Voyez la note placée à la fui de cet article
masse blanclie grisâtre qu'on a fait bouillir dans une quantité suffisante d'acide sulfurique pur et concentré jusqu'à ce que l'azotate et le carbonate de potasse aient été décomposés. La solution, abandonnée à elle-même, s'est refroidie, et a laissé déposer du sulfate de potasse cristallisé.
Le liquide surnageant filtré a été mis dans un appareil de Marsh préalablement essayé, qui a donné un très-grand nombre de taches recueillies sur une assiette de porcelaine.
3o Examen des taches. — Nous avons soumis les taches provenant de ces deux opérations à un examen attentif, et nous avons reconnu que :
a. Elles offrent l'aspect miroitant propre aux taches d'arsenic. 6. Elles se volatilisent facilement au contact d'une flamme d'hydrogène,
c. Elles disparaissent immédiatement dès qu'elles sont touchées par quelques gouttes d'acide azotique pur.
d. En faisant évaporer cette solution jusqu'à siccité, on obtient un léger résidu blanc, lequel, traité après refx'oidissement par l'azotate d'argent neutre ti'ès-concentré, fournit de l'arséniate d'argent rouge brique.
e. En dissolvant dans l'eau distillée bouillante une autre portion du résidu blanc obtenu par la réaction de l'acide azotique sur les taches, et en faisant passer dans la dissolution préalablement additionnée d'une goutte d'acide sulfureux un courant de gaz hydrogène sulfuré, il se précipite à l'instant du sulfure d'arsenic jaune, soluble avec décoloration dans l'ammoniaque.
Ces caractères établissent de la manière la plus incontestable que les taches recueillies par nous et provenant de la double analyse du foie sont formées par de l'arsenic.
4o Formation de l'anneau arsenical. — Quelque évidente que soit la preuve qui résulte de la formation des taches, nous avons cependant cru devoir y ajouter celle que l'on peut tirer de la manifestation de l'arsenic sous une autre forme, sous la forme d'un anneau métallique.
En conséquence, l'appareil de Marsh contenant la liqueur due à l'action de l'azotate de potasse sur le foie, et qui avait déjà fourni des taches nombreuses, a été disposé de manière à ce que l'hydrogène arsénié qui s'en dégage passe à travers un tube de verre dont une partie dans l'étendue de 25 centimètres est remplie de ouate destinée à diviser le gaz et à retenir l'humidité ainsi. que le sulfate de zinc qui peut avoir été entraîné, et dont l'autre, plus
étroite et enveloppée d'une feuille de clinquant, est entourée de charbons ardents.
Le gaz, en traversant cette dernière partie du tuLe, s'est décomposé aussitôt et nous n'avons pas tardé à apercevoir un peu au delà un anneau ti'ès-riclie en arsenic. Le tube est effilé et fermé à la lampe et conservé pour êti'e joint au présent rapport.
Analyse du tube digestif. — Les intestins divisés en petits fragments et réunis aux matières liquides qui étaient contenues dans le même bocal, ont été additionnés de 30 grammes de potasse à l'alcool et placés sur le feu dans une capsule, de porcelaine. Après quelques minutes d'ébullition, on a obtenu un masse savonneuse à laquelle, après avoir saturé l'excès de potasse par une suffisante quantité d'acide azotique pur, on a ajouté 300 grammes d'azotate de potasse, puis on a continué l'action de la chaleur jusqu'à ce que la masse ait été desséchée; on l'a ensuite projetée partie par partie dans un creuset chauflfé au rouge.
La matière organique étant ainsi détruite, on a versé dans une capsule en platine le produit liquide qui s'est pris, par le refroidissement, en une masse blanche verdâtre que l'on a traitée à chaud par l'acide sulfurique concentré. Le produit de cette opération, dissous dans l'eau distillée bouillante, a fourni par le refroidissement du sulfate de potasse cristallisé et un liquide que l'on a introduit dans un appareil de Marsh préalablement essayé; on a obtenu des taches arsenicales dont nous reproduisons une partie 1.
Ces résultats nous ayant paru suffisants, nous n'avons pas analysé séparément l'estomac.
Analyse de Vurine. — L'urine rendue par M. de Praslin dans les derniers moments de sa vie, et qui nous a été soumise, pesait 300 grammes.
Après l'avoir additionnée de 2 grammes de potasse pour fixer l'acide arsénieux, on a évaporé jusqu'à réduction des deux tiers du volume total.
Le produit, mélangé avec 30 grammes de nitre, a été desséché et incinéré dans un creuset chauffé au rouge. On a fait bouillir les cendres avec de l'acide sulfurique pour enlever la potasse, et
1. Une note soi-disant communiquée, publiée par un journal de médecine et reproduite par presque tous les journaux politiques, semble indiquer que l'on n'a pas trouvé d'arsenic dans les intestins et que c'est là une preuve de la date éloignée de l'ingestion du poison. Le fait énoncé dans cette note et la conclusion qui en est tirée sont trop complètement erronés pour que nous n'ayons pas dû les relever ici. A. T.
l'on a prolongé l'action du feu jusqu'à ce que le. liquide ne dounât plus que des vapeurs d'acide sulfurique.
La liqueur filtrée, et mise dans l'appareil de Marsh préalablement essayé, n'a pas fourni d'arsenic.
Nous devons dire, dès à présent, que ce résultat négatif n'a rien qui doive surprendre. L'un de nous a signalé depuis longtemps ce fait, à savoir : que l'on peut trouver de l'arsenic dans l'urine à telle époque de l'empoisonnement, et ne pas en déceler plus tai^d 1.
' 1. Le duc de Praslin s'est empoisonné avec de l'acide arséaieux dans la journée du mercredi 18 août, et il a succombé le 24 du même mois à 4 heures 25 minutes. Je pense qu'il est utile et même nécessaire d'attirer l'attention du lecteur sur un certain nombre de faits relatifs aux altérations cadavériques qui ont été constatées, et surtout à l'expertise médico-légale. Commis par le chancelier de la Cour des pairs pour faire l'autopsie du cadavre et pour procéder à l'analyse des matières suspectes, j'étais en même temps invité par lui à désigner un autre expert; je lis choix du docteur A. Tardieu.
Je ne dirai rien des symptômes éprouvés par le duc de E,raslin, parce qu'ils ont été décrits dans le procès-verbal d'autopsie.
Pour ce qui concerne la nécropsie, je ne parlerai que des eschares trouvées dans l'estomac. On se tromperait si l'on croyait que ces eschares sont le fait de l'action locale de l'acide arsénieux sur l'estomac ; non, elles sont la conséquence de Vabsorption du toxique ; aussi détermine-ton souvent la production d§ semblables eschares ou d'altérations analogues dans l'estomac, alors quon s'est borné à empoisonner des animaux en appliquant de l'acide arsénieux sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse '.
On voit principalement ces altérations dans les cas oti la quantité d'acide arsénieux avalé était considérable, et surtout lorsque la maladie a duré longtemps. Je puis ajouter à l'appui de cette proposition ce qui se passe dans la plupart des cas d'empoisonnements par l'acide arsénieux qui se terminent promptement par la mort; en effet, non-seulement l'estomac n'offre aucune eschare, mais à peine est-il le siège d'une légère inflammation.
Analyse chimique. — Foie. Nous avons opéré séparément sur 400 grammes de ce viscère : 1» en incinéi-ant par l'azotate de potasse ; 2» en décomposant la matière organique par le chlore. JVous n'avons pas voulu recourir au procédé de carbonisation par l'acide sulfurique, tant prôné par l'Institut, parce qu'il est loin d'offrir les avantages que présentent ceux dont il vient d'être fait mention.
Je ne dirai rien des 400 grammes de foie traités par l'azotate de potasse, si ce n'est que nous avons recueilli une quantité très-considérable de taches arsenicales dont nous avons constaté les caractères, ce qui nous a permis à^affirmer que le foie contenait de l'arsenic. Surabondam-
1. Voyez los expériences i3, 14 et 15» de inon Traité de toioicologie, pag-e 808 du tome 1, 4» édition.
Ici se tei-minent les opérations chimiques auxquelles nous avons dû nous livrer; il nous reste maintenant à répondi-e aux questions posées dans l'ordonnance de M. le chancelier.
Signé : Orfila, A. Tardieu.
ment et pour satisfaire à des exigences puériles, nous avons fait passer aussi le gaz hydrogène arsénié qui se dégageait de l'appareil à travers an tube de verre chauffé au rouge, et nous avons obtenu presque immédiatement après un anneau très-riche en arsenic.
Décomposition par le chlore. — On sait que dans le mémoire que j'ai lu à l'Académie de médecine en juillet dernier, j'ai établi qu'en décomposant le foie par un courant de chlore gazeux à froid, on transforme tout Tacide arsénieux en acide arsénique, et que l'on ne perd aucune trace du toxique, tandis qu'on en perd en suivant tout autre procédé; aussi retire-t-on beaucoup plus d'arsenic en agissant avec le chlore qu'en détruisant la matière organique par un autre agent. Les expériences qui m'a- -vaient conduit à ce résultat si important avaient toutes été faites avec des foies de chiens empoisonnés par l'acide arsénieux et dont le poids variait de 180 à 220 grammes; jamais je n'avais opéré sur des foies d'hommes, ni sur une proportion aussi considérable de matières, c'està-dire sur 400 grammes. Qu'est-il advenu : c'est que tandis que la matière organique des foies de chiens était à peu près complètement décomposée après quatre heures de l'emploi du chlore gazeux, celle qui constituait les 400 grammes du foie» du duc de Prasiin ne l'était pas au même degré, après avoir été traversée par le chlore pendant le même espace de temps; c'est ce qui explique la différence importante que nous avons remarquée dans les résultats que voici : la liqueur chlorée provenant des foies de chiens, après avoir été chauifée jusqu'à l'ébullition pour en chasser le chlore, donne immédiatement de l'arsenic en abondance, lorsqu'on l'introduit dans un appareil de Marsh ; tandis que la liqueur analogue obtenue avec 400 grammes du foie du duc de Prasiin, n'a fourni dans le même appareil et encore difficilement que quelques taches jaunâtres brillantes; évidemment il restait dans cette dernière liqueur une trop grande quantité de matière animale pour permettre à l'arsenic de s'échapper; aussi avons-nous pris le parti de traiter le liquide qui fournissait à peine des taches jaunes, par de l'acide sulfurique pur et concentré, jusqu'à ce que la liqueur ne fît plus effervescence; le mélange devenu noir a été mis dans un appareil de Marsh, et n'a pas tardé à fournir une quantité vraiment prodigieuse d'arsenic.
Un fait qui ne manquera pas de frapper ceux qui s'occupent de toxicologie, c'est qu'en même temps que l'acide sulfurique dégageait des' vapeurs abondantes d'acide chlorhydrique (formé par l'action du chlore sur l'hydrogène de la matière animale), qu'il chassait une petite proportion de chlore en excès, il donnait également lieu à la production du gaz acide sulfhydrique. Comment concilier dans une même liqueur la présence du chlore et de ce gaz, lorsqu'on sait qu'à l'instant même où ces deux corps sont en contact, le chlore s'empare de l'hydrogène de l'acide sulfhydrique et en précipite le soufre? Ce fait, pour moi inex-
X. Réponse aux questions posées dans ^ordonnance de M. le Chancelier, co7icernant l'époque et la marche de l'empoisonneme7it. — Première question. — Constater les causes de la mort de M. le duc de Praslin. — L'analyse chimique a pleinement confirmé les données de l'autopsie cadavérique et permet d'alfirmer que la mort de M. le
plicable, se reproduira-t-il dans d'autres occasions ou bien dépendait-il d'un état individuel à nous inconnu? J'avoue que si j'avais à décider la question avec un aussi petit nombre de données, je me prononcerais en faveur de la négative, c'est-à-dire que j'admettrais qu'il ne se manifestera que très-rarement.
Quoi qu'il .en soit, il est évident, d'après ce qui précède, que j'ai à compléter le procédé de décomposition de la matière organique par le chlore, les détails dans lefiquels je suis entré ailleurs n'embrassant pas toutes les espèces qui peuvent être l'objet d'expertises médico-légales. Voici les préceptes qui servent de complément à ce que j'ai déjà publié.
1» Si l'on agit sur plus de 200 grammes de foie, il ne suffira pas de faire traverser la liqueur par un courant de chlore gazeux pendant quatre heures; il faudra prolonger ce courant pendant six, sept ou huit heures, suivant la proportion de foie sur laquelle on opère.
2° Après avoir filtré et fait bouillir la liqueur chlorée pendant une demi-heure environ, pour en chasser l'excès de chlore, ou en essayera une petite partie dans un appareil de Marsh; si l'on obtient immédiatement ou peu de temps après des taches brunes brillantes, c'est que la décomposition de la matière organique a été suffisante, et l'on n'aura pas besoin de recourir à aucun autrs traitement.
3» Si, au contraire, les taches ne se produisent pas ou qu'elles ne se condensent que difficilement, quelle que soit leur couleur, on conclura que l'action du chlore, n'ayant pas été suffiiamment prolongée, il reste encore une assez grande quantité de matière organique pour empêcher l'arsenic de se montrer. Dans ce cas, on placera la liquide suspect dans une capsule de porcelaine, dans laquelle on versera de l'acide azotique pur et concentré jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'effervescence et l'on chauffera ; il se dégagera une énorme proportion d'acide azoteux et de chlore ; l'acide azotique détruira le restant de la matière organique et fera passer à l'état d'acide arsénique la portion de l'acide arsénieux que le chlore. aurait pu ne pas atteindre; on continuera l'action de la chaleur jusqu'à ce que la liqueur soit entièrement desséchée; le produit de l'évaporation, traité par l'eau distillée bouillante pendant dix à quinze minutes, fournira un liquide duquel on extraira à l'aide de l'appareil de Marsh tout l'arsenic contenu dans la portion du foie sur laquelle on avait opéré ; je dis tout l'arsenic, persuadé que je suis qu'il ne viendra dans l'esprit d'aucun homme instruit et de bonne foi d'élever le moindre doute à cet égard.
Je dirai en terminant que ce n'est pas d'après des vues purement théoriques que j'ai été conduit à tracer ces préceptes, mais bien d'après des expériences rigoureuses que j'ai pu faire sur le tiers du foie du duc de Praslin, qui n'avait pas été employé à l'expertise ordonnée par la Cour des pairs.
Orf:la.
duc de Praslin est le résultat d'un empoisonnement. Non-seulement le poison a laissé des traces de son passage dans le tube digestif, mais il a été absorbé et porté dans tous les tissus, en altérant jusque dans leur source les éléments mêmes de la vie.
Deuxième question. — Rechercher à quelle substance la mort doit être attribuée. — Les lésions organiques révélées par l'autopsie cadavérique, notamment les escbares constatées dans l'estomac et surtout les taches hémorrhagiques qui existaient à la face interne du cœur, indiquaient déjà, comme très-pi^obable, l'ingestion d'une préparation arsenicale.
Les recherches chimiques auxquelles nous avons soumis les viscères extraits du cadavre de M. de Praslin, démontrent d'une manière incontestable qu'en effet le poison ingéré est un composé arsenical.
Nous n'avons pas dû rechercher quelle quantité de substance toxique pouvait avoir été prise; car, en thèse générale, cette question ne doit jamais être posée ni résolue. Gomme, dans aucun cas, il n'est possible de savoir en quelle proportion le poison, disséminé dans tout le corps, se trouve dans tel ou tel organe ; comme les variations de l'absorption, le nombre des évacuations, et les différents modes d'excrétion font nécessairement varier la quantité du poison éliminé, et que celle-ci reste toujours et nécessairement indéterminée; comme, d'un autre côté, il arrive constamment qu'une partie du toxique est perdue par le fait même de l'opération, quel que soit le procédé mis en usage, on comprend qu'il ne faut jamais chercher à résoudre le problème dont il s'agit, et que la seule chose véritablement importante est de constater sa présence et sa nature.
Nous nous bornerons donc à affirmer que M. de Praslin est mort empoisonné par une préparation arsenicale.
Troisième question. — A quelle époque les substances toxiques ontelles pu être ingérées ? — Pour résoudre cette question, il est nécessaire de fixer d'abord, avec le plus de précision possible, l'état physique dans lequel s'est trouvé M. le. duc de Praslin depuis la découverte du crime jusqu'à sa mort ; l'époque à laquelle ont paru les premiers symptômes de l'empoisonnement et' la marche qu'ils ont suivie. Nous avons donc à rechercher si dans les pièces de la procédure, dans les faits officiellement constatés, ou dans ceux dont nous aurions été les témoins, si enfin, dans les circonstances matérielles établies par l'enquête judiciaire, nous trouvons quelques renseignements propres à nous éclairer sur ces différents points. Taudieu, Blessures. 12
178 ClUCONSTANCES OÙ LliS JJLESSLUJiS ONT ÉTÉ FAITKS.
Uu premier fait qu'il importe de mentionner, c'est qu'une petite fiole contenant de l'acide arsénieux a été trouvée dans la poche ■de la robe de chambre de M. de Praslin, le vendredi 20 août à 2 heures, lorsqu'on l'a transporté du rea-de-chaussée au second étage, ainsi que cela l'ésulte du pi'oeès-verbal de perquisition en date de ce jour. Cette robe de chambre, en laine, de couleur brune, doublée de bleu., avait été doumée à M. le duc le 18, vers 10 heures du matin, au moment où M. le procureur dn roi et M. le juge d'instruction l'ont fait changer ds robe de chambre et de pantalon. On peut donc regarder comme établi que, avant ce changement de vêtement, M. de Praslin ne pouvait pas encore avoir le poison entre ses mains, puisque ses premiers vêtements avaient été immédiatement mis sotis scellé, et qu'ils ne contenaient pas le poison ; celui-ci, en effet, n'a" été retrouvé que plus tard dans la robe de chambre brune que M. de Praslin a gai'dée constamment depuis le moment où il a quitté celle dont la couleur était grise. Les déclarations de M. de Praslin ont occupé une grande pai'tie de cette premiière matinée et ont duré jusqu'à l'hem'e où l'on a procédé à l'autopsie de Mme la duchesse, c'est-à-dire à midi trois quarts. Jusque-là il paraît impossible que le poison ait été pris.
La première observation médicale dont M. le duc de Pi-aslin ait été l'objet, est la visite oi^donnée par les magistrats instructeurs, dans le but de rechercher sur sa personne des traces de blessures prouvant être le résultat d'une lutte. L'un de nous a assisté à cette visité en qualité d'expert. Or, elle a eu lieu immédiatement après l'autopsie de Mme la duchesse, c'est-à-dire vers 3 heures 3/4. M. le duic de Praslin a été examiné dans le cabinet attenant à sa chambre à coucher, et dans lequel se trouvaient seulement avec lui les médecins chargés de le visiter et deux agents. Il s'est déshaliillé complètement, et les médecins l'ont quitté avant qu'il eût repris ses vêtements, le laissant dans le cabinet où il s'est habillé. Or, au moment de cette visite, l'ien n'indiquait chez M. de Praslin le moindre trouble, la moindre souffrance physique. Ses mouvements et sa parole étaient parfaitement libres ; la chaleur de la peau •était normale ; le pouls à peine accéléré ; le teint uu peu pâle, mais pas plus que ne le comportait une émotion contenue. Il est donc extrêmement vraisemblable qu'à cette heure de la première ournée, c'est-à-dire à 4 heures moins 1/4, le poison n'avait pas encore été ingéré.
C'est vers dix heures, dans la soirée de même jour, que parais- «ent les premiex'S vomissements, ainsi qu'il résulte de l'importante
LES BIESSURES DOIVENT-ELLES ÊTBE IMPUTÉES. 179
déposition de M. le docteur Reymoïid. A minuit, ce médecin laisse le duc très-alïaissé, avec uu pouls extrêmement faible ; symptômes que Ton abserve quelquefois dans l'empoisonnement par l'acide arsénieux .
En partant de cettei donnée, peut-on détôrininfer le temps qui a dû séparer l'ingestion du poison de l'apparition de ses premiei-s effets ? Il n'y a rien d'absolu à cet égard. Plusieurs circonstances
' peuvent faire varier la limite et retarder plus ou moins la manifestation des symptômes de l'intoxication arsenicale. La forme du poison, pris solide ou dissous, en morceaux ou en pondre trèsfine; la présence ou l'absence de liquides acides ou non dans l'estomac; la plénitude ou la vacuité^de ce viscère; la i^apidité ou la lenteur avec laquelle a lieu l'absorption accélèrent ou ralentissent l'action du poison. Ici l'acide arsénienx, pris à l'état solide et grossièrement pulvérisé, sans qu'il y ait eu ingestion d'une grande quantité de liquide, a pu ne [révéler sa présence qu'après un certain temps. Mais, en fixant le] terme le plus reculé, on ne peut guère admettre, à moins de circonstances particulières sur lesquelles nous reviendrons, que ses effets se soient fait attendre
*plus de trois ou quatre heures.
C'est donc vers la fin de la journée du mer credi 18 août que l'on peut, avec le plus de vraisemblance,Jfixer l'époque de l'ingestion du poison.
Y a-t-il maintenant dans la marche des symptômes quelque chose qui puisse faire croire que plusieurs doses de poison auraient été prises à des époques plus rapprochées du moment de la mort? Paen ne l'indique. En effet, si nous suivons le développement de la maladie, et si nous résumons à ce point de vue les observations de MM. les docteurs Reymond et Ghayet, qui ont veillé jour et nuit M. le duc de Praslin ; et de M. Rouget, médecin de la maison de justice affectée à la Cour des pairs, lequel a présidé à la translation de M. le duc de son hôtel à la prison ', nous
li Les rapports de M. le professeur Andi'al n'avaient pas encore été publiés lorsque nous avons rédigé le nôtre ; et ils no nous avaient pas été communiqués. Mais la citation suivante, extraite de la lettre adressée le 31 août par M. Andral à M. le chancelier, montrera combien l'opinion de ce savant médecin est en tous points conforme à celle que nous avons exprimée : « Aujoui-d'hui que la marche de la maladie. Je développement de ses symptômes ont concouru pour démontrer que la mort de M. de Praslin a été due à l'empoisonnement par l'arsenic, il est impossible de douter que l'ingestion de cette substance n'ait été la cause de l'état dans lequel j'ai trouvé M. de Praslin le 20 août. Je crois qu'il
180 CIRCONSTANCES OÙ Li:S ULESSURHS ONT ÉTÉ FAITES.
voyons que les vomissements, commencés le mercredi à 10 heures du soir, ont continué pendant la nuit et n'ont cessé que dans la matinée du lendemain. Cette cessation des vomissements a pu en imposer et faii'e croire à une sédation des accidents et à une amélioration réelle; celle-ci n'a été qu'apparente, car d'autres symptômes témoignent que M. de Praslin était toujours sous l'influence du poison. Plusieurs syncopes dans le bain, des évacuations involontaires, une grande prostration, une soif ardente , une extrême faiblesse du pouls, tels sont les phénomènes morbides constatés pendant les journées du jeudi et du vendredi. Cela est si vrai que, pour faire passer M. de Praslin d'une chambre du rez-de-chaussée à une autre du second étage, on est obligé de le porter sur un fauteuil. (Procès-verbal de perquisition.)
Transféré au Luxembourg, le samedi matin 21, M. le duc de Praslin supporte le trajet, tout en se plaignant d'une soif intolérable. Pendant son séjour dans la maison de justice, les -vomissements ne reparaissent pas, mais la faiblesse, la prostration augmentent. Les extrémités deviennent froides et cyanosées, les gardesrobes sont toujours liquides, l'urine rare, le pouls faible, l'intelligence intacte. Quelques mouvements spasmodiques précèdent la mort, qui arrive le mardi 24, à 4 heures 35 minutes du soir, c'està-dire le sixième jour après l'ingestion du poison.
C'est bien là la marohe, ce sont bien les symptômes de l'empoisonnement par l'arsenic. Et il n'est nullement nécessaire, pour expliquer la mort tardive, d'admettre l'ingestion d'une nouvelle prise du poison à une époque éloignée de la première. Si les vomissements ont cessé, ce n'est pas parce que l'état de M. le duc de Pi'aslin s'améliorait; nous pourrions, au besoin, citer un grand nombre de faits dans lesquels des malades empoisonnés par l'acide arsénieux ont péri quelques jours après avoir cessé de vomir, quoiqu'ils n'eussent pas pris une nouvelle dose de poison.
a dû prendre l'arsenic le mercredi 18 août. Je crois aussi que les accidents qu'il a éprouvés depuis la soirée du 18 août jusqu'à sa mort doivent avoir été le produit de l'ingestion d'arsenic qui a eu lieu le mercredi 18 août, et qu'il n'est pas nécessaire, pour s'en rendre compte, d'admettre que de nouvelles doses de poison aient été prises ultérieurement. Il est très-ordinaire, en effet, de voir, en cas pareil, les symptômes s'enrayer et môme diminuer à la suite des premiers vomissements, puis par sa présence dans l'économie, le poison va déterminer de nouveaux accidents qui résultent à la fois, et des progrès de la réaction inflammatoire et de la dispersion des molécules arsenicales dans les différents organes. » A. T.
Tout a donc été naturel' et parfaitement en rapport avec les données de l'expérience dans la marche de l'empoisonnement de M. le duc de Praslin.
Quatrième question. — Si Vaction des substances toxiques a pu être contrariée ou détruite par d'autres agents. — 11 n'est pas impossible qu'un narcotique puisse dans certains cas, en paralysant l'action absorbante de la membrane interne de l'estomac, retarder et même détruire les eflfets d'un poison tel que l'arsenic. L'un de nous a démontré, par des expériences, qu'à l'aide de faibles doses d'un composé opiacé, on parvient à diminuer les vomissements et à en retarder l'apparition, à rendre les douleurs moins aiguës et à prolonger la vie i.
Si donc il était établi que M. le duc de Praslin eût pris un mélange d'acide arsénieux et d'opium ou.de laudanum, il serait possible que ces dernières substances eussent retardé, pendant quelques heures, l'apparition des vomissements. Mais rien n'autorise une semblable supposition ; les symptômes observés pendantjla vie, les recherches anatomiques et chimiques, opérées après la mort, tendent même à prouver le contraire.
Ajoutons que cette circonstance ne changerait pas ce que nous avons dit au sujet de l'heure à laquelle le poison aurait été ingéré; car si le mélange arsenical et opiacé eût été pris avant la visite qu'a subie M. le duc de Praslin, c'est-à-dire le mercredi 18, à trois heures et demie, il se serait trouvé, ainsi qu'on l'a vu dans les expériences dont nous avons parlé, sous l'influence de l'opium pendant l'examen des premiers médecins, et celui de nous qui y a pris part afiBrme que rien ne dénotait, à cet instant, chez M. le duc de Praslin l'action d'un narcotique.
Conclusions. — Il résulte des symptômes observés pendant la maladie du duc de Praslin, des altérations organiques constatées après la mort, et des recherches chimiques auxquelles nous nous sommes livrés :
lo Que M. de Praslin est mort empoisonné par une préparation arsenicale.
2° Que l'ingestion du poison a très-probablement eu lieu vers la fin de la journée du mercredi, 18 août, après quatre h.eures et avant dix heures du soir.
1. Voyez Orfila, Mémoire sur quelques points relatifs à V empoisonnement produit ■par les préparations de plomb, de cuivre, d'arsenic et de mercure. Annales d'hygiène, tome XXXVIII, p. i99.
3" Que la marche des symptômes a été régulière et telle (ju'on l'observe dans les empoisonnements par l'acide arsénieux.
40 Que la cessation des vomissements ne doit pas être attribuée à une amélioration, même momentanée, qui se serait manifestée dans l'état du malade, puisqu'il a continué à être en proie à des symptômes graves d'intoxication arsenicale.
5'^ Que la mort, quoique tardive en apparence, peut être l'effet naturel de la quantité d'acide arsénieux ingérée six jours auparavant.
Signé : Orfila, A. Taejdied.
Une autre affaire qui a eu non moins de retentissement que l'afTaire Prasiin, et qui a vivement ému la population parisienne, doit trouver place ici : c'est l'affaire Troppmann.
Obs. II. — Un crime sans précédents, le meurtre d'une famille entière tombant sous les coups d'un assassin, a été commis aux portes de Paris, le 20 septembre 1869. Le nombre des victimes, la multiplicité et la diversité des blessures, suffiraient pour donner à cette affaire, en dehors de l'émotion si universelle et si profonde qu'elle a soulevée, un intérêt considérable au point de vue de la mé-' decine légale. Mais ce ne sont pas seulement les constatations faites sur les cadavres de la dame Kinck et de ses six enfants qui doivent fixer l'attention des médecins ; une question plus intéressante et plus grave a été posée aux experts, celle de savoir si un seul meurtrier a pu accomplir l'œuvre sanglante. Cette relation contiendra donc en première ligne les procès-verbaux des autopsies et de visite de l'inculpé qui ont été faites par MM. les docteurs U. Trélat, L. Pénard et G. Bergeron ; et en second lieu la consultation rédigée en réponse à la question qui vient d'être rappelée par M. le professeur A Tardieu, adjoint pour cette dernière partie de la mission médico-légale aux précédents experts. Enfin le meurtre de Kinck père attribué à un empoisonnement par l'acide prussique, a donné lieu à des recherches très-intéi'essantes et très-neuves que M. Z. Roussin a exposées dans un rapport qui complétera l'ensemble des documents scientifiques relatifs à l'affaire Troppmann.
1. Tardieu, Relation médico-légale de V affaire Troppmann, {assassinat de huit personnes, blessures multiples, empoisonnement par l'acide prussique). {Ann. d'hygiène et de médecine légale, 2« série, i870, tome XXXIII, p. 166.)
LES BLESSURES DOIVENT-ELLES lÎTRE IMPUTÉES.
1. RAI^PORT CONCERNANT l'aUTOPSIE DBS CADAVRES DE LA DAME RINlUC KT DE CINQ DE SES ENPANTS', PAITJS LE 22 SEPTEMBRE 18G9.
io ETamm du cadavKe de la dame Kinck. — Le premier cadavre • est ceLul d'une femme de taille moyenne (l'Oies),, robuste et fortement constituée ; elle paraît âgée de trente-cinq à quarante ans; le ventre est développé, proéminent; la femme paraît être enceintede cinjq à sis. mois..
Comme signe pouvant servir à l'Identité, nous constatons, à la partie interne et inférieure de la jambe gauche, un ulcère variqueux recouvert d'un carré de taffetas noir; les cheveux châtain, fencé, mêlés de cheveux blancs vers les tempes et la racine du front, sont ram.enés, en arrière et maintenus par un cordon iioic
Nous ne constatons aux mains, aux poignets, aux bras, aucuneex.eQriabion ou eccliymose,. indiquant une résistance, une lutte;: suc Le corps,, exjiStent de; nombreuse* plaies, les unes faites par udj instrument tiranchaiXiit,, le& auitres par les coups d'un instrument à la fibis trajichant et contondant,, et djont n.ous, allons donner une description détaillée :
En arrière, daiaa le^ dos, nous, constajtons de nombreuses blQ9sur es, évidemment faites par un instrument tranchant, un couteau; ces plaies soM àJi>Qrdsj ve.ctiUgneS:; eULe^.ont de- 1. à, 2 centimètres, il2 de longueur ; les plus- niombreutses? Qoi 2 centimètres .
£U.6s ont été évidemmcjat faites: p;aa.' la- même aiîme.
Enbre les deux épmiks,. nous constatons :. deux plai.es, l'unet, ujft peu à gauche, de^ direction transversale, ayant 2 centimètres 1/,?! de- longueur', la se.condle, un peu à droites, mais très-rapprochée. d^ la première, de direction oblique en. bas et en dedans, longue 4^ 2 centimètres.
Dans la masse des muscles de l'épaule gauche, deux auti'es plaies^, Tune de direction transversale, ayant 2 centimètres, 1/2 de lon-r» gueiup et une profondeur égales ; une seconde, de 2 centimètres de longu«ui" un peui au-dessous. dela'précéclente et de, direction oblique <;n bas et en dehors ::
Octmv la masse des musdes de l'épaule droite,, m\e plaie à bords, Ijiéants, longue de 3 centimètres 1/2 et, â sojp. angle intei^ne^ p.cQ,-r fonde d.e 4 centimètres,.
An milieu du dos et un peu au-dessous des pluies. précé.demmeiPit dérriies, à trois ou quatre travers de doigli de la. plaie médiane,
deux autres blessures superficielles, de direction transversale, parallèles et très-rapprochées l'une de l'autre, indiquant deux coups frappés presque simultanément : ces plaies ont, de longueur, 1 centimètre 1/2.
Vers les dernières côtes gauches, nous constatons six blessures goupées très-près les unes des autres ; cinq de ces blessures sont peu profondes, mais une sixième, plus en dehors, dont un des bords est déchiré et forme une languette saillante, est béante et profonde : le doigt introduit pénètre dans la cavité de l'abdomen.
Sur le milieu du dos, très-près de la colonne vertébrale, nous constatons une plaie transversale béante, profonde, pénétrant dans la poitrine; la sonde, introduite, s'enfonce profondément.
En bas des reins, aux lombes, existe un groupe de cinq plaies, très-rapprochées, de direction légèrement oblique en bas, toutes parallèles : ces blessures sont peu profondes. Elles ont été faites coup sur coup.
En résumé, nous constatons, dans les reins, dans le dos, dixneuf coups de couteau qui se groupent asses régulièrement en trois zones distinctes : — entre les deux épaules, — en bas et à gauche de la poitrine, vers les dernières côtes, — au milieu des lombes.
Sur la partie antérieure du corps, nous constatons :
Au côté gauche du cou, vers l'angle de la mâchoire, une plaie à bords contus, irrégulièrement curviligne, peu profonde parce que le coup a porté sur l'angle osseux de la mâchoire ; cette plaie faite par un instrument à la fois tranchant et contondant, tel que serait un couteau à lame brisée, enfoncé et retrouvé dans la plaie, commence à 2 centimètres au-dessous et en avant du lobule de l'oreille, et se continue obliquement vers l'angle inférieur de la mâchoire dans un trajet de 5 à 6 centimètres.
Au-dessous de rangle de la mâchoii-e et en haut du cou, nous constatons : une plaie profonde, béante, remplie de débris de paille et de sable, plaie à boi'ds contus, irréguliers.
En disséquant cette plaie^ nous constatons qu'elle est profonde de 6 à 8 centimètres : le larynx est ouvert et comme troué ; la cavité pharyngienne ouverte également; les carotides n'ont pas été ouvertes et il n'y a pas eu d'hémorragie foudroyante; mais l'artère linguale et des branches de la veine jugulaire ont été ouvertes très-près du gros tronc veineux, et il en est résulté une hémorrhagie considérable. '
Enfin, comme autres blessures, il existe, au menton, une plaie
triangulaire avec lambeau saillant, presque détaché, — sous le menton, deux plaies superficielles faites par un angle contondant, — et en avant de la cuisse, près du pli inguinal, — trois plaies par instrument tranchant, faites coup sur coup ; car elles sont de même direction et très-rapprochées.
En ouvrant les cavités thoracique et abdominale, nous constatons la trace de trois plaies pénétrantes : deux dans le côté i?- .uche de la poitrine, une dans le ventre.
Les deux traces intra-thoraciques des plaies pénétra iiâs de poitrine existent : l'une, entre la neuvième et la dixièrr s côte, entre l'angle et la tête de la côte ; — l'autre au-dessous de la quatrième côte, à 3 centimètres de l'angle de la côte. La troisième plaie a pénétré entre la dixième et la onzième côte.
Un vaste épanchement sanguin existe tout autour du rein gauche, dans le tissu cellulaire périnéphrétique ; le rein a été déchiré vers son bord supérieur.
Il existe une plaie pénétrante très-profonde au lobe inférieur du poumon gauche.
Tous les viscères sont sains et bien conformés : il n'existe dans l'estomac aucune trace d'aliments. En ouvrant l'utérus, nous constatons la présence d'un fœtus du sexe féminin, au sixième mois de la gestation.
2o Examen du cadavre d'Emile Kinck. — L'aîné des enfants, âgé de treize ans, n'a, sur le corps, aucun signe de puberté.
Nous constatons autour du cou des sugillations, provenant d'un lien constricteur fortement serré.
Il n'existe, sur le corps, aucune trace de lutte, ecchymose, contusion, pouvant indiquer que la victime se soit défendue.
Toutes les blessures existent au côté droit de la tête qui est fracassée. Comme trace extérieure, nous constatons, dans la l'égion pai'iétale, quatre plaies curvilignes à bords écartés, plaies de direction presque verticale, de même longueur (o à 6 centimètres) : — deux se trouvant à trois travers de doigt au-dessus et en dehors de l'oreille ; deux autres derrière l'oi^eille, dans la région temporo-pariétale, ces deux dernières très-rapprochées et séparées par une mince languette de cuir chevelu.
En disséquant le cuir chevelu, nous constatons trois fractures avec enfoncement, contusion, déchirure de la matière cérébrale, deux correspondant aux deux plaies pariétales, une, avec enfoncement d'une large lamelle curviligne du temporal brisé, et correspondant aux deux plaies situées derrière l'oreille.
186 CmCUNSTANCES où LES BLESSUllliS ONT ÉTÉ. FAITES.
Au-devant de l'oreille, à l'angle de la mâclioire, une plaie irrégulièremeut curviligne, à bords rentrants, descendant au devant de l'oreille vers l'angle de la mâchoire, dans un trajet de 4 à 5 centimètres.
A l'autopsie nous constatons : au poumon gauche, des noyaux apoplectiques disséminés; — au poumon droit, quelques ecchymoses sous-pleurales; de fines et très-nombreuses ecchymoses formant comme une sorte de pointillé sous le péricarde.
Dans l'estomac, nous constatons l'existence de parcelles graisseuses dans ua demi-verre d'un liquide séreux jaunâti-e.
3o Examen du cadavre d'Henri Kinck. — Le second fils est âgé (Je dix ans.
Il ne présente, sur le corps, aucune trace de lutte r comme blessures, nous constatons : au milieu' du fi'ont, urne plaie contuse, profonde, à bords contus — au-dessus et au cuir chevelu, deux plaies de même nature.
A la racine du nez, une plaie' contuse profonde ; les os sont brisés et on sent avec le doigt des esquilles osseuses.
La région temporo-pariétale et occipitale droite a été écrasée à coups de pioche ; il existe deux én&rmes fractures avec délabrement, larges esquilles osseuses, issue de matière cérébrale.
A l'autopsie nous constatons : au milieu de l'os frontal et correspondant à la plaie, médiane du front, un trou quadrangulaire fait comme à l'emporte-pièee; noua conservons et détachons ee fragment osseux dont le trou quadrangulaire pourra s'adapter à l'extrémité quadrangulaire d'une pioche, pic de carrier, etc.
A l'autopsie, nous constatons une intégrité absolue des viscères; autour du poumon èvoit, des adhérences celluleuses ; le cœur est vide, rétracté. Il existe, dans l'estomac \ià.e d'aliments, quelques mucosités jaunâtres.
4° Examen du cadavre d'Achille Kinck. — Le troisième enfant est âgé d!e huit ans et demi; sur le corps^, nous ne constatons aucune trace de résistance, de lutte'.
Gomme trace extérieure de blessures, nous' constatons, au- milieu du front, une plaie transversale à bords contus, évidemment faite par un instrument à la fois tranchant et contondant, et, au fond de la plaie, de& débris osseux de la table externe de l'os. L'œil droit est enfoncé, crevé' |il y a issue de matière cérébrate),mais l'arcade oi-bitaire n'est pas brisée ;: le coup a été porté dilua l'œil même;- la, paupière inférieure est saillante et détachée; la paupière supérieure, détachée eu deux lambeaux demi-
circulail'es, est enfoncée, avec l'œil, vers son angle externe.
Au-dessvis du sourcil droit nous constatons l'existence d'une plaie contuse superficielle, et, au côté gauche du nez, de deux ou trois petites plaies contuses ; dans la région pariétale gauche, vers sa partie inférieure, une plaie contuse dirigée d'avant en arrière, à bords écartés, longue de 3 centimètres 1/2 et au fond de laquelle on sent les os brisés et des esquilles détachées.
La moitié latérale gauche de la face, tout autour de l'oreille, est littéralement broyée et formée de lambeaux saignants et de débris osseux.
L'oreille est déchirée au-dessus du lobule.
A la tempe, entre l'œil et l'oreille, existe une plaie profonde avec écrasement des os, dans laquelle le doigt pénètre, entrant dans le cerveau mis à nu ; la plaie a 4 centimètres 1/2 de longueur.
Un peu au-dessous de la première, au-devant de l'oreille, une seconde plaie de même nature et de même dimension; — une troisième, au-dessous du lobe de l'oreille ; — enfin, derrière l'oreille, dans la région temporo-mastoïdienne, une plaie irrégulière, triangulaire, avec enfoncement des os, issue de la matière cérébrale.
Chacune de ces quatre blessures était une blessure mortelle.
Au-dessous du menton, nous constatons l'existence de deux plaies, à un centimètre l'une de l'auti'e, faites soit par un instrument piquant, soit par l'angle saillant d'un instrument à la fois tranchant et contondant.
Au-devant et sur les côtés du cou, nous constatons :
En haut du cou, à droite, une sugillation résultant d'une forte pression du pouce, — et, au-devant du cou, une sugillation transversale, séparée par un intervalle de 2 centimètres 1/2, d'une sugillation plus longue, — et, enfin, une troisième trace, un peu au-dessus de la précédente, ~ ces dernières traces indiquant évidemment la pression de trois doigts du reste de la main.
A l'épaule : — au sommet de l'épaule, trois plaies contuses de 2 centimètres, demi-elliptiques, — une, présentant une saillie triangulaire d'un lambeau d'un de ses bords, une sorte de fraisure.
A l'occiput, nous constatons une- plaie contuse irrégulière paraissant faite par un coup de pioche ou pic de carrier, — avec enfoncement des os et attrition de la masse cérébrale.
Dans les reins, au côté gauche, à deux travers de doigt de la colonne vertébrale, nous constatons l'existence d'une plaie à bords curvilignes, béante, profonde, au fond de laquelle on sent les
esquilles osseuses détachées : cette plaie existe au niveau de la dixième vertèbre doi'sale.
Dans les lombes, existe une seconde plaie contuse, béante, profonde, pénétrant dans la cavité du bassin, un peu au-dessus du rebord iliaque gauche, et à trois travers de doigt de la colonne vertébrale. Au poumon gauche, à la base et sur les côtés du lobe inférieur, existe une plaie contuse avec déchirure du poumon ; au sommet et dans le poumon droit, quelques sufFusions disséminées. L'espace intercostal, entre la dixième et la onzième côte, est déchiré sur une longueur de 6 à 8 centimètres; — la onzième côte est fracturée.
Au creux épigastrique, nous constatons, extérieurement, la trace d'une piqûre — et, par la dissection, nous constatons que la pointe d'une arme a déchiré le bord inférieur du foie et perforé l'estomac. Cette plaie, à peine apparente, et qui ne se reconnaissait qu'à un examen attentif, pouvait, seule, entraîner la mort.
Il n'y avait, dans l'estomac, aucune trace d'aliments.
oo Examen du cadavre d'' Alfred Kinck. — Le cinquième cadavre est celui d'un enfant âgé de cinq ans.
A la région te7nporale et tout autour de l'angle externe de l'œil droit, existe une plaie contuse large, irrégulière; — une, semielliptique, à l'angle externe de l'œil.
Au-dessous de Voreillè gauche, nous constatons une plaie également semi-elliptique, à lambeaux détachés.
Derrière Voreillè droite et descendant vers l'apophyse mastoïde, existe une plaie contuse avec écartement des bords, longue de 4 à 5 centimètres, — plus en dedans et presque parallèlement, trois autres blessures évidemment faites coup sur coup.
Au-demnt du cou, nous constatons l'existence de trois plaies, trois trous béants, les deux externes séparés par une languette de peau de 2 à 3 millimètres, et le second séparé du troisième par une languette d'un centimètre environ ; le larynx est ouvert et comme troué; de nombreux vaisseaux sont déchirés; l'hémorrhagie a été rapidement mortelle.
Ces blessures nous semblent avoir été faites par une ai'me telle qu'un couteau brisé agissant à la fois comme instrument tranchant et contondant.
Au-devant de la poitrine et au côté droit, près du creux épigastrique, sur les dernièi^es côtes, existent trois plaies très-rapprochées semi-elliptiques faites coup sur coup; le cartilage de la sixième côte a été coupé.
En retournant le cadavre, nous constatons : en arrière, à l'occiput, une plaie contuse ovalaire; — sur les côtés du cou, un peu en arrière et à droite, deux petites plaies contuses.
L'enfant a lutté, s'est débattu, a cherché à se défendre : une profonde coupure seyni-elliptique existe sur le dos de la main, et deux autres sur les côtés de la première phalange de l'indicateur de la main gauche.
A l'autopsie, nous ne constatons aucune lésion viscérale : le cœur est flasque, rétracté; l'estomac est entièrement vide; l'enfant est mort par hémorrhagie.
60 Examen du cadavre de Marie-Hortense Kinck. — Le dernier, le sixième cadavre, est celui d'une petite fille âgée de deux ans et demi; à la région temporale, au-dessus de l'arcade sourcilière, existe une contusion curviligne de 3 à 4 centimètres de long; — tout autour, des sugillations brunâtres.
L'oreille droite est à moitié arrachée.
A la racine du nez, existe une plaie contuse, béante, profonde, dirigée vers Vœil droit qui est enfoncé et crevé : il y a issue de matière cérébrale; la blessure était mortelle.
Aux deux côtés de la bouche, nous constatons deux plaies contuses semi-elliptiques (3 centimètres 1/2); — sous le menton, une plaie profonde, irrégulière^ triangulaire; — une autre, au-devant du cou, superficielle.
A la base de la poitrine, au côté droit, sur les fausses côtes, existent trois plaies, béantes, profondes; une d'elles est irrégulièrement elliptique.
Au ventre, existent deux plaies béantes, irrégulières, elliptiques, — l'une au-dessus, l'autre au-dessous de l'ombilic, avec issue d'anses intestinales faisant hernie.
Il n'y a, dans l'estomac, aucune trace de matières alimentaires.
Conclusion. — En résumé, de l'exposé qui précède, nous concluons que :
lo Les cadavres dont nous avons fait l'autopsie, sont ceux d'une femme et de cinq enfants morts par suite de leurs blessures :
2° Mme Kinck par le fait de la multiplicité des blessures, du sang qu'elle a perdu, — en un mot, par hémorrhagies profuses.
30 L'aîné des enfants, Émile, a été étranglé par la constriction du lien circulaire (cravate entortillée), — et achevé à coups de pioche.
40 Le second, Henri, a été tué à coups de pioche.
50 Le troisième, Achille, a été étranglé par pressiion des mains au-devant du cou, — achevé à coups de pioche.
60 Le quatrième enfant, Alfred, et la petite fille, Marie, ont été frappés à coups de couteau.
La mort de la mère et des cinq enfants a eu lieu au même instant : elle remonte à trois jours.
RàPPORT CONCERNANT l' AUTOPSIE DTJ CADAVRE DE &TJSTAVE KINCK, FAITE LE 27 SEPTEMBRE 1869.
Le cadavre du jeune Gustave Kinck a été trouvé six jours seulement après ceux de sa mère et de ses cinq frères et sœur, dans une fosse voisine de celle où les autres avaient été enfouis.
Le cadavre est celui d'un jeune homme âgé de seize ans : la putréfaction est déjà avancée, sous les pieds, au cou, entre les épaules, Tépiderme s'enlève et se détache, — Le ventre est tuméfié, verdâtre; — le scrotum et la verge sont distendus et gonflés.
La face livide, tuméfiée, écrasée est méconnaissable.
Gomme traces de blessures, nous constatons : en arrière du corps, cinq plaies par instrument tranchant, peu profondes : — deux à l'épaule droite (fosse sous-scapulaire), une à l'épaule gauche, — deux vers le milieu du dos.
Mais des blessures graves, celles qui ont amené la mort, existent à la partie antérieure du corps.
Nous constatons :
io Au bras gauche, vers l'insertion deltoïdienne, deux plaies, très-rapprochées, l'une en avant, l'autre un peu en dedans, — communiquant entre elles et évidemment produites par un même coup de couteau qui a traversé le bras.
2o Au-devant du cou, une longue incision transversale, médiane, longue de 6 centimètres, — au fond de laquelle était resté le couteau ; le larynx, le pharynx sont ouverts; les artères carotides n'ont pas été divisées-.
3o Au-devant de la poitrine existent deux plaies presque transvei'sales, ayant toutes deux 3 à 4 centimètres, l'une à deux travers de doigt en dedans du sein droit, — l'autre en dedans du sein gauclie, presque au point correspondant.
En faisant l'autopsie, nous constatons que les deux ventricules dit cœur sont atteints et largement ouverts par les deux coups de couteau.
En résumé : .
LliS ULKSSURES nOlVENT-i:LLES KTRE rMPUTÉES. 191
i" La mort de Gustave Kinck est le l'ésultat de trois blessures, toutes trois mortelles, l'une au cou, les detix autres aux ventricule du cœur.
2o Le couteau laissé dans la plaie du cou a dû servir à faire toutes les blessures.
* 3" La mort de Gustave Kinck remonte à huit ôu dix jours.
RAPPORT CONCERNAJSIT LA. VISITE DE l'iNCULPÉ TROPPMANN.
Il résulte de l'examen auquel les experts se sont livrés sur la personne de Troppmann, que, sans être d'apparence athlétique, ce dernier a les masses musculaires fermes et saillantes et qu'il est d'une grande force. Le métier de mécanicien, par le fait d'un exercice continu, donne aux mouvements de l'avant-bras et de la main, à l'action du poignet, beaucoup de sûreté, de vigueur et de précision.
Troppmann avait au visage des égratignures, au côté droit du front, derrière l'oreille gauche, à la joue gauche, traces manifestes! de coups d'ongle.
Il avait, au cuir chevelu, de larges places dénudées, provenant de cheveux arraches, au-dessus de l'oreille gauche, en arrière de la tête, vers l'occiput.
H avait, à la main droite, des égratignures; à la main gauche, entre le pouce et l'index, dans l'angle de flexion, une entaille profonde, une coupure faite par le tranchant d'une lame ; il se serait fait cette blessures en cherchant à arrachei- à Mme Kinck le couteau qu'elle lui avait enlevé.
A ces constatations s'est iorné le rôle des experts relativement à l'examen de l'inculpé; ils n'ont pas en à rendre compte de son état mental.
RAPPORT MÉDICO-LÉGAL EN RÉPOI^E AUX QUESTIONS POSÉES, TOU- . CHANT LA POSSIBILITÉ D'aTTRIBUKR LE CRIME A UN SEUL MEUR- TRIER ET CONCERNANT L'ÉPOQUE EXACTE DE LA MORT DU FILS
aîné.
Commis le 7 octobre 1869, par M. le juge d'instruction Douetd'Arcq, à l'effet de donner notre avis sur les questions suivantes :
io Eat-il possible d'admetti'e qu'un individu seul ait pu commettre le meurtre de la famille Kinck et de ses cinq enfants, étant donné ce fait que la mère, la plus petite fille et le plus jeune des
192 CIRCONSTANCES OÙ LES BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES, garçons ont été retrouvés loin des trois autres, isolés pendant vingt minutes, et que les trois garçons ont été ensuite repris et emmenés après le meurtre des premières victimes? 2° G. Kinck a-t-il été tué avant la femme Kinck et ses cinq enfants, l'a-t-il été en même temps? l'a-t-il été à une date postérieure?
Nous avons procédé à l'examen et à la discussion des deux questions qui nous sont soumises, en étudiant, au double point de vue qu'elles comportent, les constatations faites sur les cadavres et consignées dans les précédents rapports de trois d'entre nous.
Première question. — En effet, c'est uniquement d'après ces constatations que nous devons nous former une opinion sur la nature des blessures, leur ordre de succession, sur le genre de mort auquel a succombé chacune des victimes; que nous pourrons fonder un jugement réfléchi touchant la principale question qui nous est posée, celle de savoir si un seul individu a pu accomplir le meurtre de la femme Kinck et de ses cinq enfants. Nous nous abstiendrons de toute hypothèse; nous ne prétendons pas reproduire'dans tous ses détails la scène du massacre de cette famille, nous nous attacherons aux indices matériels fournis par l'examen des cadavres, d'où doit ressortir la possibilité ou l'impossibilité du fait que nous avons à établir.
Il semble au premier abord diflScile d'admettre et presque impossible à concevoir que six meurtres, presque simultanés, puissent jamais être l'œuvre d'un seul, et nous ne craignons pas d'être démenti en affirmant que, ni dans les annales judiciaires, ni dans celles de la science médico-légale, jamais encore un pareil fait ne s'est rencontré. Mais ce serait s'exposer à de graves erreurs que de se laisser entraîner à cette impression première et de s'en tenir aux enseignements de l'expérience. C'est surtout en médecine légale que celle-ci est trompeuse et que l'on doit se défier des hypothèses théoriques. Chaque fait doit être étudié et jugé en luimême, car chaque fait se présente dans des conditions particulières et nouvelles. Les combinaisons, et l'on peut dire les hasards d'un acte criminel sont infinis, et ce que l'observation nous a appris de plus certain, c'est qu'en pareille matière tout est possible.
Dans le cas qui nous occupe, si nous faisons l'application de ces principes, un premier fait d'une importance capitale est établi par l'instruction, et nous est signalé par les termes mêmes de l'ordonnance qui nous commet, c'est que les six personnes dont les cadavres ont été trouvés réunis, avaient été séparées au moment du meurtre pendant environ vingt minutes et divisés en deux
LKS BLESSURES DOIVENT-ELLES Ê'i'RK IMPUTÉES. 193
o-i-oupes, de telle sorte que trois seulement à la fois avaient été conduites à la mort. Ce n'est donc plus de six assassinats simultanés que nous avons à nous rendre compte, mais d'un nombre moindre de moitié et par suite d'un acte de moitié moins difficile à expliquer et à comprendre. Mais ce n'est pas tout : la procédure nous fournit un renseignement non moins certain et plus précieux encore, en nous faisant connaître la composition de chacun des deux groupes: dans le premier la mère, la seule victime qui fût dans la force de l'âge, et avec elle ses deux plus jeunes enfants, une petite fille de deux ans et demi et un petit garçon de cinq ans ; dans le second, trois garçons plus âgés mais bien jeunes encore, de treize, dix et
Luit ans et demi.
Examinons d'abord comment ont été frappées, comment ont péri les victimes du premier groupe. La mère, qui portait dans son sein un septième enfant, a reçu plus de trente blessures, toutes faites par un instrument tranchant tout à fait analogue au couteau qui a été trouvé brisé sur le lieu du crime. Frappée d'abord par derrière c'est-à-dire par surprise, elle a eu ensuite le cou coupé, la poitrine et le flanc ouverts ; la perte de son sang a déterminé une perte de connaissance rapide et n'a pas tardé à amener la mort. Pendant ce temps, la petite fille était assommée d'un seul coup à l'aide d'un instrumentcontondantet aigu, qui pénétraità travers l'oi^bite jusque dans le cerveau, et le petit garçon avait le cou tranché et succombait comme sa mère. Pour ce premier groupe il estfacilede voirque l'acte meurtrier n'a demandé ni beaucoup de temps, ni une grande force physique, ni l'emploi d'armes multiples, ni l'intervention active par conséquent de plusieurs assassins: un couteau et une pioche. Deux petits êtres dans la première enfance dont on a pu se débarrasser presque d'un seul coup; et sur la mère de très-nombreuses blessures, mais toutes portées avec le même instrument et attestant l'acharnement d'un seul, plus que la vigueur ou l'action de plusieurs. Et quant à la durée de la première scène, elle a pu n'être pas très-longue et se renfermer dans les quinze ou vingt minutes que l'on sait s'être écoulées avant que les trois garçons du second groupe aient été ramenés sur la place où ils devaient tomber à leur tour. En supposant même que la dame Kinck n'eût pas encore rendu le dernier soupir à ce moment, elle était certainement privée de sentiment et hors d'état de se ranimer pour avertir ou défendre ses trois fils.
Que sont devenus ceux-ci ? La mort les a atteints plus rapide •'iicore et plus sûre que celle qui avait frappé leur mère. Pour l'aîné Tardieu, Ble$tures. > 13
et le plus jeune d'entre eux, un double genre de violence également prômpt et meurtrier. La tête fracassée à l'aide d'un instrument et par un procédé semblable à ceux que nous avons déjÀ feconnus sur la petite fille ; et le cou serré jusqu'à la strangulation sur l'un à l'aide de la main, sur l'autre à l'aide de sa cravate violemment tordue. Le troisième tombe et meurt assommé par des. coups portés à l'aide d'une pioche dont la pointe traverse l'os du front comme un emporte-pièce. Quel que soit l'ordre dans lequel chacto des enfants ait été frappé, que la strangulation ait précédé pour deux d'entre eux, et de manière à paraly.ser tout -mouvement, les coups tenibles assenés sur la tête, il y a là, on ne saurait le nier, l'emploi des moyens meurtriers lesplus soudains, les plus propres à surprendre les victimes età rendre toute résisance impossible- Ajoutons que nous ne trouvons plus ici l'emploi de l'inatrument tranchant dont la lame s'était brisée, que quelque blessures secondaires ont pu être faites avec le tronçon de cette arme, mai* que la plu[)art et celles surtout qui ont causé la mort, sont toutes faites avec l'instrument aigu et contondant, la pioche, dont la trace a déjà été constatée. La rage du meurtrier ne s'est pas, en effet, épuisée dans les coups mortels qu'il a portés les premiers et l'on trouve sur la face, sur la poitrine, sur le ventre, de nombreuses plaies dont quelques-unes sont assez irrégiilières. Mais cette circonstaBce n'implique nullement l'usage d'armes diverses ni surtout l'action de plusieurs bras, La pioche et le couteau, et peut-être, à défaut de celui-ci, la bêche nécessaire pour creuser la fosse!, rendent un compte, exact et complet des diverses blessures constatées sur les cadavres qui composaient le deuxième groupe. Pour celui-ci, ni pour le premier, le genre des violences, le nombre et le caractère des blessures, non plus que la nature des instruments vulnérants, n'impliquent nécessairement la participation de plus d'un individu à cette œuvre de meurtre.
Les coups, pour ces trois jeunes gari^ons, n'ont pas exigé davantage le déploiement d'une grande force physique, mais seulement la promptitude terrible et la fermeté de décision qu'attestent les •crânes broyés et la strangulation, et qui peuvent se rencontrer dans les mains et dama la volonté d'un seul homme plus sûrement encore que chez plusieurs complices.
Il est une dernière remarque à fjiire, c'est que sur cinq des six cadavres, on ne trouve aucune blessure indiquant la moindre tentative de résistance. Un seul, celui du jeune Alfred, âgé de cinq ans et demi, et tué avec sa mère et sa petite sœur, présente aux mains
plusieurs blessures qui montrent qu'il a cherché à parer les coups de couteau qui lui étaient portés. Cette circonstance n'a rien d'inconciliable, avec les considérations que nous venons de présenter ; et, bien qne l'on puisse être tenté d^attribuer ce défaut de résistance et de lutte àt Fagression simultanée de plusieurs individus, se chargeant chacun du meurtre d'une des victimes, il faut reconnaître que l'isolement des deux groupes, la confiance avec laquelle» la dame Kinck et ses enfants se laissaient conduire, la nature' des blessures et - leror siège', ne' permettent pas de douter cfue les tIctimes aient été frappées par surprise, et mises presque toutes dui premier coup hors d'état de lutter et de se défendre ; et qu'ainsi il n'y ait aucune raison de supposer que le meurtrier ait eu besoini de l'assistance de personne.
Les constatations faites par trois d'entre nous, sur rinculpé Troppmann, concordent d'une manière frappante avec les observations qui précèdent. Les légères blessures qu'il portait aux mains et au visage, les cheveux qui lui ont été arrachés, répondent aux circonstances que nous veuons de relever, et sont en rapport avec la manière dont ont été attaqués et frappés Mme Kinck et son plus jeune fils, moins soudainement et d'une façon moins foudroyante que les quatre autres enfants.
Deuxième question. — La question de savoir si Gustave Kinck a été tué avant sa mère et ses cinq frères et scfâiar ne laisse pas place au doute.
Le cadavre de ce jeune homme a été découvert et exhumé six jours après ceux du reste de sa famille. Il présentait des traces de décomposition assez avancée, et, bien que le séjour du corps dans la terre ait dû retarder la marche de la putréfaction, celle-ci a été trouvée plus marquée que sur les cadavres qui depuis six joars; étaient exposés à l'air.
Aussi, sans pouvoir déterminer d'une manière certaine le jour et l'heure de la mort du jeune G. Kinck, il est permis d'affirmer qu'il a été tué avant la femme Kinck et ses' cinq enfants.
Conclusion. — De l'exposé des faits et de la discusai^)n qui précèdent, nous n'hésitons pas à conclure que:
1" Il est possible qu'un seul individu aitpu commettre le meurtre de la femme Kincket deses cinq enfants, et, dans les circonstances ofr ce meurtre a été commis, il est infiniment probable qu'il est l^œuvre d'un seul.
2" Le jeune Gustave Kinck a certainement été tué deux o» trois jours avant la femme Kinck et ses cinq enfants.
19t) CmCONSTANCES 'OÙ LES BLESSURKS ONT ÉTÉ FAITES.
RAPPORT CONCERNANT l'eMPOISONNEMENT DE JEAN KINCK PAR I.'aCIDK PRUSSIQUE, PAR M. R0US3IN.
Commis le 28 novembre 1869, à l'effet de procéder à l'analyse des organes extraits du cadavre de Jean Kinck, découvert aux environs de Belfort, et d'y rechercher toute trace de poison, et notamment d'afiide prussique, nous avons reçu dans notre laboratoire, rue de l'Université, 160, et dans un parfait état de conservation, les scellés ci-dessous désignés dont l'analyse chimique fait l'objet de ce rapport.
Dans une petite caisse de bois blanc nous trouvons, soigneusement emballés dans un lit de paille et de varech, les cinq scellés •uivants :
le' Scellé. — Un flacon en verre blanc à large ouverture, éti (jueté : Matière cérébrale et méninges. »
2* Scellé. — Un flacon en verre blanc à large ouverture, étiqueté : « Poumons et cœur. »
3^ Scellé. — Un flacon en verre blanc à large ouvei'ture, étiqueté : « Estomac et duodénum. »
4" Scellé. — Un bocal en verre vert, à large ouverture, clique'é : (.(. Foie et rein droit. »
5* Scellé. — Un bocal en verre vert, à large ouverture, étiqueté : « Grc-S intestiij, côlon ascendant, trausverse, descendant, S iliaque jusqu'au rectum. »
Les organes sont extrêmement ramollis, envahis par une putréfaction énergique et l'épandent une odeur nauséabonde ; leur réaction au papier de tournesol est très-manifestement alcaline. L'estomac et le duodénum seuls ont conservé une résistance très-sensible et ne répandent qu'une assez légère odeur cadavérique ; au papier de tournesol, la réaction de ces deux viscères est très-sensiblement acide.
L'estomac et le duodénum incisés dans toute leur longueur nous outoffe.'tune coloration tellement anormale qu'il importedy insister d'ima maniji-e spéciale. A l'extérieur, ces deux organes n'offre it rien le spécial et présentent facilement une teinte grisâtre. Au cjntraii-e, toutes les surfaces internes, et notamment toute la muqueuse de restumac. sont presque uniformément colorées eu bleu grisâtre assez foncé. Cette teinte bizarre, loin de diminuer au contact de l'air, augmente très-notablement d'intensité. Nous nous hâtons de détacher toute cette couche interne et colorée, et, dans cette opération, nous constatons que la matière
LES BLESSURES DUlYlîNT-ELLliS ÊTRE IMPUTÉES.' lOT
colorante bleue n'a pas pénétré à une grande profondeur dans les tissus et paraît localisée dans une épaisseur moindre que 1 millimètre. Examinée au microscope ( amplification de 220 diamètres), une portion très-mince de cette muqueuse colorée nous a permis <i'observer que sa coloration bleue n'est pas produite par la pénétration d'un liquide coloré en bleu, mais résulte de la dissémination d'une multitude innombrable de petits corpuscules amorphes présentant une couleur bleue très-foncée. Sous le champ même du microscope, ces petits points bleus se montrent complètement insolubles dans l'eau, l'alcool, l'éther et l'acide acétique. Ce dernier réactif, de même que toutes les liqueurs acides, exalte la couleur bleue des îlots coloi'és et produit une nuance plus pure. La solution ■étendue de potasse caustique, celle du carbonate de potasse ou même une solution faible d'ammoniaque suffisent au contraire pour détruire presque instantanément la couleur bleue de ces corpuscules qui passent aussitôt au rouge ocreux. En touchant de nouveau avec de l'eau acidulée les portions ainsi décolorées par une liqueur alcaline, la coloration bleue l'eparaît avec une intensité et une pureté remarquables.
Les faits précédents bien constatés, nous plaçons toutes les parties colorées de l'estomac et du duodénum dans un flacon à large ouverture où nous versons simultanément 200 grammes d'eau distillée additionnée de 5 grammes d'acide chlorhydrique très-pur. Au bout de quelques minutes de digestion, le mélange répand une odeur très-sensible d'acide sulfhydrique , en même temps que la coloration bleue des fragments de la muqueuse augmente d'éclat et d'intensité. Lorsque toute réaction paraît épuisée, nous décantons la liqueur acide, dans laquelle nous constatons la pi'ésence : i° d'une petite proportion d'acide sulfhydi-ique; 2° d'un sel de fer au minimum ; 3° d'une très-notable proportion de sulfate de potasse. Les fragments colorés de la muqueuse sont alors soumis à de nombreux lavages tant à l'eau distillée tiède qu'à l'alcool et à l'éther , jusqu'à ce qu'aucun de ces dissolvants n'enlève plus aucune trace de matière soluble. En cet état, ces fragments, vus surtout par transparence, sont d'une teinte bleue très-pure bien qu'assez claire. Nous les baignons alors dans une solution d'ammoniaque caustique très-pure et très-étendue, et, d'une manière presque soudaine, toute coloration bleue disparaît des fragments : ces derniers deviennent presque entièi'ement blancs avec un léger reflet verdâtre bien manifeste. La liqueur ammoniacale, décantée et filtrée au .papier Berzélius, est absolument limpide et incolore. Sursaturée
i98 CIRCONSTANCES OÙ LIOS lîLESSURKS ONT ÉTÉ FAITES.
par un léger excès d'acide acétique, elle ne donnée lieu à aucun dépôt ou coloration. Mais, si l'on ajoute alors au liquide quelques gouttes d'une dissolution faible de perchlorure de fer, il se produit un abondant précipité bleu d« nuance très-pure. L'analyse de ce précipité ne laisse aucun doute sur sa nature ; il •estexclnsivement constitué par du Meu de Prusse véritable, complètement identique au bleu de Prusse ordinaire du commerce. Quant aux fragmeats décolorés des muqueuses stomacale et intestinale, ils ne renferment plus, au bout de quelques lavages, qu'une petite proportion d'oxyde de fer facilement soluble dan« Teau acidulée par l'acide chlorhydrique.
Les expériences, dont nous venons de donner le résumé, établissent d'une manière incontestable la présence dans r«stomac et ieduodénum des corps suivants : lo bleu de Prusse tout formé; 2» un« très-petite proportion de sulfure de fer; 3» une notable quantité de sulfate de potasse. Nous mettrons plus tard en lumière la signification précise de ces diverses constatations.
Tous les organes provenant de l'autopsie de Jean Kinck sont réunis ensemble et divisés rapidement en très-menus morceaux, que nous d-élayons aussitôt dans une quantité d'eau distillée suffisante pour faire de toute la masse une bouillie très- claire et capable de supporter l'ébuUition. Cette matière est introduite dans une spacieuse coi'nue tubulée dont l'extrémité communique avec un réfrigéi'ant de Liébig, lequel, au moyen d'un tube recourbé , pénètre lui-même dans un flacon rempli aux deux tiers d'une solution au vingtième d'azotate d'argent. La cornue étant installée sur un bain de sable, nous y introduisons, au moyen d'un tube en S adapté à la tubulure , 100 grammes d'acide sulfurique pur dissous préalablement dans 200 grammes d'eau distillée , et nous procédons immédiatement à une distillation très-ménagée. Au bout de deux heures d'ébullition très-soutenue, nous laissons refroidir l'appareii et nous constatons que dans le flacon renfermant la solution argentique il s'est produit un précipité d'une couleur brune assez foncée. Le précipité est lavé par décantation et recueilli avec soin : il présente les réactions suivantes: l'acide azotique étendu ne lui fait subir aucune altération ; l'ammoniaque exalte sa teinte noire et en sépare une substance que l'addition de l'acide azotique sépare sous la forme de flocons blancs , caillebotés de chlorure d'argent, complètement insolubles dans l'acide azotique concentré et bouillant. Quant à la substance noire elle-même, nous avons reconnu sans peine qu'elle est exclusivement constituée par du sulfure d'ar-
LES BLESSURES DOIVI-NT- l'ILLES ÈTIUC IMl'UTÉliS. l'99
gent. Aucune trace de cyanure d'argent n'a pu être décelée dati-s le précipité du chlorure argentique. Ces résultats complètement négatifs, touchant la présence de l'acide prussique dans les organes de°Jean Kinck, inhumés depuis trois mois et envaMs parla putréfaction, n'a rien qui doive surprendre, puisque les deux caractères les plus saillants de cet acide sont précisément son extrême volatilité et sa tendance à la décomposition en présence des matières alcalines et amngionicales.
Les matières demeurées dans la cornue sont additionnées d'un grand excès d'acide sulfurique pur et concentré, carbonisées par les procédés ordinaires et soumises ensuite aux recherches métliodiques d'une analyse complète. Nous n'entrerons pas dans les détails de ces longues opérations, attendu qu'elles n'ont fourni que des résultats négatifs, et qu'aucune matière^minérale toxique n'a pu être déeelée.
Dans un de ses interrogatoires, antérieur de plus de trois semaines à la découverte du cadavre de Jean Kinck, l'inculpé Troppmann déclare avoir préparé lui-même de l'acide prussique en distillant un mélange de trois parties de prussiate jaune, deux parties d'acide sulfurique et deux parties d'eau. Pour appareil distillatoire il dit avoir employé deux cornues dont la première, remplie du mélange, s'engageait par son bec dans le bec plus large de la seconde, destinée à servir de récipient, et, dans ce but, refroidie par l'apposition d'un linge mouillé. Pour chauffer la premièi*e cornue, l'accusé dit avoir fait usage d'une lampe à alcool.
Il est parfaitement certain qu^'avec ces éléments et même avec l'appareil bizarre et grossier employé pour la distillation , on peut très-aisément se procurer de l'acide prussique dans 'un assez grand état de concentration et capable, à la dose de quelques centimètres cubes, de produire une mortpresque instantanée. Ceprocédé est connu de tous les chimistes, et le plus généralement employé pour préparer l'acide prussique médicinal, attendu que l'acitie produit par cette méthode est de tous celui qui se conserve le plus longtemps sans altération. Il convient encore d'ajouter que tousi-es éléments nécessaires à cette préparation redoutable sont des produits chimiques vulgaires que tout marchand de couleurs délivre au premier venu , et qui sont généralement employés dans une foule d'opérations industrielles. Le seul point délicat de Topération consiste à modérer l'application de la chaleur et à éc'hauffer graduellement le fond de la cornue où se trouvent les matières réagissantes. Une température brusque ou trop élevée produit infail-
âOO CIRCONSTANCES OÙ LKS BLESSURES ONT ÉTÉ FAITES.
liblement de violents soubresauts dans la liqueur bouillante et provoque le jaillissement et le transport mécanique des matières fixes contenues dans le générateur ; ces impuretés se mêlent alov^, en plus ou moins grande proportion, à l'acide prussique distilla et souillent ce dernier produit. Or , ces substances secondaires, produites par la réaction de l'acide sulfurique étendu sur le prussial« jaune de potasse, sont depuis longtemps connues et étudiées ; elles sont au nombre de trois : 1° du sulfate de potasse ; 2o du sulfate de fer ; 3o un composé désigné sous le nom de" ferrocyanure de potassium et de fer, et qui se présente sous la forme d'une poudn< blanche, insoluble dans l'eau, jouissant de la propriété remarquable de bleuir spontanément au contact de l'air.
On comprend aisément ce qui devra se passer posf mortem dans les organes digestifs de deux individus empoisonnés l'un avec de l'acide prussique pur , et l'autre avec de l'acide prussique px'éparé par une main inhabile et souillé par la projection des trois matières précédentes. Dans le premier cas, aucune coloration spéciale ne peut prendre naissance sur les muqueuses. Dans le second cas, au contraire, les trois produits fixes restent dans l'intérieur de l'estomac et y subissent les transformations naturelles que peut provoquer la fermentation putride. Le sulfate de potasse restera inaltéré; le sulfate de fer pourra, sous l'influence du carbonate et du sulfhydrate d'ammoniaque , se transformer partiellement ou totalement soit en oxyde de fer, soit en sulfui'e de fer, soit en un mélange de ces deux composés. Enfin, de son côté, le ferrocyanure de potassium et de fer, subissant peu à peu le contact de l'air ordinaire, prendra une coloration bleue proportionnelle à sa quantité et aux variations de l'afflux de l'oxygène atmosphérique. Il est donc incontestable qu'après un certain temps d'inhumation, l'intérieur de l'estomac d'un individu empoisonné par l'ingestion d'acide prussique impur devra présenter une teinte bleue plus ou moins intense, due à la transformation en bleu de Prusse du ferrocyanure de potassium et de fer, primitivement blanc.
Ces faits exposés, il nous paraît impossible de n'être pa» frappé de la signification précise que prend dans notre analyse la constatation matéi-iolle et bien certaine dans l'estomac de Jean Kinck : lo d'une notable proportion de sulfate de potasse ; 2» d'une petite quantité de sulfure de fer; 3o d'un bleu de Prusse très-divisé et uniformément répandu sur toute la muqueuse, c'est-à-dire précisément des trois produits secondaires qui, après avoir pris naissance dans la préparation de l'acide prussique,