‹ Etude médico-légale sur la simulation de la folieChapitre 41 sur 53 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Folie simulée par des imbéciles.

On ne doit pas confondre les fous et les imbéciles. — Distinction de l'idiotie et de l'imbécillilé. — Principaux caractères de l'idiotie. — Principaux caractères de l'imbécillité. — Simples d'esprit. — Quelques'.imbéclles cherchent à simuler ou plutôt à exagérer leur imbécillité. — Vingt-huitième observation. — Vingt-neuvième observation. — On ne saurait trop étudier les imbéciles au point de vue psychologique. — Leurs actes présentent des caractères particuliers. — La ruse est un phénomène instinctif. — On doit y distinguer le but et les moyens employés pour arriver à ce but.

Il est certains déshérités de la nature qui ne sauraient être considérés comme fous ou atteints de folie, ' proprie inter dementias non connumerantur , dit avec raison Paul Zacchias. Ce sont ceux désignés en général sous le nom d'idiots et d'imbéciles. Le médecin romain nous apprend (livre II, tit. I, quest. VII), qu'à cette époque les jurisconsultes avaient établi plusieurs divisions de ces individus, d'après lesquelles ils appliquaient les mesures pénitentiaires. Paul Zacchias distingue surtout deux espèces {macarones et fatui). Nous ne le suivrons pas dans l'énumération de ces deux classes de débilités intellectuelles, ce qui nous entraînerait trop loin. Nous accepterons la distinction des idiots et des imbéciles, tout en admettant des subdivisions comme l'ont fait certains auteurs ; car, depuis l'oblitération la plus complète de l'intelligence jusqu'à la faiblesse d'esprit, il y a des nuances infinies.

Pour nous, l'idiotie est congéniale ou le résullat d'accidents survenus dès les premiers temps de la vie. Les idiots sont des êtres dégénérés, bien reconnaissables à leur conformation défectueuse, à la forme du crâne, à leur démarche et au manque plus ou moins complet des manifestations intellectuelles, manifestations bornées à des phénomènes instinctifs plutôt qu'intellectuels, et encore, ces phénomènes sont-ils frappés au cachet de l'altération de la myotilité, delà dépravation du goût et de l'odorat. Seguin fait remarquer que les instincts des idiots sont doux et tranquilles, peu agressifs surtout relativement aux personnes. L'idiot aime à détruire, ou à ranger, ou à gratter, ou à frapper méthodiquement. Les choses sont le but de son acti- • vité. Pourtant, ordinairement apathiques, ces individus ne recouvrent une énergie momentanée que pour s'abandonner à des accès de colère. Leur vocabulaire est très-restreint. On distingue parmi eux ceux qui sont bornés pour ainsi dire à l'automatisme.

L'imbécillité résulte de causes accidentelles toujours postérieures à la naissance de l'enfant ou d'un vice héréditaire. Elle se produit quelquefois subitement, d'autres fois progressivement. C'est un arrêt des facultés intellectuelles au moment oh elles commençaient à se développer.

L'imbécile n'offre quelquefois pas d'anomalie de conformation bien manifeste et quelques-uns paraissent être comme tout le monde. Toutefois dans la grande généralité nous trouvons la tête petite. L'imbécile jouit de facultés intellectuelles et affectives, mais

à un degré plus faible que l'homme parfait, et ces facultés ne sont développées que jusqu'à un certain point. Le jugement est erroné, l'imagination nulle ou trèspauvre. On remarque à peine la production de ces idées de contraste ou idées intermédiaires qui appellent l'intervention du raisonnement. Les imbéciles se trouvent dépourvus en partie des instruments rationnels de l'entendement, mais non pas des incitations aux passions ' égoïstes et sociales, comme la haine, la cupidité, la vengeance, le fanatisme, etc.... Ils ont des sympathies et des antipathies personnelles suivies de manifestations extrêmes qui peuvent aller jusqu'à la violence, jusqu'au délire, jusqu'au crime. C'est pour cela que l'imbécile doit être considéré comme dangereux et doit être surveillé pour le mal qu'il peut faire ou qu'on peut lui faire faire à ses semblables. Mais, en outre, sujet plus que l'idiot à des emportements et à des mouvements de colère, il est menteur, hypocrite et capable d'une dissimulation assez grande, quoiqu'il soit pourtant poltron et sans initiative.

On a fait de la classe la plus élevée de ces imbéciles une catégorie qu'on désigne sous le nom de simples d'esprit qui se rapprochent le plus des gens raisonnables. M. le docteur Trélat, dans son livre si intéressant sur la folie lucide, a cité quelques exemples de ces individus imbéciles ou faibles d'intelligence qui réclament l'appréciation d'une observation éclairée. Cet habile aliéniste fait remarquer que le développement des aptitudes peut aller assez loin. Aussi l'imbécillité est-elle quelquefois très- difficile à constater. Certaines facultés

peuvent être développées, très-développées même, malgré la nullité complète d'autres facultés plus essentielles.

Il n'entre pas dans notre sujet de parler des crétins et des différentes dégénérescences de l'espèce humaine qu'a signalées M. le docteur Morel. Les quelques mots que nous ayons dits sur l'idiotie pour la différencier de l'imbécillité nous paraissent suffire et nous avons surtout à cœur de nous entretenir de certains individus appartenant à cette dernière catégorie. Nous désirons montrer que, malgré l'imperfection intellectuelle décrite par les moralistes et les médecins qui se sont occupés de l'idiotie et de l'imbécillité, on remarquechezces individus imbéciles ou simples d'esprit des degrés divers de simulation de folie. Quelques-uns, après avoir commis une faute, un vol ou un autre méfait, ont encore assez d'empire sur eux-mêmes pour profiter de ce qu'ils avaient pu entendre dire maintes fois autour d'eux, qu'un fou ou qu'un imbécile ne savait pas ce qu'il faisait et ne pouvait être coupable, ou quelques phrases analogues ayant la même signification. En causant avec eux, en les questionnant sur le châtiment qu'entraînerait tel ou tel acte consommé par eux, il est vraiment étonnant de rencontrer des réponses qui annoncent qu'ils savent qu'ils sont irresponsables parce qu'ils sont niais, simples d'esprit , imbéciles, etc.. Quelques imbéciles en effet ont assez de finesse et de ruse pour tâcher de simuler ou plutôt pour exagérer leur imbécillité.

. Voici la copie d'un rapport qu'a bien voulu me com-

FOLIE SIMULÉE PAR DES IMBÉCllLES. 335

muuiquer M. le docteur Lunier, inspecteur général des

asiles d'aliénés :

Vin (jt-huitième observation ...

Je soussigné, médecin en chef, directeur de l'Asile d'aliénés de Blois, invité par M. le Procureur impérial près le tribunal civil de Blois à donner mon avis sur l'état mental du sieur Soudée, Vincent, accusé d'incendie volontaire, après avoir pris communication des pièces du dossier et avoir examiné le prévenu à plusieurs reprises, ai rédigé le rapport sommaire qui suit :

1° Soudée avant le 30 mars 1862.

Soudée, dont la mère, un frère et une sœur ont été aliénés, serait lui-même depuis longtemps, d'après les renseignements qui m'ont été fournis et a même probablement toujours été dans un état habituel de faiblesse d'es]3rit, d'idiotie incomplète, caractérisé notamment par les symptômes suivants.

Soudée, n'a jamais pu rien apprendre ni su comparer entre eux deux objets, moins encore distinguer le bien du mal. Il oubliait du jour au lendemain les quelques notions qu'à force de patience on était parvenu à lui inculquer ; ce qui cependant n'excluait pas chez lui un certain degré de ruse et de finasserie.

D'un caractère boudeur, capricieux, maussade, d'allures fantasques, triste ou gai sans motifs, fainéant, entêté par instants bien que sans énergie, Soudée s'adonnait assez fréquemment à la boisson»

Tel est dépeint Soudée par les personnes qui l'ont connu avant son arrestation, tel du reste j'eusse présumé qu'il devait être à le voir aujourd'hui.

2° Souciée au moment et immédiatement après l'incendie.

Soudée avoue son crime, il dit même avoir mis le feu par vengeance, mais sans préméditation. Il semble l'avoir fait sous l'impulsion du moment et sans se rendre bien compte des malheurs qui pouvaient en résulter. Arrêté presque immédiatement, il entrevoit le châtiment ; il a peur et se jette dans la rivière. Il n'échappe à la mort que par des circonstances indépendantes de sa volonté.

3° Soudée en prison.

Soudée à peine en prison se rétracte et se dit innocent, 11 semble avoir oublié qu'il a nettement déclaré, et cela presque publiquement, qu'il était l'auteur 'de l'incendie.

M. le docteur Dufay, médecin de la prison, n'a point observé chez Soudée de signes d'aliénation mentale; il lui a seulement trouvé l'esprit très-borné. Mon impression fut la même lorsqu'il y a trois mois j'allai visiter Soudée à la prison avec M. le Président des assises. Je constatai de plus quelques signes physiques de nature à éveiller mon attention, et dans l'impossibilité où j'étais de pouvoir me prononcer immédiatement sur l'état mental de cet homme, je demandai son transfèrement à l'asile d'aliénés où il est encore aujourd'hui.

4° Soudée à l'asile.

Soudée au moment de son entrée à l'asile, le 5 juin 1862, était dans l'état suivant :

Au physique : amaigrissement général ; pâleur de la face, yeux baissés, regard défiant et en dessous; dé-

marche lente et en apparence pénible; corps plié sur les jarrets, bras pendants ou croisés sur la poitrine; extrémités froides et cyanosées , pouls petit et lent — tous signes de prostration et d'abattement.

Au moral : il paraît y avoir chez Soudée absence presque complète d'activité intellectuelle et de manifestations extérieures de la pensée. Celle-ci ne se traduit guère chez lui que par un gémissement sourd et anxieux, une espèce de grognement plaintif. On obtient à grand'peine quelques paroles exprimant la crainte : Je sais bien qu'on veut me faire du mal. . . , ou le désir de passer pour malade : Je suis malade; ma mère, mon frère et ma sœur l'étaient bien.... Je suis comme eux, ou bien, Je n'ai pas mis le feu; je souffre de la tête, des jambes et de l'estomac ; faites de moi ce que vous voudrez, tout cela dit à voix basse et entrecoupé de gémissements.

Depuis son admission, Soudée est presque constamment resté le même. Il est sombre, taciturne, et il n'adresse guère la parole aux gardiens que pour leur demander à boire ou à manger. Il reste toute la journée couché dans la cour. II ne répondait point d'abord aux taquineries de ses compagnons d'infortune, mais il n'a pas tardé à se révolter, et il s'est même battu un jour avec un autre malade. Ce jour-là, il remuait à merveille bras et jambes. Du reste, le lendemain, Soudée nous a raconté tous' les incidents de la dispute avec lucidité quoique toujours à voix basse, et il s'est parfaitement défendu d'avoir été l'agresseur. Dès que Soudée nous aperçoit, il se met à trembler

de tout son corps, à fléchir davanlage les jarrets et à faire entendre ce gémissement plaintif dont j'ai parlé plus haut ; en un mot, tous les symptômes de mélancolie et de prostration physique et intellectuelle s'aggravent presque instantanément. Tant que nous restons dans la division. Soudée nous suit des yeux en nous regardant en dessous. Quand j'entre seul et que je vais droit à lui dans la cour, il regarde la porte avec anxiété comme s'il craignait qu'on ne vînt le chercher. Il est évident pour nous que Soudée a peur du châtiment et que la volonté n'est pas étrangère à cette aggravation de symptômes d'une prostration mélancolique dont on ne peut d'ailleurs nier l'existence et qui me paraît avoir été déterminée chez Soudée par la crainte d'être condamné.

Des considérations sommaires qui précèdent, il résulte que.

1° Soudée est et paraît avoir toujours été faible d'esprit;

2° Il est de plus aujourd'hui sous le coup d'une prostration mélancolique entée pour ainsi dire sur cet état habituel de faiblesse d'esprit et déterminé probablement par la crainte du châtiment.

3° Soudée sait que de notre examen et de notre appréciation peut dépendre son acquittement ou sa condamnation • il se dit et se fait plus malade qu'il n'est réellement; mais cela si maladroitement que cette demi-simulation n'est pour nous qu'une preuve de plus de la faiblesse de son intelligence.

4° Soudée ne nous paraît pas devoir être déclaré complètement irresponsable de ses actes ; mais il ne peut être non plus considéré comme jouissant entièrement de son libre arbitre.

5" Soudée appartient à cette catégorie d'individus qu'on ne devrait point, à mon avis, laisser libres et qu'il faudrait interner dans, des asiles d'aliénés, ou mieux encore, dans des établissements spéciaux qui tiendraient cl la fois de l'asile et de la prison.

En foi de quoi, j'ai rédigé le présent rapport que je déclare conforme à la vérité.

J'emprunte un autre fait à M. le docteur Billod qui l'a fait insérer dans les Annales médico-psychologiques (1851). Je résume ce rapport.

Vingt-neuvième observation. — La nommée Marie- Louise, détenue à la maison d'arrêt sous l'inculpation d'incendie volontaire de bois taillis sur pied, fut soumise à l'examen de M. le docteur Billod ; après deux visites faites à la prison, la prévenue n'ayant répondu à l'interrogatoire que par des pleurs ou des apparences de pleurs, des sanglots, des phrases entrecoupées, contradictoires et sans nul rapport avec les questions qui lui étaient adressées et auxquelles elle s'obstinait invinciblement à ne pas vouloir répondre, fut conduite à l'asile de Sainte-Gemmes pour être l'objet d'une observation plus approfondie,

La susnommée, fille naturelle, âgée de 25 ans, est une grosse fille de campagne, de petite taille, aux yeux bleus et petits, exprimant l'astuce, à la face ronde, bouffie et inintelligente, d'un tempérament lymphati-

que, d'une constitution assez robuste, mais d'une nature lente et molle. Cette fdle a exercé depuis dix ans l'état de domestique et spécialement de vachère dans plusieurs maisons, et, en dernier lieu, chez M. Morin, dans le bois duquel elle a commis le délit d'un incendie volontaire et chez qui elle n'était que depuis dixhuit jours. Les divers témoignages qui ont été recueillis, s'accordent à la faire considérer comme faible d'esprit, mais comme offrant un certain entêtement de caractère, au demeurant, ayant assez convenablement fait son service dans toutes les maisons où elle a été employée. Il n'existe dans la famille aucun aliéné idiot, épileptique. Les manifestations de cette fille sont particulièrement instinctives et irraisonnées. L'obstination à ne pas répondre aux questions ou à n'y répondre que par des mensonges évidents, par des contradictions flagrantes et rapprochées, prouve bien le caractère plus instinctif qu'intelligent de la ruse qu'exprime sa figure inintelligente. D'ailleurs, elle ne sait ni lire ni écrire ; son éducation a dû être aussi négligée que son instruction.

Depuis son entrée dans l'établissement, Marie-Louise a cessé de pleurer et de sangloter. Elle répond à toutes les questions qu'on lui adresse, si ce n'est sur ce qui touche à son crime. Elle travaille convenablement, est d'ailleurs polie, douce et soumise. Soit à l'aide de l'intervention des religieuses, soit à l'aide de l'intimidation par la douche, on a obtenu enfin quelques aveux. Il résulterait que c'est la jalousie qui l'a conduite au crime dont elle a été inculpée. Aimant son maître sans le lui

faire savoir, elle se serait prise de jalousie pour une seconde domestique nommée Louise, que celui-ci lui préférait. Il paraîtrait qu'en mettant le feu chez M. Morin, elle avait' pour double but de se venger de celui-ci à cause de sa préférence pour Louise et de faire accuser cette dernière.

Après ces détails arrachés parla crainte de la douche, Marie-Louise s'est sentie comme humiliée et a répandu de véritables larmes. Jusque-là elle s'était obstinée à ne pas vouloir répondre aux questions, ou si elle répondait, c'était toujours par des phrases comme cellesci : J'ai eu bien tort, j'en suis bien fâchée^ je vous demande bien excuse, c'est par faiblesse, c'est par bêtise, je suis pauvre d'esprit, etc. Sa voix en même temps était larmoyante. On eût cru qu'elle pleurait, mais ses yeux étaient secs. Pressée de répondre directement, ses réponses se contredisaient coup sur coup.

D. Savez- vous lire et écrire? — R. Non.

D. Savez-vous compter? — R. Non.

D. Comment faisiez-vous alors pour recevoir votre paye? — R. C'est ma mère qui la recevait.

D. Reconnaissez-vous cette pièce (on lui montrait une pièce de cinquante centimes)? — R. Non.

D. Et celle-ci (dix centimes) ? — R. Non.

D. Comptez sur vos doigts. — R. Je ne sais pas.

Suspectant la vérité de ces réponses, M. Billod la pressa et la menaça de la douche. Elle nomma alors les pièces qu'un instant auparavant elle avait dit ne pas reconnaître, et elle prouva qu'elle comptait passablement.

Il résulte de ces faits que la dissimulation est un système suivi par l'inculpée, sinon avec intelligence, du moins avec une incontestable persévérance.

De l'observation de celte fille et de l'analyse psychologique la plus attentive, M. le docteur Billod reconnut une faiblesse des facultés intellectuelles sans aucune trace de délire, le jugement était manifestement lésé, le sens moral incomplètement développé, et chez cette personne, la satisfaction des instincts tendait à devenir d'autant plus fougueuse et désordonnée, que la raison ne lui faisait pas contre-poids. En un mot, cette faiblesse mentale était sur la limite de l'imbécillité au premier degré de l'idiotisme.

On ne saurait trop étudier au point de vue psychologique les individus du genre de ceux dont je viens de citer deux observations. Ils sont fréquents dans certaines classes de la société où il est possible de les employer aux gros travaux. Leurs actes présentent des caractères particuliers.

J'ai eu, pour soigner mon petit ménage de garçon, alors que j'étais médecin adjoint à l'asile d'aliénés de Quatremares, un individu de la catégorie des simples d'esprit, et à qui la tutelle de l'asile convenait parfaitement, tandis que chez lui il était incapable de gagner sa vie et vagabondait. Ce garçon, que je voyais sans cesse, offrait précisément toutes les manifestations psychiques que j'ai signalées brièvement à propos de l'imbécillité; je n'ai pas constaté les tendances au vol, aux actes de violence, mais des antipathies personnelles non motivées, de l'entêtement, et s'il lui arrivait quel-

que faute ou quelque maladresse qu'on dût lui reprocher, le silence et le mensonge étaient des ressources infaillibles.

Je crois devoir insister sur ce caractère des simples d'esprit et des imbéciles. Quand ils ont commis un méfait, ils ne disent rien, s'obstinent à garderie silence^ ou à nier sans avoir recours à des subterfuges ou à des mensonges nombreux très-détaillés. Quandils mentent, ce qui est très-fréquent, ils n'ajouteront pas à leur narration les incidents les plus variés, en un mot ils mentent niaisement.

A la fin de son rapport, M. le docteur Billod s'est demandé si la ruse ne supposait pas toujours l'intelligence. C'est en effet aussi l'objection que ne manqueront pas de se faire ceux qui auront lu ces deux observations. Le médecin-directeur de l'asile de Sainte- Gemmes, applique précisément sa réponse au cas dont il s'agit et fait observer qu'il est essentiel de distinguer le but et les moyens employés pour arriver à ce but. La ruse est un phénomène instinctif que l'on rencontre chez les animaux ; mais l'on voit bien que les moyens employés ne sauraient partir du raisonnement des faits. Leurs ennemis naturels les poursuivent toujours d'une certaine façon, et il est si vrai qu'ils emploient les mêmes procédés pour les déjouer, que c'est avec la connaissance de ces ruses des animaux que l'homme fait tomber facilement dans ces mêmes procédés les animaux qu'il poursuit et en profite pour les saisir. Chez l'imbécile, oîi la vie instinctive l'emporte de beaucoup sur la vie intellectuelle, cette ruse n'est pas moins une

impulsion naturelle. Mais il y manque la circonspection ou l'addition d'un raisonnement ajjproprié suffisamment aux différentes circonstances. C'est encore dans l'inspection rigoureuse des différents actes et dans les conditions concomitantes que l'on trouvera le critérium et la valeur de cette ruse. M. Biilod a comparé la ruse de Marie-Louise à celle de l'autruche qui se croit abritée contre les coups du chasseur lorsqu'elle a sa tête cachée sous ses ailes. C'est le meilleur caractère qu'on puisse donnera l'emploi de la simulation delà folie par les imbéciles.

On reconnaîtra avec moi, je n'en doute pas, que la simulation chez ces individus offre des caractères assez tranchés pour justifier la distinction que nous avons faite. Les considérations que nous avons consacrées à l'exposition rapide de cette distinction nous paraissent suffire pour la démontrer.

Page 1