Voyez pa;je
femme B... et dans la déchirure de la matrice et des intestins, des conditions particulières qui aient du amener nécessairement une mort instantanée.
La première idée qui s'est présentée est celle d'une hémorrhagie foudroyante, qui aurait suivi l'ouverture des nombreux vaisseaux qui se ramifient dans l'intestin ; mais nous avons la preuve anatomique, que les plaies de l'utérus et du tube digestif, dans le cas présent, ont été produites par arrachement. Or, c'est un fait constant, établi par l'expéi^ience la plus ancienne et la plus générale, que les plaies par arrachement n' entraînent pas ordinairement une hémorrhagie immédiate et déterminent le retrait et l'occlusion quelquefois complète des artères. Il est démontré par les lambeaux" d'inégale longueur qui formaient les différentes membranes de l'intestin déchiré que les tuniques musculeuse et muqueuse dans lesquelles se distribuent ' principalement les vaisseaux, avaient subi une notable rétraction. On peut donc affirmer que l'hémorrhagie a été nulle pour plusieurs d'entre eux et beaucoup plus lente pour les autres. Mais de plus, rien n'indique dans l'extrait du rapport qui nous a été communiqué, que la mort de la femme B... ait eu lieu par hémorrhagie ; et quoique nous n'ayons pas de renseignements sur l'état du cœur et des principaux vaisseaux, nous trouvons dans les caractères que présentait le sang épanché dans le péritoine, une forte présomption contre la réalité de la mort par l'hémorrhagie. En effet, il est dit u que dans la cavité abdominale existait une grande quantité de sang fiuide, » et que « le mésentère renfermait du sang liquide épanché dans le tissu cellulaire. »
L'absence de coagulation du sang doit faire penser que l'épanchement de ce sang n'a eu lieu qu'après la mort : car lorsque celleci est le résultat de l'hémorrhagie, les premières portions du sang qui s'écoule se coagulent nécessairement avant la cessation de la vie. Il n'y a pas un cas de mort par plaies du cœur ou des artères principales de la poitrine ou du ventre, dans lequel on ne trouve dans ces cavités de volumineux caillots, nageant dans leur sérosité sanguinolente. Il est donc extrêmement probable, d'après ce seul caractère, confirmé d'ailleurs par la nature des blessures, que la femme B... n'a pas succombé à une hémorrhagie foudroyante.
Il nous reste à établir qu'elle a pu survivre pendant un certain temps aux horribles mutilations qu'elle a subies, et conserver la force d'exprimer, par ses cris, les atroces douleurs qui ont dû plus que toute autre cause épuiser en elle les sources de la vie.
Nous ne nous arrêterons pas £i cette opinion que la malheureuse était dans un évanouissement complet lorsque l'intestin a été arraché et que la mort a rapidement suivi cette avulsion. Nous ■ ne pouvons voir dans cette opinion, quelque spécieuse et quelque vraisemblable qu'elle paraisse, qu'une pure hypothèse, à laquelle on peut d'ailleurs objecter qu'un évanouissement n'est pas la mort et n'en est pas nécessairement le prélude, et que l'excès de la douleur peut ranimer, ne fût-ce que pour quelques instants, une personne évanouie.
Mais nous aimons mieux apporter dans cette* question la lumière des faits et l'autorité de l'expérience.
Les lésions des intestins et de la matrice ont pu se rencontrer isolément ou réunies dans des cas- dont la science a conservé l'histoire et qui présentent plus ou moins d'analogie avec l'exmplede la femme B...
On a vu des aliénés poussés au suicide*, se porter un grand nombre de coups de couteau dans le ventre, s'ouvrir cette cavité, en faire sortir les intestins et les mutiler, sans être interrompus -par la douleur ou par une mort immédiate. Paul Dubois a rapporté qu'un pharmacien de Chartres, dans un accès de délire furieux, s'était ouvert le ventre et avait à l'aide d'un instrument tranchant enlevé un large lambeau du mésentère. Quelle qu'ait été l'étendue et la gravité de cette blessure, qui sans intéresser l'intestin n'avait pas moins lésé un grand nombre de vaisseaux, cet homme a guéri. Enfin, M. A. Devergie cite, d'api-ès Delmas de Montpellier, le cas d'une déchirure complète de l'intestin grêle avec rupture du diaphrane et de la rate, observée chez un charre. tier qui a pu malgré ces graves désordres continuer une assez longue route, et qui n'a succombé qu'au bout de dix-huit heures 2 M. Marjolin a publié un fait à peu près semblable 3^ et il nous serait facile de multiplier ces exemples. Nous nous bornerons à rappeler l'observation très-importante et parfaitement constatée du docteur Gestin de Quimper, concernant les éventrations et la mutilation des intestins chez les chevaux qui prennent part aux combats de taureaux, et qui continuent souvent la course après d'aussi affreuses blessures.
1. Calmeil, Dictionnaire de médecine, tome XXIX, p. 30, article Suicide.
2. Devergie, Trailé de médecine légale, 3= édit., tome II, p. 233.
3. Marjolin, Archives générales de médecine, l"" série, tome II.
Quant aux lésions de la mati'ice, Dézeiraeris 1 a publié quinze faits dans lesquels, malgré des désordres très considérables, tels que déchirures très-étendues de l'utérus, hémorrhagie, épanchement et passage du produit de la conception dans la cavité du péritoine, étranglement des intestins, les femmes ont survécu plus ou moins longtemps ; la mort est arrivée, comme terme extrême, dans un cas au bout d'une heure, dans l'autre seulement après six semaines.
Les accoucheurs ont cité des cas de rupture de la matrice pendant le travail de l'enfantement, où les intestins engagés dans l'ouverture accidentelle se sont étranglés et même gangrenés. Percy 2, Birch 3, Weiss madame Lachapelle MM. Duparcque 6, Pereira et Lasserre 7 en ont rapporté des exemples. Et quoique ces cas s'éloignent par plus d'un point de celui dont il s'agit ici, il est bon de noter que les femmes qui ont éprouvé ces accidents terribles ont pu survivre au moins plusieurs heures, et que quelques-unes même ont guéri complètement.
Il est des faits dont l'analogie avec celui de la femme B... est tellement frappante, que nous ne pouvons nous dispenser de les faire connaître ici avec quelques détails : ils établissent en effet mieux qu'aucune discussion ne pourrait le faire, que la vie peut persister quelque temps après l'arrachement complet de l'utérus, et la déchirure de la matrice et des intestins, soit à la suite de manœuvres obstétricales mal dirigées, soit à la suite de tentatives criminelles d'avortement .
Obs. III. — Arrachement de Vulérus, — Mort après quelques minutes. — Au mois d'août 1839 un élève se présenta comme médecin pour délivrer une femme accouchée depuis trois heures. II tira sur la matrice jusqu'à ce qu'il l'ait tout entière séparée du reste
1. Dézeimeris, Mémoire sur les ruptures de la matrice pendant la grossesse {Journal l'Expérience, tome III, p. 241).
2. Percy, Bulletin de la Faculté de médecine de Paris, tome III, p. 348.
3. Birch, Archives générales de médecine, l" série, tome XIX, p. 98.
4. Weiss, Journal des connaissances médico-chirurgicales, tome VI, p. 249.
5. M"" Lachapelle, Pratique des accouchements, Paris, 1825, tome III, p. 158, 172 et 187.
6. Duparcque, Hist. complète des ruptures et des déchirures de l'utérus. Paris, 1836, p. 164 et suiv.
7. P.ereira et Lasserre, De l'abus des manœuvres obstétricales. {Archives gèn. deméd. 4« série, tome I, p. 77 et 129).
LA MORT EST-KLLE LA CONSliOUIïNCI-: DE LA BLESSURE. 65
du corps, et ne laissa que les deux ovaires, une des trompes et une partie des ligaments 'larges. Il ne parvint à terminer cet arrachement qu'après t/OJv quarts d'heure d'efforts inouïs. La femme, qui n'avait cessé de poussé des cris affreux, succomba quelques minutes après cette brutale opération.
Qgg IV. Arrachement du l'utérus. — Pas dViémorrha^ie. — Mort après deux heures. — Pareil cas est arrivé dans la ville de Pulaski (État de New- York). L'accoucheur, après des efforts inouïs, ne s'aperçut de sa méprise que lorsque l'utérus tout entier eut été tiré hors du bassin ; il crut n'avoir rien de mieux à faire que d'achever l'an-achement et de cacher sa faute. La femme mourut au bout de deux heures : il n'y avait pas eu d'hémorrhagie.
Obs, V. . — Arrachement de l'utérus. — Mort au bout d'une demiheure. La même erreur a été commise en 1838 par un médecin : l'utérus fut encore pris par l'accoucheur pour un placenta plus adhérent qu'aucun de ceux qu'il eût rencontrés dans sa vie ; les tractions durèrent une heure èt demie et la malade succomba wntf demi-heure après
Obs. IV. — Déchirure delà matrice et des intestins par suite de manœuvres obstétricales mal dirigées. — Mort après une heure. — Le 29 novembre 1675. j'ai vu en la rue de la Mortellerie, chez M. Paris, mon confrère, la sœur d'une pauvre femme qui venait de mourir, à ce qu'elle me dit, par les violences extraordinaires qu'un téméraire lui avait faites en sa présence durant deux heures entières pour l'accoucher ; lequel, au lieu de lui tirer du ventre son enfant qui était vivant, l'avait tué avec ses instruments et avait en même temps crevé et déchiré de tous côtés la matri e de la mère, ce qui avait été cause qu'elle mourut une heure ensuite, et qu'une grande partie des intestins et du mésentère de cette femme sortirent hors de son ventre par l'endroit de ces déchirements, aussitôt que son enfant lui eut été tiré hors de la matrice. — La vérité de ce triste récit me fut aussitôt confirmée par M. Paris, mon confrère, qui me dit avoir été mandé à l'heure même, pour faire la réduction des intestins de cette femme qui était agonisante, lesquels il trouva tout à fait hors de son ventre et tout meurtris, et le mésentère tout déchiré et en lambeaux, m'assurant qu'il n'avait jamais vu un spectacle plus horrible 2....
1. Extrait du Journal de médecine et de chirurgie de New -York. — Journal des connaissances méilico-chirurgicales, tome VII.
2. Mauriceau, Traité des maladies des femmes grosses, 1694, 4« éJit., p. 369, et Observation cxum, ibid., p. 116.
Tardiku, Blessures. 5
<>6 CONSÉQUENCES «ES BLESSUBES.
Obs. VII. — Uenvei'sement de la matrice. — Déchirure du vagin et du péritoine par suite de tentatives criminelles d'uvorLemtiu,' — Hémorritayie. — Mort après sept heures. — En 1836, une femme de Lausanne, la femme Grand, au quatrième mois de la grt)gsesse, succomba à des tentatives d'avortement exercées sur elle, probablement par son mari el paa- sa ielle-mère. La cloison postérieure du vagin avait été déchirée, la matrice complètement renversée faisait saillie hors de la vulve. Le péritoine était largement ouvert dans une étendue de 7 pouces, et l'on remarquait de chaque côté de cette plaie des déchirures semblables à celles qu'auraient produites des coups d'ongle. Les intestins étaient mis à nu, mais non lésés. Néanmoins il y avait eu une hémorl'hagie abondante, qui, avec les douleurs violentes qu'avait dû éprouver la femme Grand, fut regardée par les experts comme la cause de la mort. On ne peut nier qu'il n'y ait dans ce fait, dans la cause et dans la nature des lésions constatées judiciairement une ressemblance frappante avec les manœuvres dont la femme B... a été victime. — Et cependant, magré la gravité des désordres locaux, la violence des douleurs et une hémorrhagie abondante, la femme Grand a survécu environ sept heures^.
Il nous reste peu de chose à ajouter à des exemples si concluants ; et il demeure bien prouvé que la mort n'est pas nécessairement immédiate, après l'arrachement de l'utérus et d'une portion des intestins; et qu'il peut n'y avoir ni liémorrhagie foudroyante, ni même évanouissement complet. Mais il faut reconnaître qu'il est beaucoup plus difficile de déterminer pendant combien de temps la vie peut persister chez les femmes qui ont été soumises à de pareilles tortures.
Les faits révélés par les débats qui ont eu lieu à la Cour d'assises du Finistère ont fait connaître que la femme B... (observ. II, page 55) avait survécu environ trois quarts d'heure.
Nous devons donc rester sur ce j)oint dans une grande réserve, en rappelant seulement que si dans un cas que nous avons cité la mort est arrivée quelques minutes après une opération qui avait du reste duré trois quarts d'heure, dans d'autres elle s'est fait attendre jusqu'à deux et même sept heures.
i. Annales d'hygiène et de médecine légale, Paris, 1838, tome XIX, p. 425.
la mort est-elle la conséquence de la blessure. 67
2°. Complications en rapport avec la nature de la blessure. Elles doivent être étudiées pour chaque catégorie de blessures.
Dans les contusions on doit craindre la commotion nerveuse, et les paralysies locales par lésion -musculaire.
Les plaies par instruments piquants donnent lieu à des hémorrhagies consécutives, à des anévrysmes faux consécutifs, que le médecin expert doit prévoir et qui peuvent changer complètement les conséquences d'une blessure au premier abord peu grave.
J'ai vu une piqûre du pli du coude faite par une canne à dard déterminer le dix-septième jour, alors que la cicatrisation de la plaie extérieure était complète, un anévrysme faux, consécutif.
Les blessures par armes à feu laissent après elles tantôt une commotion, tantôt des déchirures profondes, tantôt des douleurs névralgiques extrêmement tenaces, qui peuvent persister à l'état de complications ou d'infirmités incurables.
Les fractures soulèvent très-souvent une question spéciale, très-importante au point de vue de la détermination de l'incapacité de travail. A la considérer du point de vue purement chirurgical, il est constant que toute fracture tiendra le blessé au repos et hors d'état de travailler pendant plus de vingt jours. Mais ce serait mal interpréter l'esprit de la loi, que de ne pas distinguer entre les fractures qui sont le résultat d'un coup directement porté et celles qui résultent de la chute indirectement et accidentiellement produite. Dans le second •cas, l'expert a le devoir de faire remarquer que la fracture * n'est qu'une conséquence indirecte de la rixe ou de la lutte ; ' et la jurisprudence, à Paris du moins, a consacré cette inter-' prétation. Malheureusement, il n'est pas toujours facile de démontrer d'une manière.positive que la fracture est ou n'estpas produite par un coup directement porté. Il est cependant à cet égard quelques données utiles à recueillir. C'est presque exclusivement pour les fractures des membres inférieurs ou .'
pour les fractures du crâne que la question se pose. Il faut.
chercher la trace du coup qui se retrouvera en général, sous *
68 C0^SÉQUENC1•JS DES BLESSURES.
la forme d'une contusion, ou d'une empreinte plus ou moins exacte de l'instrument à l'aide duquel le coup aura été porté. Ce sera souvent pour les fractures de jambe un coup de pied, un coup de bâton. De plus, l'infdtration sanguine ou l'épanchement sont beaucoup plus considérables au niveau de la fracture, quand elle est produite par un coup direct que quand elle résulte de la chute du corps. Enfin les os sont brisés dans le point où le coup a été porté et non dans ce que l'on a coutume de considérer comme le lieu d'élection ; et la solution de continuité offre ordinairement moins d'obliquité. Quant aux fractures du crâne, avec plaie de tête, le siège de celle-ci fournit un indice très-précieux. Car la chute sur la tête ne peut s'opérer qu'en des points déterminés, tandis que lés coups peuvent atteindre le crâne dans une partie quelconque.
Les luxations sont des blessures dont la guérison est en général rapide. Cependant elles déterminent parfois des complications consécutives. Les plus graves sont la paralysie et l'atrophie des membres luxés, probablement par suite de tiraillement des nerfs.
J'ai eu à visiter un homme de petite taille qui avait été maltraité par un individu beaucoup plus robuste que lui, renversé et relevé tour à tour par le bras jusqu'à dilacératîon et luxation de l'articulation. Au bout de deux mois je constatai une paralysie et une atrophie progressive du bras.