‹ Étude médico-légale sur la Strangulation ManuelleChapitre 36 sur 40 · OBSERVATION XI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XI

Strangulation simulée. — Tardieu (La pendaison).

Une jeune fille, intelligente el distinguée, habitant alors Courbevoie, voulutse rendre intéressante, en se faisant passer pour la victime d’une conjuration politique dont elle prétendait avoir surpris le secret. Un soir elle fut trouvée dans le plus grand trouble et l’état en apparence le plus alarmant, à la porte de son appartement. Elle ne parlait plus, mais indiquait par gestes et déclarait ensuite par écrit qu'elle avail élé attaquée au moment où elle rentrait chez elle, par un homme qui avait cherché à l’étrangler en lui serrant le cou avec la main’ en même temps qu’il lui portait en pleine poitrine deux coups de poignard. Ceux-ci n'avaient entamé, il est vrai, que les vêlements. Encore le corset n’élait-il pas percé au mêrne niveau

rte

que la robe. Mais en ce qui touche la prétendue strangulation, elle avait eu cet effet bizarre et tout à fait nouveau de produire instantanément non pas une gêne de la parole, ou une altération de la voix, mais un mutisme complet.

Chargé d'aller constater la réalité de ces faits, qui avaient paru à bon droit suspects à un magistrat difficile à tromper, je ne trouvais aucune trace de tentative de strangulation. Sur mes injonctions, la jeurie fille, devenue enfin docile, avoua de bonne grâce sa supercherie.

L'aphonie, ou même le mutisme complet est donc un des symptômes les plus fréquemment imités. Dans ce cas l'extinction absolue de la voix contraste avec l’absence ou l'insignifiance des lésions locales, et la marche de l'affection est toute différente de ce qu'elle doit être normalement. C’est l’enrouement ou l’aphonie que doit produire la strangulation et non le mutisme, phénomène volontaire, ou résultat d’une maladie nerveuse. Celui qui a échappé à une tentative de strangulation manuelle peut toujours articuler quelques sons.

Infanticide. — Pour être complet, nous ajouterons quelques mots sur l'infanticide par strangulation manuelle. Nous n'avons pas à nous étendre longuement sur cette partie, un travail récent et complet, ayant été écrit sur ce sujet. Nous ferons seulement remarquer que la strangulation par les mains estle plus fréquent procédé vis-à-vis des nouveau nés. Les ongles s’impriment avec facilité sur leur peau tendre soutenue par du tissu graisseux et sur un épiderme facile à rayer. Les coups d'ongle sont reconnus avec la plus grande évidence, ainsi que la

Ross sise trace des deux mains, dont l’une à soutenu le corps en arrière, pendant que l’autre s'imprimait sur le larynx. Il faut peu de force pour étrangler un enfant -et les traces sont souvent insignifiantes ; la face, en effet, n'offre pas les altérations que l’on remarque chez les adultes, mais, en revanche, les lésions internes sont plus prononcées. Ajoutons que la suffocation est souvent réunie à la strangulation, ce qui complique le diagnostic. |

Page 1