CHAPITRE II
Bafies de l'expertise mc-dico-lég^alc.
Rôle du médecin expert dans les cas de simulation. — Notions essentielles sur la nature, la symptomatologie et la marche de la folie en général. — Nécessité de l'intervention d'un médecin spécialiste dans les cas de folie simulée. — Idées qui doivent présider à la mission du médecin expert. — Différents points de départ qui peuvent servir de base à l'expertise et aux rapports médico-légaux. — Troisième observation. — Quatrième obervation. — Critérium d'après M. Devergie. — JMeilleur mode de procéder à l'expertise médico-légale.
Le médecin légiste, appelé à prononcer sur un cas de simulation, ne doit pas se contenter, comme tout autre médecin, d'avoir pour lui-même une base solide qui serve au diagnostic de l'aliénation mentale; il doit pouvoir énoncer ce critérium de manière, pour ainsi dire, à faire toucher du doigt le plus possible les phénomènes qui constituent cette simulation à d'autres personnes étrangères à l'art médical, à ses lois et à ses expressions. Ildoitleurdécouvrirle voile quimasque certains actes ou qui en laisse supposer certains autres qui n'existent pas du tout. Il doit enfin donner à la succession des diverses manifestations morbides vraies ou fausses l'interprétation la plus claire et la plus saisissante pour les différents membres du tribunal chargés de leur côté d'appliquer tout ce qui regarde la pénalité (1).
(1) Voir l'ouvrage du docteur Legrand du Saulle : La Folie devant les tribunaux.
Ce n'est vraiment qu'en se reportant aux symptômes caractéristiques et essentiels de la folie que l'on peut se former ce critérium.
Ainsi, d'abord la folie est une maladie, et une maladie, non pas de l'intelligence ou de l'âme, mais une maladie qui procède de l'association de l'âme et du corps et qui se manifeste et par des lésions des facultés mentales ou symptômes psychiques et par des lésions des fonctions corporelles ou symptômes physiques.
Les théoriciens qui n'ont voulu voir dans la folie qu'une affection du principe psychique se sont grandement trompés ; et c'est à tort qu'ils ont construit, comme les poètes, sur les idées et sur les passions, des types de fantaisie. La folie no réside pas davantage dans cette partie de l'intelligence qui crée les idées que dans cette exaltation de la sensibilité qu'on nomme passion. C'est par une pareille erreur que s'est constitué le système du soi-disant traitement, moral et d'après lequel un médecin se met à discuter pendant des heures entières avec un aliéné qui raisonne très-logiquement d'après de fausses sensations ou erreurs de la sensibilité. Ce même médecin devrait d'abord guérir cet état morbide qui amène cette fausse sensation, la lésion fonctionnelle nerveuse (vasculaire ou autre) qui produit lentement ou subitement un trouble mental plus ou moins général, qui empêche l'individu de se rendre compte des rapports de causalité ordinaire. Ce n'est pas à dire que le moral ne joue un rôle important dans la production de la folie. Les causes mo-
raies (1) n'agissenl-elles pas d'une manière puissante dans la genèse de toutes les maladies du cerveau et du système nerveux? Il n'est pas nécessaire d'être de ceux qui nient l'innéité des idées et la raison pure pour accorder une part assez large à l'influence matérielle, résultat auquel la réflexion et l'expérience m'ont conduit depuis longtemps. Mais il convient d'apprécier le plus possible les conditions de solidarité du principe psychique et de l'élément matériel pour ne pas se fourvoyer dans des théories systématiques qui faussent la pratique et conduisent à des erreurs non moins regrettables en médecine légale qu'eu thérapeutique.
Quoique la folie se manifeste par des symptômes psychiques et physiques, ce sont surtout les premiers qui caractérisent cette maladie, et ils apparaissent à l'observateur d'une certaine façon qu'on est convenu de nommer délire (delirare). Cependant, comme le dit très-bien Griesinger (2), « dans beaucoup de cas, il n'y (( a pas délire, à proprement parler, ou du moins le (( malade n'en manifeste pas ; mais le caractère, les u sentiments, la volonté, sont altérés d'une façon mor- « bide, et, en raison de l'état de maladie du cerveau, ils « pénètrent tellement l'individu, que le jugement est a obscurci, l'intelligence compromise dans sa forme, (( l'esprit entravé. Dans cet état, l'individu peut tenir
(1) Parchappe. — Recherches statistiques sur les causes de l'aliénation mentale, 1839.
Leuret et Gratiolet. — Anatomie comparée du système nerveux, t. II, p. E)84,
(2) Traité des maladies mentales par Griesinger, traduit par Doumic, p. 140.
« des discours raisonnables, c'est-à-dire sans com- « mettre d'erreurs grossières sur les circonstances ob- (( jectives ordinaires ; il peut diriger sa conduite avec « réflexion apparente ; il peut, au moins pendant quel- « que temps, avoir une assez bonne tenue extérieure, « et pourtant son humeur peut être si profondément « altérée, ses sentiments affectifs peuvent être si com- '(( plétement détruits, que cet individu est devenu pour (( lui-même (pour son moi ancien) et pour les autres, « tout autre qu'il n'était, et qu'à chaque instant l'irrita- (( tion de son caractère peut se manifester par des actes (( et des penchants pervertis et souvent criminels. »
La folie se manifeste par des symptômes très-variés ; mais, si variés qu'ils soient, ils ne le sont pas tellement qu'on ne puisse grouper ensemble des folies se présentant avec des symptômes semblables et former des catégories qui facilitent beaucoup la connaissance de ces sortes d'affections. Les divers modes dé l'exercice moral et intellectuel se retrouvent toujours les mêmes, quand on les étudie sur une vaste échelle. Ils n'égalent pas, tant s'en faut, le nombre des objets sur lesquels peut porter l'activité de l'esprit et des sens. Le fond du délire est très-souvent déterminé par les dernières séries d'idées qui ont vivement occupé le malade avant l'explosion de la folie. Aussi peut-on dire que cette diversité des phénomènes morbides est bien plus apparente que réelle.
D'ailleurs toute maladie est soumise à des lois, s'il est permis de se servir de ce terme pour l'approprier à ce qui n'est pas normal et d'exprimer ainsi que tout désor-
dre a pourtant lieu suivant un certain ordre. La folie est, en effet, un désordre plus ou moins durable etsymptomatologiquement parlant, surtout un désordre des facultés mentales. Ce trouble respecte cependant la dépendance réciproque des diverses facultés entre elles et l'ordre de succession qui les régit depuis leur origine. Il est en outre une évolution qui lui est propre et une marche (origine et développement) qui obéit à cet agencement intellectuel. C'est pour cela que tout délire a sa logique et que tout désordre mental a ses degrés. Si nous ajoutons les conditions d'existence de l'altération fonctionnelle, l'état pathologique que nous fournit l'élément corporel, les lois de l'union de l'âme et du corps, nous avons en peu de mots les propositions qui assurent que la folie n'est pas une maladie où les symptômes se présentent indifféremment et au hasard.
C'est parce que les coupables qui veulent simuler l'aliénation mentale n'ont pas sur cette maladie des notions suffisamment exactes qu'ils donnent prise à la découverte de la simulation. C'est pour le même motif qu'ils ont osé feindre la folie. En raison de la complexité des phénomènes psychiques et physiques plus ou moins mélangés, complexité indépendante de la volonté, il est impossible au simulateur de fournir au médecin-expert le cortège naturel des désordres appartenant à cette maladie.
Pourquoi donc a-t-on dit que les investigations sur l'état mental pouvaient être entreprises et menées à bien par quiconque était doué de bons sens sans qu'il fût médecin? qu'un homme d'un jugement sain était
tout aussi compétent que le plus habile de lous ses confrères ? que l'ignorant avait même l'avantage d'être étranger à toute prévention scientifique ?
Je laisse à leurs auteurs la responsabilité de semblables objections qui ne dénotent, si elles partent d'une conviction intime, que le défaut de connaissances suffisantes sur la folie.
C'est en présence des difficultés qu'offre le diagnostic de certains cas de simulation de folie que se révèle précisément toute l'inanité de ces attaques contre la compétence médicale. L'analyse psychologique de l'état mental d'un individu comparé à l'état mental de ce même individu aux diverses époques de son existence, comparé à des états semblables dans diverses conditions pathologiques chez d'autres individus, demande plus que le seul bon sens dont il faudrait d'abord établir les règles et faire disparaître les irrégularités subordonnées à l'âge, au tempérament, à la vie sociale, etc.. Elle demande même plus que quelques notions, sans une expérience spéciale et sans une certaine habitude d'analyser les actions des hommes. Casper, de Berlin, juge nécessaire la connaissance du monde des criminels pour être apte à distinguer la folie feinte de la folie réelle. Ce n'est certes pas exagéré, car on ne saurait trop se figurer jusqu oh peut aller la puissance d'imitation des individus pervers ou pervertis. La dissimulation ne demande pas moins d'études spéciales, de lumières et d'intelligence.
Nous jugeons donc de toute nécessité que ce soit un médecin spécialiste qui examine les individus soupçon-
nés de folie feinte ou atteints de folie réelle. C'est à l'intervention première de médecins non suffisamment instruits, que l'on doit toutes ces incertitudes que l'on rencontre dans certaines affaires médico-judiciaires. Les certificats ou rapports faits en premier lieu induisent en erreur les médecins-experts qui sont appelés ensuite pour confirmer ou vérifier des faits incomplètement ou mal observés ; aussi le spécialiste doit-il accepter avec la plus grande réserve les conclusions émises par des confrères dont l'autorité en matière d'aliénation mentale n'est pas suffisamment reconnue.
Partant des principes que nous venons de poser sur la folie, plaçons-nous au moment même oii le médecin est appelé comme expert par le tribunal. Après avoir été invité à prendre connaissance des pièces du procès et des renseignements que la justice a entre les mains, il est chargé d'examiner si un individu est atteint ou non de folie réelle et jure de donner son avis en honneur et conscience.
Il est essentiel de se pénétrer de l'importance de la mission du médecin-expert, de la part de responsabilité qui lui incombe et de ne pas la confondre avec celle qui appartient aux juges et aux avocats. L'idée que l'on se fait du rôle que l'on a à remplir, dans cette circonstance, domine toute la série des recherches que l'on doit faire, et peut avoir des conséquences d'autant plus fâcheuses, qu'elle peut fausser le résultat qui aurait été obtenu avec une manière de voir bien différente. Ainsi supposons que le tribunal soit prévenu en faveur de la simulation et que le médecin-expert accepte dès le commen-
cément celte prévention. Son but sera de la démontrer et il ne conclura à l'aliénation mentale que s'il ne peut pas faire autrement. Avec cette condition, la neutralité est presque impossible dans une expertise médico-légale, et on est porté à conclure contre le prévenu. Voilà évidemment le résultat d'une opinion extrême : ne voir partout que des coupables. Mais il est un autre point de départ qui n'est pas moins pernicieux à la vérité de la cause, quoique plus favorable à l'individu. C'est, tout en tenant compte des chances de simulation, de rechercher surtout le diagnostic de l'aliénation mentale et de ne conclure à la simulation qu'autant que l'investigation a un résultat négatif. C'est, en effet, la prévention opposée, celle que les magistrats reprochent surtout aux médecins, et principalement à ceux qui s'occupent des maladies mentales : ne voir dans les criminels, quels qu'ils soient, que des malades, que des victimes d'une organisation altérée ou vicieuse, auxquelles les secours de la médecine conviendraient mieux que les rigueurs de la justice. Il y a donc deux écueils essentiels à éviter; car ce sont également deux sources d'erreurs. Ce que demande au médecin le tribunal, c'est l'état mental du sujet au moment du méfait ; c'est la mesure de son intelligence et la capacité de ses facultés mentales lors de l'accomplissement du crime ou du délit.
Il existe donc d'autres méthodes d'arriver à la découverte de la vérité. L'étude des différents rapports qui ont été faits par des médecins-experts sur les cas de simulation nous permet d'en signaler effectivement d'autres moins imparfaites que les deux précédentes. Une
méthode que nous mentionnerons encore ici et que nous blâmerons aussi comme n'offrant pas toutes les garanties suffisantes, quoique procédant avec une entière impartialité, c'est celle qui consiste, dans l'observation directe du prévenu, à mettre isolément en regard les particularités militant pour ou contrôla simulation, à peser ces arguments contradictoirement, puis à en déduire logiquement des conclusions. L'attention donnée à toute particularité fait oublier les rapports de cette particularité avec l'ensemble, puis on omet souvent un détail insignifiant au premier abord, et qui cependant a une valeur réelle quand on la compare avec le tout. On n'est conduit ainsi qu'à une vraisemblance et non à une affirmation rigoureuse.
Ces considérations expliquent jusqu'à un certain point les conclusions différentes qui se trouvent à la suite de rapports faits à propos d'une même affaire judiciaire par des médecins partant d'une base différente dans leur examen.
Snell, qui a publié sur la simulation de la folie un mémoire très-important inséré dans le Journal général de psijchiatrie, en fournit un exemple très-digne de fixer l'attention des médecins légistes. Renaudin en a fait l'analyse {Annales médico-pstjchologiques, années
1857 et 1858).
Troisième observation. — Le nommé Stockbausen, né en 1797, avait perdu son père fort jeune. II n'avait que sept ans quand sa mère contracta un second mariage. Son éducation fut fort négligée. Il eut même à subir de mauvais traitements jusqu'au moment où il
quitta sa famille. Il servit dans un régiment, se maria. Peu après il subit une première condamnation de trois ans de détention pour un yoI. Après la mort de sa femme, en 1828, nouveau vol et condamnation à huit ans de détention ou de surveillance; en 1839, trois vols avec effraction le firent condamner à la détention perpétuelle. Sa bonne conduite le fît gracier en 1850. Mais, à peine libéré, il se livra de nouveau à l'ivrognerie et fut séquestré pour vol. Il prétendit se nommer Cari Lœve. Les recherches de la justice ayant fait découvrir son nom véritable, ses réponses devinrent incohérentes, et même il se renferma dans un silence complet. C'est alors que le docteur Bôcker fut chargé de l'examiner. Son rapport conclut à la simulation.
Mais entre ce moment et l'ouverture des assises, Stockhausen se montra sous différents aspects. Il mangeait peu, se plaignait de douleurs intercurrentes dans Testomac, la poitrine et la tête. Il était malpropre, parlait peu ou répondait aux questions qu'on lui adressait : Tout est imrti, tout est vendu^ je n'ai plus rien, fusillez-moi. Les docteurs Bôcker et Heriz furent appelés comme experts à l'ouverture des assises. Ce dernier n'ayant pas eu le temps nécessaire pour asseoir sa conviction, la cause fut renvoyée à une autre session et on adjoignit un troisième expert, le docteur Richarz. Stockhausen continua à se montrer aussi incohérent et aussi irrégulier dans ses actes, à être malpropre. Il ne manifestait de dégoût pour rien, souvent gardait le silence, tantôt s'excitait ou répondait au rebours des questions, faisait des erreurs grossières sur
son âge, sur celui d'une personne à laquelle il attribuait cent ans, ou bien il prétendait avoir perdu la mémoire. Les inhalations de chloroforme furent employées sans succès pour pénétrer le mystère de sa véritable situation.
En septembre 1851, les trois experts remirent leur rapport. Bôcker persista à soutenir que vraiseinblablement Stockhausen n'était pas atteint d'aliénation mentale, et que vraisemblablement les symptômes observés étaient l'œuvre de lasimulation. IlindiquaitTopportunité de continuer l'observation pour arriver par un moyen ou par un autre à une certitude. Hertz conclut également à la simulation habile d'une faiblesse intellectuelle. Il reconnaissait n'avoir pas à sa disposition les moyens d'investigation nécessaires pour résoudre d'une manière certaine l'entière sanité d'esprit à l'instant du vol. Le docteur Richarz pensait que vraisemblablement Stockhausen étaitvéritablementatteint d'aliénation mentale et que, quant à l'état de l'accusé au moment du vol, s'il n'était pas alors aliéné, il était au moins dans la période d'incubation. En présence^d'assertions si peu précises, la solution de la question n'était pas plus avancée. Aussi l'autorité judiciaire jugea-t-elle nécessaire de le confier à un asile d'aliénés; et le docteur Jacobi fut chargé de faire un rapport sur cet individu.
Dès le début, Stockhausen conserva la même attitude que devant les premiers experts. Mais au bout de quelque temps l'influence de la douche modifia sensiblement ses allures. Il finit par renoncer à ses cris et à ses mouvements désordonnés, prit régulièrement ses
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repas, accepta les occupations qui lui furent offertes, prit une part active à la vie commune dans les différents quartiers oh on le fit passer successivement, à mesure qu'il paraissait plus calme et plus obéissant. 11 témoigna d'une certaine intelligence dans quelques emplois qui lui furent confiés. Toutefois son irritabilité s'excitait quand on revenait sur le passé, et, pour peu qu'on insistât, ses discours étaient ceux d'un fou.
Après un examen d'un an, Jacobi conclut à la simulation. Le 7 décembre 1852, malgré la nouvelle manifestation subite des symptômes, les réponses incohérentes faites au président, malgréles assertions contraires du docteur Richarz, le tribunal, à la majorité absolue, condamna Stockhausen, coupable du crime, à quinze ans de détention. Son pourvoi en cassation fut rejeté. A partir de ce moment, cet individu se montra tranquille, laborieux, silencieux, mais présentant toujours quelques singularités dans ses allures. 11 cherchait constamment àêtre seul. Les tentatives qu'on fit à diverses reprises pour le soumettre à la vie commune excitèrent vivement son irritabilité, et pour plus de sûreté on se décida à le laisser seul dans une cellule.
A quelques visites subséquentes des premiers experts dans la maison de détention, Stockhausen feignit de ne pas les reconnaître et se montra irrité. Il se plaignit de perte d'argent, d'accès de fnreur, de rêves fatigants. Son emportement ne connaissait pas de bornes quand on lui reprochait le vol qu'il avait commis. '
Le docteur Snell, après avoir exposé toutes les phases du procès avec une complète imparliahté, arrive enfin à
exprimer son opinion et il conclut à la simulation.
L'examen comparé des pièces détaillées de pareils procès judiciaires est évidemment d'un enseignement capital pour l'étude des maladies mentales. Car, en se plaçant au point de vue différent de chaque expert et discutant avec lui les raisons pour ou contre l'aliénation, on se forme un critérium qui peut servir pour des occasions analogues. On est même conduit à mieux approfondir certains symptômes essentiels qui peuvent apparaître d'une manière plus ou moins vraisemblable et à apprécier jusqu'à quel point ils peuvent dépendre de la volonté du simulateur. Car même chez l'aliéné on rencontre quelquefois des manifestations exagérées, simuléesou dissimulées parl'individusuivantles degrés divers de sa capacité volontaire et intellectuelle. M. le docteur Baillarger, dans une note de la traduction de Griesinger (p. 144), croit même qu'un homme peut avoir une véritable monomanie dont il n'a pas conscience et simuler dans un intérêt particulier une folie qu'il n'a pas.
Il serait à désirer que les rapports médico-légaux que le tribunal a en sa possession eussent plus de publicité dans l'intérêt de la science. Qu'il y ait simulation ou non, les conclusions dissidentes ne sont pas moins intéressantes et instructives.
Dans le cas de Stockhausen nous retrouvons précisément les différentes méthodes que nous avons signalées précédemment. Le docteur Richarz a employé la seconde; le docteur Bôcker avait pris le point de départ que nous avons reproché à la première et le docteur Herz s'est servi de la troisième. Le docteur Jacobi, qui
est intervenu aussi clans ce débat scientifique et judiciaire, a suivi une méthode plus conforme aux véritables idées qui doivent présider au diagnostic de la simulation (1).
En France, parmi les matériaux que nous avons recueillis nous ne trouvons guère qu'un cas de simulation où trois experts aient formulé des conclusions opposées à celles de trois autres experts. En même temps que MM. Bayard, Devergie et Boys de Loury examinaient l'état mental de M..., accusé de s'être approprié frauduleusement une somme de 16,000 francs et présentant des signes d'aliénation mentale, MM. Falret, Trélat et Manec furent appelés par les parents et le défenseur de M... pour constater la situation des facultés intellectuelles. Ou désirait , en provoquant l'interdiction de M..., le faire passer pour fou et le faire ainsi déclarer irresponsable du méfait précité. Les- trois derniers médecins conclurent au défaut d'intégrité de l'état mental. Toutefois l'avocat général Nouguier (23 janvier 1847)
(1) Il paraîtrait, d'après un mémoire de M. Nittermaier, sur les expertises médico-légales, mémoire traduit par M. H. Dagotiel, médecin en chef de l'asile de Stephansfeld, et inséré dans les Annales médico-physiologiques (1863), que Jacobi aurait déclaré plus tard, lorsqu'il revit en prison le condamné, s'être trompé en ne reconnaissant pas l'état d'aliénation.
Celte simulation aurait pu exister d'abord et avoir pour conséquence une véritable aliénation, comme nous le démontrerons dans le chapitre XI. Cet aveu, qui témoigne de la difficulté de la découverte de la simulation, ne prouve rien contre le vice de certaines idées préconçues ou de certaines bases de l'expertise médico-légale, vice sur lequel nous avons insisté dans ce chapitre et que nous considérons comme capable de fausser l'appréciation du véritable état mental.
après avoir étudié avec le plus honorable scrupule les éléments de cette délicate et singulière affaire, dans les conclusions qu'il a données h la cour a pensé qu'il ne résultait ni de l'enquête ni de l'opinion de MM. Falret, Trélat et ManecqueM... fût atteint d'aliénation mentale. Le rôle qu'il avait joué en son mutisme obstiné était la preuve de l'astuce et de l'énergie de cet homme. MM. Bayard, Devergieet Boys de Loury avaient d'ailleurs conclu à la simulation et avaient rapporté des faits qui motivaient cette conclusion.
Le rapport médico-légal de ces trois derniers médecins a été inséré dans les annales d'hygiène (1847). Nous n'avons pu nous procurer le rapport opposé.
Les recherches nombreuses que nous avons faites en étudiant la simulation de la folie nous ont mis à même de fournir la véritable solution d'un autre fait dont l'histoire est rapportée tout au long dans l'ouvrage de Marc (t. I). Cette observation ne laisse pas d'être très-instructive. Car elle montre combien est difficile dans certains cas la découverte de la simulation et qu'on ne doit négliger aucune ressource diagnostique. Nous avons appris que le nommé .Gilbert n'était qu'un simulateur adroit et rusé et qu'il avait fini par avouer que sa folie était feinte. Le premier rapport fait par Jacquerain rentre précisément dans la troisième méthode que nous avons blâmée, certaines preuves ne sont pas assez concluantes, parexemple l'opinion des autres criminels ; son enquête ne paraît pas suffisante pour permettre l'affirmation qu'il a cru devoir donner devant le tribunal. Le certificat oti Esquirol a pris part de concert
avec le médecin précédent est au contraire fait avec une grande réserve. D'après cela on peut voir qu'Esquirol émettait un certain doute puisqu'il demande un examen plus approfondi. Différents rapports ont été faits ensuite par Ferras, Ollivier d'Angers et Marc. Leuret, qui a fait subir un long interrogatoire reproduit dans le livre de Marc, quoique penchant pour la réalité de la folie, fait néanmoins remarquer la dissimulation si grande du prévenu. Cet interrogatoire trèsdétaillé qui prouve cette puissance de Gilbert à diriger ses réponses aurait dû donner l'éveil. Certains actes et certaines paroles méritaient une attention particulière. D'ailleurs la relation médicale nous fournit un mélange de symptômes qu'il est facile d'apprécier quand on la relit muni de connaissances suffisantes sur la folie et ses différentes formes. Nous reprochons aux médecinsexperts chargés de l'examen de Gilbert de n'avoir employé aucun procédé pour s'assurer de la réalité de la folie, ce qui eût abrégé de beaucoup la durée de l'épreuve du prévenu et eût conduit à un résultat contraire à celui qu'ils ont obtenu. Ce n'est qu'à la fin qu'une surveillance continue et bien faite a réduit à néant la volonté de ce criminel.
La longueur des détails donnés par Marc à cet égard m'obhge à résumer une grande partie de cette observation importante. Je l'ai complétée par les renseignements ultérieurs que je dois pour la plupart à l'obligeance de M. ledocleurProsper Lucas, médecin en chef à Bicêtre, et du surveillant en chef de sa section qui a vu et a suivi toutes les phases de la simulation de Gilbert.
Quatrième observation. — Le nommé Gilbert, voleur d'une très-grande habileté, était parti de Paris avec deux coquins comme lui, Jobert et Rodolphe, dans le but de se vendre à Reims pour y voler de concert un curé de cette ville, oncle de Jobert. A quelques lieues de Paris, ils s'arrêtèrent pour prendre le repas du soir dans une auberge. Le souper fini, le neveu du curé qu'on doit dévaliser déclare que c'est à lui de payer la dépense : Tiens, lui dit Gilbert, tu as donc le sac 1 — Mais oui, lui répond le compagnon, et il laisse voir une certaine quantité de pièces d'or qu'il tenait renfermées dans une ceinture de cuir cachée sous ses vêtements. On le laisse payer et l'on se remet en route, l'homme à la bourse en tête. Rodolphe, dit alors Gilbert au troisième larron avec lequel il marchait un peu en arrière, si tu es démon avis, nous n'avons pas besoin de nous traîner jusquà Reims ; puisque le camarade a le sac aux écus, faisons-lui son affaire et retournons à Paris. Rodolphe accepta sur l'heure et Gilbert, tirant un pistolet de sa poche, s'approche tranquillement du neveu du curé qui ne se doutait de rien et lui fait sauter la cervelle. On débarrasse le mort de la ceinture qu'il portait et on jette le cadavre dans un fossé de la route. 11 y fut retrouvé dès le lendemain matin à une si faible distance de l'auberge où les voleurs avaient pris leur repas, que le mort fut reconnu par l'aubergiste pour l'un des trois individus qu'il avait reçus la veille. La police, ainsi mise tout d'abord sur la piste, arrêta rapidement Gilbert et Rodolphe à Paris. Ils avaient encore une partie de l'argent volé à leur victime.
Après instruclion suffisante ils furent tous les deux renvoyés devant la cour d'assises. Mais sur ces entrefaites, quelque temps avant de comparaître, Gilbert fut attaqué d'une manie subite. 11 fut pris d'agitation violente compliquée de délire et d'hallucinations.
Le docteur Jacquemin, qui l'examina à la Force, fit un premier rapport oii il déclarait que Gilbert était dans un étal évident d'aliénation mentale. A la suite de ces conclusions, datées du 16 février 1838, Gilbert fut transféré à la Conciergerie. Le 28 février, Esquirol et Jacquemin furent commis par le président de la cour d'assises pour visiter de nouveau Gilbert.
Voici les termes qui terminent ce rapport :
« 1° Gilbert nous a présenté plusieurs symptômes caractéristiques de la folie. Dans une position sociale ordinaire, nous n'hésiterions pas à le déclarer aliéné ; mais, considérant que la gravité de l'accusation qui pèse sur lui lui donne un grand intérêt à simuler et qu'il a pu faire une étude de cette simulation dans les différentes prisons oii il a été détenu et en particulier dans celle de Bicêlre, nous craindrions d'affirmer que dans cet état il n'y ait rien de simulé;
" 2° Cette question de simulation pouvant laisser quelque doute, il est nécessaire que Gilbert soit soumis à une surveillance continue exercée par des hommes ayant l'habitude de vivre avec des aliénés et de les soigner;
«3° Dans la situation morale et intellectuelle où il se trouve il est impossible de le faire comparaître devant la cour d'assises ;
(( 4° En admettant l'existence de l'aliénation mentale.
elle nous paraît susceptible de guéfison et il y a lieu de croire que, par l'absence de toute complication et par l'influence de la belle saison, un traitement de trois mois ramènera la guérisou, ou qu'à cette époque on pourra se prononcer d'une manière affirmative sur l'état de ses facultés intellectuelles.
« Signé : Jacquemin, Esquirol. o
Les deux coupables amenés devant la cour d'assises, le 13 mars 1838, Gilbert continua à faire le fou. Après avoir répondu d'une manière juste aux questions relatives à son nom et à son âge, il répondit ensuite ainsi :
D. Quel métier faisiez-vous avant votre arrestation 1 — L'accusé se tournant d'un air hébété vers les gendarmes qui sont à ses côtés : Vous savez bien que je marchais à Reims.
D. Où êtes-vousnél — L'accusé se tournant vers le gendarme qui est à sa gauche : Qu'est-ce que tu as à dire., toi.%..
Lecture faite de l'acte d'accusation, l'avocat général demandant une nouvelle visite, la cour donne au docteur Jacquemin la mission d'examiner l'accusé Gilbert pour être son rapport fait séance tenante. Ce médecin conclut à la réalité de la folie et à la nécessité d'un traitement. On proroge l'affaire quant à Gilbert et il est passé outre aux débats à l'égard de Rodolphe. Celui-ci seul en cause allègue pour sa défense que Gilbert a fait le coup de lui-même, à l'improviste, sans le prévenir de rien ; qu'il est innocent du meurtre et qu'on ne peut lui reprocher que d'avoir consenti à profiter du crime
et à recevoir une part de l'argent volé. L'absence de Gilbert dont la présence n'avait pas été jugée nécessaire en raison de l'état mental, l'impossibilité de toute confrontation, de toute contradiction venant en aide à son dire, Rodolphe ne fut condamné qu'aux travaux forcés à perpétuité.
Gilbert fut envoyé à Bicêtre aux soins du docteur Ferrus alors médecin en chef. Ce criminel continua son rôle de maniaque. 11 se balançait comme un ours dans sa loge, feignait des hallucinations, refusait parfois de manger et se vautrait même dans ses excréments; il affectait un air extrêmement craintif, reculait quand on l'approchait. Il redoutait le moindre geste et se mettait en garde comme pour éviter un soufflet. Ses yeux étaient hagards, ne se fixaient jamais sur aucun objet. Il y avait même un peu de strabisme et une mobilité extrême des yeux. Ce manège suivi avec un talent et une persistance incroyables se prolongea pendant des
mois,jusqu'aujouroù,instruit du jugement de son complice et de son résultat et croyant avoir suffisamment endormi la surveillance, il se calma peu à peu. Dans un.certificat sur l'état de cet individu où est jointe la reproduction d'un interrogatoire fait par Leuret, le docteur Ferrus croyant à la réalité de la folie constate que, depuis le 26 juillet, Gilbert est redevenu peu à peu raisonnable et que depuis cette époque sa raison n'a été aucunement altérée.
En conséquence de cette attestation , Gilbert fut traduit, le 29 novembre 1838, devant la cour d'assises de la Seine.
Marc assista à une partie des débals et parliculièremenl à l'interrogatoire de cet accusé. Il l'observa avec beaucoup d'attention sans pouvoir découvrir en lui la moindre trace d'un désordre mental. Gilbert chercha à faire prévaloir les mêmes raisons que Rodolphe avait invoquées pour rejeter la faute sur son complice. « Il chercha, écrit Marc, à combattre les charges accablantes qui s'élevaient contre lui, avec beaucoup de sang-froid et de ruse, m^ais surtout avec une dissimulation remarquable et dont il avait déjà fait preuve à Bicêtre, pendant l'interrogatoire que le docteur Leuret lui avait fait subir à une époque oti la raison n'avait reparu que pendant vingt-quatre heures et n'était pas à beaucoup près aussi consolidée qu'au jour de sa mise en jugement. »
Gilbert, condamné à la peine capitale, retomba en moins d'une heure dans un nouvel accès de manie sur lequel Ollivier d'Angers et Marc furent chargés de statuer.
Seize jours après l'invasion maniaque, le 23 décembre 1838, ces médecins conclurent à la réaHté de la folie :
r Parce que Gilbert a déjà été ahéné avant sa condamnation et sans qu'il y ait eu feinte ;
2° Parce que dans les variétés de la forme de folie dont il a été atteint, il existe une certaine analogie qui ne saurait être simulée que par une personne instruite et qui aurait fait une étude profonde des maladies mentales;
3° Parce que plusieurs signes extérieurs que nous
avons indiqués et qui ne peuvent être contrefaits dénotent la réalité de l'exaltation maniaque ;
4° Enfin parce que l'absence presque .complète de sommeil depuis que Gilbert est au dépôt des condamnés, son agitation et sa loquacité qui sont les mêmes la nuit que le jour , ne peuvent se concilier avec la. simulation.
Ollivier d'Angers et Marc conclurent que, pour observer cet individu avec plus de suite et pour s'occuper des moyens de le guérir, s'il était possible, il était indispensable de le transférer dans un hospice d'aliénés.
Le 3 janvier 1839 Ferrus constatait dans un nouveau certificat un état de délire maniaque très-caractérisé et très-intense.
L'état de Gilbert, pendant son second séjour à Bicêtre, varia peu jusqu'à l'époque de sa fuite. A des accès d'agitation toujours accompagnés d'hallucinations succédèrent des retours deremittenceetmême de lucidité, pendant lesquels il fit plusieurs tentatives de suicide et d'évasion dont la dernière réussit (le H avril 1839).
il s'évada un matin de la Sûreté avec 1 aide d'un de ses camarades et se cacha dans les bois de Meudon. 11 y vécut on ne sait trop de quoi ni comment ; puis revint à Paris chez un de ses parents, pour y changer de linge et y prendre de l'argent dans le but de s'éloigner. Mais il fut aussitôt reconnu et arrêté le 19 avril.
Les docteurs Ollivier d'Angers et Marc furent de nouveau chargés de faire un rapport sur la situation mentale de ce condamné.
Les conclusions confirment celles que nous avons
reproduites précédemment : la non-simulation de Gilbert. Celui-ci avait donné des détails circonstanciés sur son évasion de manière à faire croire qu'il avait été décidé à se sauver parce qu'un aliéné lui répétait continuellement : Gilbert, on te guillotinera demain. D'ailleurs il proteste contre toute participation à l'assassinat de Jobert.
Après certaines considérations qu'il serait trop long de reproduire ici et qu'on pourra lire dans tout leur développement dans l'ouvrage de Marc, Ollivier d'Angers et Marc admettent que Gilbert est dans un intervalle lucide analogue à ceux qu'il a déjà présentés à Bicêtre avant et depuis sa condamnation ; que le contact des aliénés pourrait exercer sur lui une influence fâcheuse et qu'il devrait être transféré dans une prison où il pourrait être soumis, si on le jugeait nécessaire, à l'observation ainsi qu'aux soins des médecins.
A lasuitcde ce rapport, la condamnation capitale de Gilbert fut commuée. Le calme de l'esprit et la lucidité des idées continuèrent. Il fut ramené à la Conciergerie. Toutefois l'espoir d'une évasion plus facile à Bicêtre qu'au bagne lui donnal'idée de simuler de nouveau l'aliénation. 11 réussit à se faire reconduire à Bicêtre. Mais cette fois, parfaitement édifiés sur le compte de ce brigand, les gardiens ne le quittèrent plus d'une seule minute. Il ne sortait de sa loge qu'en camisole de force. Las, au bout de quelques mois, de cet invariable régime de surveillance qui, en compensation de toutes ses rigueurs, ne lui laissait même pas l'espérance de la fuite, Gilbert insista pour voir son avocat. Il lui fit l'aveu qu'il
avait simulé la folie pour se faire reconduire àBicêtre, où il se trouvait mieux que dans la prison et d'oti il avait l'espoir de s'évader, mais que, reconnaissant que toute évasion était devenue impossible et ne pouvant plus tenir au traitement qu'il était condamné à subir, il réclamait son droit d'être reconduit au bagne, dont la vie allait mieux à ses goûts que celle qu'il menait à la Sûreté.
M. le docteur Devergie (1) propose un critérium pour la recherche la plus exacte de la véritable situation psychique. Le médecin-expert devrait faire en même temps deux hypothèses relatives à l'appHcation de l'acte sou- * mis à son appréciation. Il devrait supposer : 1« que l'individu est criminel; 2° que l'individu est aliéné. Celle de ces hypothèses qui se rapprocherait le plus de la vérité expliquerait sans difficulté tous les phénomènes signalés et leur évolution naturelle, tandis que l'autre offrirait une série d'invraisemblances qui choqueraient notre jugement et qui s'éloigneraient de l'état véritable. Eu étudiant le fait à ces deux points de vue, M. Devergie pense que le doute s'évanouirait facilement, que la conviction se raffermirait et la conséquence serait l'énonciation précise de la vérité.
Ce travail comparatif que propose M. Devergie n'est autre chose que celui qui constitue l'opération mentale qu'on appelle raisonnement, jugement, etje ne vois pas qu'on doive faire uneméthodeparticulière des conditions essentielles appartenant à une bonne logique. Suivant
(1) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 2« série, t. II.
nous, la meilleure méthode est de se reporter aux principes que nous avons émis brièvement sur la folie. C'est de leur observance qij'il sera possible d'arriver à l'exactitude la plus grande. C'est eu groupant les symptômes entre eux dans l'ordre oii ils se présentent, et en comparant cet ensemble aux groupes que nous fournit l'étude clinique de la folie; c'est en le rattachant aux états physiologique et pathologique antérieurs, en suivant le mode d'action des différentes causes, la marche et l'évolution des transformations qui ont pu s'opérer dans des conditions très-variées, qu'on arrivera à déterminer la situation mentale actuelle et celle qui existait au moment où l'acte incriminé a été commis.