‹ Etude médico-légale sur la simulation de la folieChapitre 6 sur 53 · HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ

« La disposition héréditaire mérite d'être placée en tête des causes de la folie. Car elle joue un rôle si marqué dans la production de cette maladie, que, toutes les fois qu'il y a possibilité dans une enquête médico-judiciaire de démontrer sou existeuce, elle suffit presque

seule pour établir la réalité d'une lésion de l'entendement, ou du moins pour affaiblir considérablement la vraisemblance d'une simulation. »

La connaissance de cette opinion formulée par Marc (1), opinion que nous partageons presque entièrement, offre au simulateur un appui qu'il peut très-souvent invoquer suivant le sens que l'on donne à l'expression , disposition héréditaire. 11 convient donc de développer notre manière de voir à ce sujet. Par hérédité doit-on comprendre toutes les maladies nerveuses ou l'aliénation mentale seulement ?

Si les parents atteints d'une maladie nerveuse quelconque, nervosisme , hystérie, épilepsie, hypochondrie, etc., transmettent infailliblement un état moral particulier qui doit devenir un degré plus ou moins avancé de folie, puis donner naissance à une folie plus confirmée ou à des uévropathies de toute espèce quand il ne dégénère pas en folie, il y a là évidemment* une conclusion nécessairement fatale. 11 suffira même d'une maladie nerveuse chez le ou les parents d'un criminel pour faire admettre une disposition héréditaire.

On ne saurait en étudiant l'individu tout entier passer sous silence cetteinfluence occulte qui agit sur le développement de l'être organisé, et qui nous montre la transmission héréditaire comme partant d'un individu sain. Il y a des lois qui président à la santé. Il est des hommes qui, par une rigoureuse observance de ces lois, ont joui toute leur vie d'une bonne santé et qui meu-

(1) De la Folie, elc... l. I, p. 285.

rent de vieillesse, sains de corps et d'esprit. Les maladies proviennent donc d'une infraction à la juste mesure des aciious physiques et psychiques. Une disposition morbide ou un état morbide se développe. Cette disposition a chez ce sujet une certaine force en rapport avec la puissance vitale de ce même individu. La disposition morbide se transmet chez les descendants suivant la force qu'elle possède, ou elle s'use en se transmettant ; elle s'atténue peu à peu par la rencontre de dispositions neutralisantes, ou bien elle va croissant par l'addition d'éléments favorables à cet accroissement pour aboutir à la dégénérescence, et finalement à l'extinction de l'espèce. La disposition morbide peut donc être considérée . comme une force dont le développement parcourt une ou plusieurs générations, et finit par s'éteindre pour être remplacée quelquefois par une autre. Elle se localise en un point quelconque de l'économie.

C'est cette manière d'envisager la transmission héréditaire qui nous paraît devoir servir de base à nos jugements médicaux, et nous acceptons, en grande partie, les idées réagissantes que M. le docteur Prosper Lucas a développées à la fin de son remarquable ouvrage. Traité philosophique et physiologique de ï hérédité naturelle.

Si, partant de ces notions générales, nous transportons leurs applications au sujet qui nous occupe et les comparons avec les résultats que les observateurs nous fournissent, nous ne devons voir dans ce qui a été ério-é en loi générale des névroses que le pire côté de la genèse de ces affections. On ne doit pas ignorer les beaux

travaux de Baillarger (1), Giulrac (2), Morel (3), Moreau (4, de Tours), etc...., sur la transformation des névroses. Mais il importe de ne pas annihiler la force de réaction qui appartient à tout organisme, comme je l'ai dit ailleurs (5). La disposition morbide a pu s'user dans une seule génération. Par suite d'une marche que la physiologie pathologique ne peut expliquer, cette même disposition morbide peut arrêter soudain son développement et laisser indemne une génération. Ainsi, comme des faits nombreux le prouvent, l'enfant d'un père ou d'une mère atteint d'affection nerveuse peut ne pas hériter de cette atTection ou de sa transformation; le fils ou le parent d'aliénés n'est ou ne devient pas nécessairement aliéné.

Nous comprendrons, sous le nom de disposition héréditaire à l'aliénation mentale , le cas oti les parents auront été atteints de cette maladie. Quand les parents auront eu quelque autre névrose, nous dirons qu'il y a disposition aux maladies nerveuses, disposition qui pourra amener la folie suivant les conditions dans lesquelles aura lieu le développement de cette même disposition.

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