‹ Étude médico-légale sur les blessuresChapitre 24 sur 72 · II. Examen dp. la personne du duc de Praslin. — Introduits · texte numérisé non relu

II. Examen dp. la personne du duc de Praslin. — Introduits

dans la chambre de M. le duc de Praslin, nous l'avons engagé à se déshabiller complètement; et par l'examen attentif de toutes les parties du corps, nous avons constaté :

lo Au bras droit, au niveau de la partie inférieure du biceps, une ecchymose récente, d'une coloration bleuâtre très-marquée, de forme allongée, assez semblable à une impression digitale.

2o A la main droite, en dedans du pouce, près de sa face palmaire, une déchirure irrégulière, avec enlèvement de l'épiderme, qui est remplacé par une pellicule brune ; cette petite plaie, longue de 1 cent. 1/2 et assez large, peut résulter d'une morsure ou d'une excoriation très-forte.

3o A l'extrémité de l'index de la même main, la peau offre également une petite perte de substance, que M. le duc de Praslin attiibue à une brûlure, bien qu'elle n'en ait aucunement les caractères ; erreur que nous faisons d'ailleurs reconnaître- à M. le duc.

4° A la main gauche, au niveau de l'articulation phalangienne du pouce, petite excoriation d'un rouge, vif, récente et ayant la forme exacte de l'empreinte d'un ongle.

5o A l'index, au côté externe de la deuxième phalange, excoriation récente. Au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne du même doigt, déchirure profonde de 1 cent, environ, dont les bords rouges et enflammés ne sont pas réunis^ commencent à suppurer et sont entourés de sang fraîchement desséché. Ce doigt est aussi le siège d'une ecchymose peu étendue.

1. Lorsque l'autopsie a eu lieu, on n'avait pas encore découvert le fragment de lame du poignard corse qui fait l'objet d'un des rapports suivants et dont la forme toute particulière explique si bien les blessures par instrument piquant, tranchant et contondant, constatées sur le cadavre de la victime. A. T.

2. C'est à tort que M. Orfda a été désigné comme ayant pris part aux premières opérations médico-légales. Mandé dès le principe par M. le procureur du roi, M. le doyen était absent de Paris, et n'a pu en réalité participer qu'à l'autopsie de l'accusé et à l'analyse chimique qu'a nécessitée son suicide.

156 CIRCONSTANCES OÙ LIJS lîLESSURKS ONT ÉTÉ FAITKS.

60 Au doigt médius, sur la première phalange, trois écorchures .superficielles superposées, longues de 1 cent, et formant de petites cicatrices linéaires d'un rose vif. Sur la seconde phalange existe une excoriation demi-circulaire avec enlèvement d'un lambeau d'épiderme, comme par un violent coup d'ongle.

70 Au-devant de la jambe gauche, on voit une longue excoriation de 2 à 4 cent., profonde, entourée d'une ecchymose noirâtre, large comme la paume de la main^ avec formation d'une croûte encore saignante sur la plaie, et gonflement considérable de la jambe. Cette blessure, résultat d'une contusion toute récente et très-forte, est attribuée par M. de Praslin au choc de la jambe contre le marchepied d'une voiture.

80 A la partie supérieui^e du mollet gauche existe une ecchymose moins étendue et moins profonde.

De l'examen qui pi^écède, nous concluons que :

lo M. le duc de Praslin porte aux deux mains et à une jambe de nombreuses traces d'excoriations et de contusions toutes récentes, parmi lesquelles on distingue manifestement plusieurs coups d'ongle.

2° Ces blessures, quoique légères, peuvent, en raison de leur siège et de leur nombre, être le résultat d'une lutte.

Paris, 18 août 1847.

Signé Baron Pasquier, A. Taruieu, Boys de Loury, Canuet et Simon.

III. Examen des armes saisies chez M. de Praslin et tachées de sang. — Les objets que nOus avons mission d'examiner consistent en un fragment de lame de poignard, avec son manche, et un morceau de gaîne brisé ; et un pistolet d'arçon.

A. Lame du poignard. — La lame du poignard porte une étiquette scellée du sceau de M. le juge d'instruction, avec cette suscription : « Fragment d'une lame de poignard saisi dans un tiroir « du secrétaire-bureau du cabinet de travail de M. le duc de Pras- « lin. Ce 20 août 1847. »

Ce fragment de lame appartient à un poignard corse dont les deux tiers supérieurs manquent et dont le manche est brisé. La monture de l'instrument est en argent.

De la base à l'extrémité brisée, le fragment de lame a une hauteur de 0ni,062. La largeur de la lame est de 0m,02 à la base, et de 0°i,015 à l'extrémité brisée.

LES BLESSURKS DOIVENT-ELLES lÎTRE IMPUTÉES. 157

Sur les deux faces, le poignard offre les dessins analogues à ceux du damas, Sur Tune d'elles, la cassure transversale qui termine le fragment que nous avons à examiner, se prolonge en éclat. L'acier est très-fortement trempé.

La lame offre un talon mousse des deux côtés, et ne devient tranchante d'un côté qu'à 0m;05 de la base; de l'autre qu'à 0m^l8. Et le talon se termine par un crochet mousse large et haut de 0™,002.

II reste au manche seulement deux disques d'ébène séparés par un disque d'argent.

Sur plusieurs points, la lame présente dans les ciselures du damas un reflet jaunâtre; et, à la loupe, un piqueté rongeâtre dans le fond des dessins. Sur l'arête mousse du talon, il existe plusieurs raies brillantes et profondes qui semblent faites par un frottement rude comme celui d'un os, et dans lesquelles on remarque un peu de sang.

A la base et sur le côté de la lame où l'acier brisé a éclaté, à 3 millimètres en avant du dos, on voit une petite tache à reflet rougeâtre, ayant le brillant et l'apparence de vernis qu'ofire le sang desséché.

Du côté opposé, sur la crête de la virole, il existe une tache d'un jaune orangé, différente de la précédente, plus épaisse, analogue aux taches de rouille et qui repose sur une surface dont la teinte est jaunâtre.

Dans l'intervalle des .deux premières crêtes de la moulure qui surmonte le manche, on trouve une petite traînée de matière rougeâtre desséchée adhérant à l'acier.

Sur le rebord octogone de la monture d'argent, du côté correspondant au dos de la lame, se voit une petite tache allongée d'un rouge brun, brillant, entourée d'une aréole jaunâtre.

On place la lame (le talon en bas) dans un verre à pied, à demi rempli d'eau distillée. Au bout d'une heure et demie, la partie supérieure du liquide est décantée à l'aide d'une pipette.

La portion de liquide qui reste au fond du verre offre une coloi*ation rougeâtre manifeste : placé dans un petit tube de verre et chauffé, le liquide ne tarde pas à se troubler; il se foi'me un léger précipité rougeâtre. La potasse ne change pas sensiblement de coloration. Après avoir filtré, on traite par l'eau chlorée qui détermine la formation de quelques petits flocons blancs.

Il résulte évidemment de cette analyse qu'il existait du sang desséché à la surface de ce fragment de poignard.

Si maintenant on rapproche cette arme des blessures qui ont été

158 CinCONSTANClilS où LES ULIiSSURliS ONT lîïK FAITKS.

constatées sur le corps de M'"'' la duchesse de Prasliu, et décrites dans un précédent rapport signé par deux d'entre nous, on reconnaît que : à part les deux plaies contuses (n»* 4 et 5) existant à la région frontale droite, toutes les autres blessures peuvent avoir été faites par le poignard corse qui a été saisi. En effet, non-seulement lEf forme de cet instrument explique parfaitement les plaies profondes et étroites qui existaient au-dessus de la clavicule gauche (no 19) et dont la largeur moyenne (1 cent. 1/2) répond exactement à la largeur de la lame brisée. Mais encore il est facile de comprendre que cette arme si bien trempée et si tranchante ait divisé profondément les tissus de la région occipitale et entamé jusqu'à la table externe de l'os. Un instrument plus lourd eût sans doute déterminé une fracture du crâne. Enfin, ce qui est plus grave encore, quelques-unes des plaies offraient le double caractère des plaies par instrument tranchant et par instrument contondant, notamment (no 2} celle qui, sur la région frontale, présentait un angle déchiré irrégulièremeut en forme d'M. Or, la forme et la disposition du crochet mousse qui termine le talon de la lame rend parfaitement compte de la nature de ces blessures; et ce fait confirme encore l'idée que le poignard corse a été le principal instrument du crime. Ajoutons que le double tranchant de la lame répond bien aux plaies de la paume des mains.

B. Manche du poignard. — Le manche du poignard portant le sceau de M. le juge d'instruction, et étiqueté : « Une portion de IL manche d'un poignard saisie dans un tiroir du bureau du cabi- « net de travail de M. le duc de Praslin, Ce 20 août 1847. »

Ce manche est octogone, formé de disques d'ébène superposés et séparés les uns des autres par une petite lame d'argent; long de 0m,065 et conique. Quatre disques manquent à la partie supérieure, ce qui donnerait pour la longueur totale du manche environ 8 cent. Le fer qui maintient les disques et qui sert à emmancher la lame, offre une cassure nette et récente. Le manche est fortement tordu sur sol^ axe. Sur l'une des faces du manche, sur les 6", 7^, 8<= et 9^ disques d'ébène en comptant de l'extrémité brisée, on voit de petites taches jaunâtres, épaisses, disposées transversalement. — Ces taches sont enlevées avec précaution et placées dans un verre avec de l'eau distillée. — Après une heure et demie, elles n'ont communiqué à l'eau aucune coloration. Il n'y a pas de sang sur cette portion du manche du poignard.

G. Gaine du poignard. — L'étiquette scellée du cachet de M. le juge d'instruction porte la suscription suivante : « Une partie de

« gaîne de poignard, saisie dans un tiroir du bureau de travail de « M. le duc de Prasiin. Ce 20 août 1847. »

Ce fragment de gaîne en constitue la partie supérieure qui est montée en argent. L'ouverture px'ésente à l'intérieur 0^,021 de largeur; et la monture extérieure 0ni,024. La hauteur du fragment de gaîne lui-même est de 0ra,028.

La gaîne est en cuir noir verni, doublée en bois blanc et ferméesur l'une de ses faces pai" une couture.

En dedans de l'ouverture supérieure et sur les bords de la garniture d'argent, il existe une matière brunâtre à reflets d'un rouge jaunâtre, concrétée.

Le fragment de gaîne est suspendu dans un verre rempli d'eau distillée, de manière à ce que la matière brune plonge dans l'eau.

Celle-ci, après une macération prolongée pendant plus d'une heure et demie, est beaucoup plus colorée que le liquide qui provient de l'immersion de la lame. Mais mise dans une tube et chauffée, elle ne donne pas de coagulum. — Traitée par le tannin, cette même solution donne un précipité abondant. . On reconnaît ainsi que la matière concrète dont la préseùce a été constatée à l'orifice de la gaine n'est pas formée par du sangv mais par de la colle de gélatine.

D. Pistolet. — L'étiquette annexée au pistolet et scellée du cachet de M- le juge d'instruction porte pour suscription : « Un pis- « tolet saisi dans la chambre de Mf<^ la duchesse de Prasiin, « suivant notre procès-verbal de ce jour, 18 août 1847. i

Le pistolet saisit est un vieux pistolet dit d'arçon, à pierre,, portant gravé sur la batterie et sur le canon : Lazaro-Lazarino. La culasse et la sous-garde, ainsi que les capucines, sont en cuivre. (Le pistolet étant chargé, nous avons momentanément enlevé la pierre et fixé la batterie à l'aide d'un fil ; mais nous avons laissé la charge intacte).

La batterie, le canon et le bois du pistolet sont dans une grande étendue imprégnés de sang desséché provenant du contact de l'arme avec une abondante couche de sang qui y a laissé une empreinte large et uniforme.

Mais de plus, il existe autour de la crosse, en dessus et en dessous, au niveau de la sous-garde et sur le bois du canon, huit taches ponctuées, de dimensions presque égales, épaisses, d'uu rouge brun et formées par du sang qui a jailli.

i. Sous la causeuse ofi a expiré M""" de Prasiin.

160 CmCONSïANCES où LES BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES. . A l'extrémité de la baguette et du •canon, on voit une large empreinte de sang coagulé, et le caillot s'étend jusque dans l'intervalle qui sépare la baguette du canon.

Cette empreinte paraît provenir d'une goutte de sang liquide qui aurait coulé le long de l'arme et se serait coagulé à son extrémité.

Nous nous sommes assurés que ces diverses taches étaient bien formées par du sang. En efifet, quelques parties du bois imprégné de sang, macérées dans l'eau distillée pendant une demi-heure seulement, lui ont communiqué une coloration rougeâtre trèsmarquée. Par la chaleur, le liquide s'est fortement coagulé. La potasse a dissous le coagulum et donné une teinte verte à la liqueur qui, traitée par le chlore et l'acide chlorhydrique, s'est décolorée en même temps qu'il se formait de nombreux flocons albumineux.

A la partie inférieure de la crosse, au point de jonction du cuivre avec le bois, on voit dans une étendue de 0m,009 en largeur, et de 0m,006 en hauteur, deux fragments de tissu graisseux, jaunâtre, desséché, faisant une saillie assez prononcée et entourés d'une*petité quantité de sang.

Dans la rainure que forme la culasse de cuivre au point où elle s'attache à la crosse, se trouve un cheveu long de 0,01, d'une couleur châtain foncé et qui est fortement engagé. A l'extrémité postérieure de la sous-garde, sur ses bords et sur le bois où elle s'attache, existent deux autres petits fragments de tissu cellulaire graisseux, desséché et profondément incrusté dans la rainure de la sous-garde. Ce lambeau de chair n'est séparé de ceux qui se trouvent sous la culasse que par la partie la plus saillante du bois de la crosse.

Nous enlevons une petite parcelle de ces derniers fragments afin d'en constater exactement les caractères. Mais nous en laissons la plus grande partie en place.

L'examen microscopique nous montre une matière organisée dans laquelle on distingue de petites stries de sang et un bulbe pileux bien dessiné, que l'on compare sur-le-champ avec le bulbe d'un cheveu et qui en olFre tous les caractères. De plus, une portion de cette matière chauffée fond très-facilement et graisse fortement le papier.

A ces signes, on ne peut méconnaîti'e le tissu cellulaire graisseux provenant du cuir chevelu. Quant au rapport qui peut exister entre la configuration des difl"érentes parties du pistolet et quelques-unes des blessures existant sur le corps de M'»" de

Praslin nous nous contenterons de rappeler qu'au niveau et audessus de la bosse frontale du côté droit, l'autopsie a fait voir deux plaies contuses à bords déprimés avec altération du tissu, perte de substance au centre, déchirure du tissu graisseux souscutané, et enfin ecchymose circulaire autour de la plaie. Cet ensemble de. caractères ne permet pas de douter que ces deux blessures (n°^ 4 et 5) n'aient pu être faites par la crosse du pistolet qui a été soumis à notre examen et auquel adhéraient un cheveu et du tissu graisseux qui pouvaient avoir été détachés par la violence du coup de la partie du crâne où siégeaient les plaies. Enfin, les gouttes de sang qui ont jailli sur plusieurs points du pistolet proviennent sans doute du choc de la crosse sur la tête et des plaies que ce choc a produites.

Conclusions. — Des recherches, analyses et examen qui précèdent, nous concluons que :

lo Des taches de sang peu nombreuses mais parfaitement caractérisées existaient sur la lame du poignard dont un fragment nous a été présenté. '

2° Cet instrument dit poignard corse peut avoir servi à porter les coups et à faire la plus grande partie des blessures qui ont été constatées sur le cadavre de M™" de Praslin,

3o II n'y avait pas de traces de sang sur le manche du poignard ni sur la portion de gaîne que nous avons examinée.

4o Le pistolet est taché de sang dans une grande étendue ; mais il faut distinguer plusieurs petites taches provenant immédiatement du sang qui aurait jailli.

5o II existait à la culasse et à la sous-garde un cheveu engagé profondément dans la rainure et des fragments coagulés de tissu graisseux enlevés au cuir chevelu.

Qo La présence de ces lambeaux de chair, d'un cheveu et de gouttes de sang ayant 'jailli, démontrent de la manière la plus évidente qu'un coup a été porté sur la tête avec la crosse du pistolet ; et d'un autre côté deux des plaies qui existaient sur le crâne ont un aspect et des caractères tellement tranchés qu'on ne peut douter qu'elles ne résultent de l'action d'un corps contondant tout à fait analogue à la crosse du pistolet saisi. 23 août 1847.

Signé Baron Pasquier, A. Tardieu, Chevallier.

IV. Analyîe chimique de la matière blanche renfermée dans un /7a- Tardieu, Blesiurcs. li

162 CIRCONSTANCES OÙ LES BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES. con et trouvh dans la poche de M. d£ PrasUn^ le 20 août i. — L'ouverture du flacon étant faite, nous avons reconnu qu'il contenait une matière blanche pulvérulente exhalant une forte odeur de laudanum de Sydenham. Cette matière Llauche n'était pas sèche, mais eu partie humide, particulièrement près du bouchon, et dans les parties qui se trouvaient sur les parois du flacon. Quelques parties ont une couleur jaune, ce qui semble démontrer que ia matière Manche pulvérulente a été introduite dans un flacon ayant contenu un liquide que l'odeur et la couleur indiquent comme étant du laudanum de Svdenham.

Une petite portion de cette matière pulvérulente, jetée sur des charbons ardents, a fourni des fumées blanches exhalant une odeur alliacée indiquant la présence de l'arsenic.

Une portion de cette poudre, traitée par l'eau distillée, a fourni un liquide qui, introduit par portions dans un appareil de Marsh que nous avons fait apporter à la maison d''arrèt et qui fonctionnait à bl-anc, a donné des taches arsenicales de diverses dimensions, selon que le liquide employé était introduit en plus ou moins grande quantité dans l'appareil.

Ces opérations étant terminées, nous nous sommes rendus dans notre laboratoire, où nous avons continué l'opération en agissant de la manière suivante :

Nous avons détaché, autant qu'il était possible, cette matière ; nous l'avons desséchéeN et nous en avons pris le poids. Ainsi desséchée, cette matière pesait 4 grammes 30 centigi'ammes. Un gramme de cette matière a été introduit dans un tube de verre fermé à l'une de ses extrémités. Ce tube a été placé dans un creuset.rempli de sable, puis ebauffé ; l'acide arsénieux introduit dans le tube s'est sublimé, mais il est un peu sali par une matière provenant de la décomposition d'une substance organique qui a fourni une petite quantité de charbon.' Ce charbon brûlé dans un ci-euset de porcelaine n'a pas laissé de résidu sensible.

Nous attribuons la présence de cette matière organique à ce que l'arsenic a été introduit dans une bouteille qui avait contenu du laudanum, qui avait mouillé en partie l'arsenic.

En résumé : la matière blanche trouvée dans ia poche de la robe de chambre de M. de Praslin est de l'arsenic blanc connu sous les noms d'acide arsénieux, d'oxyde blanc d'arsenic.

Signé A. Chevallier.

1. Cette analyse a été faite dans la prison du Luxembourg, et les résultats en ont été transmis ■sur-lte-champ à M. Je chancelier. A. C.

V. Analyse chimique des taches existant sur un fauteuil qui aurait été souillé ie 19 août par une évacuation aloine du duc de Praslin i et sur les draps du Ht. — Les taches des draps de lit et de la couverture étaient très-peu marquées et n'ont pas fourni d'arsenic.

Le fond du fauteuil fortement taché a été enlevé à l'aide de ciseaux, divisé en fragments que l'on a traités par l'acide sulfurique et convertis en charbon. Ce charbon a été trait^ par l'eau régale à l'aide de la chaleur, puis par l'eau distillée ; il a fourni un liquide qui, introduit par portions dans un appareil de Marsh fonctionnant à blanc et donnant d'abord de l'hydrogène pur, a fourni, après l'addition du liquide et par la combustion, des taches qui ont été reconnues pour arsenicales.

11 en résulte : que 1° les taches qui se trouvaient sur les draps de lit et sur la couvertui'e ne contenaient pas de substances toxiques.

2o Que les taches provenant de déjections qui se trouvaient sur le fauteuil saisi contenaient de l'arsenic.

Signé A. Chevallier.

VI. Analyse chimique des déjections alvines et de l'urine rendues par M. de Praslin, dans la nuit du 21 au 22 août et le 22 au matin. — Sur les déjections recueillies, 300 grammes ont été introduits dans une capsule neuve de porcelaine, puis traitées par de l'acide sulfurique pur, de manière à obtenir un charbon bien divisé. Ce charbon fut traité par l'eau régale à l'aide de la chaleur, puis repris par l'eau distillée; une partie du liquide obtenu, essayé dans Tin appareil de Marsh fonctionnant à blanc et fournissant de l'hydrogène pur, nous a donné, par l'addition de ce liquide, des taches arsenicales ayant une teinte jaunâtre et en partie composées de sulfure d'arsenic.

Voulant nous convaincre que nous avions bien affaire à un produit arsenical, nous avons pris une autre partie de la liqueur: nous l'avons fait évaporer ; nous avons traité le résidu par du nitrate de potasse, à l'aide de la chaleur, pour cçnvertir le soufre du sulfure en acide sulfurique, puis en sulfate de potasse. Le résidu qui devait contenir le sulfate et l'arséniate de potasse a été traité convenablement par l'acide sulfurique à l'aide de la chaleur, puis par l'eau

i. Cette évacuation involontaire a eu lieu à la suite du bain, le jeudi 19, le lendemain du crime, vers trois heures de l'après-midi.

164 CinCONSTANCES où LRS BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES.

distillée: ce liquide ainsi obtenu nous a fourni des taches arsenicales.

Voulant acquéinr une conviction plus intime de la présence de l'arsenic duns les matières déjectées, nous avons, en suivant le même mode d'opérer, traité 1,500 grammes de déjections alvines, en ayant soin de traiter le charbon obtenu à plusieurs reprises par l'eau régale, avant de le traiter par l'eau distillée : le liquide obtenu nous a fourni un grand nombre de taches arsenicales qui ont été soumises aux essais ordinaires et un anneau recueilli dans un tube.

Les urines ont été évaporées : le résidu a été incinéré par le nitrate de potasse : il nous a fourni par l'eau et l'acide sulfurique un liquide qui nous a donné quelques taches arsenicales.

D'où il résulte pour nous : 1° que les matières des déjections alvines contenaient une notable quantité d'arsenic.

2° Que les urines contenaient de petites quantités d'arsenic.

Signé A. Chevallier.

VII. Empoisonnement de M. de Praslin. Symptômes observés depuis Vingestion du poison jusqu'à la mort. (Extraits des rapports de M. le professeur Andral et de M. le docteur Rouget, et des dépositions de M. le docteur J, Reymond.) — Mercredi 18 août de dix heures du soir à minuit. — Vers dix heures du soir, M. de Praslin a commencé à être pris de vomissements 1. Il avait le pouls extrêmement faible et était très-affaissé. Lorsqu'il eut pris un peu de vin de Bordeaux et de la glace, les vomissements ont cessé et il a paru beaucoup plus calme. {Déposition de M. Reymond.)

Jeudi 19. — L'état était à peu pi'ès le même que la veille ; les vomissements avaient recommencé dans la nuit et dans la matinée. Mis dans le bain, M. de Praslin s'y trouve assez mal, il a une syncope en y entrant et en sortant. En sortant de ce bain il fut placé

i. C'est là le premier symptôme d'empoisonnement qui ait été positivement constaté. Les dépositions de M. Allard, chef du service de sûreté, et de l'inspecteur principal Philippe, recueillies dans les derniers actes de l'enquête judiciaire, ont fait connaître que M. de Praslin, dans la journée de mercredi, était allé un grand nombre de fois aux lieux d'aisances. Mais il n'est nullement établi que dans ces visites multipliées il y ait eu des évacuations ; et qu'elles n'aient pas eu plutôt pour motif, de rendre la surveillance plus difficile. Quoiqu'il en soit, ce qu'il y a de très-important à noter, comme nouvel indice de l'iieure à laquelle le poison a été ingéré, c'est que la première entrée du duc dans les lieux d'aisances n'a eu lieu qu'entre cinq et six heures du soir, A. T.

- sur un fauteuil sur lequel il eut une évacuation involontaire. {Déposition de M- Reymond.)

Vemiredi, 20 août, 3 heures de l'après-midi. — « J'ai trouvé M. de Praslin couché dans son lit ; je lui ai demandé comment il se trouvait : il m'a répondu qu'il était mieux. Sa parole était assez ferme, son intelligence très-nette. M. de Praslin n'accusait aucune douleur dans le venti'e et la pression n'en déterminait aucune dans cette partie. La langue avait son aspect naturel, la respiration s'exécutait normalement. Toutefois, avec cet ensemble de symptômes qui semblaient assez rassurants, deux autres attirèrent toute mon attention : c'était, d'une part, la petitesse extrême du pouls que Von pouvait à peine trouver, et qui était très-irrégulier; c'était, d'autre part, le froid glacial des extrémités ; l'auscultation du cœur en montrait les battements faibles et irréguliers comme ceux du pouls.

« Les deux derniers symptômes que je viens de mentionner ne doivent pas laisser sans inquiétude sur l'état de M. de Praslin. Quant à la cause qui a déterminé cet état, on ne peut encore expri mer que des doutes. Les fortes émotions morales qu'a éprouvées M. de Praslin ont pu suffire pour le produire; mais il est possible aussi qu'il soit dû à l'ingestion d'un poison 1. La marche ultérieure des accidents pouri"a jeter sur ce point quelque lumière. Je pense qu'il serait nécessaire que l'on conservât à l'avenir toutes les matières évacuées afin qu'elles soient analysées. » {Premier rapport de M. Andral.)

H heures du soir. — Les forces sont un peu relevées ; il n'y a pas eu de nouvelles évacuations; le pouls si faible et si irrégiilier, à deux heures, a repris un développement suffisant, et il est redevenu régulier; il ne lui reste plus d'anormal qu'une as?ez grande fréquence; les mains sont aussi moins froides^. » (Deuxirme rapport de M, Andral.)

1. On voit que dès sa première visite, M. le professeur Andral, le seul médecin qui, à cette époque, ait eu à s'expliquer officiellement et comme expert sur l'état de M. de Praslin, établit formellement la possibilité de l'empoisonnement. C'est là la seule réponse qu'il soit convenable de faire aux attaques comme aux justifications qui ont alimenté la presse politique et médicale. A. T.

2. C'est à ce mouvement réactionnel de la circulation que se borne, en définitive, cette prétendue amélioration dans l'état de M. de Praslin, sur laquelle on a fondé l'iiypothèse de l'ingestion répétée et successive de plusieurs doses de poison. Mais il est facile de voir par les détails

166 ClIlGONSTANCIi:S où LES BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES.

Samedi 21 à quatre heures du malin. — « Le duc a été tiainsféré sans accident de son hôtel à la prison du Luxembourg. Il a seulement éprouvé' un refroidisseïnent assez- sensible des extrémités et une soif assez vive. »

Une lieure après son arrivée. — (c Visage assez calme, un pcw plus coloré que dans l'état normal; regajpd un peu incertain ; chatleur rétablie partout excepté aux mains; oppression modéréa, pouils assez développé, donnant de 80 à 85 pulsatiens par minute ; langue nette; soif très-vive: venti'e sans douleur; aucun vomissement ni envie de vomir.

Dans la soirée. — « Pouls petit, fréquent, filiforme ; •ey.tréraités froideS'; oppression extrême; constriction très-forte de la gorge; ventre météorisé et un peu douloureux; absence complète d'urine depuis l'arrivée au Luxembourg; pas de vomissements; déjections nulles. » {Rapport de M. Rouget.)

Dimanclie 22. — Mêmes symptômes, mais beaucoup plus intenses; constrictions spasmodiques de la gorge extrêmes; déglutition très-douloureuse; soif ardente; la langue est d'un rouge intense, ainsi que toute la membrane muqueuse de la bouche et du pharynx :. sentiment de brûlure depuis la bouche jusqu'à l'anus; ventre ballonné et douloureux au toucher; mouvement fébrile très^ prononcé; pouls fréquent et irrégulier, tantôt fort, tantôt faible; oppression ti^ès-forte ; point de nausées, point de vomissements; deux selles à la suite de lavements; urine en très-petite quantité, malgré l'emploi des diurétiques. {Troisième rapport de M- Andral. Rapport de M. Rouget.)

A minuit. — Malaise très-grand ; défaillance momentanée. Le reste de la nuit ne présente rien de particulier, si ce n'est une complète insomnie. {M. Rouget.)

Lundi 23. — État encore aggravé ; altération profonde dea traits; teinte d'un rouge brun répandue sur toute la face; intelligence conservée dans son intégrité ; soif incessante ; constriction delà gorge excessive; déglutition extrêmement pénible; langue rouge et sèche; ventre très-ballonné et douloureux: grande gêne de la respiration; pouls fréquent et petit; extrémités ti'ès-froides ; pas de selles; pas d'urine. {MM. Andral et Rouget.)

Mardi 24, 7 heures du. matin. — La vue était devenue très-troumêmes que l'on vient de lire, que cette journée du 20 août est loin d'aivoir été satisfaisante et a inspiré à M. Andral de vives inquiétudes.

ble, et la respirafiian ne s'accompliasait plus qu'avec une gêna extrême. Le pouls était fréquent et très-faible. L'intelligence se conservait toujours intacte. (Quatrième rapport, de M . Andral.)

A 1 hmre. La respiration s'embarrassa de plus en plus ; lea extrémités étaient glacées ; le pouls à peine sensible et très-fréquent. Tout annonçait une fin prochaine.

M. le duc de Praslin, qui conservait toute sa présence d'esprit, fut administré k 3 heures et demie- et raadit le dernier soupir à 4 héures 35 minutes. (Rapport de M- Rouget.)

Vin. Autopsie cadavérique de M. le duc de Praslin. — ELat extérieur. — Le cadavre de M. le duc de Praslin présente une rigidité assez, marquée. De nombreuses sugillations cadavériques, et une coloration violacée se remarque sur les membres et à la partie postérieure du corps. — Une salive écumeuse s'échappe de la bo«' che, et le pourtour de l'anus est souillé par une assez grande quantité de matières fécales qui se sont écoulées hors de l'intestin.

Des traces de diverses blessures récentes existent dans plusieurs parties du corps. Nous constatons notamment : à la face, au front, de très-légères excoriations superficielles, couvertes d'une croûte peu épaisse et récente ; on n'en compte pas moins de vingt et une ; à l'angle externe de l'œil droit, une plaie un peu pins profonde que les préqédentes, longue de 2 cent, et l'ecouverte d'une couçhe plus épaisse ; dans l'angle interne de l'œil gauche urje excoriation semblable, irrégulière, se prolongeant sur le côté du nez et en pax'tie cicatrisée ; à la lèvre inférieure, plusieurs petites éoorcbures, et une légère infiltration sanguine dans l'épaisseur d-es tissus. Ces diverses blessures ont pu, ainsi que le fait observer l'un de nous, échapper à l'observation lors de la visite qui a eu lieu le jour même du crime, et ne devenir apparentes qu'au bout de quelques jours en se couvrant d'une croûte peu épaisse.

Les deux mains présentent dix petites plaies plus qu moins étendues, récemment cicatrisées, remontant toutes à la même époque, et n'intéressant que les téguments. La forme de ces excoriations indique qu'elles peuvent résulter les unes de coups d'ongle et d'égratignures ; les autres de morsures.

La jambe gauche, à sa partie antérieure et dans toute sa hauteur, offre une contusion violacée, due à l'infiltration d'un« grande quantité de sang aous la pesîu et dans les tissus sous-jacents. Au centre de cette énorme ecchymose, on distingue une petite plaie superficielle presque complètement cicatrisée. L'épanchement de

168 CIRCONSTANCES OÙ LlîS BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES.

sang coagulé s'étend depuis la partie antérieure du genou jusqu'au cou-de-pied.

. A la partie supérieure de la cuisse gauche, au-dessous du pli de l'aine, existe une autre ecchymose moins étendue et moins profonde.

Cavité crânienne. — La boîte osseuse n'offre rien de particulier •à noter dans sa conformation ni dans sa textui*e.

Les méninges sont intactes. On remarque seulement dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, au niveau des vaisseaux qui se ramifient entre les circonvolutions, une infiltration peu considérable de sérosité un peu louche.

Le cerveau est sain ; sa consistance, sa couleur, sa structure sont tout à fait normales. On trouve une très-petite quantité de sérosité épanchée dans l'intérieur des ventricules.

Cavité thoracique. — 11 n'existe pas de sang ni de sérosité épanchés dans la cavité thoracique. Aucune adhérence ancienne ou récente ne réunit les feuillets de la plèvre.

Les poumons ont un volume assez considérable et une consistance assez grande. La partie antérieure et le sommet des deux poumons sont parfaitement sains. A la partie postérieure, il existe un engouement très -marqué et une congestion sanguine. On trouve même dans l'épaisseur du tissu pulmonaire, et à la surface, sous la plèvre, plusieurs noyaux de sang noir infiltré ayant les caractères de l'apoplexie pulmonaire.

• Le cœur est volumineux, ses parois sont épaisses. Le ventricule gauche renferme une petite quantité de sang liquide. A l'intérieur de cette cavité, sur les piliers et sur les différents points de la surface interne du ventricule, on observe un grand nombre de petites taches hémorrhagiques disséminées, formées par du sang épanché sous la séreuse endocardique, et qui dans quelques partie» pénètre jusque dans l'épaisseur des colonnes charnues et du tissu propre du cœur.

Le ventricule et l'oreillette droits sont distendus par un caillot volumineux, décoloré, fibrineux, qui se prolonge jusque dans l'artère pulmonaire.

Cavité abdominale. — Tube digestif. — Le tube digestif est enlevé dans sa totalité, depuis la partie supérieure de l'œsophage jusqu'à la dernière portion du gros intestin. — L'arrière-gorge et l'œsophage examinés avec soin n'offrent rien d'anormal.

L'estomac, détaché séparément, et préalablement débarrassé des matières qu'il contenait, consistant en une petite quantité

d' a liquide bran, recueillies dans un bocal de vevve neuf, présente à sa face interne des lésions ti'ès-graves et caractéristiques. — De l'extrémité du cardia jusqu'au pylore il existe sept lai^ges eschares, dont les dimensions varient de 2 à 4 cent, disséminées le long de la grande courbure. Ces eschares sont noires, très-nettement circonscrites par un liséré d'un blanc jaunâtre ; d'une consistance très -différente de celle des parties voisines, elles ont un aspect presque corné dans certains points. Autour de ces eschares, dans une petite étendue, la membrane muqueuse gastrique est un peu ramollie, et d'une coloration rouge foncé due à une vascularisation inflammatoire. Les eschares n'intéressent pas toute l'épaisseur des parois de l'estomac. Il n'y a nulle part ni ulcération ni perforation. La membrane interne est saine dans toutes les parties qui séparent les eschares que nous venons de décrire. — Les matières' contenues dans l'intestin sont recueillies comme celles que renfermait l'estomac.

L'intestin grêle, examiné dans toute son étendue, n'offre pas une seule eschare analogue à celle de l'estomac. Mais, à sa partie supérieure dans le duodénum et dans les dernières portions de l'iléon, la membrame muqueuse est le siège d'une violente inflammation, caractérisée par une rougeur sombre presque uniforme, résultant de l'ingestion très-considérable d'un grand nombre de petits vaisseaux capillaires. Cette membrane n'est d'ailleurs nulle part ulcérée ou détruite.

La partie moyenne de l'intestin grêle, celle que l'on appelle le jéjunum, est intacte. Il en est de même du gros intestin, qui, soit à sa face interne, soit à sa face externe, et à ses extrémités n'est le siège d'aucune lésion.

Foie. — Le foie est à l'état normal, tant pour son volume que' pour sa coloration et sa texture. Il contient peu de sang.

La rate et les autres viscères abdominaux sont tout à fait sains 1.

Conclusions. — De l'examen cadavérique qui précède, nous concluons que :

1° Tout porte à penser que la mort de M. duc de Praslin est le résultat de l'ingestion d'une substance irritante. 2° L'analyse chimique des viscères extraits du cadavre est né-

1. La vessie était vide. Mais il est bon de remarquer que dans les derniers moments de la vie une certaine quantité d'urine avait été rendue.

no GIRG0NSTANC15S OÙ LES BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES.

eessaire pour déterminer la cause réelle de la mort, la natuue dee matières ingérées, et pour fournir les moyens de résoudire les questions posées dans l'ordonnance de M. le chancelier de France^ président de la Cour des pairs.

Signé : Grpila, A. Tardieu, Andral, Louis, Rouget, Chatet.

IX. Analyse des viscères extraits du cadavre de M. de Praslin. -- Quatre bocaux scellés et étiquetés renfex^ment : lo le foie; 2o l'es** tomac et les matières qu'il contenait ; 3° les intestins extraits, du cadavre de M. le duc de Praslin; 4o une certaine quantité d'ui'iae rendue par lui dans les derniers moments de sa via.

Examen des réactifs. — Afin de nous assurer avant tout dô la pureté des réactifs qui devaient être employés dans le cours de nos expériences, nous avons pris 500 grammes d'azotate de potasse (nitre) que nous avons fait chauffer avec 400 grammes d'acide sulfurique jusqu'à transformation cohiplète de l'azotate en sulfate acide de potasse.

Le sulfate obtenu a été dissous dans un litre d'eau distillée bouillajite. La liqueur, très-fortement acide, a été presque complétement saturée par la potasse à l'alcool qui devait également servir à nos opérations; puis ello a été introduite dans un appa~ reil de Mai^sh, dans lequel se trouvaient 60 grammes de zinc métallique.

L'appareil ainsi composé a fonctionné jusqu'à l'entier épuisevxeni du zin.c, et pendant tout ee temps n'a pas donné un seul atome d'arsenic.

Cette épreuve complexe a démontré à la fois l'absence d'arsenic dans presque tous nos réactifs, à savoir : lo l'azotate de po,tasse; 2° la potasse à l'alcool ; 3° l'acide sulfurique ; 4o le zinc ; 5° l'eau distillée.

L'acide chlorhydrique a été ensuite essayé à part. On a fait passer à travers 300 grammes dq cet acide un courant d'hydi-ogène sulfuré, et il ne s'est pas formé de sulfure d'arsenic. D'une autre pact„ on a fait fonctionner un appareil de Marsh av9C Vacide chlorhydrique, et l'on n'a pas obtenu d'arsenic.

L'acide, chlorhydrique est donc aussi pur que les autres réactifs.

Enfin on s'est assuré de la pureté de l'acide azotique. Analyse du foie. — Après cette épreuve préalable, nous avons abordé l'analyse du foie.

LKS BLESSURES DOIVENT-ELEES ÈrilB M-PUTÉES. 171

Cet organe a été divisé en trois parties, dont deax seulement ont été eroplox^ées dans nos expériences.

i" Exim^n du fcde par le chlore. — 400 grammes du foie ont été réduits dans un mortier à Pélat de pulpe rougeâtre que l'on a délayée dans 2 litres d'eau distillée ; et soumis dans cet état pendant (juatre heures à l'action d'un double courant de chlore gazeux, agent qui détruit la presque totalité de la matière organique et qui permet da découvrir dans les organes environ un tiers d'arsenic de plus c^ue ce que l'on obtient par tout autre procédé.

Le tissu du foie, traversé par le chlore, s'est changé en une substance caséeuse d'un blanc jaunâtre. Après l'avoir laissé reposer pendant douze heures on a filtré ; et le liquide, provenant de la filtration, a été évaporé de manièx'e à ce que le chlore qui s'y trouvait en excès se dégageât. Nous ne nous sommes pas bornés à l'évaporation du liquide ; mais toujours dans le but de chasser le chlore, et aussi pour séparer une assez grande quantité d'acide sulfhydrique qui se forma dans cette circonstance i, nous l'avons traité par l'acide sulfurique, 5 grammes environ, et placé ensuite dans l'appareil de Marsh.

Le traitement par l'acide sulfurique était tellement nécessaire que, avant qu'il eût eu lieu, la liqueur essayée dans l'appareil de Marsh donnait à peine quelques taches jaunes de sulfure d'arsenic; tandis qu'après ce traitement nous avons obtenu une quantité prodigieuse d'arsenic qui s'est déposé, sous forme de taches, au fond d'une grande assiette de j^orcelaime que nous représentons, et qui en est complètement couverte.

2« Examen du foie parle n,itre. — Le second tiers du foie présentant le même poids que le précédent, écrasé dans un mortier àe porcelaine neuf, et réduit en bouillie, à l'aide du liquide qui s'en était écoulé et que contenait le bocal où ce viscère avait été renfermé, a été mélangé avec 250 grammes d'azotate de potasse et 10 grammes de potasse destinée à fixer l'acide arsénieux.

Le mélange a été chauffé doucement dans une capsule de porcelaine jusqu'à ce qu'il ait été desséché. On Ta alors projeté par petites parties dans un creuset chauffé au rouge où s'est opéree l'incinération du mélange et la destruction de la matière organique. Le produit de cette incinération, coulé dans une capsule de platine, n'a pas tardé, par le refroidissement, à. se prendre en une

Page 1