LÉSIONS DE LA TÈTE ET DE LA FACE
Je ne crois pas utile d'insister sur les traces de contusions diverses, qui peuvent se montrer sur le
LUN 8 corps et qui, témoignant de la lutte soutenue par la victime, se rattachent à des violences générales. Mais ilest impossible de ne pas mentionner, d’une manière toute spéciale, les coups à la tête et les blessures qui compliquent si souvent la strangulation. « Il semble, nous dit Tardieu, que la plupart des meur- -triers, par un concert odieux, se rencontrent tous dans la mème pensée, et cherchent, par un premier coup porté sur la tête, à étourdir la victime, qu'ils -achévent en l'étranglant. »On devradonc en exposer soigneusement la situation, la forme, le nombre, -l'étendue, la nature et la direction. | Le plus ordinairement chez les étranglés, la face est tuméfiée, rougeâtre ou violacée. Fidelis à dit, en effet: « Item facies non equidem pallet, sed violacei et tanquam purpuri est coloris ». On y voit l'expression de la mort violente; les lèvres et les oreilles sont bleuâtres, mais ici une distinction doit étrefaite suivant le mécanisme et la rapidité de la mort. La face peut être pâle et cela d'autant plus que l'attaque a été plus prompte et la résistance plus rapidement éteinte. La compression des carotides entravera la congestion qui sera favorisée, au contraire, par une pression médiocre, n'intéressant que les vaisseaux veineux. Ce qui congestionne surtout la face, ce sont les efforts désespérés de la victime ; aussi n'est-il pas étonnant de voir la congestion manquer souvent dans la strangulation manuelle, qui amèéne la plupart du temps une mort rapide, sinon foudroyante. L'altération de la physionomie sera d’ailleurs d’autant moins accentuée que la victime sera moins
robuste. Chez les nouveau-nés, par exemple, elle n'existera qu'à un faible degré. Ajoutons que cette altération peut se modifier dansles premières heures qui suivent la mort.
D'après Tardieu, le signe le plus constant serait la formation d'ecchymoses très nombreuses et de très petites dimensions sur la face, sous la conjonctive, au-devant du cou et sur la poitrine ; l'aspect pourpre de ces taches leur a valu, de la part de M. le professeur Lacassagne, le nom de « piqueté scarlatin ». Il est vrai qu'elles peuvent se rencontrer dans un assez grand nombre d'accidents épileptiques ou éclamptiques, à la suite d’un accouchement laborieux, mais nulle part ailleurs ces taches ne sont plus fréquentes, plus tranchées, plus significa tives.
Les lèvres sont cyanosées; Maschka accorde plus d'importance à cette teinte violacée qu'à la congestion de la face, de même qu'aux taches ecchymosiques et à l’'écume blanchitre ou sanguinolente qui s'écoule de la bouche et des narines. La langue est proéminente, gonflée, noirâtre, sortant de la bouche et serrée entre les dents ou tout au moins appliquée contre les arcades dentaires; souvent on y reconnait l'empreinte des dents, phénomène qui se rencontre rarement dans la pendaison.
Les yeux sont ouverts ou demi fermés, injectés, saillants, la pupille dilatée. L'infiltration sanguine de la conjonctive a été souvent notée. Les ecchymoses des conjonctives doivent être signalées d’une facon spéciale ; on peut observer non seulement des
Lt hémorrhagies ponctuées, mais des suffusions sanguines étendues et un véritable chémosis sanglant. « Nous-même, écrit Vibert, avons vu, chez une femme étranglée par les mains, une ecchymose occupant toute la conjonctive bulbaire de l'œil. » Il va sans dire que ces ecchymoses peuvent se produire en dehors de la strangulation, sans parler des cas où elles résultent des violences exercées directement sur les yeux, fractures du crâne, etc., elles peuvent apparaître dans tous les cas où il y a congestion violente ou répétée de la téte, dans les maladies convulsivantes en particulier. Les pupilles sout le plus souvent, fortement dilatées. Les examens ophtalmoscopiques ont démontré quel’anémie rétinienne pouvait étre si prononcée, que l'on ne retrouverait plus un seul vaisseau; le fond de l'œil paraissait blanc. La congestion veineuse modifie naturellement cet état de choses, mais elle prédomine surtout dans la strangulation par liens. L'oreille externe peut aussi, mais plus rarement, être le siège d’un écoulement semblable à celui que l'on rencontre dans les -narines et la: bouche. L'hémorrhagie peut résulter de la déchirure du tympan ; le refoulement de la langue, en comprimant l'orifice de la trompe d’'Eustache, amenant un excès de pression dans l'oreille interne. C’est du moins l'opinion de médecins étrangers, mais les auteurs s'accordent pour regarder ce fait comme trés rare. Taylor, Hoffmann, Tamassia, Grellé, prétendent, en effet, que cette hémorrhagie relève, de la même origine que le chemosis conjonctival. La congestion
Ra
céphalique, la violence de l'effort, améèneraient d'abord la production d’'ecchymoses dans la muqueuse de l'oreille externe, l'écoulement épidermique n'étant que secondaire. Comme conclusion, nous garderons de donner aucune appréciation sur la possibilité de ce signe ;en tous cas, dans la pratique, l'examen du fond de l’œil et de l'oreille interne procure difficilement un criterium sûr de ce genre de mort.