CHAPITRE PREMIER
CUOIX d'observations de blessures par IMl'RUÛENCfc. Article premier. — Accidents de chemin de 1er.
Les accidents de chemin de fer, dont je vais donner la relation, sont au nombre de trente-cinq, comprenant l'observation de soixante-dix-neuf blessés. Ces faits se divisent en treize accidents de manœuvre ou d'atelier, et vingl-Joux accidents
i08 CUOIX IJ'OBSERYATIONS l)K HLKSSURIiS l'Ail IMl'ftUDKNCi:.
survenus à des trains en marche, quelques-uns ayant entraîné la blessure collective d'un grand nombre de voyageurs. Ces laits ne sont pas les seuls que j'ai rencontrés dans ma pratique. Je tirerai parti de ceux que je ne cite pas ici dans les considérations générales dont se composera la suite de cette étude.
Obs. I. — Accident de manœuvre. Coup de. tampon; contusion profonde. — M..., aiguilleur au chemin de fer de l'Ouest, a reçu un choc, dit coup de tampon, dans la- région du foie. Il a perdu connaissance. Il n'y avait pas de fracture et l'on n'a pas observé d'évacuation de sang. Mais la contusion avait agi profondément et, malgré un traitement énergique, ventouses scarifiées, vésicatoires, il ne pouvait encore, après plusieurs semaines, marcher que trèsdifficilement, plié en deux, et ne pouvait rester debout.
Obs. II. — Accident de manœuvre. Écrasement du gros orteil; pas d'incapacité absolue. — D..., homme d'équipe au chemin de fer d'Orléans, a eu le gros orteil écrasé par la roue d'une machine.
La cicatrisation était complète au moment de ma visite. Le 16 janvier 1860, quelques semaines après, il ne restait qu'un peu de gêne et rien de plus. On ne pouvait attribuer à cette infirmité aucune influence sur la possibilité d'un travail ultérieur.
Obs. III. — Accident de manœuvre à la gare d'Orléans. Compression du tronc sans suite grave. — J'ai été chargé, par jugement de la quatrième chambre du tribunal civil, en date du 31 août 1858, de constater l'état du sieur G..., homme d'équipe au chemin de fer d'Orléans, qui, le 25 juillet 1856, dans une manœuvre en gare mal dirigée, s'était trouvé pris et serré entre le quai et un wagon. Il «vait eu le tronc fortement comprimé à la base de la poitrine et au ventre, mais sans fracture, et n'avait éprouvé qu'une grande gêne. Il était resté au lit pendant quinze à dix-huit jours, au l'epos pendant six mois, et, avant de le faire l'entrer à l'équipe, on l'avait placé dans un service de surveillance et on l'avait envoyé, en 1857, aux eaux de Vichy aux frais de la Compagnie. Après avoir reprie son travail il le cessa et refusa de le continuer, sans motif de santé apparent.
Examiné par moi eh octobre 1858, deux ans et trois mois après l'accident, il ne présentait absolument aucune lésio)i viscérale; le systùme musculaire était partout intact, les mouvements libres; et le long temps qui s'était écoulé depuis l'accident sans qu'apparût aucun ti'0uLl3 sérieux, prouvait qu'il était à l'abri, aussi bien pour
ACCIDENTS DE CHEMIN Uli FEU.
le présent que pour l'avenir, de toute infirmité résultant de ses blessures.
Obs. IV. — Accident de manœuvre à la gare de l'Est ; fracture de cuisse; infirmité incurable, — Le sieur G..,, ouvrier ferreur de la carrosserie à la gare de l'Est, étant accupé, avec quelques-uns de ses camarades, à rentrer plusieurs paires de roues qui embarrassaient la voie le 7 octobre 1858, fut atteint par deux paires qui le pressèrent contre un obstacle et lui cassèrent la hanche, une jambe et quatre côtes ; les deux ouvriers, auteurs de l'accident, fuirent condamnés correction nellement.
Plus tard, le sieur G... actionna la Gompagnie, et par un jugement de la quatrième chambre, en date du 6 août 1859, je fus chargé de le visiter.
Je constatai, onze mois après l'accident, les traces d'une fracture de la cuisse droite, qui laisse encore le genou roide et 'la marche difficile; et celles d'une fracture de la hanche qui détermine de la claudication. Le bras droit est engourdi par l'usage de la béquille. Ges infirmités ne permettront plus au sieur G... l'exercice de sa profession.
Obs. V. — Accident de manœuvre. Compression de la partie inférieure du tronc; lésions consécutives graves. — Le sieur B..., homme d'équipe à la Gompagnie de l'Ouest, a été gravement blessé le 10 novembre 1857, dans une manœuvre en gare. Le chef d'équipe lui avait donné l'ordre de serrer le frein ; la pression n'ayant pas été suffisante, le chef insista et B..., en augmentant la pression, se trouve pris entre le tampon du wagon et le quai dont les dispositions ne présentent pas les conditions de sûreté désirables.
J'ai été commis, par jugement du 17 avril 1859, à V effet de visiter le sieur B..., de dix'e quel est son état actuel, la nature et les conséquences de la blessure qu'il a reçue. Cet examen tardif, qui n'a eu lieu que le 12 novembre 1859, deux ans après l'accident, n'en a été que plus concluant.
. En efiet, le sieur B... avait éprouvé une contusion profonde des reins et du bas-ventre ; à la suite de laquelle était survenue, d'un eôté une double hernie inguinale et une éventration, et de l'autre > une douleur persistante des reins accompagnée d'une paralysie incomplète de la jambe droite. La région lombaire est sillonnée «Je cicatrices de cautères. Il existe une constipation opiniâtre. Les urines sont rendues facilement mais retenues avec peine. La marche est possible, mais amène promptement la fatigue.
Tardiku, Blessures. 14
210 CHOIX d'observations de blessures par imprudence.
Cet état est grave et constitue une infirmité permanente, qui ne peut que s'accroître avec le temps et rend impossible tout travail actif.
Obs. VI. — Accident de manœuvre. Ouvrier serrurier ; main écrasée ; infirmité incurable. — Le sieur L..., serrurier dans les ateliers de la Compagnie de l'Est, a été blessé le 19 mai 1858 ; il a eu la main droite écrasée par un wagon. Pendant dix jours seulement il a été traité à l'hôpital de Lariboisière, et a reçu ensuite les soins de M. le médecin en chef de la Compagnie,
Chargé par le jugement du tribunal de constater son état, je le visitai le l'5 novembre 1859, dix-huit mois après l'accident, et trouvai 'les deuxième, troisième et quatrième doigts de la main écrasée unis entre eux, roides et contractés, incapables de tout mouvement.
Il y .a là une infirmité incurable de la main droite, et une incapacité absolue de tout travail manuel. Le blessé, dont l'état générai est excellent, pourrait être employé à quelque service actif de surveillance ou autre.
Obs. VII. — Accident de manœuvre dans un atelier. Fractures de côtes. Prétentio7is exagérées; mauvais vouloir du blessé, — Un ouvrier serrui'ier des ateliers du chemin de fer de Lyon nommé B..., a été blessé, le 30 janvier 1856, en voulant isoler la courroie d'un arbre de transmission.
Il a reçu les soins du médecin de la Compagnie pendant plusieurs mois, et à la suite, au lieu de rentrer aux ateliers, il a réclEimé un© indemnité de la Compagnie. Sa prétention n'ayant pas été accueillie, il s'est adressé à l'assistance judiciaire pour intenter une action.
Devant l'assistance judiciaire, en juin 1856, il est intervenu une transaction par laquelle urne indemnité de 300 francs a été allouée à B..., et il a été dit qu'un travail proportionné à ses forces lui serait donné.
A la suite de cet arrangement, B... est rentré aux ateliers, oîi il est resté jusqu'en juillet 1857, à conduire une machine à raboter, véritable travail d'enfant, consistant à placer dans l'étau de la machine une pièce de petite dimension et à laisser faire l'outil en veillant à ce qu'il ne se dérange pas.
En quittant les ateliers, B... a dit que cela le fatiguait. Cette rai. son n'était pas celle qui le faisait agir. Nous avons appris de ses camarades et de ses chefs qu'il n'était nullement fatigué par son travail et qu'il paraissait bien portant.