‹ Étude médico-légale sur les blessuresChapitre 14 sur 72 · SURES · texte numérisé non relu

SURES

Elles doivent être étudiées successivement dans chaque région.

1, Fodéré, Traite de médecine légale, 1813, tome III, p. 264.

2. Orfila, Traité de médecine légale. 4« édit. 18i8, tome II, p. 471.

A la tête, les plaies du cuir chevelu, les contusions du crâne, même sans fracture, peuvent être suivies de méningite et d'encéphalite 1.

Mais il est un genre de blessures qui, en apparence peu graves aux yeux de beaucoup de personnes, n'exposent pas moins le blessé au développement des inflammations si redoutables du cerveau et de ses membranes. La pratique de la médecine légale nous a appris à en considérer les conséquences comme très-souvent funestes. Il s'agit des plaies avec lésion des os du nez et particulièrement de celles qui ont été faites par des instruments piquants. J'ai été appelé à faire les autopsies judiciaires d'une femme morte de méningite purulente, huit ou neuf jours après avoir reçu un coup de fourche qui avait traversé les os propres du nez; d'un homme mort après dix jours d'une méningo-encéphalite, suite d'un coup de foret qui avait traversé les os du nez sans pénétrer dans le cerveau; d'un autre qui avait succombé après trois semaines d'une encéphalite consécutive à une fracture des os du nez, causée par un choc direct. Je me .rappelle encore avoir visité à l'hôpital Beaujon, il y a quelques années, un individu qui avait été frappé au nez avec un instrument piquant de serrurier, connu sous le nom de fraise, et dont la plaie pénétrante du nez avait été le point de départ d'accidents cérébraux inflammatoires formidables.

La mort immédiate ne suit pas nécessairement et dans tous les cas, les lésjons les plus profondes des organes les. plus importants à la vie, et les fonctions de relation peuvent persister pendant un temps plus ou moins long, alors même que les blessures intéressent le cerveau.

Tous les chirurgiens ont vu des désordres traumatiques très-étendus du crâne et du cerveau n'abolir d'une manière immédiate ni l'inteUigence ni la parole, et M. le D"" H.

1. Voyez Toulmouche, Des lésions du crâne et de Vorgane qu'il renferme, étudiées au point de vue médico-légal (Annales d'hygiène, 2" série, 18S9, t. XII, p. 395; et 1860, t. XIII, p. 143 et 399). — Nouvelle étude médicolégale sur les difficultés d'appréciation de certaines blessures (Ann. d'hvaiène, 2' série, t. XXV, p. 119).

Bayard * a réuni, dans un mémoire plein d'intérêt, plusieurs cas empruntés à sa pratique médico-légale et à celle d'Ollivier (d'Angers) dans lesquels les lésions les plus graves du crâne et du cerveau n'ont pas empêché les blessés de parler et de marcher plusieurs heures et même plusieurs jours après l'accident.

Les blessures de la poitrine exposent à des inflammations du poumon ou des plèvres, à des épanchements de sang d'air ou de sérosité, qui peuvent en entraver la guérison. M. G. Tourdes ^ a appelé l'attention sur la lésion possible de l'artère mammaire interne dans toute la blessure, située le long du sternum, à un centimètre au moins de cet os, de la première à la septième côte, et suffisamment profonde. Il en résulte une hémorrhagie interne qui a pu, dans certains cas, déterminer la mort subite.

La mort immédiate ne suit pas non plus nécessairement et dans tous les cas les blessures des poumons, et ce qui est plus remarquable les plaies des gros vaisseaux et du cœur.

J'ai été témoin d'un fait dans lequel un jeune homme, frappé d'un coup de couteau qui avait ouvert le cœur large-, ment, a survécu plus d'un quart d'heure et a jDarlé jusqu'au dernier moment.

Il est également à ma connaissance qu'un individu, qui a eu le poumon, le cœur et l'estomac traversés de part en part, a pu s'éloigner, descendre un escalier, en remonter un autre et regagner sa chambre avant de perdre conn^iissance et d'expirer 3.

Nous ne nous étendrons jDas sur les blessures des* autres régions, le cok,, Vahdomen, dont les complications sont bien connues

1. Bayard, De l'appréciation médico-légale des effets de la commotion cérébrale {Ann. d'Hyg., i841, tome XXVI, p. 197).

2. Tourdes, Des blessures de Vartère mammaire interne, sous le point de vue médico-légal {Ann. d'hygiène, 1849, t. XLII, p. 165).

3. Voyez Toulmouche, Des plaies pénétrantes de la poitrine, au point de vu£ d la fois clinique et médico-légal {A7in. d'hygiène, 2» série, t. XI, p. 436.)

4. Voyez Toulmouche, Des blessures mortelles du ventre, étudiées au point de vue médico-légal {Ann. d'hygiène, 2' série, t. X, p. 125).

Nous croyons néanmoins devoir insister sur les blessures de l'utérus par arrachement qui présentent un intérêt spécial au point de vue du moment où la vie a cessé i.

Dans les questions qui ont pour objet la détermination exacte de l'époque de la mort, les données physiologiques en apparence les plus précises sont trop souvent démenties par les faits. C'est ainsi que dans les blessures nécessairement mortelles, il n'est pas rare de voir la vie persister au delà des hmites que sembleraient indiquer la gravité des lésions ^ et l'importance des organes blessés.

Les recherches que nous consignons ici pourront servir à fixer l'attention sur ce sujet, l'un des plus difficiles de la pratique médico-légale. Il n'est pas inutile de faire connaître à quelle occasion elles ont été entreprises.

Un crime dont les détails horribles dépassent tout ce que l'imagination peut concevoir de plus atroce, fut commis le 28 avril 1847, au fond de la basse Bretagne, dans la com- • mune de Lannilis (arrondissement de Brest).

Obs. II. Une pauvre femme mariée en seconde noces au nommé B... et enceinte de sept mois avait fait son dernier repas vers cinq heures et demie du soir dans un parfait état de santé. A sept heures moins quelques minutes, son fils aîné rentre et trouve sa mère au lit. Le mari l'éloigné en l'envoyant faire une commission. Il l'evient au bout d'un quart d'heure et aperçoit dans le jardin un chien qui léchait des débris d'intestins encore fumants qu'il prend pour l'arrière-faix d'une jument récemment délivrée. Lorsqu'il rentre dans la chambre où était sa mère, il l'entend se plaindre ; mais il est presque aussitôt renvoyé de nouveau par son beau-père, qui lui ordonne d'aller chez son oncle. Pendant ce temps deux autres enfans plus jeunes de la femme B..., couchés dans une pièce voisine, entendaient de leur côté les gémissements de leur mère, les supplications et les reproches qu'elle adressait à son mari. Les plaintes avaient cessé après un temps que les enfants n'avaient pu préciser; et ce n'est que le lendemain, après une nuit que le nommé B... avait passée près de sa femme, qu'on

i. Tardieu, Mémoire pour servir à rjiistoire médico-légale des blessures mortelles dans lesquelles la cessation de la vie n'a pas été instantanée et des plaies par arrachement de Vutérus et des intestins (ylnn. d'Hiia.. 1'° série, tome XXXIX, p. 157).

CONSÉQUENCES DKS BLESSURES.

trouvait cette malheureuse morte dans son lit, ayant entre les jambes un fœtus parvenu au septième mois de la vie intra-utérine et qui fut reconnu avoir vécu. et respiré.

L'autopsie du cadavre pratiquée par M. le docteur Morvand, et par M. Salzat, tous deux médecins à Lannilis, fit connaître des désordres aussi affreux qu'inattendus et qui ne pouvaient être attribués qu'à un crime. Des témoignages irrécusables ont en outre fait connaîti^e que B... avait déjà plusieurs fois fait avorter sa femme, et qu'à différentes reprises il lui avait introduit la main tout entière dans les parties sexuelles. C'est de la même manière et pour mettre le comble à ses atroces brutalités, qu'il avait exercé sur cette malheureuse les mutilations effroyables constatées par les experts, dans le rapport dont nous croyons utile de donner un extrait 1.

Élat extérieur du cadavre. — Nous avons trouvé dans un lit clos une femme pouvant avoir de trente-cinq à quarante ans, pâle, comme exsangue, les yeux et la bouche fermés, couchée sur le dos, la tête reposant sur l'oreiller, les bras à demi fléchis ramenés sur la poitrine, la partie inférieure du corps couverte à partir de la poitrine.

Les couvertures enlevées, nous avons trouvé les cuisses à moitié fléchies et déjetées fortement à gauche, de telle manière que la cuisse droite reposait sur la gauche.

Les berles et le drap qui la recouvraient ne présentaient aucun désordre. Le drap qui était dessous était imbibé de sang, ainsi que la partie postérieure et inférieure de la chemise, à partir de la région lombaire. Cette portion de vêtement était de plus salie par des matières fangeuses comme celles que l'on rencontre le plus souvent dans les étables et au voisinage des fermes. La partie antérieure de la chemise était propre et ramenée sur les cuisses. Le tronc était vêtu, la femme pour se mettre au lit n'avait ôté que la jupe, le tablier et le mouchoir. La tête était couverte d'une coiffe en indienne de couleur, et les cheveux sans désordre.

Retirée du lit, elle a été placée sur une table, où, après l'avoir déshabillée, nous avons constaté les faits suivants.

1° Aucune ecchymose, aucune trace de violence à l'extérieur;

1. Le nommé B..., traduit aux assises de Quimper sous la préventioa d'avortement et d'assassinat, a été reconnu coupable et condamné à mort. Mais l'arrêt ayant été cassé pour vice de forme dans la procédure, et l'affaire renvoyée aux assises de Saint-Brieuc, dans l'intervalle, B... a succombé en prison à une fièvre pernicieuse.

2° Le ventre est excessivement ballonné, verdâtre surtout à la région hypogastrique ; les cuisses sont tumtSflées et emphysémateuses, principalement la gauche, qui offre une teinte plus foncée et une accumulation plus considérable de liquide, dues sans doute à sa position déclive ;

3o La région anale offre ',une teinte verdâtre plus marquée du côté droit que du côté gauche. L'anus est béant, excorié en partie, mais cette excoriation est un effet cadavérique. La vulve également béante donne passage à une grande quantité de sang, surtout par la compression exercée sur le ventre, et ne présente, d'ailleurs, rien d'extraordinaii'e, si ce n'est une teinte verdâtre et une chute de la paroi postérieure du vagin qui fait hernie avec les grandes lèvi'es. L'orifice vulvaire est assez dilaté pourjpermettre facilement l'inti'oduction de la main.

Cavité abdominale. — La cavité abdominale étant ouverte, nous la trouvons remplie par des gaz fétides qui s'en échappent à la première incision, et par une grande quantité de sang fluide dans le-, quel baignent les viscères. Le sang contenu dans l'abdomen sort à flots par le vagin, ce qui nous fait supposer une plaie établissant une communication libre avec les cavités abdominale et vaginale ; pour mieux constater les désordres que nous supposons aux parties génitales, nous enlevons le pubis par quelques traits de scie au niveau des trous ovales, ayant bian soin de séparer les parties molles adhérentes aux branches ascendantes du pubis. Nous avons pour lors sous les yeux tous les organes génito-urinaires.

Parties génitales. — Al centimètre en arrière de la petite lèvre droite, nous apercevons une solution de continuité longue de 2 centimètres, et profonde de 3 centimètres.

Cette plaie intéresse la muqueuse, le tissu cellulaire sous-muqueux, et pénètre au-dessous de la branche ascendante droite du pubis.

Le reste du vagin n'est aucunement injecté et ne présente de lésion qu'à la partie supérieure gauche. Là existe une déchirure qui ne se borne pas à la paroi vaginale, mais s'étend à l'utérus qui est lui-même complètement déchiré dans le tiers antérieur de son bord gauche. La plaie du vagin peut avoir 3 centimètres, et celle de l'utérus, de 6 à 7 centimètres ; la solution de continuité a donc en tout 10 centimètres environ d'étendue. Elle pénètre dans le tissu cellulaire sous-péritonéal, à l'intérieur du petit bassin, et aboutit enfin à trois solutions de continuité produites dans le péritoine. Des trois plaies du péritoine, deux plaies en avant sont plus

grajQdes et permettent très-facilement le passage de plusieurs doigts. Ainsi il a été possible à notre main introduite dans le vagin, de pénétrer à travers la plaie vagino-utérine, et d'atteindre les intestins à travers les plaies du péritoine. Ces désordres semblent avoir été produits par l'introduction d'un corps mousse qui aurait agi avec violence, les bords des plaies étant irréguliers et ne présentant point cette netteté de section qui caractérise l'action des instruments tranchants.

A l'utérus, nous remarquons un développement considérable de cet organe, qui offre de 15 à 18 centimètres de hauteur; et 10 à 12 de largeur. Il est flasque, aplati d'avant en arrière et largement déchiré du côté gauche, comme nous l'avons dit précédemment. Sa cavité est assez vaste pour contenir fort à l'aise notre point fermé. Elle est vide et présente dans son fond du côté droit vers l'orifice de la trompe de Fallope, quelques débris du placenta faciles à reconnaître. En outre de la première plaie décrite à l'utéi'us, nous voyons une déchirure longue de 4 centimètres, profonde d'un centimètre, et n'intéressant que sa face interne, et située à la partie postérieure de cet organe à la réunion du col avec le corps. Ses parois sont épaisses de 2 centimètres environ et présentent des tissus nombreux.

Canal digestif. — L'estomac, largement dilaté par des gaz, contient du chyme incomplètement élaboré, où il est facile de reconnaître des débris alimentaires (quelques morceaux de viande et de lard). Ces débris alimentaires exhalent une odeur vineuse très-peu marquée. La partie déclive de l'estomac présente des rougeurs cadavériques; le reste est à l'état normal. A 50 centimètres environ au delà du pylore, l'intestin grêle finit brusquement et présenteune déchirure circulaire, irrégulière, offrant des lambeaux, dont l'un dû au péritoine, peut avoir jusqu'à 8 centimètres de long. La séreuse finit dans certains endroits bien avant la muqueuse, qui alors se prolonge à son tour sous forme de lambeaux. Toute cette portion d'intestin est saine et n'offre de coloration anormale qu'à 4 ou 5 centimètres de sa terminaison. Les tuniques intestinales y sont rouges et injectées, mais la muqueuse est ferme et peut s'enlever par lambeaux avec le scalpel. Dans sa continuité, l'intestin grêle a complètement disparu jusqu'à 8 centimètres de la valvule iléo-cœcale. Alors cette portion d'intestin offre encore les traces d'une rupture circulaire, analogue à celle précédemment décrite, où généralement la séreuse dépasse la musculeuse et la muqueuse sous forme de lambeaux. Cependant, dans certains endroits, ces deux

dernières tuniques dépassent la séreuse. La rupture est surtout évidente sur les fibres de la musculeuse, lesquelles sont irrégulièrement déchiquetées et présentent des lacérations de différentes longueurs, semblables à de petites franges. Nous constatons de nouveau, pour cette extrémité inférieure de l'intestin grêle comme pour la supérieure, une injection qui avoisine les bords de la déchirure.

Entre ces deux extrêmes de l'intestin grêle, il n'existe aucune trace du canal digestif; il ne reste plus que le mésentère, offrant à son bord libre des franges longues de 12 à 15 centimètres. Ces franges ne sont autre chose que des lambeaux du péritoine, tiraillés et allongés sous forme de cordons que l'on peut déplisser. Le mésentère n'offre d'autre altération qu'une injection considérable qui occupe son bord intestinal dans une étendue de 3 centimètres. Cette partie du mésentère a une couleur lie de vin et offre à l'incision un épanchement fort abondant de sang liquide dans le tissu cellulaire. Cependant le mésentère a disparu lui-même en partie à son extrémité inférieure, c'est-à-dire à peu de distance du cœcum, au niveau du bout inférieur de l'intestin grêle.

Par les bouts supérieur et inférieur de l'intestin grêle, il s'est échappé des matières fécales et alimentaires liquides, lesquelles forment une couche peu épaisse sur les parois abdominales. Cette couche est plus abondante dans le petit bassin, il en existe cependant sur l'estomac et sur la face externe du foie. Ces matières eussent été sans doute plus abondantes si l'intestin grêle n'avait été» enlevé avec la plus, grande partie de son contenu.

Le gros intestin, parfaitement sain, contient des matières fécales solides.

Dans le cours de l'instruction dirigée contre le meurtrier de la femme B... des doutes s'étaient élevés sur la réalité du fait qui servait de base à l'accusation, et que déclaraient les jeunes enfants de la victime ; il avait paru impossible que cette femme eût pu survivre aux blessures qu'elle avait reçues et proférer les paroles que l'on rapportait. M. le procureur du roi de Quimper jugea nécessaire défaire examiner la question par de nouveaux experts : j'eus l'honneur d'être chargé de cette mission, avec MM. les professeurs Orfila et J. Cloquet, et c'est avec l'approbation de ces deux illustres maîtres que i'ai entrepris les recherches nécessaires à la solution du problème suivant :

L'extraction violente et complète du fœtus et de ses annexes encore renfermés dans la matrice, la déchirure du vagin, de l'utérus

et du péritoine et rarrachement d'une portion considérable du tube digestif, dpivent-ils nécessairement entraîner une mort immédiate; ou au contraire est-il possible qu'une femme qui a subi ces mutilations atroces survive pendant un certain temps et conserve la force de pousser des cris, lorsque le supplice recommence par des violences nouvelles?

Avant de répondre à cette question, dont les éléments sont complexes et qui soulève plusieurs problèmes physiologiques, nous devons rappeler les principales circonstances énoncées dans le procès-verbal d'autopsie de la femme B..., les apprécier au point de vue de la difficulté paédico-légale qui en résulte, et recherctier s'il existe dans la science des faits analogues propres à l'élucider et à la résoudre.

Or, des détails transmis par M. le procureur du roi et des rapports l'édigés par MM. les médecins de Launilis, il résulte que l'on a constaté sur le cadavre de la femme B... les désordres suivants : 1" un épanchement abondant de sang fluide dans la cavité abdominale; 2o une déchirure considérable, comprenant les parties supérieures du vagin et l'un des côtés de l'utérus dans une étendue de 10 centimètres; 3° une perte de substances intéressant l'épaisseur d'une portion de la paroi interne de la matrice; 4° plusieurs déchirures du péritoine, assez larges pour laisser la main pénétrer dans la cavité du ventre. La nature de ces lésions est d'ailleurs parfaitement indiquée par ces mots.: « Les bords ^ « des plaies sont irréguliers et ne présentent pas cette netteté de « section qui caractérise l'action des instruments tranchants ; « 5° l'absence complète de la plus grande partie de l'intestin grêle dont il ne reste qu'un tronçon supérieur, long de 50 centimètres, et un inférieur qui n'en a pas plus de 8 1 ; la section du tube digestif présentant en haut comme en bas, des lambeaux inégaux, irréguliers, avec retrait plus ou moins marqué des membranes musculeuse et muqueuse de l'intestin; 6» la déchirure incomplète du mésentère, dont il ne reste qu'un lambeau, dont le bord est formé de franges inégales, parmi lesquelles quelques-unes sont longues de 12 à 15 centimètres. Du sang liquide est épanché dans le tissu cellulaire du mésentère. — Nous devons noter encore que l'utérus, probablement revenu en partie sur lui-même, présentait 15 à 18 centimètres de hauteur, développement à peu près égal à

1 . La longueur totale de l'intestin grêle chez la femme varie de 4 à 7 mètres.

celui qu'il offre après un accouchement à terme; et que l'estomac contenait « du chyme incomplètement élaboré, où il était facile de *« reconnaître des débris alimentaires. »

Il est peut-être à regretter que l'extrait du rapport ne fasse pas une mention spéciale de l'état des artères, et particulièrement des o-ros troncs vasculaires du bassin; au reste nous devons croire qu'il ne manque ici que l'énoncé d'un fait négatif et que les artères et veines iliaques et hypogastriques étaient intactes.

L'examen attentif et l'appréciation exacte des détails que nous venons de rappeler, ne peuvent laisser de doute sur la nature des lésions observées. Il est évident que ces désordres nombreux ont été produits par arrachement. Les caractères si bien tracés des • plaies de l'utérus, du péritoine, de l'intestin et du mésentère, les bords irréguliers des unes, les lambeaux inégalement réti actés (^ue forment les autres l'indiquent d'une manière positive.

C'est sur les résultats de cet arrachement que les opinions se sont divisées. En effet, parmi les médecins consultés, les uns ont dit que l'arrachement de l'intestin grêle en pi'oduisant la déchirure de tant de vaisseaux, qui se distribuent à ce viscère, a dû déterminer une hémorrhagie foudroyante, sous l'influence de laquelle la victime n'a pas tardé à succomber ; d'autres ont pensé que la femme B... était dans un état d'évanouissement complet, lorsque l'intestin a été arraché et que la mort a rapidement suivi cette avulsion ; tandis que d'autres, au contraire, font observer que l'arrachement d'un membre ne donne pas lieu ordinairement à une hémorrhagie immédiate. Nous aurons donc à nous expliquer sur ces opinions contradictoires.

L'étendue, l'extrême gravité des désordres et la nature des lésions étant bien atdmises, il est une première proposition à établir : c'est que la mort immédiate ne suit pas nécessairement, et dans tous les cas, les lésions les plus profondes des organes les plus importants à la vie; et que les fonctions de relation peuvent persister pendant un temps plus ou moins long, alors même que les blessures intéressent le cerveau^ le cœur ou les poumons.

Le fait étant établi pour le crâne et les poumons!, on conçoit qu'il doit en être ainsi à plus forte raison des plaies des intestins et des organes génitaux qui )ie frappent pas directement les parties essentielles à la vie.

Y-a-il donc dans l'étendue des lésions, qui existaient chez la

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