plus saillants. Elle peut être portée au point que le malade oublie les dates les plus simples, l'année, le mois, le jour, le nom de son pays, de sa rue, le
(1) Journal de médecine mentale, t. I, p. 112.
nombre de ses frères, de ses enfants, etc.... Les souvenirs récents sont du reste moins aisément rappelés que les souvenirs passés , ce qui a fait dire du dément avec quelque raison qu'il avait la mémoire du vieillard. Cela tient probablement à ce que les idées nouvelles, mal fixées par le cerveau malade, ne laissent dans ces organes que d'insuffisantes empreintes.
« Il ne serait pas impossible toutefois que cette prépondérance relative de la lésion mnémonique fût un peu exagérée par l'apparence. Les fautes de la mémoire sautent aux yeux, tandis que l'impuissance du jugement, du raisonnement, de l'imagination, etc., lorsqu'existe encore une certaine aperception vraie des rapports, ne s'apprécie bien que par la réflexion. Tout discernement, eu effet, n'est point effacé dans la démence peu avancée.
« Si l'esprit conserve quelque rectitude , il ne saurait s'élever à des combinaisons suivies. 11 n'en a plus la force et les matériaux lui manquent. Insensiblement, l'avenir se ferme à ses regards. Le passé pour lui n'est qu'un songe dans lequel il glane au hasard quelques réminiscences. Son horizon se borne au cercle étroit du miheu dans lequel il végète. Les indices de cette déchéance se trouvent, d'ailleurs , dans toutes les manifestations de la vie morale, affective, instinctive, comme de la vie artistique, industrielle, etc.... Les aptitudes se perdent, les sentiments s'émoussent, les propensions languissent, une sensibilité puérile suscite le rire ou des larmes non motivées. On remarque aussi que, peu enclins à parler, les malades prennent rare-
ment l'initiative d'une demande. Ils se contentent de répondre quand on les interroge et le font d'une manière laconique. Comment féconderaient-ils un entretien , leurs désirs étant, comme leurs idées, à peu près nuls? L'habitude extérieure correspond enfin à de telles dispositions. L'attitude est lourde, la physionomie arrêtée, insouciante, béate. Il y a défaut d'harmonie entre les pensées et les gestes. On rencontre communément dans les écrits des déments les lacunes que l'on constate dans leur esprit, des mots omis ou estropiés, des phrases incomplètes, des idées sans correspondance. Cette règle, toutefois, souffre quelques exceptions. »
Une certaine agitation peut momentanément se manifester dans le cours de la démence simple. Quelques individus se lèvent la nuit , rôdent dans leurs escaliers , bouleversent leurs appartements. Ils se livrent à des occupations puériles. On en voit qui se permettent des démonstrations indécentes avec un cynisme capable de soulever l'indignation.
La démence peut resters tationnaire pendant quelque temps; elle est même susceptible d'une légère amélioration! Toutefois elle est incurable et le plus souvent le tableau s'aggrave de plus en plus au bout d'un temps indéterminé. Il survient un affaiblissement profond ou une divagation incohérente.
A un degré avancé cette forme est sujette à des complications , résultat de l'altération de l'organisme et d'une désorganisation du cerveau.