OBSERVATION II
Meurtre par strangulation ; dé'ermination de l'identité du coupable par les caractères de l'empreinte de ses doigts sur le cou de la victime. Rapport du Dr Desmont, de Saint-Affrique (26 août 1886).
Nous, sousigné.…, déclarons nous être transportés le 26 août 1886, avec M. le Procureur, à la maison commune de Montelar, à l'effet d'y procéder à l'examen du cadavre de Marie Vieu, d'en faire l’autopsieet donner notre avis sur les causes et circonstances de la mort de cet enfant nouveau-né.
1. — Comémoratifs. — Le 23 août dernier, la fille Vieu quittait avec son nouveau-né l'hôpital de Montpellier où elle était accouchée quinze jours auparavant; elle arrive le 24 au soir aux Escavieux, chez son ancien maître Bonnet, qu’elle considérait' comme le père de son enfant . Une heure après, elle se présente à la mairie de Montclar, pour y faire enregistrer le décès de sa petite fille qu’elle portait morle dans son tablier. Deux femmes présentes, ayant jeté un coup d’œil sur le petit cadavre, croient reconnaître sur son cou des traces de meurtrissures et en avisent l'officier municipal. Celui-ci fait arrèler la fille Vieu el son maître, en attendant l'arrivée de la justice.
II. — Examen extérieur du cadavre et autopsie. — 19 Nous avons été mis en présence du cadavre le 27 août ; c'élait celui d'une petite fille née à terme, depuis 15 à.20 jours, vivace et bien conformée. Confrontée avec lui, l'inculpée l’a reconnu pour sa fille Marie. Taille 53 cm. ; cicalrice ombhilicale complèlement fermée : la rigidité existe encore sur quelques points et c’est à peine si nous constatons un début de putréfaction. La langue, fixée contre les arcades dentaires,laisse apercevoir dans larrière-gorge une légère écume blanchâtre à bulles très fines. A la partie antérieure du cou, nous avons constaté sur les côtés du larynx cinq empreintes digitales, dont quatre à gauche et une plus large à droite. Ces empreintes consisiaient en taches brunes ecchymotiques, de forme arrondie et surmontées d’une excoriation d'ongle à convexité extérieure. Celles de gauche
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étaient disposées, les trois inférieures sur la même ligne et très rapprochées et la supérieure, produite par l'index, écartée de deux centimètres des trois autres, vers la ligne médiane, dont elle se rapprochait. Nous avons essayé d'appliquer nos doigts sur ces empreintes sans v parvenir; pour y placer l'index en recouvrant de nos doigts les quatre autres empreintes, nous étions forcés de le fféchir fortement et l’'ongle seul pouvait exercer une certaine pression. Il devenait évident, pour nous, que la main homicide devait offrit une anomalie ou uue mutilation de l'iudex et qu’en outre ce devait être une main d'homme, vu la largeur des empreintes ecchymotiques résultant de la pression de la pulpe des doigts. Nulle violence ailleurs. 2 Le larynx etles bronches contiennent une écume (très fine et abondante ; les poumons sont gorgés de sang, ecchymosés, le cœur plein d’un sang noir et fluide ; nous constatons sur sa face postérieure une ecchymose arrondie, lenticulaire, sous le péricarde. L'estomac est rempli de lait récemment ingèré au moment de la mort, Car ce lait n'a subi aucun commencement de digestion. Les autres viscères sont normaux.
III. — Visite des prévenus. — M. Vieu a une main forte comme les filles, de la campagne, mais ses doigts. relativement minces et effilés ne peuvent avoir produit les larges empreintes constatées sur ie cadavre ; en outre, les mensurations faites sur ces empreintes et rapporlées sur les mains de cette fille se trou vent toutes trop longues. Bonnet a des doigts larges, épais s'appliquant exactement à ces traces: l'index droit à subi un raccourcissement suite de panaris : aucune ankylose, niraideur articulaire, rendant la violence impossible.
IV. — Conclusions. — 1° La petite fille a succombé à une mort par strangulation peu d’instants après avoir amplement pris le sein de sa mère ; la mort remonte à deux jours environ. 20 La strangulation a été opérée à l'aide de la main droite, dont les doigls ont exercé une vive pression sur le larynx elles organes voisins. 3° La dimension des empreintes, leur disposition et la particularité relative à celle de l'index, qui ne pouvail être qu'un doigt anormal ou mulilé, comparés aux résultats de l'examen du prévenu, nous donnent la conviction que Bonnet est l'auteur du crime commis sur le petite Marie Vieu.
Lorsque le meurtrier est gaucher, la disposition est inverse de celle précédemment décrite : à gauche du larynx, on aperçoit l'empreinte du pouce et, à droite, l'impression des quatre autres doigts. Dans certains cas, il y aura deux empreintes de mains, l’une en arrière sur la nuque, l’autre en avant sur le cou : on se rend facilement compte du mode d’action. De plus, comme le meurtrier se contente rarement d'une compression unique et continue, et que la victime cherche à se soustraire aux étreintes de l'assassin, on comprend que l’on trouvera rarement une reproduction simple de la main sur le cou, mais plutôt de nombreuses écorchures de différentes natures sur des places plus ou moins éloignées du larynx. Ajoutons qu'après la mort, ces excoriations se transforment en plaques parcheminées, c’est-àdire sèches et dures.
Il nous reste à examiner une question très délicate se rapportant à l'iufanticide ; nous reviendrons d’ailleurs ultérieurement sur cette question. Souvent les femmes accusées déclarent, pour se justifier, qu'elles ont involontairement étranglé leur enfant, en pratiquant elles-mêmes son extraction au cours d'un accouchement inopiné où les secours leur avaient manqué. Dans ce cas, comme le fait justement remarquer Tardieu, les empreintes des ongles devraient avoir leur convexité tournée en bas, quand l'enfant est redressé. Or, c'est généralement l'inverse qui existe, la marque des: ongles ayant la -convexité tournée en haut, direction qui dénoncele crime. Ajoutons, avec Tourdes, que les auteurs ne