‹ Étude médico-légale sur les blessuresChapitre 38 sur 72 · cuoix d'observations dk blessures i'ak imprudënck · texte numérisé non relu

cuoix d'observations dk blessures i'ak imprudënck

Relevé sans conaaissance après l'accident , M. Sanju-jo fut tout d'abord compté parmi les voyageurs grièvement bless.js. Il était atteint à la tête, à la poiti'ine, aux membres supérieurs et inférieurs. On le transporta à Saint-Benoît, où il resta pendant huit jours, presque constamment au lit ; puis, malgré l'avis des médecins, il part pour Madtid. Mais il avait trop compte sur ses forces, et il est obligé de s'arrêter encore trois jours à Bordeaux, où il reçoit les soins du docteur Lugeol, qui déclare que la vue da blessé produisit sur lui une impression pénible. Il constate les plaies de la tête, les ecchymoses de la face, la gêne de la respiration, la difficulté de la marche et la claudication. Il cherche en vain à le retenir; après trois jours de repos, M. Sanjurjo se met en route, fait encore une courte station à Bayonne et arrive à Madrid.

A son^arrivée , il consulte une des illustrations médicales de l'Espagne, M. Ramon Félix Gapdeville. Cehii-ci, appelé près de M. Sanjurjo le 30 septembre 1853, constate la tuméfaction de la face, de larges ecchymoses, de l'insomnie, de la fièvre. Prostration, hébétude, deux plaies non encore guéries au front, avec tumeur osseuse et dépression vers la partie externe. Une autre plaie à la face, sur la joue. Une fracture de la cinquième côte à gauche, non consolidée, un épanchement bien caractérisé dans la poitrine, la dilatation du thorax avec souffle et matité. A la main gauche, déchirure cicatrisée, avec impossibilité de mouvoir deux doigts. Au genou gauche, gonflement, douleur, épanchement. Contusions de la jambe et de la cuisse. Une diminution notable de lamotilité dans tout le côté gauche. La contractilité de la main de ce cote est très-aflfaiblie, la sensibilité diminuée; une contracture douloureuse des bras paralysés et la perte de la mémoire. Il existe en môme temps des troubles digestifs liés à une augmentation de volume du foie. M. Gapdeville conclut en ces sermes : fracture du crâne et d'une côte ; épanchement et compression du cerveau ; engorgement du poumon et du foie. Un traitement très-énergique est institué et continué sans succès pendant trois mois. L'état de souffrance est le même le 30 décembre.

L'état du malade s'aggrave et des accidents nouveaux paraissent ae manifester; le 14 janvier 1854, une nouvelle consultation a lieu entre trois des premiers médecins de Madrid, MM. les docteurs Usera, Dupierriz et Benavidès , qui reconnaissent l'exactitude des faits signalés par M. Gapdeville. Le visage est encore boursouflé, le regard' morne. Les consultants constatent la paralysie.

ACCIDENTS UE CUEMINS DE FliH. 243

l'ea^ourdissement de tous les mouvements et de la sensibilité du côté gauche. La main gauche ne peut rien retenir. L'examen du bras et de la poitrine est ti-ès-douloureux. Le décubitus ne peut avoir lieu sur le côté droit. Les conclusions sont semblables à celles du précédent rapport.

A partir de cette consultation, M. le docteur José Benavidès reste chargé du traitement et rend compte de l'état du blessé à la date du 20 avril 1854, dans les termes suivants : Le traitement a été poursuivi sans amener d'amélioration. L'épanchement cérébral, la fracture de côte, l'engorgement des poumons et du foie persistent avec quelques alternatives passagères de soulagement. M. Benavidès considère ces lésions comme absolument incurables et s'opposant à tout travail physique ou intellectuel ainsi qu'au séjour des pays chauds.

Ces certificats sont communiqués à la Compagnie du chemin de fer, qui envoie sur les lieux son chef du contentieux. Il est convenu enti'e ce dernier et le malade qu'il sera procède à un nouvel examen. Six médecins sont convoqués, ti'ois designés par M. Sanjurjo. trois par la Compagnie; ils se réunissent le 29 octobre 1854, et de leur travail, fait avec le plus grand soin, résultent les constatations suivantes un an après l'accident : La figure est pâle et légèrement bouffie; quatre cicatrices profondes se remarquent à la face, au front, au voisinage de l'œil et à la joue ; la moitié latérale gauche delà face a plus de volume que la partie droite ; le geaou gauche est gonflé et déformé par le déplacement de la tête du péroné ; il existe une dilatation du côté gauche de la poitrine et une saillie douloureuse du col de la cinquième côte ; le sommet du poumon gauche est légèrement engorge ; le lobule moyen du foie a notablement augmenté de volume ; le poumon se dilate diflBcilement, et cet état occasionne une toux sèche' et fréquente.

La conclusion du rapport est que le foie est destiné à soufi'rir, que le système nerveux est profondément ébranlé, que le malade est menacé d'une claudication éternelle, qu'enfin M. Sanjurjo est incapable de se livrer ni à ses occupations habituelles, ni à de» travaux intellectuels qui pourront même lui être à jamais interdits, et que, en tout temps, sa translation en Amérique,, sous le ciel de la Havane, serait éminemment dangereuse.

Enfin, une enquête eut lieu en Espagne en vue d'établir d'una façon exacte les antécédents de M. Sanjurjo, et il est^'résulté des témoignages de don Rafaël Raviene, de dan José Barreiro, de don Pédro Mouriû, que don Sanjurjo a toujours joui d'une sauté par-

244 cnoix d'observations de «lessures par ijii-uudknce.

faite et d'une grande vigueur jusqu'au jour de l'accident ; que depuis, au contraire, on l'a toujours vu souffrir, et que ses facultés intellectuelles et sa mémoire sont restées profondément altérées. M. le docteur Dupierriz, dans une lettre en date du 16 avril 1854, attestait également la bonne santé antérieure d« M. Sanjurjo, en même temps qu'il constatait le changement opéré en lui dès la fin du mois de décembre qui avait suivi l'accident, la paralysie incomplète de tout le côté gauche, le défaut de consolidalion de la côte fracturée, le manque de lucidité dans les idées. Pour lui la vie est compromise et il ne conserve plus d'espoir.

D'un autre côté, la Compagnie, par l'organe de ses conseils et de ses médecins, présente de graves objections, et il convient de les résumer de manière à donner la physionomie complète de cette grave affaii e.

Il n'est aucunement établi que la maladie de M. S... fût une des conséquences de l'accident, M. S..., dont l'état i^e présentait, dans le principe, aucune gravité, n'a voulu recevoir aucun soin; ce qui prouve qu'il reconnaissait qu'il n'avait rien éprouvé, qu'il n'était pas blessé et n'avait qu'une commotion. 11 s'est opiniâtrément refusé à ce qu'on le saigne. M. Guérineau (de Poitiers) dit n'avoir pas constaté de fracture des côtes et afiirme qu'il n'y avait qu'une plaie très-légère et deux écorchures au front. Le médecin en chef de la Compagnie, M. le docteur Bisson, sur le raj^port de Madrid, relève seulement quelques détails qui lui j^araissent peu établis, tels que la fracture du crâne, la luxation du péroné. Mais il dit lui-même avoir vu, le soir de l'accident, M. S.,'., et n'avoir constaté chez lui que des plaies peu graves en apparence, accompagnées d'une surexcitation nerveuse extraordinaire. L'état généi'al du malade, le gontiement des parties blessées, l'ont empêché de constater les fractures de côte et de la jambe. Il a pu se lever dès le lendemain, et s'il est parti peu de jours après l'accident, c'est qu'il devait être en position de voyager facilement, M. Bisson ajoute consciencieusement que le certificat des médecins de Madrid ne laisse pas à redire, médicalement parlant.

C'est dans cette situation que j'eus l'honneur d'être consulté par les conseils de M. Manuel Sanjurjo, qui avait intenté une action contre la Compagnie d'Orléans.

Après avoir analysé tous les faits et documents que je viens de citer, je rédigeai une consultation dans laquelle j'appuyai les conclusions des médecins espagnols. J'insistai sur ce point que l'on ne pouvait contester quelà maladie ffit la conséquence de l'accident

ACCIDHNTS Ol' CIIKMIN.S DK FKU 245

dont M. s... avait été victime; et je relevai la confusion complète qui existait dans la requête de la Compagnie rentre deux choses essentielles ù distinguer, les accidents immédiats et les accidents consécutifs, sur lesquels on garde, un silence absolu.

Enfin, la veille même du jour où l'affaire devait être plaidée devant la première chambre du tribunal de la Seine, j'adressais à Me Bethmont. bâtonnier de l'ordre des avocats, chargé des intérêts de M. S..., le mémoire suivant, qui achèvera de donner une idée des délicates questions de médecine légale soulevées par cet important procès :

« Monsieur le bâtonnier, vous me faites l'honneur de me transmettre un avis de M. le docteur Devergie daté du 5 juillet 1855, sur la consultation que j'ai rédigée à l'occasion de l'accident dont a été victime M. Sanjurjo, et vous me demandez si cet avis est de nature à modifier mon opinion sur la gravité des blessures qu'il a reçues, et mes conclusions sur les conséquences de ces blessures. Quelque tardive que soit cette communication et quoique j'aie bien peu de temps pour y répondre, je tiens à vous dire qu'après avoir lu et attentivement examiné la réfutation de M. Devergie, je persiste de la manière la plus formelle dans le jugement que j'ai porté sur les faits dont il s'agit et dans les conclusions qui le résument. Je ne veux pas rentrer dans une discussion générale qui n'aurait pas de limites, je vous demande la permission de m'en tenir aux points culminants et de me borner à repousser les objections principales sur lesquelles M. Devergie a cru pouvoir fonder son avis contradictoire.

« .Je ne m'arrêterai pas à la doctrine quelque peu subtile de la responsabilité en matière civile et en matière criminelle qu'expose M. Devergie, au début de son mémoire. C'est là une théorie de juriste plutôt que de médecin, et je me garderai bien d'usurper un rôle qui ne m'appartient pas, ce qui ne veut pas dire que je méconnaisse l'importante distinction des suites directes et des suites indirectes d'une blessure quelconque.

« Sans prendre la question à un point de vue aussi dogmatique que M. Devergie, je crois néanmoins' avoir prouvé que j'en comprenais toute la portée, car la dernière partie de ma consultation a précisément pour objet de combattre cette allégation déjà formulée dans la requête et reproduite avec insistance dans l'avis de M. Devergie, à savoir, que les souffrances et les infirmités de M. Sanjurjo ne-seraient que la conséquence de son opiniâtreté et de son imprudence. Je pourrais, en réalité, me contenter de vous

210 CHOIX i>'orsi:rvaïions be blkssuhks i'ap iMPRUDi:N<:ii:.

rappeler ce passage de ina consultation ; mais il ne faut pas laisser la moindre équivoque, etdaas la conviction oùje suis qu'on ne nous oppose pas autre chose, je vais essayer, en résumant succinctement la question, de la ramener à ses véritables termes.

t Les blessures en elles-mêmes ne sont pas contestées ; toute l'argumentation de M. Devergie se réduit à ces trois points :

T 1" Les blessures deM. Sanjurjo devaient guérir rapidement sous l'influence du traitement auquel il s'est refusé.

(c 2° Les accidents consécutifs qu'il a éprouvés sont nniquemeiit le fait de son imprudence,

« 30' La portée de ces accidents a d'ailleurs été singulièrement exagérée.

t Je vous demaude la permission de vous soumettre sur ces trois objections, qu'on ne me l'eprochei^a pas d'amoindrir, de courtes réflexions qui suffiront, je l'espère, à en faire justice.

« i° Les blessures de M. Sanjurjo auraient guéri et leurs conséquences eussent été prévues s'il s'était soumis au traitement que lui auraient fait suivre les médecins de Poitiers dont il a l'efusé les soins. Mais pour accejDter cette assurance, malheureusement fort hypothétique, il faudrait avoir oublié quelles étaient ces ble.ssures : plaies multiples à la tête, fracture du crâne, fracture de côte avec lésion des poumons, contusion du foie, luxation d'un, des os de la jambe, plaies des membres; il. faudrait avoir- oiiiblié que M. Sanjurjo avait été relevé sans connaissance au moment de l'aceideut, et que cette circonstance, rapprochée des lésions constatées à la tête, était l'indice et la mesure de la commotion cérébrale qu'avait ressentie le blessé. A des blessures si compliquées et si graves peut-on soutenir qu'il eût suffi d'opposer cette saignée qu'on lui fait un crime d'avoir repoussée, panacée banale dont on fait, «n pareil cas, un si étrange abus, et que peuvent contre-indiquer tant de conditions diverses, et entre autres, l'ébranlement nerveux qui, chez un homme de la nature de M. Sanjurjo, devait jouer un rôle trop facile à prévoir, un rôle nécessaire dans les suites de ses blessures ? Que penser des autres moyens de traitement qui auraient, assure-t-on, guéri en peu de jours M. Sanjurjo?

i M. Devergie ne parle que « d'une kygiène appropriée, repos, régime alimentaire et moral à l'abri de toute excitation intellectuelle, soit spontanée, soit d'une source dont les causes sont extélieiiipea. » On aurait trouvé, je pense, des moyens un peu plus actifs et un peu» plus efficaces contre une fracture du crâne avec lésion des organes internes ; car, à s'en tenir à ceux-là, il peut paraître

ACCIDENTS ni: CUImMINS 1>K FKll. 247

dérisoire de déplorer que M. Sanjurjo se suit soustrait à un régime moral exempt de toute excitation intellectuelle, comme si cet homme, dont on s'est complu à dépeindre la nature irritable, aurait pu profiter un seul instant de ce repos et de cette prétendue absence d'excitation, à deux cents lieues de son pays, dans l'isokment, sur le théâtre même de son malheur et au milieu des préoccupations de toute nature qui devaient venir l'assiéger. Pour lui reprocher son départ précipité, il faut pei-dre de vue toutes qes conditions pourtant très-réelles, lui supposer un tempérament autre que celui qui lui appartient et dont on voudi'ait le rendre responsable, et enfin lui faire porter la peine de la défiance assez naturelle que lui inspiraient des conseils fort peu convaincus en apparence de la réalité et de la gravité de ses blessures.

« En résumé, sur ce premier point, je persiste à penser que le traitement que l'on reproche à M. Sanjurjo de n'avoir pas subi, eût été tout à f;.ic impuissant à conjurer les suites de ses blessures, et que c'est une hypothèse toute gratuite d'attiibuer au refus qu'il a fait de se laisser traiter la première part dans les conséquences ' <ju'a eues pour lui l'accident du 18 septembre.

(i 2° Kst-ce à son départ précipité et à des imprudences répétées qu'il faut imputer les souiFrances et les infirmités de M. Sanjurjo ? C'est là ce que soutient de la manière la plus absolue M Devergie; c'est là ce que, pour ma part, je ne pourrais admettre lorsque je considère, ce qu'il ne faudrait jamais perdre de vue dans cette affaire, la nature même des blessures, leur nombre, leur siège et leur incontestable gravité.

« M. Devergie, qui semble en tenir peu de compte, se fait trop facilement l'écho de cette assertion incroyable que M. Sanjurjo a quitté Saint-Benoît dans un état de santé parfaite. Quelle santé, en «ffet, que celle d'un homme qui, il ne faut pas se lasser de le répéter, a eu, il y a moins de huit jours, le crâne et les côtes fracturés, les genoux déformés, le cerveau, le poumon et le foie contusionnés?

a En vérité, si je ne voulais m'interdire toute réflexion qui ne fût pas purement médicale, il y a quelque chose de bien difficile ù concilier dans cette déclaration de guérison presque complète et les prétendus efforts que l'on aurait faits pour retenir le blessé, •l'aime mieux rappeler qu'à Saint-Benoît même le maître de la maison où avait été transporté M, Sanjurjo, atteste qu'il est reste presque complètement au lit; et j'affirme qu'au moment où il a quitté ce pays, il ne pouvait être dans un état parfait.

" On a beaucoup insisté sur la longueur et les difficultés de la

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route pour expliquer l'état déplorable dans lequel était M. Saujurjo à son arrivée à Madrid. Mais on oublie encore qu'à Bordeaux déjà, c'est-à-dire après quelques heures à peine d'un voyage exécuté dans les meilleures conditions, M. le docteur Lugeol consignait l'impression pénible qu'avait produite sur lui la vue de M. Sanjurjo, dont le visage était gonflé, la respiration extrêmement gênée, la marche très-difficile.

« Que l'on vienne maintenant compter la durée du voyage, les cahots des voitures et jusqu'aux inégalités des chemins en Espagne , on n'arrivera pas à faire qu'une inflammation du foie, un engorgement du poumon, un épanchement au cerveau, puissent être attribués à de semblables causes plutôt qu'aux plaies de la tête, aux fractures des côtes et à la commotion générale dont ils sont la conséquence naturelle. En eff'et, si l'on veut bien, au lieu d'une discussion théorique sur les fractures du crâne, s'attacher aux circonstances spéciales du fait, qui seul doit nous occuper, on verra qu'il ne s'agit pas ici de blessures ordinaires, mais bien de ces lésions multiples liées à cette commotion générale et profonde, qui est le caractère essentiel, quoique encore mal défini, des accidents terribles dont les chemins de fer peuvent être le théâtre. Sans doute, M. Sanjui'jo n'a pas eu les os du crâne brisés et le cerveau désorganisé comme dans les cas où la mort est instantanée. Mais il a été soumis à une cause vulnérante qui , outre ses effets immédiats, a laissé dans tout l'organisme une pertui'bation dont les manifestations pouvaient se faire attendre plus ou moins longtemps. Ce n'est pas en quatre jours, ni en huit, ni même en quinze, que s'opère la consolidation de la fracture lapins simple, et le travail inflammatoire qui accompagne cette opération ne se développe lui-même que graduellement.

« Il en résulte que, quand les os qui sont le siège de la fracture avoisinent des organes importants comme le cerveau et le poumon, le blessé reste exposé pendant longtemps à des accidents qui, pour n'être pas immédiats, n'en sont pas moins graves. Quant à l'inflammation du foie, M. Devergie sait aussi bien que moi qu'elle est par essence lente à se développer partout ailleurs que dans les régions tropicales. Il n'y a donc;, en réalité, rien que de très-naturel dans la marche qu'à suivie la maladie de M. Sanjurjo, et quelque part qu'on fasse aux fatigues du voyage , celle-ci devra toujours être minime auprès de l'influence directe résultant des blessures mêmes et des dispositions physiques et morales dans lesquelles elles plaçaient le blessé.

ACCIDKNTS ni: ClllCMINS Y)K FER. . 249

« 3o II me reste encore à examiner si, ainsi que le prétend M. Devergie, les conséquences de ces blessures n'ont pas été aussi funestes qu'on l'a dit et si la gravité n'a pas été exagérée. J'avoue que, sur ce point, j'éprouve quelque embarras à répondre. M. Devergie fait remarquer que je n'ai pas vu M. Sanjurjo; je ne sache pas qu'il l'ait vu davantage. Mais, en ce qui me concerne, en rédigeant ma consultation, j'ai tenu pour vrais et authentiques les documents qui m'ont été fournis et notamment les rapports des médecins espagnols que M. Devergie ne craint pas de taxer d'inexactitude et d'exagération.

« Et lorsque j'ai exprimé mon opinion personnelle, il est bien entendu que je ne l'ai fait que sous la réserve de la sincérité entière des renseignements sur lesquels elle était fondée.

« Cependant je trouve, dans le mémoire de M. Devergie, un fait dont je n'ai pas eu connaissance, ainsi qu'il veut, bien le reconnaître, et qui serait de nature à produire une certaine impression. Je veux parler de la présence de M. Sanjurjo à une séance des Gortès du 5 décembre 1853, à laquelle non-seulement il aurait assisté, ce qui n'aurait rien d'impossible , mais où encore , ce qui me paraîtrait beaucoup plus extraordinaire, il aurait pris la parole et aurait soutenu une discussion longue et animée.

« Pour apprécier la portée de ce fait, il faudrait avoir la complète certitude de sa réalité, et, en outre, en connaître d'une manière positive les circonstances et les détails. Je ne puis que faire remarquer combien peu il est conciliable avec l'avis unanime exprimé par tous les médecins espagnols qui ont été appelés à voir M. Sanjurjo, soit à la fin du même mois de décembre 1853, soit dans le courant de l'année 1855 jusqu'à la grande consultation contradictoire du mois d'octobre. S'il fallait pourtant expliquer la^ pi'ésence de M. Sanjurjo, malgré son état de souffrance avéré, à une séance des Gortès, il me semble qu'il serait permis de faire observer que, dans le désespoir d'une carrière brisée , dans cette lutte d'un homme jeune encore et d'un caractère énergique contre le mal qui ruine son avenir, peut-être dans la préoccupation excusable de cacher aux autres son impuissance et ses infirmités, afin de se rattacher à la position qui lui échappe, il sei-ait possible qu'il eût pu vaincre la douleur et tenter un essai de ses forces.

« Qui sentira le courage de condamner une si légitime imprudence? Et en supposant même, ce que rien n'établit, qu'elle eût eu. des suites fâcheuses, n'y pourrait-on pas voir une preuve nouvellede la gravité de cet état, que le moindre effort exaspère, et de la

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réalité de cet affaiblissement des facultés intellectuelles qui ue seraient réputées saines qu'à la condition d'une inaction complète?

« En résumé, quoi qu'on suppose et qu'on dise, on se trouve toujours en face de ce tableau, si triste encore, tracé à la date d'octobre 1854 par les six médecins experts, et qui reste comme la dernière expression de l'état de M. Sanjurjo. M. Devergie, qui, sur une singulière inadvertance, affirme que, dans ce rapport, on ne dit rien des facultés intellectuelles, cite lui-même tfixtuelleraent la phrase où les experts déclacent que M. Sanjurjo ne peut ])as se livrer à ses occupations habituelles ni aux travaux de l'intelligence. Si, dans la même consultation, la possibilité d'une guérisou très-problématique de l'affection du foie et le retour d'une cei'taine activité intellectuelle sont entrevus dans un lointain avenir, il n'en est pas moins vrai que les six médecins représentant les deux intérêts opposés sont unanimes à reconnaître que le blessé conservera toujours une prédisposition à la souffrance, et ne pourra sans danger l'elourner dans les colonies, là où l'attendaient la position et la fortune qu'il a perdues.

« Je n'ai pas, quanta moi, voulu dire autre chose, et, sans m'arrêter à des disputes de mots, je maintiens avec une conviction entière le sens de mes premières conclusions; et je répète, en finissan , que les infirmités graves dont est atteint M. Sanjurjo, ne peuvent être attribuées qu'à ses blessures, et qu'il se ressentira toute sa vie de l'accident dont il a été victime le 18 septembre 1853. »

Le tribunal a rendu, à la date du 20 décembre 1855, un jugement ainsi conçu :

« Attendu qu'il résulte des circonstances de la cau?e et des documents produits, que Sanjurjo est dans un état de souffrance et d'infirmité qui est la conséquence directe do l'accident qui lui est arrivé en chemfti de fer le 18 septembre 1853 ;

« Attendu que la Compagnie ne décline pas la responsabilité civile de l'accident, et qu'elle reconnaît qu'une indemnité est due ;

« Attendu que le tribunal a les éléments nécessaires pour apprécier le préjudice causé et pour fi^er l'indemnité provisoire qui doit être allouée à Sanjurjo ;

« Par ces motifs, le tribunal :

(t Condamne la Compagnie du chemin de fer de Paris à Bordeaux à payer à Sanjurjo : 1° la somme de 6,000 francs; 2° et, en outre, tine rente annuelle et viagèie de 4,000 francs, à compter du jour do la demande;

ACCIDENTS DE VOITUUi;s. 251

u Dit toutefois que, dans le cas où Sanjui-jo viendrait à décéder «vant sa mère, ladite rente subsisterait pour moitié au profit de !\a dite mère et jusqu'à son décès;

(( Dit que le payement de la rente viagère devra être fait à Madrid, au domicile qui sera indiqué par Sanjurjo, et éventuellement par sa mère, et qu'il aura lieu par semestre et d'avance ;

« Dit que la condamnation au payement delà somme de 6^.000 fr. sera exécutoire par provision, nonobstant appel et cans caution ;

« Condamne la Compagnie aux dépens. «

Article II. — Accidents de voitures.

Je choisis les trente-huit observations qui vont suivre parmi les 116 cas d'accidents de voitures que j'ai observés et dont j'exposerai plus loin l'analyse détaillée. Elles suffiront à donner un aperçu très-complet des formes très-diverses sous lesquelles se présente cette espèce d'accidents, les plus fréquents de tous, tant au point de vue des formalités de procédure et des conditions d'expertise, que de la nature des blessures qu'ils déterminent et des conséquences prcwihaines ou éloignées qu'ils entraînent.

Obs. XXXVI. — Femme blessée par un camion de shemiti de fer. Modèle de jugement. — A la date du 15 avril 1861, la fille L... a été jetée par un camion du chemin de fer de Lyon contre la devanture d'une boutique et serrée violemment contre celte devanture.

Attendu que la fille L... demande, à raison de ces faits et des blessures qui en sont le résultat, des dommages-intérêts contre la Compagnie de Lyon;

Attendu que le tribunal n'a pas les éléments nécessaires pour statuer; qu'il y a lieu de recourir à une expertise;

Par ces motifs, commet les docteurs Tardieu, Piogey et Béhier, experts, dispensés du serment, du consentement des parties, lésquels visiteront la fille L..,, rechercheront quel était son état de santé avant l'accident, constateront son état actuel, et indiqueront, si faire se peut, quelles pourraient en être les conséquences ; pour Atre leur rapport déposé, par les parties requis, et par le tribunal statué ce qu'il appartiendra ; lesquels experts, en cas d'empêchement, seront remplacés par ordonnance du président de cette chambre ou de celui de la chambre des vacations.

232 CHOIX d'obshuvations de ijli:ss(jiu:s par imi'rudenci:.

Ojâ. XXKVn. — Coup de timon d-i fiacre duns l'e^omuc. Pas de suites graoes. — Le sieur P. .. avait été blessé, le 2 octobre 1858, par un coup de timoa de fiacre qu'il avait reçu dans restomac. Il avait été retenu huit jours au lit , et des sangues avaient été appliquées à l'épigasti'e. Une ordonnance du juge d'instruction me commit à l'effet de le visiter le 29 octobre 1858.

Vingt-sept jours après l'accident, il accusait encore quelques douleurs; mais rien de grave, en somme, n'était résulté de cetteblessure.

Obs. XXXVIII. — Nourrice blessée par un coup de timon devoiture'. Abcès du sein. — La femme Ch... a été blessée, le 2 juillet . 1845, par un coup de timon de voiture à l'épigastre. Elle était i nourrice, et, à la suite de ce coup, un abcès se développa au sein,, qui la retint six semaines à l'hôpital.

Chargé par le juge d'instruction de constater son état, je cons-tate, à la date du 4 septembre, deux mois après l'accident, qu'il I n'y a plus de traces de la blessure, mais seulement un grand affaiblissement causé par le trouble de la lactation et la maladie i qui en a été la suite.

Obs. XXXIX. — Jeun} fille renversée par un omnibus. Traces de scrofule*, non de blessures; simulation. — La fille J. R... a été rea-versée, le 1^'' novembre 1861, par le choc d'une voiture de remise. . Elle dit avoir été foulée aux pieds des chevaux et avoir été blessée • à la tête et aux bras. M. le juge de paix la soumit à mon examen.

Je la visitai le l'"' février 1862, trois mois après l'accident.

Cette jeune fille est âgée de seize ans, bien formée. Elle pré-sente au plus haut degré tous les signes d'une constitution scrofu- • leuse : cicatrices d'abcès , taie sur les yeux, écoulement des oreilles, engorgement des ganglions du cou. Mais, dans tout cela, il est impossible de découvrir la moindre trace de blessures, la moindre cicatrice de plaies faites par le pied d'un cheval. Il y a, de la part de cette jeune fille, une évidente et grossière exagération..

Obs, XL. — Accident de voiture sans graoité. Lésions consèculioes'\ tardivement alléiiuées; fulie hypochondriaque : procè fait aux experts. :■ — La demoiselle R. . . ancienne cuisinière, renversée, en 1856, par une voiture conduite par un cocher de l'administration des voitures de i Paris, a actionné ladite administration et le cocher en dommages- -j intéi-êts. '

Par arrêté de la quatrième chambre de la Cour de Paris , en . date du 14 janvier 1860, j'ai été commis, avec dispense de serment, pour procéder à la visite de la malade.

ACaiJENÏS IJE VOlTUllKS 253

Cette demoiselle, âgée de quarante-huit ans, blessée il y a quatre ans, se dit en proie à des terreurs, à des vertiges. Elle n'a cependant jamais eu d'attaques. Elle dit avoir eu, en outre, une amaurose de l'œil droit, mais depuis un an seulement, et avoir sans cesse des mouches noires devant les yeux.

Ses douleurs sont absolument imaginaires. Elle n'a conservé aucune trace de l'accident dont elle a été victime, et ce n'est que tardivement qu'elle a songé à attribuer à cette cause les maux sans nombre enfantés chez elle par la maladie hypochondriaque la plus caractérisée.

Pendant plusieurs années; après que la Cour eut rejeté ses prétentions, elle n'a cessé de nous poursuivre de ses réclamations, et, au bout de dix ans, elle a voulu nous faire un procès, nous attribuant le déni de justice dont elle persiste à se plaindre.

Obs. XLI. — Blessure par un coup de pied de cheval. Infirmité incurable. — Le sieur Th... a été blessé le 6 avril 1863. Il a eu le pied gauche écrasé par un cheval, qui lui a fait une plaie en arrière, sur le tendon d'Achille et sur la malléole externe.

Visité par moi, en exécution d'un arrêt de la Cour (chambre des appels correctionnels), il ne m'offrit pas d'ankylose, mais seu- 1-ement une rétraction de la cicatrice avec douleur le long des nerfs et œdème des orteils.

La marche est très-ditRcile et restera probablement toujours gênée.

Obs. XLII. — Belayeur d'omnibus blessé par un cheval. Fracture de cuisse; guérison sans infirmité. — Le sieur L..., âgé de dix-sept ans et demi, relayeur au service de la Compagnie des omnibus, a été blessé, le 16 juin 1869, par le cheval de renfort qu'il conduisait. Il a été retenu trois mois à l'hospice Beaujon et un mois à l'asile de Vincennes.

Sur l'invitation de l'administration de la Compagnie, j'ai visité le sieur L... le 21 mars 1870, et j'ai constaté la guérison complète et une bonne consolidation. Il n'y a pas d'atrophie du membre, le cal est à peine sensible, et l'on ne trouve qu'un raccourcissement insignifiant de l'écartement. L'enflure de la jambe est nulle, et rien ne s'oppose à ce que ce garçon reprenne son travail.

Obs. XLin. — Fràctwe,de jambe par suite d'une chute de cheval au service de la Compagnie des omnibus; nulle complication; incapacité de quatre mois. — Lé jeune D..., dix-sept ans, au service de la Compagnie des omnibus, a eu la jambe cassée par le cheval de renfort qu'il conduisait le 10 d(.C3mbre 1869. Il- est resté à l'hô-

ao4 cuoix d'observations de blessures par imprudence.

pital de la Charité vingt-huit jours, et viugt jours à l'asile de Vincennes.

A la demande du contentieux de la Compagnie, qui désirait être jfixé sur la durée de l'incapaciLé de travail, j'ai visité le jeune D... le 5 avril 1870, près de quatre mois après l'accident. Il s'agissait d'une fracture simple du tibia du côté droit, très-bien guérie, consolidée avec une parfaite régularité, et dont il ne restait d'autres traces qu'une légère tendance à l'enflure des malléoles.

Le jeune blessé était, dès à présent, en état de reprendre sou travail journalier.

Ob3. XLIV. — Plaie de tête et fracture de la clavicule chez un jeune homme renversé par une voiture ; pas de suites graves. — J'ai procédé, le 24 juillet 1851, en vertu d'un jugement de la huitième chambre de police correctionnelle, à l'examen du sieur B..., peintre sur porcelaine, qui, le 11 juin précédent, a été renversé par une voiture. Il s'est fait une plaie à la tête et s'est fracturé la, clavicule. Entré à l'hôpital Lariboisière, il n'y est resté que dix- neuf jours. Mais ou doit estimer à deux mois environ l'incapacité de travail (jn'entraîneront ses blessures, dont la guérison est déjà presque complète au moment de ma visite.

Ôbs. XLV. — Enf mt reufersé pur une petite voiture. Simple contusiun de l^épaule; nulle trace au moment de la visite. — Le 8 juin 1860, le jeune E. M..., âgé de treize ans, apprenti bijoutier, a été renversé et blessé par une voiture appartenant à la Compagnie des petites voitures.

Chargé par un jugement de la quatrième chambre du tribunal de le visiter et de constater ses blessures, j'ai procédé à cet examen dans les premiers jours de février.

Il y avait eu simple contusion de l'épaule droite, sans fracture ni déplacement des os. L'enfant avait été soigné pendant quinze jours à l'hôpital Sainte-Eugénie et était resté en tout deux mois sans travailler.

Toute trace de l'accident était dès longtemps effacée au moment dé ma visite.

Obs. XLVr. — Pied écrasé par la roue d'un omnibtis; pas de fracture; incapacité de trois mois. — M. L..., loueur de voitures, a eu le pied gauche écrasé, le 21 juillet 1860, par la roue d'un omnibus.

Je l'ai TU UB mois après, en exécution de l'ordonnance d'un de messieurs les juges d'instruction.

De chaque côté du talon, en dedans et eu dehors, existent des

plaies à peine fermées. L'engorgement est énorme et la roidçur des articulalious complète. A droite du mollet, on voit la cicatrice d'une plaie récente. Les os n'ont pas été atteints.

L'incapacité de travail résultant de cette blessure sera de trois mois environ

Obs. XLVII. — Chute produite par un omnibus. Plaie pm profonde à la tête; aucune suite grave. — En exécution d'un jugement de la quatrième chambre du tribunal civil, j'ai procédé, le 9 janvier 1861, en présence des médecins et des conseils des parties, à la visite de la dame H..., blessée par un omnibus.

L'-accident remontait au 22 août précèdent, c'est-à-dire à quatre mois et demi. Cette dame, âgée de cinquante ans, avait été renversée et s'était fait une plaie contuse peu profonde au-dessus de l'oreille droite; il ne paraît pas qu'elle ait éprouvé de commotion. Elle dit avoir gardé le lit une semaine et la chambre dix-huit jours, et avoir conservé une névralgie persistante.

Je ne constate rien autre chose qu'une très-légère différence dans la motilité de la paupière et de l'iris du côté blessé. ^

En somme, les suites de l'accident ont été absolument sans gravité.

Obs. XL VIII. — Femme renversée par une voiture. Simples contusions; aucune infirmité; grande exagération. — Mademoiselle H. B..., âgée de trente-six ans, a été renversée par une voiture le 7 avril 186'0.

En vertu d'un jugement de la quatrième chambre du tribunal civil, je l'ai visitée le 14 novembre 1800, sept mois après l'accident.

Il n'y a pas de fracture, mais une simple contusion du tibia gauche et de la hanche. On a appliqué un emplâtre sur le bas de la jambe. Sans motif appréciable, je constatai une grande exagération dans les plaintes de la demoiselle H.... qui prétend qu'elle ne peut marcher, mais chez laquelle rien ne vient à l'appui de ce dire.

OBd. XLIX. — Fracture simple de jambe par une charrette; incapacité de six mois. — Le sieur L..., ouvrier briquetier, âgé de dixneuf ans, a eu la jambe cassée par une charrette du la fabi-ique le 24 décembre 1845.

Un jugement de la sixième chambre correctionnelle me chargea de constater son état.

Je le vois le 20 avril 1846, quatre mois après l'accident. Le tibia a été fracturé au tiers inférieur. La consolidation est complète et

256 CHOIX d'observations de blessures par IMl'HUDENCE.

régulière. La marche n'est pas encore bien assurée et ne le sera pas avant six semaines ou deux mois. Il n'y aura, d'ailleurs, pas d'autre suite de la blessure que quelques douleurs passagères, et la durée totale de l'incapacité de travail, eu égard à la profession du blessé, peut être évaluée à six mois.

Obs. L. — Enfant écrasé par une voiture. Fracture de jambe avec plaie; consolidation rapide; incapacilé de six semaines. — La jeune M. Z..., âgée de neuf ans, a été i-enversée, le 26 juia 1846, par une voiture. Elle a eu la jambe droite cassée.

Je suis chargé de la visiter par le juge d'instruction, et je constate, moins d'un mois après, le 23juillet, l'existence d'une fracture du libia droit avec plaie de 9 centimètres de long sur 3 de large déjà parfaitement consolidée. La marche n'est cependant pas encore possible, et l'incapacité d'exercice se prolongera durant six semaines. Il ne restera, d'ailleurs, à l'enfant, aucune infirmité consécutive.

Obs. LI. — Contusions simples sur les jambes et la région lombaire par le passage d'une voilure. — Le jeune Ch. D..., âgé de dix-neuf ans et demi, a été blessé, le 15 mars 1846, par une voiture qui lui a passé sur les jambes et sur les reins.

Je l'examine trois mois après, le 17 juin, en exécution d'un jugement de la sixième chambre correctionnelle.

Il ne restait d'autres ^traces de l'accident qu'un gonflement peu douloureux à la région lombaire, avec une certaine gêne dans les mouvements de la colonne vertébrale. La marche et le travail étaient, dès cette époque, redevenus possibles.

Obs. lu. — Enfant renversé par une voiture. Blessure à Vépaule. Contestation médicale. — Par ordonnance de i-éféré du 14 novembre 1863, j'ai été commis pour constater la nature et la gravité de la blessure de la jeune demoiselle B..., renversée, le 7 septembre 1863, par un fiacre passant sur le boulevard du Temple.

L'enfant, âgée de onze ans et demi, avait été blessée à l'épaule droite. Les médecins qui lui donnaient les soins avaient admis une fracture du col de l'humérus dont l'existence était contestée par les médecins de la Compagnie; leur opinion est formulée dans le certificat suivant à la date du 19 octobre, c'est-à-dire six semaines après l'accident :

« Nous avons reconnu les traces d'une assez violente contusion de l'épaule. Les restes que celte enfant conserve de son accident sont un léger degré d'atrophie du muscle deltoïde et de la gêne dans les mouvements étendus do l'épaule. Ces deux symptômes.

ACCIDENTS DE YOITUKES. 257

qui disparaîtront prompteraent dès que Penfant reprendra . l'exercice de son membre, ce qu'elle doit faire le plus tôt possible, sont le résultat et de la contusion et de l'insensibilité à laquelle le membre a été condamné. Nous savons que nos confrères qui ont visité cette enfant ont craint l'existence d'une fracture du col de l'humérus. Nous regrettons de n'avoir pu nous rencontrer avec eux près de cette jeune malade. Nous ne doutons pas qu'ils eussent reconnu avec nous que toute idée de l'existence d'une fracture devait être ici écartée. C'est qu'aujourd'hui, que tout gonflement a disparu et. que la région a repris ses caractères normaux, le diagnostic est devenu absolument certain. 11 n'y a pas eu de fracture : lo parce qu'il n'a jamais existé d'ecchymose; 2° parce que la conformation de la tête humérale est exactement à droite ce qu'elle est à gauche; 3o enfin, parce que la longueur des membres est rigoureusement la même des deux côtés, Or, comme nous pensons qu'il ne saurait exister de fracture du col huméral sans ecchymose, sans déformation et sans un certain degré de raccourcissement, nous en concluons que l'enfant a simplement eu une contusion. »

C'est dans cette situation que l'affaire me fut renvoyée par l'ordonnance de référé précitée. Je vis la petite fille une première fois, le 4 décembre 1863, trois mois après sa chute.

11 demeure évident pour moi qu'il y avait eu fracture non pas, il est vrai, du col de l'humérus, ainsi qu'on l'avait pensé d'abord, mais de l'acromion. Le cal était facile à sentir et les mouvements de l'épaule étaient encore ti'ès difîiciles, ce que l'on n'eût pas observé chez un enfant à la suite d'une simple contusion; d'autant plus que cette gêne se prolongea pendant plusieurs mois.

Je revis l'enfant le 9 février 1864; dix-sept mois s'étaient écoulés depuis l'accident, et la guérison était parfaite.

Obs. lui. — Ecrasement par une roue de voiture. Contusions profondes; pas de suites graves. — Sur l'ordonnance d'un de messieurs les juges d'instruction en date du 30 septembre 1843, nous avons été commis à l'effet de visiter le sieur B..., ouvrier maçon, de constater l'état où il se trouve en ce moment, et de nous expliquer sur les causes des blessures qu'il a reçues, ainsi que sur les conséquences qu'elles pourront avoir.

Après avoir prêté serment, et pris connaissance du certificat délivré le 1" septembre par M. le docteur Lombard, nous nous sommes transporté au domicile indiqué, où nous avons procédé à l'examen du sieur B..., âgé de soixante et un ans.

TAtiDiKU, Blessures. 17

i2o8 cnoix d'observations de blessures i'ar imprudence.

Nous l'avons trouvé levé, mais encore renfermé dans sa cLambre, qu'il nous a déclaré n'avoir encore quittée qu'une seule fois, deux iours avant notre visite, époque à laquelle il fut renversé parle cabriolet qui lui passa sur le corps. L'ayant fait lever et marcher, nous avons remai'qué qu'il semblait avoir quelque peine à se tenir droit, et que sa démarche n'était pas bien assurée. 11 ne porte plus de traces de contusion, ni de plaies sur le visage, si ce n'est une légère ecchymose en voie de résolution de l'œil gauche. Le sieur B... nous déclara que, depuis l'accident dont il a été victime, il n'entend presque pas de l'oreille gauche, et qu'il y éprouve des ■bourdonnements. 11 nous a été difficile de constater cette surdité, qui d'ailleurs, au dire même du malade, va en diminuant. Il existe au coude du côté droit la marque presque effacée d'une contusion déjà ancienne, et pouvant remonter à un mois. Le pli du bras du même côté offre la trace d'une double saignée. De nombreuses sangsues ont été appliquées assez récemment, en arrière, au niveau de l'épaule gauche et âur le côté du thorax. Mais on ne trouve plus dans ces différents points aucune trace visible de contusion, ni déchirure des téguments, ni épanchement de sang dans le tissu cellulaire sous-cutané. La peau ne présente aucun changement de coloration; il n'y a pas non plus de gonflement. Cependant le malade se plaint d'une douleur assez vive dans le côté gauche de la sixième à la huitième côte. Cette douleur augmente à la pression, et dans les grandes inspirations qu'elle rend presque impossibles. En touchant l'endroit douloureux, on ne sent ni tumeur, ni fluctuation, ni crépitation. Les côtes examinées isolément n'ofli'ent rien qui indique qu'elles aient été fracturées dans aucun point de leur étendue. L'auscultation et la percussion montrent, en outre, que la respiration est parfaitement pure dans toute la poitrine et que les organes qu'elle renferme sont intacts; le sieur B... ne tousse pas. Le sang qui, à ce qu'il dit, aurait teint pendant quelque temps ses crachats, a complètement disparu; il n'a pas la moindre fièvre .

De l'examen des faits que nous venons de rapporter, il résulte que :

lo Le sieur B... a reçu, lors de l'accident dont il a été victime, il y a environ un mois, des contusions plus ou moins violentes dans différentes pai;ties du corps, et notamment à la partie postérieure et latérale gauche de la poitrine; sans plaies ni fractures.

2° Les accidents qui ont dû suivre immédiatement et qui ont nécessité un traitement énergique, ont complètement disparu, en

laissant toutefois un affaiblissement notable dans la santé générale.

3o 11 reste simplement une assez grande gêne de la respiration et une douleur due à la difficulté qu'épi'ouvent encore à se mouvoir les parois de la poitrine; mais sans lésion des poumons.

40 Le sieur B... n'a pas encore recouvré toutes ses forces, mais il est aujourd'hui en pleine convalescence, et sera dans huit jours au plus tard, à moins de circonstances impossibles à prévoir, ea état de reprendre ses travaux.

Obs. LIV. — Femme renversée par un omnibus. Fracture du poignet, maladie de la matrice faussement attribuée à Vomnibus Exagération. — La demoiselle D..., marchande des quatre saisons, est renversée par un omnibus.

Peu de temps après, le 7 décembre 1861, sur un avis du contentieux, le médecin de la Compagnie, M. le docteur Gontier, se rend à l'Hôtel-Dieu, où il trouve la femme D... couchée et constate une fi-acture du radius au tiers inférieur, une violente contusion de la région lombaire et de la cuisse gauche, de nombreuses excoriations. Sans s'occuper des contusions qui devaient guérir pendant la temps nécessaire à la consolidation de la fracture, M. le docteur Gontier conclut à quarante ou cinquante jours d'incapacité de travail, ce qui lui parait très-suflBsant pour une fracture du radius sans complication aucune.

Sur un nouvel avis il dut visiter, vers la moitié de janvier, la femme D..., mais cette fois à son domicile. Cédant, comme il ai'rive trop souvent, à de mauvais conseils, elle avait quitté l'hôpital ; il constata alors une consolidation très-avancée, mais pas assez toutefois pour permettre à cette blessée de reprendre ses occupations; il trouva encore quelques traces de contusion. La malade se plaignait très vivement de son bras, de la hanche et de la cuisse. Ses plaintes parurent très-exagérées ; il engagea cette femme à prendre courage, réappliqua un bandage roulé qu'il avait trouve appliqué d'une manière tout à fait irrégulière et insuffisante, et engagea la malade à faire quelques mouvements du poignet et du coude.

Au mois d'avril, M. Gontier revit encore cette femme; elle n'avait tenu aucun compte de ses recommandations, elle avait tenu son bras immobile et serré, aussi trouva-t-il le membre un peu atrophié par défaut d'exercice et compression; il y avait de la roideur dans les articulations du poignet et du coude, et, par suite, un peu de douleur. La malade continuait à se plaindre de

260 CHOIX d'observations de blessures par imprudence.

sa hanche, bien que de son aveu, on n'y vît plus traces de contusion. Il y avait dans ses plaintes tant d'exagération, qu'il n'hésita pas à déclarer à cette malade qu'il n'ajoutait aucune foi à ses assertions.

Chargé par jugement de la 8* chambre de police correctionnelle de constater à mon tour l'état de la femme D..., je procédai à cette visite le 12 juillet 1861, sept mois et demi environ après l'accident. Je reconnus les traces d'une fracture du radius du côté gauche guérie sairs-4a moindre difformité.

Elle me fit voir également qu'elle portait uue ceinture' nécessitée par une chute de la matrice, et qu'elle avait mal à l'œil gauche où je constatai une inflammation ulcéreuse superficielle de la cornée. Mais il me fut impossible de rattacher à l'accident ces infirmités ti-ès-réelles, bien que fort exagérées par la femme D...

Obs. LV. — Enfant blessé par une voiture. Écrasement de lamain. Compagnie d'assurance; intervention du conseil de famille. — M. le juge de paix du XIX^ arrondissement m'a fait l'honneur de m'adresser, à la date du 17 novembre 1863, la lettre suivante : . « Veuillez prendre la peine de me faire connaître par un mot votre avis sur une affaire délicate intéressant le mineur A..., quia été blessé grièvement aux deux mains, et notamment à l'une d'elles, par une voiture au moment où il se trouvait à jouer dans la rue. L'enfant a de sept à huit ans; une Compagnie d'assurance offre de payer, en réparation du préjudice permanent causé à cet enfant, une somme capitale de 1,800 francs. Cette Compagnie subordonne cette allocation à une acceptation à faire de cette indemnité définitive par le conseil de famille du mineur. Appelé à présider ce conseil de famille, je vous ai nommé expert, à l'effet de m'éclairer, ainsi que le conseil, sur la gravité des blessures reçues par l'enfant, sur les entraves que ces blessures pourront apporter pour lui à l'exercice d'une profession nouvelle, et de me faire savoir si, dans votre opinion, la .somme proposée est ou non suffisante, à raison du préjudice causé. »

- J'ai constaté seulement chez ce jeune garçon, à la main gauche, l'existence d'une bride cicatricielle qui réunit à leur base les deuxième et troisième doigts, mais qui ne peut d'ailleurs déterminer que très-peu de gêne, et n'appportera dans l'avenir aucun obstacle à l'es,ei'cice d'une profession quelconque.

Obs. LVI. — Blessures faites par une voiture dont les chevaux étaient emportés. Fradure de jambe ; aucune infirmité persistante.— Le s'e.u- R..., marchand de couleurs et entrepreneur de

ACCIDENTS YOITURlîS.

peiilture en hAtinients, traversant la place de la Bastille le 7 avril 1857, fut violemment atteint et renversé par une voiture dont les chevaux avaient pris le mors aux dents.

Dans sa requête, M. R... expose qu'il a eu lajambe brqyée delà manière la plus grave. Relevé et transporté dans l'état le plus déplorable à l'hôpital Saint-Antoine, il y est resté trente-cinq jours, sans pouvoir faire le moindre mouvement et en proie aux plus vives souffrances ; au bout de ce temps seulement, il a pu être ramené dans un wagon spécial à son domicile, à Corbeil, où il est demeuré également plusieurs mois sans pouvoir vaquer à ses affaires, et livré à un traitement très-coûteux. Aujourd'hui encore, 13 février 1858, il m arche très-difficilement à l'aide de béquilles et est menacé de rester estropié pendant fort longtemps, si ce n'est pour toujours.

A la suite de cet exposé, M. R. .. demandait, devant la 4e chambre du tribunal civil de la Seine, une somme de 12,000 francs de dommages et intérêts à la propriétaire de la voiture dont les chevaux l'avaient renversé.

C'est dans ces circonstances que M. le président de la 4e chambre me donna mission de visiter le sieur R..., de constater l'état de ses blessures, et d'apprécier les conséquences qu'elles pourront ultérieurement entraîner. Cet examen eut lieu le 2 mars 1858, onze mois après l'accident.

Je constate qu'il y a eu chez lui fracture complète des deux os au tiers inférieur de la jambe gauche. Les plaies sont très-régulièrement cicatrisées. Aujourd'hui, la consolidation est parfaite; il n'y a pas la moindre déviation du membre ; il n'y reste que des douleurs vagues et passagères. La plaie qui existait au coude gauche était sans importance.

En résumé, les suites de l'accident étaient loin d'avoir eu la gravité alléguée par le sieur R..., et ne devaient pour l'avenir entraîner aucune infirmité durable.

Ob3. LVII. — Écrasement de la jambe par une roue de charrette. Fracture avec plaie ; guérison parfaite sans difformité. — Le sieur J. A..., âgé de quinze ans, travaillant en qualité de garçon briquelier dans l'usine de la Compagnie du gaz, a été, le 21 août 1857, victime de l'imprudence d'un charretier dont la voiture, chargée et attelée de deux chevaux, le renversa. Une des roues lui ayant passé sur la jambe, il en résulta une blessure grave. Transporté le même jour à l'hôpital Lariboisière, il y resta jusqu'au 10 octobre suivant, et depuis cette époque il n'a pu se

■262 CnOIX D'OBSimYAïIONS de BLESSUniCS l'AR IMPRUDENCE.

livrer à aucun travail. Il ne peut marcher qu'a l'aide- de béquilles, et il est à craindre qu'il ne puisse marcher de longtemps encore.

Un jugement de la 4o chambre du tribunal civil me commit à l'effet de visiter ce jeune garçon, ce que je fis le 23 juillet 1858, onze mois après l'accident, en vue de donner mon avis sur les conséquences qu'il avait pu avoir, et notamment jusqu'à quel point sa blessure a été et peut être encore de nature à faire obstacle«à l'exercice de son état de briquetier.

Je constatai les traces d'une fracture de l'extrémité inférieure de la jambe gauche, compliquée de plaies en avant et en arrière. Mais la consolidation s'est faite sans déformation, sans ankylose ; la guérison est complète et parfaite.

Ce jeune homme né conservera aucune diffoi^mité, il pourra reprendre son état, et, dès le mois de février, c'est-à-dire au bout de cinq mois, il a pu se remettre au ti'avail.

Obs. LVIII. — Femme écrasée par une voiture. Luxation de Vêpaule ; contusions graves ; incapacité de travail de trois m.ois. — L... a été renversée et écrasée par une voiture le 8 novembre 1862. En exécution d'une ordonnance de référé, je la visite le 10 décembre suivant, un mois après l'accident.

Cette dame a été gravement blessée. Il existe au talon du côté droit une plaie non encore cicatrisée. L'épaule gauche a été luxée et fortement contuse ; des sangsues en grand nombi^e y ont été appliquées. En même temps que la luxation du bras, se produisait une foulure du poignet et du pouce du même côté. Toutes ces parties sont encore, après trente-deux jours écoulés, très-endolories, et je constate une difficulté encore très-grande dans les mouvements de l'épaule, malgré la réduction complète de la luxation.

M"^ L... n'a pu reprendre encore aucune occupation et se ressentira certainement pendant environ trois mois de l'accident dont elle a été victime.

Obs. LIX. — Femme renversée par un omnibus. Fracture du col du fémur; complication. Bouble expertise à intervalle éloigné. La dame D..., ouvrière en châles, a été blessée, le 17 janvier 1859, par un omnibus. Le col du fémur a été fracturé. Entrée à l'Hôtel-Dieu, elle y est restée deux mois et demi.

Je l'ai visitée une première foislelT juin suivant, par suite d'uu jugement de la 4e chambre du tribunal. Quoique cinq mois se fussent écoulés, la dame D... n'avait pu encore reprendre son tra-

vail. Je coustatai à la fesse gauche une cicatrice provenant d'une plaie contuse. Des abcès consécutifs à un épanchement et à une infiltration de sang très-profonds s'étaient formés jusque dans l'aine droite. On retrouvait les marques de l'ouverture de trois de ces aLcès. Les mouvements de flexion de la cuisse étaient difficiles, et la marche était également fort pénible. Le membre inférieur gauche restait notablement tuméfié. La dame D... pouvait néanmoins reprendre le travail sédentaire de sa profession.

Une nouvelle décision du tribunal m'appela à constater l'état de M"» D... une seconde fois, le 31 janvier 1862, trois ans après l'accident. Au lieu de travailler dans les châles, elle avait fait des ménages. Il restait bien encore un peu de gêne dans lajambe gauche, mais je ne trouvai ni raccourcissement ni amaigrissement du membre blessé, où se voyaient seulement les cicatrices d'un ulcère atonique qui pouvait être rapporté au trouble produit dans la circulation par la fracture compliquée du col du fémur. La dame û... se plaignait aussi d'une incontinence d'urine dont l'origine ni la réalité ne pouvaient être précisées .

Obs. LX. — Fracture de jambe produite par le passage d'unn roue de voiture. Incapacité de travail de quatre mois . — Le sieur R.. .., voiturier, a été blessé le 3 septembre 1858 par la i-oue d'une calèche.

Chargé par jugement de la 8® chambre du tribunal correctionnel, je constate, à la date du 20 décembre suivant, qu'il a eu le péroné fracturé, avec une très-légère déchirure de la peau, et qu'il ne reste plus à cette époque, trois mois et demi après l'accident, qu'un peu d'engorgement et de roideur de la jambe. Il ne peut cependant pas encore travailler ; il avait passé quarante-trois jours à l'Hôtel-Dieu; il faut estimer l'incapacité de travail à quatre mois environ.

Obs. LXI. — Chute de voiture. Entorse du genou ; arthrite sans infirmité consécutive persistante. — M. M..., que j'ai été chargé de visiter par jugement de la 6° chambre, a été blessé, le 3 janvier 1860, par un cheval qui a fait verser sa voiture. Il a eu, dit-il, le genou tourné et est resté au lit vingt-deux jours.

L'examen auquel je me livre, le 19 mars, deux mois et demi après l'accident, me permet de reconnaître les traces de l'entorse du genou droit, le gonflement, les marques de sangsues et de deux vésicatoires. Le pied est encore assez douloureux, et le blessé marche en boitant un peu ; mais il n'y a pas d'ankylose, ainsi que l'avait admis le médecin du blessé, et la claudication ne persistera

2G-4 CHOIX n'OBSlSRVATIONS DI3 BLKSSURI-:S PAR IMI'UUniîNGIi:.

pas. Une consultation de médecins, à la date du 6 mars, n'avai^t admis qu'une arthrite traumatique.

Obs. LXII. — Clioc de deux voitures. Chute sur le pavé ; lésion du bassin ; incapacité de plusieurs mois ; pas dHn^rmité persistante. — Le 13 juin 1869, vers six heures du soir, le sieur M..., cultivateur à Clamart, était monté dans une voiture attelée d'un cheval et chargée de pommes de terre qu'il conduisait lorsqu'il fut accroché par une voiture de bois de charpente qui se dirigeait en sens contraire. Le choc fut assez violent pour que le sieur M... fût jeté sur le pavé et la charrette renversée sur lui. On le releva grièvement blessé, et il expose que depuis l'accident il n'a pu se livrer à aucun travail, et est atteint d'une infirmité dès à présent incurable.

Le tribunal civil, devant qui le sieur M... a porté sa demande de 8,000 francs de dommages et intérêts, a ordonné, avant de faire droit, une enquête sur les circonstances du fait, et une expertise sur la nature et la gravité des blessures dont se plaint le sieur M... J'ai procédé à cette expertise vers le milieu du mois de mars 1860, neuf mois après l'accident.

. La principale blessure qu'ait reçue dans sa chute le sieur M... a porté sur le bassin ; il n'a pu se relever ; tout mouvement était impossible ; pendant les quatre ou cinq premiers jours, il a eu une rétention d'urine ; une infiltration énorme de sang occupait toute la région fessière ; il est resté au lit pendant quarante-cinq jours.

Au moment de mon examen, neuf mois après l'accident, on sent manifestement, au niveau de l'articulation sacro-iliaque du côté droit, une saillie formée par le cal des os brisés ou par le déplacement des surfaces articulaires. Le mouvement de flexion des reins i^este difficile. Il existe une hernie inguinale du côté gauche, mais rien ne prouve qu'elle doive être attribuée à l'accident.

Vers le mois de septembre, trois mois après sa chute, le sieur M... a pu reprendre de petits travaux dans les champs. Son état s'est amélioré lentement et il est actuellemeut capable de se livrer à ses occupations, à la condition toutefois de ne pas entreprendre de trop gros ouvi'ages ni de porter de trop lourds fardeaux.

Obs. LXIII. — Fracture de la jambe produite par une voiture. Affection articulaire; infirmité persistante; puralysie des doigts consécutive à Vusage des béquilles. — Le sieur D..., ancien principal

ACCIDIÎNTS DK VOITURES.

clerc d'avoué, a été renversé par la voiture d'un contrôleur à la halle aux huîtres.

Un jugement de la 4» chamhre du trihunal civil, en date du 7 mars 1860, m'a donné mission de constater son état.

Le sieur D... a eu la jamhe gauche fracturée à son extrémité inférieure et a été transporté à l'hôpital Larihoisière, d'où il est sorti au hout de quarante-sept jours sans être guéri. Les deux os ont été hrisés et les trijumeaux déchirés au niveau des malléoles. Je constate, six mois après l'accident, le 16 mai 1860, outre la cicati'ice d'une plaie profonde, un gonflement considérable de l'articulation tibio-tarsienne avec ankylose incomplète, raccourcissement et amaigrissement du membi'e. La marcheest impossible, et, malgré l'amélioration qu'on peut encore espérer dutemps, le sieur D... conservera une infirmité incurable et ne pourra se soutenir sans appui sur sa jambe blessée.

Je constate, en outre, une complication qui consiste dans la paralysie des muscles extenseurs du poignet, affection indépendante de l'accident, produite par l'usage des béquilles et la compression des nerfs du bras.

Obs. LXIV. Ecrasement de la main par une voiture. Contusions multiples; incapacité prolongée. — M. G..,, régisseur, âgé de cinquante-trois ans, a été renversé et écrasé le 8 octobre 1862, par une petite voiture de la Compagnie.

Commis par une ordonnance de référé rendue à la requête de la Compagnie des voitures de Paris, à l'effet de constater la gravité de ses blessures, j'ai procédé à cette visite le 24 décembre suivant, deux mois et demi après l'accident.

M. G... a reçu des contusions nombreuses au flanc droit, où se voient des marques de sangsues appliquées en grand nombre, à la tête, aux épaules, aux deux genoux. Mais la blessure la plus grave consiste en une déchirure étendue et profonde du dos de la main droite. Les tendons ont été en partie écrasés, une inflammation des synoviales tendineuses a amené dans ces parties un épaississement notable. La peau des doigts est frappée d'insensibilité, et ils ne se meuvent que très-difBcilement.

M. G... a été retenu quarante et un jours au lit par sesblessures, et l'on peut évaluer à trois mois l'incapacité de travail qui doit en résulter. Il est même à craindre qu'il ne recouvre jamais l'entière liberté des mouvements de la main droite.

Obs.LXV. — Ecrasement de la jambe. Fracture compliquée; infirmité incurable. Formalité de procédure. — Par jugement de la

266 cnoix d'obsiîrvations de blessures par imprudk'nce.

4« chambre du tribunal civil, en date du 27 août 1859, qui me dispense du serment (et qui, d'après le désir du président, n'a dû être ni levé ni signifié), j'ai été commis pour visiter M. K..., relieur, qui, en descendant d'omnibus, place Dauphine, a eu la jambe écrasée par un camion du chemin de fer de l'Est, et donner mou avis sur l'état actuel du blessé et sur les conséquences de la blessure.

L'accident avait eu lieu le 14 octobre 1858 ; M. K... avait été renversé par le cheval qui lui avait cassé la jambe. La fracture siégeait au tiers inférieur de la jambe gauche, elle comprenait les deux os et était compliquée de plaie. La consolidation fut lente et tardive ; le blessé fut retenu quatre mois au lit. L'examen auquel je le soumis le 10 mai 1859, sept mois après l'accident, me fit reconnaître une déformation notable du membre avec gonflement persistant de la jambe et du pied.

Il fallait encore au moins deux ou trois mois pour que M. K... pût se servir de sa jambe, et il devait rester atteint d'une claudication incurable.

Obs. LXVI. — Ecrasement de la jambe. Fracture ; complications graves. Formalités de procédure. — L'affaire que je vais citer offre un exemple d'action civile dans laquelle la visite de l'expert a été réclamée avant la signification du jugement. Voici dans quels termes cette visite était réclamée par l'avoué du blessé, dans une lettre datée du 9 mars 1859 :

« J'ai l'honneur de vous adresser ci-après les termes mêmes d'un jugement de la 4e chambre du tribunal qui vous donne une mission que les circonstances rendent urgente (jugement du 4 mars courant).

« Cette urgence est mon excuse pour la démarche peu régulière que je viens faire auprès de vous, monsieur, afin de vous prier de vouloir bien, avant même que je n'aie pu obtenir la grosse de mon jugement, faire une visiste et un constat de l'état dans lequel se trouve le malheureux malade, il s'agit de M. G... »

Voici les termes du jugement : « Le tribunal déclare dès à préce sent P... et S... civilement responsables de l'accident arrivé à « G...: ordonne,' avant faire dz'oit, que, par le docteur A. Tar- « dieu, expert, lequel est dispensé du serment, que le tribunal « commet à cet effet. G... sera visité à l'effet de déterminer l'état « dans lequel se trouve actuellement ce dernier, les chances, ainsi « que l'époque probable de sa guérison, les suites présumées de « l'accident dont il a été victime, et l'incapacité de travail qui

« pourra résulter pour lui de sa blessure ; dit qu'en cas d'empê- (c chement de l'expert ci-dessus commis, il sera pourvu à son « remplacement par ordonnance de M. le président de cette « chambre, l'endue sur simple requête, pour, sur le rapport « dressé par ledit expert et déposé au greffe, être ensuite, « par les parties conclu et par le tribunal, statué ainsi qu'il « appartiendra, tous droits et moyens des parties réservées ainsi <f que les dépens. »

L'accident dont avait été victime le sieur G..., avait eu lieu le 6 décembre 1858. Il y avait eu fractui^e de la jambe droite, fracture du péroné en deux endroits et du tibia complètement. La fracture était comminutive. Elle ne tarda pas à se compliquer de fusées purulentes, d'abcès et plus tard d'une entérite et d'une bronchite généralisée.

Lorsque je visitai le blessé trois mois après l'accident, je constatai que la fracture n'était pas encore consolidée, que quelques portions des fragments étaient atteintes par la nécrose. Il était évident que la guérison devait se faire attendre encore plusieurs mois, et que M. G... ne devait jamais recouvrer le libre exercice de sa jambe. Il y avait là de toute nécessité une infirmité incurable.

Obs. LXVII. — Chute produite par la rencontre de deux voitures. Fracture du bras ; déplacement et défaut de consolidation ; infirmité incurable attribuée à un traitement mal dirigé. — J'ai procédé le 13 mai 1859, en vertu d'un jugement de la4o chambre du tribunal civil, à l'examen d'une demoiselle G..., confectionneuse, qui avait été blessée par une voiture en descendant d'un omnibus, et qui assignait en même temps la Compagnie des voitures de Paris et celle des omnibus, en payement de 36,000 fr. de dommagesintérêts.

Ma visite eut lieu en présence des médecins des deux Compagnies et de ceux de la blessée, en même temps que de leurs conseils. Je reconnus qu'il y avait eu chez elle fracture du col chirurgical de l'humérus du côté gauche. J'appris que le déplacement avait été réduit à l'aide du chloroforme une première fois au bout de quatre jours, mais que s'étant reproduit il n'avait pu être réduit. L'appareil avait été maintenu jusqu'à la fin de janvier, c'està-dire pendant deux mois et demi.

Au moment de mon examen, c'est-à-dire^ cinq mois et demi après l'accident, je constatai la saillie du fragment inférieur dans l'aisselle, une dépression marquée au-dessous du moignon de l'o-

208 CHOIX d'obsurvations de blicssuhks par imprudiînciî,

paule, et une impossibilité presque absolue des mouvements du bras. La peau de la main était lisse et luisante, les ongles longs et recourbés comme on le voit après une longue inaction. L'infirmité était réelle et complète.

Mais il convenait de tenir grand compte, dans cette affaire, des objections très-judicieuses élevées par M. le docteur Mathieu, médecin de la Compagnie des omnibus, et que je crois utile de citer textuellement :

« Envoyé par la Compagnie des omnibus le lendemain de l'accident, j'ai offert de donner mes soins à la malade ; elle a refusé, ayant son médecin. La douleur, le gonflement ne permettant point de faire une appréciation rigoureuse, je suis revenu après trois ou quatre jours pour l'établir. Un appareil était appliqué : la malade me dit avoir eu les soins de deux médecins; qu'elle avait une fracture ; l'appareil, du reste, le disait assez. Sur ce, je ils un rapport à la Compagnie, annonçant que la malade serait environ deux mois sans pouvoir faire usage de son membre. Je n'ai plus entendu parler de cette malade depuis. A présent, voici mes réflexions : La Compagnie ne refusera pas une indemnité pour un accident dont elle accepte la responsabilité; mais je doute fort qu'elle consente à subir les conséquences de ce que je considère comme une faute chirurgicale. Comme il s'agit de deux de mes confrères, je veux être, très-réservé à cet égard, mais à vous je puis bien dire tout le fond de ma pensée. Je me demande pourquoi ces messieurs, ayant échoué la seconde fois dans la tentative de réduction, se sont sitôt rebutés, et se sont si facilement l'ésignés à voir s'établir une infirmité. Les médecins de Paris, ne faisant pas habituellement delà chirurgie, n'ont pas à rougir d'être embarrassés; d'ailleurs la question d'humanité avant tout. Ne pouvaientila pas, ne devaient-ils pas invoquer d'autres mains chirurgicales que les leurs? C'est là, suivant moi, qu'est la faute, que je voudrais bien cependant faire connaître. Je suis, à cet égard, dans un grand embarras. »

Obs. LXVIII. — Fracture de jambe produite par le choc d'une voiture des Pompes funèbres. Claudication antérieure par une fracture ancienne du même membre ; complications dans l'appréciation de la double infirmité. — M. T..., marchand de vin, renversé par une voiture de l'administration des Pompes funèbres, le 4 février 1858, s'est brisé la jambe gauche et a eu quelques contusions à la tête et à l'épaule droite.

Le tibia a été fracturé à sa partie supérieure sans aucun dépla-

cernent des fragments, ce qui a laissé de prime abord quelques doutes sur l'existence d'une fracture. Le péroné est resté intact. L'articulation fémoro-tibiale était en même temps lé siège d'une inflammation qui a cédé facilement aux cataplasmes froids et aux topiques résolutifs. Pendant quarante jours à peu près on a maintenu la jambe dans une gouttière, et au bout de ce temps M. T... a commencé à se lever et à marcher à l'aide de béquilles. Si la progression a été retardée, et aujourd'hui elle reste encore difficile, on croit pouvoir principalement l'attribuer à une ancienne claudication dont M. T... est aftecté par suite d'une fracture qui, de l'aveu du malade, avait laissé chez lui une telle faiblesse, qu'avant son dernier accident il lui était impossible de faire une course un peu longue.

Cette question délicate d'une claudication antérieure est venue compliquer l'examen dont j'ai été chargé dans cette affaire par un jugement de la 4^ chambre du tribunal civil.

Le blessé produisit des certificats établissant qu'il avait été affecté, il est vrai, au mois de mars 1855, d'une fracture de la cuisse du même côté que celui où la jambe avait été brisée trois ans plus tard ; mais que ce premier accident n'avait en rien altéré la liberté de son allure. Cependant je constatai très-positivement les traces qu'il avait laissées et qui consistaient en une incurvation marquée de la cuisse.

La seconde fracture, celle du mois de février 1858, siégeait à la partie supérieure de la jambe gauche, au-dessus du genou. Le tibia seul a été atteint; le péroné est intact. La consolidation est complète, mais le raccourcissement du membre doublé par la double fracture est considérable. La jambe reste engorgée, l'articulation fémoro-tibiale roide et douloureuse. Les cicatrices que l'on voit au côté droit de la tête proviennent de plaies sans gravité.

Il est demeuré évident pour moi que le sieur T... était déjà boiteux avant l'accident dont la responsabilité incombait à l'administration des Pompes funèbres, mais que cette infirmité a été notablement accrue par le dernier, accident, dont les suites ont été rendues plus fâcheuses précisément en raison du défaut de conformation et de l'affaiblissement antérieur du membre blessé.

Obs. LXIX. — Blessure faite par la chute d'une charrette. Fracture de cuisse; claudication incurable; infirmité antérieure; inca2)acilé 'professionnelle. — Le 18 mars 1845, je fus chargé par l'un de messieurs les juges d'instruction de visiter le sieur M..., lequel

:270 cuuix d'observations de blessures par imprudence.

aurait été victime d'un accident qu'il impute au chan-etier B..., à l'efifet, non-seulement de constater son état actuel, mais encore de rechercher : 1° s'il est vrai qu'avant l'accident dont il se plaint, il hoitait précisément du côté où il a été blessé au mois de novembre dernier; 2° si sa constitution particulière n'a pas exercé de l'influence sur l'état dans lequel il se trouve aujourd'hui; 3° si le sieur N... est privé à tout jamais de l'usage de la jambe blessée.

Cet homme, porteur d'annonces, âgé de quarante ans, avait eu la cuisse gauche cassée par la chute d'une charrette. Après un repos forcé de plusieurs fnois, il n'avait guéri qu'avec un raccourcissement considérable qui le condamnait à une claudication perpétuelle. Quant à la question de savoir s'il boitait auparavant, elle perdait toute importance en présence de ce fait qu'il pouvait avant l'accident exercer une profession dans laquelle il marchait une grande partie du jour, tandis qu'à l'avenir la claudication résultant de la fracture constituait une infirmité incurable qui lui rendait fort difficile l'exercice de son état de porteur d'annonces.

L'action civile intentée par N... contre le charretier eut pour effet de lui faire allouer 3,000 francs d'e dommages- intérêts.

Obs. LXX. — Vieillard renversé par une voiture de la Compagnie. Fracture du col du fémur; infirmité incurable. — Le nommé V..., âgé de soixante-quinze ans, marchand des quatre saisons, a été renversé le 8 novembre 1860 par une voiture de la Compagnie des petites voitures. Il a eu le col du fémur fracturé et de plus une luxation incomplète de l'épaule gauche.

Chargé par jugement de la 4^ chambre du tribunal, en date du 22 février 1861, de constater la nature des blessures dont se plaint V..., son état présent, quelles conséquences elles ont eues pour le passé et pourraient avoir encore pour l'avenir, j'ai procédé à cette visite, le 12 avril 1861, cinq mois après l'accident, et j'ai constaté que les blessures qu'il avait reçues ont laissé à leur suite des infirmités incurables.

Obs. LXXL — Pied écrasé par une voiture. Fracture; lésion articulaire consécutive; infirmité incurable; aggravation causée par la mauvaise direction du traitement. — Commis par jugement du tribunal de la Seine, à l'effet de visiter le sieur A..., ordonnateur des Pompes funèbres, demeurant à Paris, cour des Petites-Ecuries, constater les blessures dont il est atteint, en déterminer la gravité et apprécier les conséquences qui pourraient en résulter pour l'avenir; après avoir prêté serment entre les mains de M. le président du tribunal, nous nous sommes transporté au domicile

ACCIDENTS Dli VOITURES.

sus-indiqué oîi, en présence de M. ]e docteur Garteaux, médecin de l'administration des Pompes funèbres, et de M. le docteur Guibout, médecin du blessé, ainsi que des avoués des parties, nous avons procédé à la visite du sieur A... et à l'examen approfondi de son état. — Nous avons ultérieurement reçu communication de deux dires émanant de MM. les docteurs Henry et Guibout, qui relatent les circonstances de la maladie de A... Nous avpns enfin recueilli à l'hôpital Lariboisière quelques renseignements sur les circonstances du séjour qu'y a fait le sieur A... et sur sa sortie de cet établissement. C'est d'après ces diverses informations que nous nous sommes formé une opinion sur les faits soumis par le tribunal à notre appréciation.

Des renseignements recueillis par nous, il résulte qu'au mois de septémbre 1855, le sieur A..., âgé de trente-deux ans, dans l'exercice de ses fonctions, fut grièvement blessé au pied gauche par la roue d'une voiture des Pompes funèbres; la jambe avait été fracturée complètement au niveau de l'articulation tibio-tarsienne, qui avait été en partie écrasée. Le malade, transporté à l'hôpital Lariboisière, y resta deux mois, pendant lesquels la fracture paraît s'être consolidée.

Le 10 novembre, le sieur A... quittait l'hôpital : que ce soit sur l'invitation du chirurgien au soin duquel il était confié, ou sur ses propres instances, il est constant qu'il est sorti sans être guéri, et que le membre blessé était, à cette époque, entouré d'un appareil contentif.

Ramené à son domicile, il l'esta onze jours pour recevoir les soins qu'eût exigés son état, et lorsque le 24 novembre on enleva l'appareil qui était resté appliqué malgré les violentes douleurs qu'il déterminait, on trouva, suivant les propres expressions d'un des médecins du blessé, « que le pus n'ayant pas d'issue avait « opéré de vastes décollements sur le pied, autour de l'articulation « et le long de la jambe. » Ces accidents, d'une extrême gravité, furent néanmoins conjurés, et après plusieurs mois d'un traitement énergique et suivi, l'inflammation articulaire s'apaisa, les portions d'os mortifiées se détachèrent, la suppuration se tarit.

A l'époque de notre visite, qui eut lieu le 17 novembre 1856, quatorze mois après l'accident, la santé générale est complètement remise, le sieur A... est debout, mais il ne peut marcher sans béquilles. Le membre blessé est le siège d'un amaigrissement général et d'une déformation de l'articulation du pied, qui est presque complètement ankylosée dans la position qui caractérise

272 CHOIX d'observations de blessures par imprudence.

le pied-bot avec renvei'sement de la plante du pied en dehors. La jambe blessée ne peut supporter encore le poids du corps; mais il n'existe plus de traces d'inflammation ni de suppuration profonde, et la douleur n'est réveillée que par des mouvements foi'cés.

L'état actuel de la partie blessée doit certainement se modifier avec le temps dans un sens favorable. Si l'articulation ne doit jamais reprendre ses forces ni la direction normale, et si le sieur A... est condamné à se servir pendant plusieurs mois encore de béquilles et à conserver toute sa vie une difformité incurable, il est constant que, lorsque, sous l'influence du temps et d'un traitement bien dirigé, le membre aura repris de la force, et que toute douleur aura disparu, il pourra recouvrer une certaine liberté des mouvements et se servira plus utilement de la jambe blessée.

En résumé, de l'information et de l'examen auquel nous nous sommes livré, nous concluons que :

lo L'accident dont le sieur A... a été victime au mois de septembre 1855, a présenté une extrême gravité, et déterminé un désordre considérable dans l'articulation du pied gauche.

2o Les suites immédiates de cet accident, qui aurait pu entraîner la perte du membre et même de la vie, ont été heureusement conjurées, et la fracture a pu être consolidée.

3o Les conséquences ultérieures de la blessure ont été manifestement aggravées par l'interruption funeste qui a eu lieu dans le traitement, et qui, après deux mois de séjour à l'hôpital, a laissé le mal livré à lui-même pendant onze jours.

4° L'état actuel du membre blessé, qui exige encore l'exercice de béquilles, permet cependant la marche et doit certainement s'améliorer par la suite.

5° L'infirmité incurable qui résulte pour le sieur A. de l'accident dont il a été victime, s'opposera à ce qu'il reprenne jamais un service actif, mais ne l'empêchera en aucune façon de remplir dès à présent des fonctions sédentaires.

Obs. LXXll. — Ecrasement par une voilure. Mort après onze jours; fracture multiple des côtes; pneumonie traumalique.

Le nommé H... avait été écrasé par une voiture, lo 8 mars 1847; il avait succombé au bout de onze jours aux suites de cet accident.

Le 20 mars 1847, j'ai été chargé par le parquet de procéder à l'autopsie du nommé H..., mort à l'hôpital de la Charité. Aucune ecchymose n'apparaissait à l'extérieur, mais un vaste

ACCIDENTS PROFESSIONNELS

épanchement existait sous les téguments de la poitrine. Je consrtatai la fracture des quatrième, cinquième, sixième et septième côtes du côté gauche; les cartilages des côtes étaient détachés dans une grande étendue. Une inflammation traumatique du poumou et de la plèvre avait amené la mort,

Obs. LXXIII. — Vieillard infirme renversé par une voiture. Fracture du crâne; mort; lésion ancienne du cerveau.

Le sieur D..., vieillard de soixante-seize ans, a été renversé le 8 février 1849 par une voiture et s'est brisé le crâne.

J'ai procédé, le lendemain, sur l'ordre du parquet, à l'autopsie.

Je constatai les lésions récentes produites par l'accident. Une fracture de la région tempoi'ale du côté gauche et de l'orbite, et un épanchement de sang considérable à l'extérieur et à l'intérieur du crâne; des contusions et déchirures superficielles aux genoux, aux mains et à la tête, et enfin une ecchymose profonde dans l'épaisseur de la paroi du bas-ventre.

Mais, de plus, il existait dans le cerveau une altération ancienne siégeant dans le corps strié du côté droit, et consistant en un noyau hémorrhagique incomplètement résorbé, qui devait déterminer la paralysie de la moitié gauche du corps. Cette lésion était tout à fait indépendante de celles qu'avait produites l'accident; mais la paralysie dont le vieillard était atteint avait dû l'exposer plus qu'un autre au danger d'être renversé par une voiture. L'examen de l'estomac montrait d'ailleurs qu'il avait été frappé à jeun, et que l'on ne pouvait attribuer sa chute à l'ivresse.

Article 111. — Accidents professionnels.

Je vais rapporter vingt-deux observations d'accidents professionnels de nature et de gravité diverses, mais ayant tous ce trait commun d'avoir été produits sur des ouvriers de différents métiers par le fait même de leur travail, par des éboulements chez des carriers et des terrassiers, par la chute d'un échafaudage ou la rupture d'une échelle chez des maçons et des peintres; chez un charpentier par la chute d'une chèvre ; par la chute d'une pierre chez un tailleur de pierre; d'un tonneau chez un vidangeur et chez un garçon marchand de vin; d'une caisse très-lourde chez un miroitier ; par l'ac- Tardieu, Bltssures. 18

274 CHOIX d'obsi^rvations de iîliîssures paii imprudknck.

lion d'une chaudière ijouillante chez un apprenti savonnier, et de la fonte coulante chez un fondeui'; par un rouleau de presse chez un apprenti irhprimeur, et par l'engrenage de machine chez un ouvrier mécanicien.

Tels sont les exemples de cette classe particulière d'accidents dont je citerai plus tard un grand nombre, de cas el dont je déterminerai les caractères généraux.

Obs. LXXIV. — Ouvrier terrassier blessé par im éboulement. Fractures multiples des côtes. — Le sieur H... a été blessé par un éboulement le 20 août 1857.

Je l'ai visité un peu plus de deux mois après l'accident, sur l'ordonnance d'un de MM. les juges d'instruction.

Il avait eu deux côtes brisées, la sixième et la septième du côté droit, au niveau de l'articulation cbondro-sternale. La consolidation était complète, mais la poitrine présentait une déformation assez marquée. Il ne restait d'ailleurs aucune difficulté, aucun trouble dans la respiration, et aucune suite fâcheuse n'était à craindre.

Obs. LXXV. — Ouvrier terrassier blessé par un éboulemen'. Fracture de la cuisse; raccourcissement énorme; infirmité incurable. — Le sieur G..., ouvrier, étant employé à des travaux de fouilles, pour lesquels on avait négligé d'étayer les terres, fut entraîné par un éboulement, et se brisa la cuisse dans sa chute.

Après une longue procédure, je fus chargé de le visiter par un jugement de la 4e chambre du tribunal civil du 27 août 1857, frappé d'appel, puis confirmé par la Cour, à l'effet de constater : 1" quel est l'état de sa blessure; 2° quels sont ses résultats; si G... est incapable de se livrer à son travail habituel ou à quelques autres travaux ; si sa position doit ou peut s'améliorer, c L'expert « visitera G... autant que cela lui paraîtra nécessaire, et fera son « rapport dès qu'il croira que son examen sera suffisant, et au « plus tard dans trois mois, à partir de la prestation de ser- « ment. »

Ma visite ayant eu lieu le il janvier 1858, dans l'intervalle du jugement à l'arrêt, l'avoué du blessé me fit savoir que mon rapport était irrégulier à un double point de vue : d'abord parce qu'il avait été rédigé par moi à une époque où le jugement qui m'avait commis était frappé d'appel, partant sans force légale; puis ensuite par ce second motif que la formalité du serment m'était imposée

ACCIDENTS PROFESSIONNELS

■et n'avait pas été remplie. Les choses furent facilement régularisées, et je pus accomplir la mission dont j'avais été chargé.

Le sieur G..., blessé le 26 septembre 1856, n'était pas entré à l'hôpital; il s'était fait soigner chez lui, et était resté six mois au lit. Lorsque je l'examinai, je constatai que la fracture de la cuisse gauche, résultant de la chute qu'avait faite le sieur G..., seize mois auparavant, s'était consolidée de la manière la plus vicieuse, que le membre présentait un raccourcissement de 9 centimètres ; que cet homme restait atteint d'une difformité énorme^ qu'il marchait avec beaucoup de peine, et ne pourrait jamais reprendre son travail habituel non plus qu'aucun autre travail fatigant ; qu'enfin le temps ne pouvait en aucune façon améliorer sa situation. Il pourrait, il est vrai, s'appliquer à un métier sédentaire ; mais il n''en a aucun autre, et aurait tout un apprentissage à faire.

Obs. LXXVI. — 'Deux ouvriers maçons blessés par un éboulement. Contusion des reins; fracture de la colonne vertébrale; paraplégie. — Les nommés N... et G..., ouvriers maçons, ont été blessés tous deux, le 11 avril 1860, au milieu d'un travail de construction, par un éboulement.

Je les ai visités sur l'ordonnance du juge d'instruction le 29 juin suivant.

Ds avaient été transportés à l'hôpital Beaujon. Le premier en était sorti au bout de dix-sept jours, n'ayant eu qu'une contusion des reins; le second y était encore, deux mois et demi après l'accident, atteint d'une paraplégie complète symptomatique d'une, fracture de la colonne vertébrale. 11 ne devait pas guérir. Les infirmités dont se plaignait N... à la même époque, hernie inguinale et varicocèle peu considérable que je constatai, n'avaient aucun rapport avec l'éboulement, et ne l'empêchaient pas de travailler.

Obs. LXXVII. — Ouvrier carrier blessé par un éboulement. Plaie de tête; fracture de jambe mal consolidée. — Le sieur L..., ouvrier, a été blessé, le 5 octobre 1858, par l'éboulement d'une carrière dans laquelle il travaillait.

Je l'ai visité près d'un an et demi après, en exécution d'un jugement de la 4" chambre du tribunal civil.

Il avait été blessé à la fois à la tête et à la jambe. Je constatai dans la région orbitaire du côté gauche la cicatrice d'une plaie profonde, qui n'avait d'ailleurs pas intéressé l'œil, et qui n'était ■que difforme.

Je reconnus en même temps les traces d'une fracture complète de la partie inférieure de la jambe droite mal réduite, compliquée

27() CHOIX d'observations du bliîssurks par imprudence.

d'un cal vicieux et d'une ankylose incomplète de l'articulation tibiotarsienne avec renversement du pied.

Il y avait là une infirmité persistante dont le temps pouvait atténuer les effets, mais qui laisserait le sieur L... toujours mal habile à un travail pénible.

Obs. LXXVIII. — Éboulement; un ouvrier terrassier tué; trois blessés. Fracture du crâne ; hémiplégie persistante; épilepsie. — Par suite d'un éboulement survenu le 25 août 1857, lors de travaux entrepris à l'ancien Hippodrome, un ouvrier fut tué et trois autres blessés grièvement. L'imprudence fut établie à la charge de l'entrepreneur.

Dans le cours du procès en dommages-intérêts intenté par l'un des blessés, je fus chargé par jugement de la 4« chambre, lequel me dispensait du serment, de visiter le sieur D..., à l'effet de donner mon avis sur l'état de sa blessure et sus les conséquences qu'elle pourra avoir pour lui. Cette visite eut lieu le 29 février

1858, six mois après l'accident.

On avait cru au premier moment que cet individu ne survivrait pas à ses blessures ; il avait été transporté à l'hôpital Beaujon où il passa trois mois, et où l'on pensa qu'il avait été atteint d'une fracture du crâne. Il fut envoyé pendant un mois à l'asile de Vincennes, et en sortit dans le même état que celui où je le trouvai, c'est-à-dire avec une paralysie complète de toute la moitié gauche du corps, des vertiges" presque continuels qui dégénéraient en attaques couvulsives épileptiformes, et affaiblissement notable des facultés morales. Il y avait là toutes les preuves d'une affection cérébrale grave dont on ne pouvait espérer la guérison.

Obs. LXXIX. — Garçon maçon blessé en tombant d'une échelle. Contusion du genou. — Le nommé G..., garçon maçon, en tombant d'une échelle brisée, s'est fait au genou droit une forte contusion.

Je l'ai vu, le 26 janvier 1859, quelques semaines après l'accident, sur l'ordonnance du juge d'instruction.

Je n'ai trouvé qu'un épanchement médiocrement abondant dans l'articulation ; il n'y a pas eu de fractures, et le peu de soin qu'a pris le blessé de son genou a seul retardé la guérison.

Obs. LXXX. — Ouvrier moçon blessé par la chute d'un échafaudage. Fracture compliquée de la jambe. — En exécution d'un jugement de la 6o chambre correctionnelle, j'ai procédé, le 7 mars

1859, à la visite du nommé G..., ouvrier maçon, blessé parla chute d'un échafaudage sur lequel il ti'availlait.

Iaccidents professionnels 277

Il s'était fait à la tète une plaie contuse, sans gravité, qui n'a laissé qu'une petite cicatrice au sourcil gauche; mais il s'était •cassé lajambe droite.

Je constate, six mois après l'accident, les traces d'une fracture compliquée des deux os de lajambe, et d'une plaie qui n'était pas encore cicatrisée, quand, après deux mois, il est sorti prématurément de l'hôpital. Le cal est difforme, et la marche s'accompagne d'une légère claudication ; elle a lieu cependant sans appui, et le sieur G... peut être considéré comme guéri. Il est possible toutefois qu'il ne puisse reprendre son métier de maçon, qui exige dans les mouvements plus de liberté et de sûreté que né peut lui en avoir laissé l'accident dont il a été victime.

Obs. LXXXI. — Ouvrier maçon blessé en tombant d'un échafaudage. Fractures multiples; pas d'infirmités persistantes; exagération des troubles consécutifs. — Le sieur J... a fait une chute du haut d'un échafaudage mal établi, au mois de juillet 1859. Il a été traité à l'hôpital Saint-Louis.

Je ne l'ai visité que le 29 juin 1860, onze mois après l'accident, en exécution d'un jugement de la 4e chambre.

Il avait été atteint dans sa chute d'une double fracture d'une côte et de la clavicule gauche à son extrémité externe. Il en était parfaitement guéri ; et cependant, malgré le long temps écoulé, il continuait à se plaindre d'étouiFements, de douleurs dans les reins, d'insomnie. L'examen le plus attentif ne permettait de constater aucun désordre soit du côté de la poitrine, soit du côté des centres nerveux. Je partageai à cet égard l'opinion émise par quelques autres médecins que ces prétendus accidents consécutifs étaient au moins fort exagérés.

Obs. LXXXII. — Ouvrier peintre bUssé par la chute d'un échafaudage. Fracture des deux jambes. — Le sieur B..., ouvrier peinti^e, avait été blessé, au mois de décembre 1854, par la chute d'un échafaudage.

Un jugement tardif de la 4e chambre du tribunal civil me chargea de constater quel est l'état actuel des blessures qu'il a reçues ; s'il peut se livrer à ses travaux habituels, et, au cas de la négative, s'il le pourra plus tard et à quelle époque. Mon examen n'eut lieu que deux ans et trois mois après l'accident.

Je reconnus que les deux jambes avaient été fracturées : la droite, vers son extrémité inférieure, avec ankylose incomplète consécutive de l'articulation du pied ; la gauche, avec plaie au milieu du tibia. La marche était possible, quoique assez pénible ;

278 cuoix d'observations de blessures par imprudence.

mais il était difficile que le sieur B... pût jamais monter et se tenir solidement sur une échelle.

Obs. LXXXIII. — Maçon blessé par la chute d'un échafaudage. Commotion cérébrale grave; suites prolongées. — Le sieur G..., maçon, a été blessé, le 30 avril 1860, par la chute d'un échafaudage. Il est entré à l'hôpital Saint-Louis le 2 mai, et y est resté jusqu'au 21 juillet.

Je ne l'ai visité, en exécution d'un jugement de la 6e chambre du tribunal,* que le 21 décembre, plus de sept mois et demi après l'accident.

Il avait été blessé à la tête, et avait présenté tous les signes d'une commotion cérébrale des plus graves. On pouvait juger à quel point elle avait été intense par la cicatrice d'une brûlure très-profonde qu'avait déterminée à la partie postérieure de la cuisse un sinapisme appliqué pendant la période d'insensibilité. A la suite de cet accident, le sieur A... était resté dans un état de faiblesse et de langueur tel, qu'il était à peine capable, au moment de notre examen, de reprendre du travail. La mémoire et les facultés restaient même encore atteintes.

Obs. LXXXIV. — Ouvrier maçon blessé dans la chute d'un échafaudage. Contusion de la moelle ; paralysie progressive. — Le sieur T..., entraîné par la chute d'un échafaudage, est tombé sur le dos le 21 novembre 1864, et n'a paru éprouver qu'une violente contusion dans les reins. Il avait déjà, douze ans auparavant, été victime d'un accident à peu près semblable ; mais à la suite de c& dernier, des symptômes très-graves se déclarèrent.

Au moment de ma visite, je trouvai le sieur T... presque impotent. La marche était très-difficile ; elle amenait très-vite une fatigue extrême; la vue était aifaiblie, la langue embarrassée, les membres agités d'un tremblement nerveux. Tous les signes d'une paralysie progressive étaient manifestes; et cette affection incurable devait être attribuée à une contusion de la moelle produite par la seconde chute qui avait eu lieu il y a quelques mois.

Obs. LXXXV. — Ouvrier carrier blessé par la chute d'une pierre. Fracture compliquée dxi bras ; difformité. — Le sieur A... était employé, le 17 août 1857, à l'extraction de la craie dans la carrière des sieurs I..., lorsqu'il fut blessé au bras par la chute d'une pierre. Il fut transporté à l'hôpital Necker, où l'on constata une fracture de l'humérus vers son extrémité inférieure, compliquée de plaie. La blessure était assez grave pour que la question de

ACCIDENTS PROFESSIONNiiLS. 279

l'amputatioa fût agitée. Il sortit cependant au bout de soixante et dix jours.

A... intenta une action civile aux propriétaires de la carrière où il travaillait. Ceux-ci furent déclarés civilement responsables comme n'ayant pas pris les précautions nécessaires pour empêcher l'éboulement des terres et le glissement des pierres, cause de l'accident. Mais avant de fixer le chiffre des dommages-intérêts porté dans la demande à 5,000 francs, le tribunal ordonna une expertise, à laquelle, dispensé du serment du consentement des parties, je fus chargé de procéder, à l'effet, de constater dans quel état était la blessure du nommé A... ; s'il en l'é suite pour lui incapacité de travail absolue ou seulement temporaire, et, dans ce dernier cas^ quelle sera la durée de cette incapacité. Ma visite eut lieu onze mois après l'accident.

La fracture était consolidée, mais le cal formait sous la peau un angle saillant. Malgré le voisinage de l'articulation du coude, il n'y avait pas d'ankylose, et le blessé ne devait conserver qu'une difformité sans importance, mais non une infirmité. L'incapacité de travail qui avait duré plusieurs mois ne devait être que temporaire,

Obs. LXXXVI. — Charjientier blessé par la chute d'une chèvre. Fracture rmiltiple des côtes; traitement mal dirigé. — Le sieur L..., ouvrier charpentier, a été blessé, le 3 mai 1862, dans les travaux de construction d'une maison, par la chute d'une chèvre.

Un jugement de la 4« chambre du tribunal m'a chargé de constater son état, et ma visite a eu lieu le 24 novembre suivant, près de sept mois après l'accident.

Cet homme avait eu plusieurs des dernières côtes du côté gauche brisées. Il était resté seulement douze jours à l'hôpital, et en était sorti avant d'être complètement guéri. Depuis il n'a pas repris son. travail, et dit éprouver toujours une grande gêne dans la respiration. Il ne peut se redresser tout à fait. Il y a un peu d'exagération dans ses 'plaintes ; son infirmité est cependant réelle, mais elle tient principalement à la mauvaise direction du traitement,

Obs. LXXXVII. — Tailleur de pierre blessé au poignet. Fracture du radius \ paralysie consécutive. — Le sieur C. , , tailleur de pierres, a été blessé, au mois de mai 1862, par le choc d'une pierre.

Je l'ai visité le 30 avril 1863, onze mois après l'accident, sur la réquisition de M, le procureur général.

Il avait eu le radius du côté droit brisé, avec forte contusion du poignet. La fracture était consolidée sans difformité, mais il restait

280 cnoix d'observations dk blessures par imprudence.

une paralysie incomplète des muscles extenseurs de la main. Le temps et un traitement convenable triompheront de cette infirmité très-probablement passagère.

Obs. LXXXVIII, — Homme de peine blessé en chargeant une voiture. Fracture de l'avant-bras \ plaie de tête; pas d'infirmités. — Le nommé G..., homme de peine, étant en train de charger un tombereau de charbon, le 27 décembre 1857, fut renversé du haut de la voiture.

Chargé d'abord par un de messieurs les juges d'instruction, puis, plus tard, par jugement de la 4^ chambre du tribunal civil, de constater son état, je le vis une première fois le 24 février 1858, et une seconde le 8 juillet suivant, plus de six mois après l'accident.

Il avait été blessé en trois endroits. A la tête, où se voyait la cicatrice d'une plaie contuse au front au-dessus du sourcil gauche ; cette cicatrice offrait cette particularité qu'elle était tout à fait noire par suite de l'incrustation du charbon qui avait produit en ce point un véritable tatouage accidentel. L'avant-bras gauche avait été brisé en deux endroits, et je constatai la fracture double du radius, et la cicatrice d'une plaie contuse au coude du même côté; enfin, une contusion avec plaie à la hanche. Le blessé n'était resté que vingt-trois jours à l'hôpital et quatre jours à l'asile de Vincennes, d où il était sorti encore incapable de travailler. La guérison de ses diverses blessures s'était d'ailleurs opérée sans infirmité.

Obs. LXXXIX. — Ouvrier vidangeur blessé par la chute d'/me tonne. Fracture comminutive de la jambe; guérison. — Le nommé F...., ouvrier vidangeur, a été blessé par la chute d'une tonne qui lui a fracassé la jambe.

En suite d'un jugement de la A" chambre du tribunal civil, je l'ai visité le 15 novembre 1859, huit mois après l'accident.

Il n'avait pu travailler depuis cette époque. La fracture comminutive avait donné lieu à la formation d'abcès dont je retrouvai les cicatrices; mais la consolidation était parfaite et trèsrégulièrè. Malgré la gravité de sa blessure, le nommé F... est bien guéri et ne restera pas infirme, il peut dès à présent marcher et se plaint seulement de quelques douleurs et élancements passagers.

Obs. XC. — Homme de peine blessé au genou par un tonneau plein. Affection articulaire chronique grave. — Le sieur T..., âgé de quarante-huit ans, homme de peine chez un marchand de vin, a été

ACCIDENTS PROFESSIONNELS

blessé,le23avrill858,paruii tonneau plein qui l'a atteint à la jambe.

Un jugement de la 7= chambre du tribunal correctionnel m'a chargé de l'examiner « pour constater la cause, la nature, la grâce vité de sa blessure, la manière dont elle a été soignée, et si l'état a actuel de la jambe et du pied du plaignant peut ou êti'e attribué « à sa propre imprudence, ou doit, au contraire, l'être uniquement « à l'accident dont il a été victime. »

La blessure du sieur T... a consisté en une profonde contusion du genou, à la suite de laquelle l'articulation est restée le siège d'un engorgement chronique. Cinq mois de repos et de traitement à l'aide d'émoUients, de sangsues, de résolutifs, de douches prises pendant trois mois, n'ont amené aucun résultat satisfaisant. Il a vainement essayé de marcher. Au moment de ma visite, il existe un commencement de tumeur blanche avec ankylose incomplète ; affection chronique très-grave, dont les suites peuvent être plus graves encore et qu'il est difficile d'attribuer à une autre cause qu'à l'accident lui-même.

Obs. XGI. — Ouvrier miroitier blessé par la chute d'une caisse. Contusion; pas d'infirmité ; exagération. — Le sieur D...., ouvrier miroitier, a été blessé par la chute d'une caisse remplie de glaces, dans les derniers jours de l'année 1859. Il n'a pas perdu connaissance sur le coup, et a pii remonter chez lui soutenu par les bras. Il ressentait une violente douleur dans les reins où le choc avait porté, mais il n'avait rien de cassé et ne présentait aucun symptôme de commotion ni de paralysie. Il est resté pendant vingt jours alité. Malgré ce rétablissement assez prompt, le sieur D... ne reprit pas son travail. Mais on l'a vu colportant de la bijouterie, et 'il avoue s'être livré à cette occupation de courtage.

Cependant il a prétendu être incapable de gagner sa vie, et a intenté à son patron une action au cours de laquelle j'ai été commis par jugement de la 4^ chambre du tribunal civil et dispensé du serment, vu l'urgence, à l'effet de visiter D..., et dire la gravité, l'état et les conséquences probables de sa blessure.

Je l'ai examiné le 25 janvier 1861, plus d'un an après l'accident. Il disait n'avoir pu travailler qu'un seul jour dans tout le cours de l'année dernière, et être encore incapable .de se baisser et de rien soulever. En réalité, il ne restait aucune trace des contusions qu'il avait reçues, et ses mouvements étaient libres. 11 présentait seulement les signes d'une phthisie pulmonaire déjà assez avancée, véritable cause de sa faiblesse et de son mauvais état de santé.

282 cuoix d'obseryations de blessures par imprudence.

Obs. XGII. — Apprenti typographe blessé par un rouleau de presse. Deux doigts écrasés-, amputation. — Le 2G septembre 1865, le nommé G.-.., jeune apprenti dans une imprimerie où il était employé comme receveur de feuille, a eu les deux derniers doigts de la main gauche éci^asés par un rouleau de presse. Il a été conduit à la Charité, et en est sorti au bout de vingt jours.

Je vis le jeune G... le 4 juin 1866, cinq mois après l'accident. Il avait subi l'amputation des quatrième et cinquième doigts de la main gauche, et la cicatrisation était complète, le troisième doigt avait été blessé et présentait une cicatrice. L'infirmité est réelle, mais en raison de sa nature et de son siège, elle n'empêche pas le sieur G... de reprendre son travail. Il est d'ailleurs impossible d'attribuer au défaut de soins la prétendue lenteur de la guérison.

Obs. XGIII. — Ouvrier blessé dans Vatelier par une machine. Fractures multiples] infirmité] mauvais vouloir. — Le sieur B... a été blessé dans son atelier par une machine, dans les premiers jours de l'année 1861.

Je l'ai visité le 26 juillet suivant, six mois après l'accident, en exécution d'un arrêt de la 3« chambre de la Gour.

J'ai constaté chez lui les traces de trois fractures : l'une à l'avantbras gauche, l'autre au bras droit, la troisième à la cuisse droite. Pour cette dernière surtout, la consolidation s'est faite d'une manière très-vicieuse, et le membi^e est resté raccourci et déformé. Malgré cette infirmité incurable, le sieur B... n'est pas dans l'impossibilité de reprendre son travail. Il aurait même pu s'y remettre plus tôt, et ne l'a pas fait par une évidente mauvaise volonté.

Obs. XGIV. — Apprenti savonnier tombé dans une chaudière de savon bouillant. — Le jeune F. A,.., âgé de dix-sept ans et demi, apprenti savonnier, a été brûlé le 28 novembre 1863, en tombant dans une chaudière de savon. Le corps tout entier a été atteint.

Je l'ai visité le 3 mars 1864, trois mois après l'accident.

La brûlure occupe le côté gauche du cuir chevelu, et s'étend le long du cou, en avant au-dessous du mamelon, et en arrière sur toute la largeur du dos, entre les deux épaules où la plaie encore vive est en pleine suppuration. L'œil gauche est bien revenu maintenant. La face est guérie. Les poignets, les avant-bras sont cicatrisés sans difformité. Des deux pieds, le gauche est guéri ; à droite, on voit une plaie suppurante sur le dos du pied et au-dessous de la cheville externe. La peau est amincie, bleuâtre. Il reste encore une grande faiblesse générale.

Obs. XGV. — Homme de peine b7-ûlé par la fonte. Infirmité du pied droit. — Le sieui* G..., homme de peine, a été Lrûlé par de la fonte.

Chargé de le visiter par un jugement de la 4" chambre du tribunal civil, je procède à cet examen le 28 décembre 1859, seize mois après l'accident.

Il existe au pied droit une adhérence cicatricielle entre le gros orteil et le deuxième laissant libre seulement les premières phalanges des doigts. Les autres orteils présentent des adhérences moins complètes. Le cou-de-pied est dans toute son étendue labouré par des cicatrices profondes de brûlures. La peau est d'une couleur violacée, indice du défaut de circulation capillaire. L'ai'ticulation tibio-tarsienne conserve de la roideur, mais les mouvements de flexion, bien que bornés, n'y sont pas impossibles, et la marche, quoique un peu pénible, peut s'exécuter. Le sieur G... exagère manifestement l'impossibilité où il prétend être de se tenir sur le pied brûlé. 11 existe des traces de brûlure superficielle à la jambe et à la cuisse atteintes par les vêtements embrasés.

Article IV. — Accidents par coups de feu, incendies,

explosions, etc.

Les observations que je résume dans ce groupe, comprennent des faits très-intéressants et d'un ordre tout particulier. Sans parler des accidents déterminés par des coups de feu imprudemment tirés à la chasse ou ailleurs, je rapporte des exemples d'explosion de gaz ou de matières fulminantes, notamment celle de la place Sorbonne, et quelques autres d'incendie.

Obs. XCVI. — Passant atteint sur la voie publique par un grain de plomb lancé de loin. — Par ordre du préfet de police, le 9 mai 1860, j'ai visité le sieur G..., blessé sur le quai des Tuileries.

Le sieur G... est de taille moyenne; il porte toute sa barbe. La blessure unique qu'il a reçue consiste en une petite plaie placée sur le bord de la lèvre inférieure, près de la commissure du côté droit. Cette plaie traverse toute l'épaisseur de la lèvre et s'étend jusqu'à la gencive qui est intéressée elle-même au niveau du collet de la dent canine inférieure droite. Le trajet de la blessure est aussi très-légèrement oblique de haut en bas et de droite à gauche. La

284 CHOIX d'obseryatiuns de blessures par imprudence.

double plaie de la lèvre est très-régulièrement arrondie, plus large à l'extérieur où elle est recouverte d'une croûte peu épaisse, elle présente sur la face interne un petit pertuis circulaire auquel correspond exactement une déchirure irrégulière de la gencive. Les dimensions de ces trois ouvertures répondent assez exactement à celles d'un grain de plomb no 8. Les bords de la plaie extérieure ne sont ni brûlés, ni noircis, et ne portent pas la trace d'une contusion violente. Aucun corps étranger n'est resté engagé dans la gencive.

Lorsque le sieur G... a été blessé, il suivait le trottoir, le long du parapet du quai des Tuileries, dans la direction du pont Royal ; au pont du Carrousel, sans avoir entendu aucune détonation, il s'est brusquement senti frappé à la mâchoire et a vu le sang jaillir sur ses vêtements où nous en constatons les traces. 11 n'a pu distinguer ni retrouver le projectile qui l'avait atteint* Le sieur G... affirme qu'il marchait droit devant lui; le corps qui l'a frappé à l'angle droit de la lèvre venait donc du côté de la rivière, en suivant une ligne très-légèrement oblique. Aucun autre projectile ou fragment de projectile n'a atteint soit le visage, soit les vêtements du sieur G...

En résumé : 1° le sieur G... a été atteint par un projectile de très-petite dimension (à peu près de la forme et du volume d'un grain de plomb no 8), qui lui a traversé la lèvre inférieure et s'est arrêté sur l'arcade dentaire.

2° Le projectile pouvait provenir d'une charge de plomb lancée par un coup de feu tiré de très-loin, et dont un grain se serait égaré, ou avait été violemment lancé par un fusil à vent ou une espèce de sarbacane.

3° Quoi qu'il en soit de ces deux hypothèses, ce qui est certain, c'est que le projectile venait de très-loin dans une direction toute fortuite et qu'il n'avait pu être lancé dans une intention criminelle.

4o La blessure qu'a reçue le sieur G.., pouvait néanmoins n'être pas sans gravité, si le projectile avait atteint une autre partie que la lèvre, l'œil par exemple, et on doit l'imputer à une imprudence ^condamnable.

Obs. XGVII. — Accident de chasse. Couj) de feu chargé à plomb ayant atteint un œil, les mains et les genoux ; ]ias d'infirmité grave- — M. L..., garde général des forêts, reçut de M. de L..., dans une partie de chasse, un coup de feu qui l'atteignit à l'œil, aux mains et aux genoux. L'accident avait eu lieu le 25 août 1865.

C'est seulement le 20 avril 1867, vingt mois après, que, désignés comme experts par jugement de la 4" chambre du tribunal civil, nos honorables confrères, MM. Siebel père, Baudouin et moi, nous avons procédé à la visite de M. L...

Il avait exposé dans sa requête « que les hommes de l'art qui l'avaient soigné de ses blessures avaient constaté un gonflement des articulations fémovo-tibiales, que quelques grains de plomb ont été extraits, mais que la plus grande partie est restée dans les chairs et les os des membres inférieurs où ils ont occasionné des douleurs lancinantes s'irradiant dans le trajet des nerfs; que les articulations sont sensibles, ce qui porte à penser que quelques grains de plomb ont pénétré dans leur intérieur et y ont déterminé une inflammation latente qui peut durer plusieurs années ; que le doigt indicateur de la main droite a reçu deux grains de plomb, dont l'un a occasionné une roideur dans l'articulation de la troisième phalange, tandis que l'autre a pénétré dans l'os de la première phalange et y reste fixé ; que le doigt médius de la main gauche a reçu un grain de plomb dans l'articulation de la première à la deuxième phalange qui se trouve courbée et dans l'impossibilité absolue d'être redressée à cause de l'ankylose qui s'y est formée ; qu'enfin, en ce qui concerne l'œil, il est résulté du rapport de M. Desmari*es, que M. L... est atteint d'une amblyopie occasionnée par un large épanchement , de sang dans la rétine, remplacée aujourd'hui par des exsudations visibles à l'ophthalmoscope ; que la vision de cet oeil est très-afî'aiblie et qu'il n'y a plus à espérer maintenant une notable amélioration. »

Ces sinistres prévisions ne se sont pas réalisées, et au moment de notre examen dont l'époque tardive a eu l'heureux effet de rendre les résultats plus certains, il n'existait chez M. L... aucune infirmité sérieuse. On sentait sous la peau deux grains de plomb au niveau du genou et du petit doigt, mais sans ankylose ni lésion articulaii'e.

Quant à la blessure de l'œil, le plomb avait seulement effleuré la paupière supérieure et l'angle interne de l'œil, et si la contusion tout à fait superficielle qui en était résultée, pouvait avoir produit les lésions constatées dans l'intérieur du globe oculaire, celles-ci avaient presque entièrement disparu,

Obs. XGVlll. — Jeune fille tuée par une balle. Gardes nalionaux chassant pendant le siège de Paris avec leur fusil de munition. — Le 4 décembre 1870, deux gardes nationaux ont causé la mort d'une jeune enfant âgée de dix ans, dans la propriété de ses parents,

586 CUOIX d'observations lU: blessures l'AB IMPRUDENCE.

maraîchers près du cimetière du Père-Lachaise. Ces gardes nationaux chassaient avec leurs fusils de munition.

L'autopsie, rendue nécessaire par les dénégations des inculpés, a été ordonnée par le procureur de la république, sur l'invitation de M. le capitaine rapporteur chargé de l'enquête, conformément à l'ordre d'information du général commandant le deuxième secteur.

Le cadavre, que j'ai examiné le 6 décembre à la Morgue, est celui d'une petite fille âgée de dix ans, très-bien conformée. Elle n'a reçu qu'une seule blessure consistant en un coup de feu qui l'a atteinte derrière l'oreille droite.

En ce point, nous trouvons une plaie régulièrement arrondie, de 1 centimètre 1/2 de diamètre, avec perte de substance et à bords fortement contus, sans brûlure ni coloration noire du pourtour de l'orifice.

La plaie pénètre profondément à travers le crâne et dii'ectement de droite à gauche. Dans le point cori'espondant on voit à la partie supérieure et latérale gauche du cou une petite déchirure. L'examen des parties profondes moati^e qu'entre ces deux points les organes ont été lacérés par le projectile : l'occipital est brisé dans toute largeur de sa base ; les bords du ti'ou et l'apophyse basilaire sont broyés. La substance cérébelleuse est labourée et réduite en une bouillie sanglante.

Dans l'épaisseur des muscles du cou, au-dessous de la déchirure ■que nous avons indiquée vers le côté gauche, nous découvrons le fragment d'une balle de fusil de munition, qui paraît avoir été coupée en plusieurs morceaux, Nous l'extrayons et la joignons au présent rapport.

Les autres organes n'offrent rien à noter. En résumé, de l'examen qui précède^ nous concluons "que : lo Lajeune fille dont nous avons examiné le cadavre, a été tuée d'un coup de feu qui lui a brisé le crâne.

2o Le coup a été tiré à une certaine distance. L'arme était un fusil de munition, et la charge composée de fragments de balle coupés de manière à former une sorte de grenaille qui s'était réunie et avait frappé en un seul point.

Obs. XGIX. — Incendie de la rue Beaubourg à Paris. — Examen et autopsie des débris de cadavres trouvés dans les décombres i. — Vers

1. Tardieu, Étude médico-légale des effets de la combustion sur les différentes parties du corps humain. {Ann. d hyg. publ, et de méd. légale. 2« série, tome I, p. 370.)j

ACCIDENTS PAR COUPS ni- FICU, INCENDIlîS, EXPLOSIONS. 287

la fin du mois de novembre 1853, un incendie terrible, allumé au sein d'un des quartiers les plus populeux de Paris, détruisit en quelques heures plusieurs maisons agglomérées. Malgré Fhabile direction et l'énergie des secours, plusieurs victimes périrent dans ce désastre, et restèrent enfouies sous des monceaux de ruines. L'autorité judiciaire nous confia le soin d'examiner ces restes dans le double but de constater l'identité des victimes et de rechercher si, au lieu d'avoir seulement à déplorer un malheur, il n'y avait pas en même temps des crimes à punir.

Nos recherches ont porté sur cinq groupes distincts, au milieu desquels nous avons mis tous nos soins à reconnaître et à poursuivre les efiets du feu sur chaque série de tissus et d'organes.

Premier groupe. — ' Le premier groupe se composait d'une portion de cadavre mutilé et comprenant seulement la partie inférieure du tronc, le bassin et la partie supérieure des cuisses.

Quelques lambeaux de chair musculaire, en partie carbonisés, en partie réduits à un tissu fibrineux desséché et complètement cuit, recouvraient les débris du squelette.

La paroi abdominale n'existe plus; les viscères ont été détruits.. On retrouve seulement les i-eins, qui ont subi une rétraction de plus de moitié de leur volume par l'action du feu. L'aorte descendante, qui n'a pas été atteinte, renferme, dans toute son étendue, un caillot de sang présentant des caractères que nous indiquerons plus bas. On reconnaît facilement les organes sexuels, le pénis est en charbons, on distingue quelques poils roussis.

Il ne reste de la colonne vertébrale que la dernière vertèbre dorsale et les vertèbres lombaires ; les disques intervertébraux de cette dernière région sont compactes et présentent dans leur diamètre transverse 5 centimètres 1/2 de largeur. Le grand bassin est étroit et ne mesure pas plus de 12 centimètres dans son plus grand diamètre. Les fémurs sont brisés vers la moitié de leur longueur. Les fragments, longs de 19 centimètres, se tei'minent obliquement et par une extrémité carbonisée.

Il est permis de conclure, d'après ces données, que les débris appartenaient à un cadavre humain, du sexe masculin, de taille moyenne et d'âge adulte.

Deuxième groupe. — Les restes dont se compose le second groupe sont exactement semblables au précédent, en ce sens qu'il n'y a que la moitié du tronc auquel adhère la partie supérieure des cuisses. Mais les dimensions de ces différentes parties sont plus

288 CHOIX d'observations de blessures par imprudence.

petites. Les fémurs, brisés à la même hauteur, sont également carbonisés.

Les viscères abdominaux existent encore et ne sont presque pas altérés. Ils forment une masse agglutinée, mais facilement reconnaissable. L'estomac et les intestins sont seulement revenus sur eux-mêmes. Le cœur est manifestement rétracté ; on voit néanmoins que son volume normal n'était pas celui d'un cœur d'adulte. Les organes génitaux sont encore apparents, mais carbonisés, et l'on l'etrouve quelques poils disséminés sur le pubis, comme chez un adolescent.

Il n'y a d'ailleurs rien de plus à noter; et nous constatons que ces l'estes sont ceux d'un jeune garçon parvenu à l'âge de la puberté.

Troisième groupe. — Le troisième cadavre que nous avons examiné est plus complet.

La tête est intacte ; les os du crâne, secs et cassants, sont peu épais. La dure-mère a éclaté dans un point et a laissé s'échapper une portion de matière cérébrale qui tapisse l'intérieur du crâne en formant une couche de matière blanchâtre et comme savonneuse. Quant à la masse encéphalique, réduite au volume d'une tête de fœtus, elle a la consistance et la couleur rosée d'un ris de veau imparfaitement cuit. Quelques filets rouges solides marquent le trajet des vaisseaux, et l'on retrouve dans le cervelet la trace des deux substances nerveuses.

Les deux mâchoires sont pourvues de dents : 14 à la mâchoire supérieure et 13 à la mâchoii^e inférieure; aucun vide n'existe entre elles; l'une des petites molaires fait saillie au-devant des dents voisines. 11 est évident que les dernières grosses molaires n'ont pas encore paru. Les dents qui existent sont d'ailleurs peu usées.

Les parois des cavités thoracique et abdominale sout intactes, mais parcheminées.

Les poumons sont comme splénisés ; le cœur, très-volumineux, est entièrement rempli dans ses quatx-e cavités par une matière ayant la consistance de la cire solidifiée, la couleur du plus beau carmin, et formée par le sang altéré sous l'influence du feu et transformé en un magma où dominent la graisse et la matièi'e colorante. Tous les gros vaisseaux contiennent de semblables caillots,

Le pénis et les testicules sont brûlés, mais distincts, et le pubis pourvu de quelques poils roussis.

Les disques vertébraux lombaires, mesurés comme ceux du premier cadavre, ont en largeur 4 centimètres 1/2 seulement. L'humérus et le radius, demeurés entiers, offrent, le premier 30 centimètres 1/2, et le second 23 centimètres de long. La main est rétractée et carbonisée. Les fémurs sont carbonisés | et brisés.

Ces restes appartiennent à un cadavre de jeune homme âgé de moins de vingt ans et d'une taille moyenne.

Quatrième aROUPE. — D'autres débris dissociés formaient un quatrième groupe, et c'est avec beaucoup de peine qu'on parvient à y reconnaître des fragments propres à signaler leur origine.

D'une part, on trouve la branche droite de la mâchoire inférieure, amincie, racornie, réduite à la lame externe et ne portant pas de dents. Ce fragment est d'ailleuj's d'assez petite dimension.

Le maxillaire supérieur existe aussi, mais fort incomplet. La voûte palatine et la portion nasale des os sphénoïde et palatin sont encore recouvertes de quelques parties charnues desséchées. La langue y est encore adhérente.

Nous trouvons un membre supérieur du côté gauche réduit à quelques fragments, ainsi qu'une très-petite portion de l'omoplate comprenant l'apophyse coracoïde et le bord antérieur de la cavité articulaire; l'humérus à moitié brisé, et les deux os de l'avantbz'as réduits en charbon et confondus au milieu de quelques parties molles qui se terminent par un moignon arrondi, correspondant à la main, dont les différentes parties sont impossibles à distinguer.

Il existe, en outre, une masse volumineuse informe, au milieu de laquelle on peut cependant démêler les parties suivantes, qui sont comme aplaties par une pression considérable, dans laquelle ■se serait abîmée toute la charpente osseuse du tronc, et notamment ia colonije vertébrale. 11 reste seulement une portion de la paroi ■thoracique compi^enant six fragments de côtes unies entre elles. Les cartilages costaux n'ont pas été envahis par l'ossification.

Au-dessous de ces fragments, la masse de chair cuite et dessé- •chée laisse deviner une séparation médiane au fond de laquelle on découvre l'orifice de l'anus et une ouverture béante surmontée de quelques poils et qui est manifestement celle de la vulve.

Il est démontré pour nous, par cet examen, que ces divers débris ont appartenu au cadavre d'une femme qui a dépassé l'âge de la puberté et n'a pas atteint celui de la vieillesse.

Tardieu, Bleaures, 19

290 CHOIX d'observations m: ijlessuues par imprudence.

Cinquième groupe. — Enfin nous avons trouvé la tête d'^n chien de petite espèce qui n'a subi d'autre altération que la dessiccation des parties molles.

Conclusions générales. — En résumé, au milieu des débris recueillis sur le théâtre de l'incendie de la rue Beaubourg, et qui ont été soumis à notre examen, nous avons reconnu les restes de quatre cadavres humains :

1° Le cadavre d'un homme adulte ;

2° Celui d'un adolescent ;

3° Celui d'un jeune homme de moins de vingt ans ;

4o Celui d'une femme qui a dépassé l'âge de la puberté et n'a pas atteint celui de la vieillesse.

5° Tous ces cadavres ont subi l'action du feu, à des degrés divers, et sont, en grande partie, carbonisés. Ils ne portent pas de traces d'autres lésions.

6o II existait, en outre, au milieu de ces restes humains, quelques débris appartenant à un chien.

Nous ne nous proposons pas de revenir sur les signes d'identité qui nous ont guidé dans nos recherches. C'est seulement sur les effets anatomiques de la combustion que nous voulons insister ici. Cest pourquoi nous croyons utile de rapprocher ces faits de quelques autres, et notamment des détails très-précis, recueillis dans l'importante affaire qui a fixé notre attention sur ce sujet.

Obs. g. — Résumé des' lésions produites par le feu sur le cadavre de la comtesse de Gœrlilz l. — La tête, méconnaissable, était réduite au volume des deux poings, et était partout également brûlée. Les débris présentaient une coloration brun foncé, d'un brillant gras comme un enduit de vernis.

Le cou, comme la tête, était brûlé dans toute sa circonférence, avait le même aspect, mais paraissait avoir moins pei'du de son volume que la tête. A la partie antérieure du corps, la brûlure se prolongeait sur le thorax, presque jusqu'au cireux de l'estomac; de là elle se dirigeait en forme d'arc des deux côtés de la poitrine, en remontant, de telle façon que les vêtements qui étaient intacts se trouvaient presque à la même hauteur que les parties non brûlées du corps. A la partie inférieure de la poitrine, au point où la

1. Voyez A. Tardleu et Rota, Relation médico-légale de l'assassinat de la êomtesse de Gœrlilz, accompagnée de noies et réflexions pour servir à l'histoire de la combustion humaine spontanée. (Ann. d'hyg. publ. el de méd. lég., Paris, i850,tome XLIV, p. i9i et 363, et 1851, tome XLV, p. 99.)

ACCIDENTS l'Ail COUPS DE FEU, INCENDIES, EXPLOSIONS. 291

brûlui-e était limitée par la peau, celle-ci faisait, au niveau de la partie brûlée, uue saillie d'environ 1 pouce, et était légèrement carbonisée vers ce bord. Au-dessus de ce point et en avant, les vêtements et les parties du corps, excepté le sternum, les clavicules, les côtes et les intercostaux, étaient si uniformément brûlés, qu'on aurait pu croire que la peau des seins et les muscles de la poitrine avaient été enlevés avec le couteau. Sur cette surface brûlée, les parties charnues, et surtout les muscles intercostaux, avaient une couleur brun foncé; mais elles étaient moins luisantes que la tête, et l'on pouvait les distinguer des parties osseuses de cette région qui avaient un aspect gris noir.

Les deux bras paraissaient (dans la partie que la position du cadavre me permettait d'observer) carbonisés d'une manière uniforme, depuis le bouc des doigts jusqu'à l'épaule, mais les tissus n'étaient pas méconnaissables; ils étaient seulement plus foncés que les autres parties brûlées, et tout à fait noirs. Tous les doigts étaient fortement fléchis; les deux mains l'étaient à un degré moindre. L'avant-bras droit était fléchi sur le bras, de manière à former un angle di'oit avec celui-ci ; la flexion était moins prononcée du côté gauche. La tête de l'humérus gauche, qui avait perforé le ligament capsulaire et le muscle deltoïde, faisait une saillie de 3 pouces environ directement en haut. Je ne trouvai pas de parties molles carbonisées sur la partie saillante de cet os ; mais au-dessous de l'épaule, l'avant-bras et l'humérus gauches étaient recouverts de parties molles carbonisées.

Le professeur Bischofi", à l'appui de son argumentation touchant les causes de la mort de la comtesse de Gœrlitz, entreprit une série d'expériences sur les effets de la combustion. Nous citerons les résultats anatomiques de l'une d'elles qui se rapporte à la combustion d'un cadavre d'homme adulte opérée à l'aide d'un feu de bois.

Voici quel était l'état du cadavre après une demi-heure environ d'exposition aux flammes.

Tout le côté gauche de la tête était noir et recouvert d'un charbon ti'ès-poreux. La tête, qu'on avait inclinée à droite, était, par suite de la rétraction de la peau et des muscles, revenue sur la ligne médiane et penchait même un peu à gauche. Les lèvres étaient écartées à cause de leur dessiccation, mais les dents solidement implantées et les mâchoires fortement serrées. La moitié gauche des parties molles du nez et les paupières de l'œil gauche étaient carbonisées. L'orbite était desséché, mais sa forme était

292 CHOIX d'odskrvations m: i]lessuiu:s par impuudi-nck. suffisamment conservée. Le muscle temporal gauche carbonisé était détaché de ses insertions supérieures ; quant à la partie inférieure, protégée par les os, elle conservait encore des restes de chair. Le cuir chevelu, à gauche, était carbonisé. Le crâne était dénudé également à droite, parce que les téguments s'étaient rétractés jusqu'à un pouce de l'oreille. Vers, l'occiput, la peau était carbonisée à la partie supérieure, consumée et brunie vers la base. La moitié droite de la face était noircie, grasse au toucher et brûlée à une grande profondeur dans l'orbite ; sur l'aile du nez, de ce côté, il y avait deux phlyctènes brunes et sèches.

Les os du crâne avaient -conservé leur forme; mais les lames internes du pariétal gauche, la moitié gauche et une partie de la droite du frontal, le bord supérieur de la partie écailleuse du temporal et la face externe de la grande aile du sphénoïde, étaient convertis en un charbon friable et cassant, de sorte que presque partout apparaissait le diploé brûlé. L'extrémité zygomatique du frontal et l'extrémité frontale de l'os zygomatique étaient en grande partie carbonisées, quoique ayant conservé leur forme. Aucune suture n'était disjointe. Quoique la table externe des os du côté droit, atteints par le feu, présentât partout des fissures et des déchirements, le diploé et la table interne n'en présentaient aucune. De même il n'y avait de fissures dans aucune autre partie du crâne, là même où les parties molles se détachaient avec facilité.

La combustion ayant été continuée pendant deux heures encore, on trouva l'état suivant :

Le crâne avait conservé sa forme. Mais les parties molles du côté gauche de la tête avaient complètement disparu. La peau, les oreilles, le nez, les yeux, les lèvres, les joues, les muscles, et en particulier le masséter, le temporal et le buccinateur, avaient disparu pour ne laisser qu'un peu de charbon.

Du côté droit, les os étaient encore recouverts de parties molles ' et même de la peau, à l'exception du pariétal, du temporal, de la majeure partie du frontal à droite, et de la grande aile du sphénoïde. La peau, quoique rétractée et brunie, recouvrait le masséter et le buccinateur droit jusqu'à l'angle de la bouche, et s'étendait vers l'arcade zygomatique et l'angle de l'œil. L'oi'eille droite était dans le même état. Le muscle temporal droit s'était détaché de ses iMértions, et s'était retiré avec la peau jusqu'au bord supérieur de l'^t^'HàS'ê zygomatique ; le muscle n'était pas carbonisé, mais rôti. Â-'f'lèiP&oit on distinguait encore la fente des paupières ; mais à

ACCIDENTS PAU COUPS DK FEU, INCENDIES, EXPLOSIONS. 293 gauche, les paupières et l'œil étaient détachés de leurs attaches, tirés en dehors et brûlés.

Le nez et le cartilage nasal à droite sont également détruits. A ^ la partie postérieure du crâne, les parties molles sont carbonisées et détruites à gauche jusqu'à la nuque, au delà de la ligne médiane ; à droite, elles sont détachées des os et rétractées de sorte que le côté droit de l'occipital, le temporal et l'angle postérieur du temporal, sont dénudés. Les parties molles rétractées formaient sur l'apophyse mastoïde droite une masse difforme à moitié carbo nisée, sur laquelle cependant on distinguait des restes de cheveux. La brûlure des os du crâne était ici considérable. Elle s'étendait depuis la ligne semi-circulaire jusqu'à la protubérance occipitale externe. Les os suivants conservaient leur couleur blanche et leur structure : la moitié droite et la base de l'occipital, le temporal droit, la partie du pariétal comprise entre la ligne semi-circulaire et la suture écailleuse, la face du frontal qui se dirige du côté de la fosse temporale, tout l'os malaire et probablement, en majeure partie, la moitié droite des maxillaires supérieur et inférieur, ainsi que l'os unguis et la lame criblée de l'ethmoïde.

Quant aux parties atteintes par le feu, la table externe du frontal gauche manquait en grande partie, et les fragments carbonisés s'en étaient détachés précédemment, de sorte que les sinus frontaux étaient ouverts. Le diploé et la table externe étaient carbonisés et traversés par deux fentes béantes, dont l'une se dirigeait vers la suture frontale et l'autre vers la région sus-orbitaire. La suture coronale était intacte. Les lames extérieui'es du pariétal gauche existaient en plusieurs endroits, mais étaient blanchies par le feu, ainsi que les parties du diploé qui étaient mises à nu. Vers la bosse pariétale, l'os est traversé de part en part en trois endroits, et par ces fentes se sont échappés des liquides qui ont été carbonisés au dehors.

L'os de la pommette du côté gauche a conservé sa forme, mais il est brûlé à blanc, et fendu de manière à tomber en morceaux à a moindre secousse. L'apophyse zygomatique du frontal, le maxillaire supérieur et le temporal, sont dans le même état.

La partie écailleuse du temporal, l'apophyse mastoïde, et en général toutes les parties visibles de cet os, sont blanchies et fendues de manière à se détacher avec une extrême facilité.

La moitié gauche de l'occipital, en grande partie brûlée à blanc, est parcourue de petites fissures. Le maxillaire supérieur du côté gauche est carbonisé, l'apophyse zygomatique en est détachée. Les

294 CHOIX D'OBSERVAT^O^S DK BLESSURIJS PAU IMPIlUDKNCIi:.

alvéoles sont noirs, ainsi que les dents, qui sont fendillées et détachées. La face antérieure du maxillaire supérieur est fendue, et l'on peut voir dans l'antre d'Highmore. Les os du nez, l'os unguis du côté gauche et les lames de l'ethmoïde sont carbonisés. Le maxillaire inférieur, depuis sa base jusqu'à l'angle et à l'apophy-se coronoïde, est brûlé à blanc et sillonné de fentes ; les alvéoles sont carbonisés; les dents sont fendues et détachées; aucun des os restés blancs ne présente de fissures. La tête est complètement inclinée à gauche, à cause de la rétraction des parties molles. Celles-ci sont en partie carbonisées, en partie grasses au toucher.

Du côté du thorax, le feu avait détruit, à gauche, les restes des muscles de la poitrine, les côtes et la clavicule. Il est bon de faire observer que les muscles de la poitrine avaient servi à une préparation anatomique et que les bras et les omoplates avaient été détachés du tronc; mais les muscles avaient été conservés et recouverts avec la peau et une chemise. Le sternum est carbonisé à son bord gauche. Le cœur et les poumons avaient été extraits précé- <3emment.

Le fait que nous allons rapporter paraîtra, sans doute, extrêmement remarquable ; et quoique différent des précédents, il nous a paru devoir' en être rapproché comme trèspropre à montrer l'action lente de la chaleur sur un corps organisé, sans action directe du feu, ni combustion véritable.

0)BS. CI. — Examen du cadavre d'un enfant nouveau-né trouvé derrière le tuyau d'un calorifère, et complètement momifié. — Vers la fin du mois de décembi'e 1849, on découvrit derrière le tujau d'un calorifère, dans une maison de la rue de Tournon, à Paris, le corps d'un enfant qui paraissait y avoir séjourné un très long temps. L'examen de ce corps nous fut confié par la justice, et nous avons pu faire les constatations suivantes :

Le cadavre est celui d'un enfant nouveau-né du sexe féminin. Le corps tout entier a subi une véritable momification, et en même temps une compression telle qu'il se présente sous l'aspect d'une masse informe de couleur brun verdâtre, desséchée, ayant conservé à peu près son volume, mais ayant perdu une notable portion de son poids, qui est réduit à 1 kil. 25 grammes. Les membres supérieurs et inférieurs, fléchis et fortement appliqués

sur le tronc, ainsi que la tête, qui est déformée, ont contracté des adhérences avec les pai-ois du ventre et de la poitrine.

Le cadavre exhale une.pdeur de nature animale fortement empyreumatique, c'est-à-dire analogue à celle que donnent les matières incomplètement décomposées par le feu.

L'ouverture du corps montre que les organes intérieurs sont, «omme les parties extérieures, complètement desséchés et réduits à une simple lame d'une consistance analogue à celle du carton. Ce sont là les seules traces que l'on trouve des poumons, du cœur, du foie, des intestins, dont il est impossible de reconnaître la structure, et que nous devons renoncer à examiner et à soumettre aux procédés docimasiques. Les os des membres sont incurvés ; nous trouvons à l'extrémité du fémur le point osseux épiphysaire.

La tête, ainsi que nous l'avons dit déjà, est déformée ; le cuir cbevelu, parcheminé, se laisse enlever facilement, et l'on découvre les os du crâne à nu. Il existe à la partie droite une fracture qui s'étend de l'angle antérieur du pariétal à la tempe du même côté ■et en arrièr-e vei^s l'occiput. Les fragments de l'os brisé sont enfoncés. On trouve, au niveau de la fracture, une portion du périoste et des téguments moins complètement parcheminés que les parties voisines, et offrant une coloration verdàti'e, certainement due à ■une infiltration du sang. La substance cérébrale a entièrement •disparu.

Les conclusions de notre rapport étaient les suivantes :

1° Le cadavre que nous avons eu à examiner est celui d'un

enfant nouveau-né, du sexe féminin, né à terme et parfaitement

conformé.

2° Le corps de l'enfant a séjourné dans un lieu exposé à une très-haute température, qui a produit la dessiccation des tissus et la momification du cadavre; mais qui n'a pas déterminé de brûlure ni de carbonisation.

3o Le séjour du corps dans le lieu dont nous parlons a été trèsprolongé et remonte certainement à plusieurs années.

4o Le cadavre a subi une déformation et une compression du tronc et des membres résultant de la position qui lui avait été donnée et des dimensions du lieu où il a été enfermé.

5o II existe à la tête une fracture très-étendue, qui n'est pas le fait du travail de l'accouchement, mais qui résulte de violences ■directes. Les dimensions du tronc, rapprochées de celles de l'endroit où le cadavi-e a été trouvé, semblent indiquer que la fracture

296 ciioiK d'oiîsiîrvations di: blessures par imi'Rudi:nci-:.

a été faite avant que le corps ait été déposé dans cet endroit. En effet, Pespace mesuré a été trouvé large de 12 centimètres, et le plus grand diamètre du crâne ne présentait que 11 centimètres; il faut ajouter que l'enfoncement des fragments diminue encore les dimensions de la tête.

6o La fracture du crâne a pu être la cause de la mort; elle doit être attribuée à des violences exercées sur la tête et consistant en un écrasement.'

Obs. ch. — Explosion de gaz. Autopsie de quatre individus tués; fracture du crâne; brûlure. — Le 2 janvier 1862, une explosion de gaz eut lieu au casino Cadet et fit de nombreuses victimes.

Chargé par le parquet d'examiner les cadavres de quatre individus qui avaient péri dans cet accident, je constatai chez l'un d'eux un.e fracture du crâne dont la région occipitale était fracassée. Les trois autres, dont l'un survécut dix jours, étaient morts par suite de brûlures pi^ofondes,

Obs. cm. — Explosion de pétrole, hicendie; trois victimes; asphyxie, brûlures. — Le 6 janvier 1862, je fus chargé de procéder à l'autopsie de la veuve L..., que l'on trouva morte dans son appartement, situé au-dessus d'un magasin de produits chimiques, où une tonne de pétrole avait fait explosion et avait déterminé un violent incendie. Le feu n'avait pas atteint cette dame, mais une fumée très-épaisse et odorante avait envahi sa chambre à coucher et l'avait fait périr par asphyxie.

Plus tard, les 16 et 23 février, j'eus à examiner les cadavres de deux autres victimes du même accident, qui succombèrent à l'hôpital des Cliniques, l'un six semaines, l'autre sept semaines après, aux suites de brûlures très-étendues.

Obs. CIV. — Explosion de picrate de potasse. Accident de la place Sorbonne ; effroyables mutilations; conditions de Vexplosion. — On n'a pas oublié la terrible explosion qui eut lieu dans les premiers mois de l'année 1869, place Sorbonne, dans les magasins de produits chimiques de M. Fontaine, et qui fut attribuée au picrate de potasse 1. Dès le lendemain de l'accident, je fus chargé par M. le juge d'instruction de procéder à l'examen des victimes.

Je ne crois pas avoir procédé jamais à une opération plus saisissante. Des cinq cadavres que j'avais à examiner, trois étaient

1. Chevallier, Danfjers de l'emmagasinaçie et du maniement des substances eaplosives. (Annales d'hyg. et de méd. lég., [2' série, 1869, t. XXXII, p. 104.)

ACCIDENTS PAR COUl'S DH flîU, INCENDIES, EXPLOSIONS. 297

réduits pour aiusi dire en lambeaux, le quatrième était entièrement carbonisé. Je vais donner un aperçu des résultats de ces diverses autopsies.

lo Une jeune fille qui s'était tuée en se sauvant par une fenêtre, était tombée sur les pieds d'abord, puis sur les genoux et sur le front où l'on voyait des contusions superficielles. Mais il y avait en même temps contusion du cerveau, et c'est à cette lésion que devait être attribuée la mort, conséquence indirecte de l'explosion.

2o Le fils de M. Fontaine avait été trouvé dans une cave, son cadavre présentait une carbonisation générale et complète. Il n'était le siège d'aucune lésion extérieure, d'aucune mutilation, les organes internes n'avaient pas subi de coction. Le cœur et les vaisseaux étaient vides, les poumons fortement engoués.

30 Le sieur B... avait la tête et le cou fracassés, le bras gauche et la poitriné broyés. Le crâne était comme scalpé, le cuir chevelu tout a fait enlevé. Le ventre était ouvert et les deux membres inférieurs complètement broyés.

40 Chez le sieur D,.., la tête avait éclaté; il ne restait qu'un lambeau de cuir chevelu déchiqueté et une oreille. Le tronc présentait une large ouverture béante faite par le choc du cadavre contre un banc qui l'avait coupé pour ainsi dire en travers. Au fond de cette plaie on voyait les viscères broyés. Le bassin et la cuisse droite étaient fracassés et l'articulation du genou largement ouverte.

5° Le dernier cadavre, celui d'un jeune homme de vingt-trois ans, ofi"rait un aspect plus horrible encoi'e. Il était méconnaissable et avait été mis en lambeaux. La colonne vertébrale, presque tout entière, était séparée du reste 'du corps. On retrouvait onze vertèbres auxquelles adhéraient à peine quelques débris de chairs noires desséchées, déchiquetées comme en charpie. La peau du dos avait été enlevée en un large morceau comme sur un écorché;ellê était noircie et incrustée du sable de la rue. Des lambeaux de muscles pendaient arrachés. Une des oreilles restait attachée à un débris de cuir chevelu tailladé et troué. On reconnaissait des fragments du bassin de l'os coxal, de la tête du fémur, comme hachés. La section de ces débris de squelette était dans certains points toute noire, dans d'autres saignante. Il restait encore des portions de la rate, du poumon, du menton garni d'une barbe longue châtain foncé, de la mâchoire inférieure, incrustée d'éclats de vitre: puis des lanières de peau de différente

298 CHOIX d'observations de blessures par imprudence.

longueur et plus ou moins étroites ; des morceaux d'ossements broyés, enfin une masse de débris tout à fait informes.

Quant au picrate de potasse, qui, selon toute vraisemblance, avait causé la catastrophe, quelques mots suffiront pour préciser les conditions dans lesquelles il peut faire explosion. Je les emprunte à une note de M. Z. Roussin.

Ce sel affecte la forme de petits cristaux de couleur jaune ou jaune orangé, inaltérables à l'air, indifférents aux variations de pression, de température ou d'hygrométrie atmosphériques, et qui ne sauraient ni s'enflammer ni détoner spontanément à la température ordinaire. Porté à une température voisine de 300 degrés, ce sel se décompose brusquement à la manière d'une poudre très-brisante, et produit une explosion dont les effets sont directement proportionnels à la quantité de matière qui s'enflamme et à la résistance que rencontre le dégagement gazeux.

Des expéi'iences directes, exécutées dans les conditions les plus variées de choc et de frottement, ne nous ont jamais permis de déterminer l'inflammation du picrate de potasse en dehors de l'intervention d'une lumière ou d'un corps en ignition. La trituration prolongée dans un mortier de porcelaine, alors même qu'on mélange du sable au picrate de potasse, le piétinement violent de chaussures sèches sur un parquet ou une surface de granit rugueux recouverts de picrate de potasse, le choc même d'un marteau de fer sur une enclume recouverte du même sel, n'ont jamais, entre les mains de M. Roussin, comme en celles de MM. DésignoUe et Simonin qui s'occupent depuis plusieurs années de ce produit, provoqué la moindre explosion.

Les faits qui précèdent permettent donc de conclure, avec toute certitude, que l'explosion du picrate de potasse n'a pu, dans le terrible accident de la place Sorbonne, être déterminée que par le contact accidentel d'une flamme quelconque ou d'un corps en ignition.

Il n'est pas sans intérêt d'ajouter ici, bien que nous n'ayons pas à nous en occuper spécialement, que cet accident donna lieu à une série de procès civils extrêmement nombreux, dans lesquels la responsabilité du fabricant, M. Fontaine, fut mise en jeu et actionnée avec une vivacité extrême en même temps que celle des Compagnies d'assurances.

Obs. GV. —

Blessures causées par des projectiles explo-

ACCIDENTS l'Aa COUPS DE FEU, JxNCENDlES, EXPLOSIONS. i299

sifs t. — L'attentat du 14 janvier 1858, en jetant la consternation dans tous les cœurs honnêtes et le 'deuil dans plus de cent familles, a été la triste occasion d'une enquête médico-légale la plus terrible et la plus vaste qui se soit jamais présentée. Si, au chiffre considérable des victimes, au nombre plus grand encore des blessures, on ajoute la nouveauté formidable des instruments de mort employés à l'exécution du crime , et le caractère jusqu'alors inconnu, la marche toute spéciale et la gravité singulière des blessures, on comprendra l'intérêt douloureux, mais réel, que la science peut attacher à une relation exacte des faits que l'expertise médico-légale a constatés. Les résultats de mes observations pourront être étudiés avec fruit, soit par les experts, soit par les chirurgiens, car ils comprennent la totalité des personnes atteintes. ^

Je dois faire précéder l'exposé des constatations faites sur les blessés et des considérations auxquelles elles m'ont paru pouvoir donner lieu, de quelques notions indispensables et authentiques sur la composition des projectiles explosifs lancés sur le passage de l'empereur, et dont les éclats presque innombrables ont produit les désastres qui rendront à jamais funèbre le souvenir de la soirée du 14 janvier.

On sait que deux des projectiles ont été retrouvés et soumis à l'examen d'experts spéciaux. Je les ai vus moi-même, et je puis affirmer l'exactitude de la description suivante :

La bombe a la forme et les dimensions d'un petit oauf d'autruche, dont les deux extrémités seraient également arrondies et un peu aplaties. Elle est en fonte commune et très-cassante, composée de •deux parties réunies par un pas de vis pratiqué dans l'épaisseur •des parois. La hauteur totale est de 12 centimètres o millimètres ; son diamètre eu largeur est de 7 centimètres 3 millimètres. La partie inférieure est armée de 25 cheminées garnies de capsules traversant toute l'épaisseur des parois et disposées de manière à faire converger le feu des capsules sous la charge placée dans l'intérieur. Les parois ont une épaisseur inégale, plue grande à la partie inférieure où elle s'élève jusqu'à 3 centimètres, beaucoup moindre dans la partie supérieure où elle s'abaisse à 5 millimètres seulement, de telle sorte que le projectile se retourne de lui-même dans sa chute et retombe nécessairement du côté le plus lourd sur les capsules destinées à provoquer l'explosion. A la partie supé-

1. Tardieu, Relation médico-légale sur Vallental du 14 janvier 1858. {Ann. d'hyg. publ. et deméd. lég.,' i858, tome LX.)

300 choin: i)'oijSi;iiYATiO.\s dk blessures par iMi'nuui-xci:,

rieui'e, il existe un trou pratiqué pour introduire la charge, et hermétiquement fermé par une vis de 2 centimètres d'épaisseur. La capacité intérieure est de 120 centimètres cubes. On en a extrait une substance d'un blanc légèrement jaunâtre, fine, cristalline, lourde, et qui a été reconnue pour êti-e du fulminate de mercure pur et sans mélange. La quantité extraite formant la charge était de 135 grammes occupant 84 centimètres cubes, c'est-à-dire plus des deux tiers de la capacité intérieure.

Le poids de la bombe non chargée est de 1 kilogramme 377 grammes; par conséquent, après la charge, le poids s'élevait à un peu plus d'un kilogramme et demi. Après avoir retiré la charge et replacé les capsules sur les cheminées, les experts ont, à plusieurs reprises, laissé tomber le projectile sur un sol carrelé de la hauteur de 50 centimètres seulement. A chaque fois, il y a eu explosion d'une ou plusieurs des capsules ; ils l'ont lancée ensuite à hauteur de ceinture, à 5 ou 6 mètres en avant, et toujours la chute a déterminé l'inflammation des capsules.

A ces détails, qui se rapportent spécialement aux bombes saisies, il convient d'ajouter que deux des trois Lombes lancées contre l'Empereur étaient plus grosses que les autres ; enfin plusieurs fragments, qui ont causé tant de ravages, ont pu être représentés aux experts : un de ces fragments extrait du corps d'un cheval pesait 1 hectogramme. "Aucun de ceux qui ont été retirés des blessures des diverses victimes de l'attentat ne présentait un poids aussi élevé. Les plus volumineux que j'aie vus ne dépassaient pas les dimensions d'un œuf de pigeon et ne pesaient pas. plus de 30 à 40 grammes.

Du reste, on a vu, d'après la forme et la structure du projectile explosif, que les éclats ont dû être plus ou moins volumineux, suivant la partie d'où ils provenaient. Ceux du culot ont dû être moins nombreux et plus gros, tandis qu'à la partie supérieure, le métal était si mince que cette portion de la bombe a dû être en quelque sorte pulvérisée. La puissance du fulminate rend compte aussi du grand nombre de fragments, car on a évalué que 130 grammes de fulminate de mercure repondent à 2 ou 3 kilogrammes de poudre ordinaire. Mais, si l'on songe que la voiture impériale a été atteinte dans ses diverses parties par 76 projectiles, que les deux chevaux, composant l'attelage, ont reçu environ 40 blessures, que 24 chevaux de l'escorte ont été frappés de 125 coups environ, et que, enfin, 511 plaies distinctes ont été comptées sur les victimes connues de l'attentat, on voit que les trois

ACCIULiNTS J'AR COUPS DE FEU, INCENDIES, EXPLOSIONS. 301

bombes ne se sont pas divisées en moins de 7 à 800 fragments.

Les détails préliminaires dans lesquels je viens d'entrer, n'étaient pas inutiles pour mieux faire comprendre le véritable caractère des faits complètement nouveaux que j'ai consignés dans ce travail, dont j'indiquerai d'abord les principales divisions.

Je commencerai par donner un aperçu de la situation individuelle de chaque blessé, en les répartissant en cinq catégories, suivant la gravité de leurs blessures, et en indiquant, pour chacun d'eux, les conséquences immédiates ou secondaires que celles-ci pourraient avoir.

J'entrerai ensuite dans des considérations générales dans lesquelles je m'efforcerai de déterminer avec précision las caractères des plaies, leur siège, leur forme, leur direction, leur marche et leur terminaison antérieure.

De ces deux ordres de faits, je déduirai les propositions qui devront servir de conclusions à ce travail.

Exposé de la situation individuelle de chacun des blessés. — Les victimes de l'attentat du 14 janvier n'ont pas toutes été connues. Malgré le zèle de l'administration pour découvrir toutes les personnes qui avaient été frappées, malgré mes propres efforts, plusieurs sont certainement restées ignorées, plus d'un nom indiqué a été impossible à découvrir. Nous avons su de la manière la plus positive que quelques-uns des blessés avaient immédiatement regagné la province. En résumé, les constatations dont j'ai été chargé ont porté sur 156 personnes. Je ne comprends pas dans ce chiffre un individu, le seul, du reste, qui ait cherché à se faire passer indûment pour une victime de l'attentat, et qui, atteint de brûlure légère, s'était fait admettre à l'hôpital Necker où il fut bientôt forcé de confesser sa fraude devant l'insistance éclairée du chef du service chirurgical, M. le docteur Depaul.

Pour plus de clarté, j'ai rangé les blessés en cinq catégories de 1^ manière suivante :

A. Blessures légères.

B. Blessures de moyenne gravité.

G. Blessures graves.

D, Blessures très-graves.

E. Blessures suivies de mort.

C'est dans cet ordre que je vais les passer successivement en revue.

1" Catégorie. — Blessures légères. — Cette première caté-

302 CHOIX d'obseiivations dI'J blijssuuhs par impuudkncl:.

goi-ie comprend 57 personnes dont les blessures légères n'ont eu pour les unes aucune suite fâcheuse, et pour les autres n'ont entraîné qu'une courte incapacité de travail qui n'a pas dépassé en général quinze jours.

1. Le sieur Alessandri, attaché à la police 'du château, visité le 16 janvier aux Tuileries, où il n'a pas cessé son service, est atteint de trois blessures qui consistent en deux petites plaies à la tempe gauche et à la fesse du même côté, et une plus profonde avec contusion au côté gauche de la poitrine. Ces blessures sont sans gravité, et ne doivent entraîner aucune incapacité de travail.

2. Le sieur Armand Justin, emploj'é à la Banque, rue de Provence, 13, a reçu trois blessures consistant en une plaie peu profonde à la partie antérieure de chaque jambe et une déchirure du pied droit. Ces blessures légères ont seulement retenu le sieur Armand trois jours à la chambre.

3. Le sieur Joseph Bernheim, âgé de 15 ans, domestique du concierge de l'Opéra, rue Lepelletier, visité le 19 janvier, a reçu wie seule blessure consistant en une plaie à la jambe gauche assez large, tuméfiée, et accompagnée d'une inflammation assez vive pour l'empêcher de marcher pendant quelques jours.

4. Le sieur Bessin, domestique, demeurant rue de la Ghausséed'Antin, n» 43, visité le 19 janvier, est atteint de deux blessures. Au sommet de la tête, un petit éclat a intéressé le cuir chevelu. Au pied gauche, à la base "du gros orteil, une petite plaie non pénétrante, mais déterminant une certaine inflammation et une assez vive douleur. Ces deux blessures n'ont d'ailleurs pas de gravité.

5. Le sieur Baissé, lancier, visité le 17 janvier, a été blessé deux fois à l'oreille et à la cuisse droites. Mais ces deux plaies n'ont aucune gi'avité,

6. Le sieur Bondoux, lancier, visité le 17 janvier à l'hôpital du Gros-Caillou, est atteint de qualité blessures. Une plaie de 1 centimètre 1/2 de largeur au sein gauche; une à la fesse. Une au-dessous du jarret gauche, et la dernière à l'angle 4e l'épaule droite. Ces blessures n'ont, du reste, que peu de gravité.

7. Le sieur Bonfilhon, licencié en droit, boulevard Poissonnière, n" 16, à Montmartre, visité le 21 janvier, n'a reçu qu'une contusion à la partie interne de la cuisse droite, blessure tout à fait sans caractère.

8. Le sieur Bourdin, sergent de ville, demeurant rue du Petit- Pont, a» 8, visité le 18 janvier, est atteint de quatre blessures.

Deux petites plaies au sourcil et à la lèvre ; à la partie antérieure de la cuisse, une plaie dans laquelle a pénétré un corps étranger qui y reste engagé. Au-devant de la poitrine et à gauche, une petite plaie conluse. Malgré ces blessures, le sieur Bourdin a repris prématurément son service. Sans être graves, elles eussent exigé quelque repos.

9. Le sieur Bourseul, valet de pied, visité le 16 janvier, rue du Bac, 62, est atteint d'une seule blessure consistant en une foulure du pied gauche et une contusion au talon gauche résultant de la chute qu'il a faite, et d'ailleurs légère.

10. Le jeune Edmond Bouthemard, âgé de 14 ans, commis, demeurant chez son tuteur, rue Notre-Dame-de-Lorette, no 34, visité le 21 janvier, est atteint d'une seule blessure. A la partie internede la jambe gauche une plaie qui pénètre jusqu'à 4 centimètres sous la peau, et dans laquelle reste très-probablement un petit fragment, blessure d'ailleurs sans gravité, et qui n'exigera que quelques jours de repos.

11. Le sieur Brondex, garçon de caisse chez M. Archdéacon, rue de Provence, n° 72, visité le 21 janvier, est atteint d'une seule blessure coasistant en une petite plaie superficielle au front, qui n'a pas de gravité, et ne l'a pas empêcher de continuer son service.

12. La demoiselle Rosine Buffot, cuisinière, rue de Ponthieu, 38, a reçu deux blessures à la partie supérieure du front à la naissance des cheveux. Ces blessures consistent en deux petites plaies très-rapprochées l'une de l'autre, pénétrant toute l'épaisseur du cuir chevelu sans atteindre les os. Elles ont déterminé une hémorrhagie considérable, des douleurs qui persistent après plus de trois semaines, et une incapacité de travail de huit jours.

13. Le sieur Casamatta, inspecteur, demeurant l'ue des Charbonniers-Saint-Antoine, no 36, visité le "20 janvier, est atteint de deux blessures. A la partie interne de la jambe droite au niveau du genou, une plaie d'où un fragment de projectile a été extrait. A la joue gauche une petite plaie. Ces blessures n'ont retenu le sieur Casamatta au lit que pendant quatre jours, et il a repris son service avant d'être tout à fait guéri ; son chapeau a été traversé.

14. Le sieur Chabrier, lancier, visité le 17 janvier à l'hôpital du Gros-Caillou, a été atteint de deux blessures : l'une à l'angle interne de l'œil droit ; l'autre à l'épaule droite, toutes deux fort légères.

3Ûi CilOl.K I/UUSERYAÏIONS D13 BLESSURES l'AU IMPRUDENCE.

15. Le sieur Cliatellus, inspecteur des garnis, demeurant faubourg Saint-Martin, no 187, visité le 18 janvier, est atteint d'une seule blessure : une plaie au menton assez profonde, et accojnpagnée d'un gonflement assez douloureux. Les dents sont ébranlées; il n'y a pas de fièvre, et l'état du blessé est sans gravité.

16. Le sieur Chameau, garde de Paris, visité le 22 janvier à la la caserne Saint- Victor, est atteint d'une petite plaie sans gravité sur le dos du nez.

17. Le sieur Cliicou, commis marchand, rue des Moineaux, n" 8, visité le 21 janvier, est atteint de trois blessures : trois petites plaies au front et aux paupières du côté droit. Ces blessures légères n'ont arrêté le blessé que deux jours.

18. Le sieur Dassonville, professeur à l'institution Massiu, rue des Minimes, n" 12, visité le 22 janvier, est atteint d'une simple égratigûure au petit doigt de la main gauche, probablement produite par un éclat de verre, et du reste très-légère.

19. Le sieur DelmaSj inspecteur, demeurant rue d'Arcole, n*" 5, visité le 18 janvier, est atteint de deux blessures : une contusion au front, et une petite plaie à la hanche avec pénétration d'un corps étranger, gonflement et épanchement considérable. Ces blessures sont sans gravité.

20. Le sieur Dorme, âgé de 15 ans, garçon pâtissier, rue Saint- Louis-au-Marais, n° 4, a reçu dena; blessures : une petite plaie qui pénètre un peu au-dessous -et en dedans du mollet droit, et dans laquelle est resté un très-petit fragment de projectile; une petite plaie superficielle au niveau de l'hypochondre gauche. Ces blessures sans gravité n'ont entraîné qu'une incapacité de travail de huit jours, due à la difficulté de la marche.

21. Le siQuv Duhardel, commis marchand, Grande-Rue, n° 38, à Batignolles, n'a reçu qu'une seule blessure au front peu profonde, ■et n'ayant déterminé qu'une hémorrhagie abondante sans accidents consécutifs graves, et sans autre suite qu'une incapacité de travail de quelques jours.

22. Le jeune Henri Duliège, âgé de 14 ans, apprenti chez M. Vildien, opticien, rue du Ponceau, 1, visité le 21 janvier, est atteint de deita; blessures : au-dessous de la narine droite, une plaie supei^ficielle accompagnée d'un peu de gonflement ; une autre petite plaie enflammée et douloureuse à l'extrémité de la pulpe du petit doigt de la main droite. Ces blessures n'ont aucune gravité.

23. Le sieur Duparloir, sergent de ville, demeurant rue du Petit-Pont, no 12, visité le 18 janvier, est atteint d'wjie seule bles-

ACCIDlîNTS PAR COUPS DE FK'U, INCENDIES, EXPLOSIONS. 305

sure, consistant eu une petite plaie située en dehors du genou gauche, et d'où un fragment de projectile a été extrait. Elle est d'ailleurs sans gravité.

24. Le sieur Faidide, lancier, visité le 17 janvier à l'hôpital du Gros-Caillou, est atteint de deux blessures : l'une sur le dos de la main gauche, l'autre en dehors du genou du même côté ; toutes deux très-légères.

25. Le sieur Feugier, garde de Paris, visité, le 22 janvier, à la caserne Saint-Victor, est atteint de deux blessures : une plaie avec ecchymose sur le tibia du côté droit, et une simple meurtrissure en dedans de la cuisse droite, toutes deux très-légères.

26. Le sieur Gacquei\ fabricant de meubles, demeurant rue de Montmorency, no 43, visité le 21 janvier, a été atteint de deux blessures : deux petites plaies au-dessous du menton et à la tempe gauche sans aucune gravité.

27. Le sieur Garnery, garde de Paris, visité le 22 janvier à la caserne Saint-Victor, est atteint de deux blessures : une petite plaie superficielle au-dessous de l'œil gauche, et une autre qu'accompagne une assez forte contusion en dehors du genou droit. Elles sont d'ailleurs sans grarvité.

28. Le sieur Gaubert, cocher chez le sieur Rougé, rue Saint- Dominique, no 13, visité le 21 janvier, est atteint de deux blessures : une plaie à l'angle de l'œil gauche avec gonflement des paupières, et une égratignure au poignet, toutes deux sans aucuue gravité.

29. Le sieur Georges, valet de pied, i-ue du Dragon, no 16, visité le 16 janvier, est atteint de quatre blessures : une plaie superficielle à l'oreille droite ; une plaie plus profonde à la partie supérieure du bras droit. Dans la région dorsale deux plaies, dont l'une très-douloureuse, et tuméfiée par la présence d'un fragment de projectile. Il n'y a d'ailleui-s pas de fièvre, et la guéiison ne se fera pas longtemps attendre.

30. Le sieur Gorju, serrurier, demeurant faubourg Saint-Honoré, no 144, est reparti pour Elbeuf le 17 janvier. Il n'avait reçu qu'une blessure à la partie interne et supérieure de la cuisse droite, consistant en une plaie de 4 centimètres carrés, large, mais superficielle, qui causait seulement un peu de gêne dans la marche.

31. Le sieur Goulard, lancier, visité le 17 janvier à l'Ecole-Militaire, qu'il n'a pas quittée, est atteint d'une seule blessure, consistant en une petite plaie en dehors du pied gauche, et tout à fait exempte de gravité.

Tardieu, Blesiures. 20

306 CHOIX iVODSEIlVATIONS UK lîLHSSUIli: S l'AH IMl'RUDKNCIÎ

32. Le sieur Granger, inspecteur, demeui-ant rue Saint-Louis-en nie, no 66, visité le 18 janvier, est atteint d'une seule blessui-e, très-légère, consistant en une contusion de la hanche gauche accoinpagnée d'un peu de gonflement.

33. Le sieur Henrion, garde de Paris, visité au Val-de-Gi-âce le 16 janvier, est atteint de vi7igt blessures. Les membres inféi-ieurs sont criblés de plaies très-petites pour la plupart superficielles, et représentant des brûlures ponctuées. En haut de la cuisse gauche, au-dessous de l'aine, il existe deux blessures plus larges. Au bras droit, deux plaies pénétrantes ont une forme irrégulièrement triangulaire. Une excoriation légèi^e existe en outre au scrotum. Malgré leur multiplicité, ces blessures n'ont pas de gravité, et la guérison ne se fera pas attendre au delà de quelques jours.

34. Le sieur Hurst, interprète à l'hôtel du Louvre, demeurant rue de Ponthieu, n" 7, visité le 19 janvier, est atteint d'une seule blessure, consistant en une contusion et excoriation au-devant du genou, suite d'une chute, accompagnée de douleur dans l'articulation et de difficulté dans la marche. Cette blessure est légère, et n'exigera que quelques jours de repos.

35. Le sieur Jacquier, inspecteur, demeurant rue Bonaparte, n" 18, visité le 19 janvier, est atteint de trois blessures : une plaie contuse au genou gauche non pénétrante, et deux petites plaies superficielles à la lèvre supérieure et à l'œil gauche. Ces blessures sofit sans gravité. Le chapeau du sieur Jacquier a été traversé à la base.

36. La dame Lâchasse, concierge de l'Opéra, rue Lepelletier, visité le 19 janvier, a reçu trois blessures : deux petits éclats au côté gauche du nez et une blessure à la main. Aueiaie n'a de gravité.

37. La jeune Caroline Ladurelle, âgée de ii ans 1/2, fille du sieur Ladurelle, maçon, demeurant rue de l'Empereur, uo 42, à Montmartre, visitée le 21 janvier, est atteinte d'une seule blessure. Petite plaie non pénétrante, au-devant de la poitrine, au-dessous et au dedans du sein gauche, sans gravité, mais ayant déterminé une sufl"ocation assez prolongée.

.38. Le sieur Ledoux, cocher de l'Empereur, visité aux écuries le 19 janvier, est atteint de deux blessures : une petite plaie très .douloureuse à l'oreille gauche avec présence d'un éclat; une plaie longue de 2 centimètres 1/2, et profondément déchirée sur le côte interne du médium de la main droite. Ces deux blessures, quoique devant entraîner pendant plusieurs jours une assez vive douleur, n'ont pas de gravité, et le blessé n'a pas interrompu son service.

39. Le sieur Lelarge, garde de Paris, visité le 22 janvier à la caserne Saint-Victor, est atteint de six blessures : une petite plaie, d'où un corps étranger a été extrait à l'angle interne de l'œil droit; une au sourcil droit, où est resté un petit fragment; une plaie entourée d'une très vaste ecchymose en avant de Taisselle gauche; deux à la jambe gauche, au-dessus et au-dessous du genou, et une dernière à la cuisse gauche avec épanchement sanguin. Ces blessures, malgré leur nombre et leur siège, n'ont pas eu la gravité qu'on pouvait craindre, et l'état du blessé est satisfaisant.

40. La dame Lequeux, visitée le 16 janvier à la maison municipale de santé, est atteinte de new/" blessures. L'œil droit a été assez violemment contus ; la face est marquée de six petites plaies semblables à des piqûres. Une plaie superficielle existe au-dessus du sein gauche. Enfin l'avant-bras droit est traversé par un petit fragment de projectile sans que les os aient été atteints. Toutes ces blessures sont légères, et l'état de la dame Lequeux n'a aucune o-ravité : elle conservera seulement quelques douleurs locales pendant un certain temps.

41. Le sieur Leriche, garçon au café de l'Opéra, visité le 21 jan vier, est atteint de deux blessures : un petit éclat au côté gauche du cou, et une petite plaie à la main gauche produite par un fragment de verre, blessures d'ailleurs très-légères.

42. Le sieur Nkolas Lippert, rue de la Fidélité, n° 20, a reçu deux blessures : l'une consistant en une petite plaie au côté gauche du cou, l'autre en une contusion superficielle au bras di'oit. Ces blessures n'ont pas de gravité, et n'ont entraîné qu'une incapacité ■de travail de quelques jours.

43. La dame i}iaréc/mi, demeurant .passage Joufi"roy, visitée le 21 janvier, est atteinte d'une seule blessure : une petite plaie au sommet du cuir chevelu, sans aucune gravité.

44. Le sieur François Martin, commissionnaire à l'Opéra, rue du Faubourg-Montmartre, n° 33, a reçu deux blessures : l'une au sourcil gauche, et l'autre à la cuisse du même côté, un peu audessus du genou. Ces blessures n'ont aucune gravité, et n'ont pas entraîné d'incapacité de travail.

45. Le sieur Michaud, sous-brigadier de la police municipale, demeurant rue de la Calandre, no28, visité le 17 janvier, est atteint de deux blessures. A la jambe gauche, au-dessus de la malléole externe, une plaie contuse, large, mais superficielle. Une plaie semblable à la partie postérieure de la cuisse gauche. Ces deux

H08 CHOIX d'observations de I5Li:ssuri:s par imprudknci: .

blessures sont d'ailleurs légères, et n'exigeront qu'un repos de quelques jours.

46. Le sieur Millet, tonnelier, denaeurant rue du Rocher, no 16, visité le 19 janvier, est atteint d'une seule blessure, plaie peu pro^ fonde, située à la partie interne de la cuisse gauche, et assez douloureuse, toutefois sans gravité.

47. La dame Nordon, demeurant rue du Faubourg-Montmartre, no 40, visitée le 21 janvier, est atteinte d'une se^le blessure, consistant en une très-petite plaie de la joue gauchie avec une assez vive irritation de l'œil du même côté. Son état n'a aucune gravité.

48. Le sieur Péraldi, officier de paix, demeurant rue du Pont- Louis-Philippe, n° 9, visité le 18 janvier, est atteint de deux plaies superficielles au front et au pouce de la main gauche. Malgré une courbature générale, le blessé a repris son service.

49. Le sieur Piel. inspecteur de police, demeurant rue Saint-Germain-l'Auxerrois, 68, visité le 19 janvier, est atteint d'une seule blessure : une forte contusion à la partie externe de la cuisse droite qui n'a d'ailleurs aucune gravité.

50. Le sieur Oitenet; auxiliaire à la police municipale, demeurant rue Belle-Chasse, 29, visité le 18 janvier, est atteint d'une seule blessure : une simple écorcbure au front, assez légère pour qu'il ait pu reprendre son service.

51. Le sieur Roblot, domestique à l'hôtel de Bade, boulevard des Italiens, visité le 19 janvier, est atteint d'Mwe seule blessure ; à la cuisse droite une plaie superficielle, mais large comme une pièce de cinq francs et très-enflammée, sans gravité cependant, et ne devant entraîner que quelques jours de repos forcé.

52. Le sieur Roques, étudiant en médecine, demeurant rue Hauteville, 32, visité le 22 janvier, est atteint de deux blessures: deux petites plaies très-superficielles, l'une à l'épaule gauche, l'autre en avant de la jambe du même côté. Ces blessures sont trèslégères.

53. Le sieur Rougé, sei'gent de ville, demeurant faubourg Saint- Martin, 132, visité le 20 janvier, est atteint de deux blessures : une plaie à la joue gauche et une au-dessus du genou du même côté, avec un gonflement assez considérable. Ces blessures, assez douloureuses, quoique sans gravité, n'ont pas empêché le sieur Rougé de continuer son service.

54. Le sieur Henri Rousseau, cuisinier, demeurant rue du Jour, 29, visité à l'Hôtel-Dieu le 16 janvier, est atteint de deux blessures situées à la partie antérieure de la jambe droite: l'une su-

ACCIDENTS PAR COUPS DE FEU, INCENDIES, EXPLOSIONS. 309 p6rieure, large de 3 centimètres, mais superficielle, et résultant d'une sorte de frôlement du projectile ; la. seconde plus petite, mais ayant pénétré dans les chairs : toutes deux d'ailleurs exemptes de o-ravité, et ne devant entraîner qu'une incapacité de travail de quelques jours.

55. Le'sieur Roussel, officier de paix, visité le 15 janvier, est atteint de^dewa; blessures, qui consistent en contusions à la partie droite du front avec excoriations très-superficielles, qui ont déterminé une hémorrhagie immédiate fort abondante, mais qui n'ont pas de gravité, et ont permis au blessé de se relever dès le lendemain.

56. Le sieur Rimigny, garde de Paris, visité à la caserne Saint- Victor le 22 janvier, est atteint de deux blessures. Une plaie avec gonflement assez marqué au-dessus du sourcil gauche, une autre au-dessus du sourcil droit avec ecchymose et irritation assez vive de l'œil correspondant. Ces deux plaies n'ont d'ailleurs pas de gravité.

57. Le sieur Sc/iard, maître d'hôtel rue Fontaine-Molière, 38, a reçu deux blessures légères, l'une à la main droite, l'autre à l'épaule gauche. Aucun accident n'a suivi ces plaies peu profondes, qui n'ont entraîné aucune interruption de travail.

58. La jeune Amélie Schneitzhoeffei-, âgée de douze ans, demeurant chez ses parents, passage de l'Élysée des Beaux-Arts, 10, à Montmartre, visitée le 21 janvier, est atteinte de deux blessures : deux petites plaies, gonflées et douloureuses, au-dessous de l'oreille gauche et au front, d'ailleurs sans gravité.

59. Le sieur Maiirice Serot, étudiant en droit, rue Neuve-des- Poirées, 6, n'a reçu que deux très-légères blessures ; une contusion à l'épaule gauche, due à l'action superficielle d'un projectile qui a traversé les vêtements sans déchirer la peau, et une excoria tien très- superficielle à la joue droite. Il n'a pas été retenu à la chambre.

60. Le sieur Solary, employé au ministère de la marine, rue Saint-Honoré, 277, a reçu au mollet droit une blessure légère, con sistant en une petite plaie pénétrant à une certaine profondeur dans les muscles, mais qui n'a causé qu'un peu de douleur, et n'a entraîné aucune incapacité de travail. Elle s'est cicatrisée d'ailleurs assez lentement.

61. Le sieur Souveras, inspecteur, demeurant rue de l'Ecolede-Médecine, 11, visité le 18 janvier, est atteint d'une seule blessure, qui consiste en une déchirure de la lèvre supérieure, trans-

31 U CHOIX d'OBSI^RVATIONS DK BLI^SSUUES PAU mi'liUDlCNCU.

percée par un projectile qui a cassû une dent. Aucun accident n'a suivi cette blessure, qui ne retient pas le blessé, et a guéri en quelques jours.

62. Le sieur ThovÉtton, commissionnaire, rue Coquenard 22, a reçu deux blessures sans gravité, l'une à la face, l'autre à la cuisse gauche. Les plaies se sont cicatrisées assez rapidement,' et n'ont entraîné aucune incapacité de travail.

63. Le sieur Touzeau, lancier, visité le 17 janvier à l'Ecole militaire, est atteint d'une seule blessure, située en arrière de la cuisse gauche, et accompagnée d'une ecchymose assez étendue autour de la plaie. Cette blessure n'est d'ailleurs pas grave, et n'a pas éloigné le blessé de son service.

64. Le sieur Vatin, lancier, visité le 17 janvier à l'Ecole militaire, est atteint d'une seule blessure en arrière de l'épaule droite, consistant en une plaie avec ecchymose assez forte, mais sans gravité, et qui n'a pas empêché le blessé de continuer son service.

65 . Le sieur Vitry, commissionnaire à l'Opéra, rueRochechouart, 32, n'a reçu qu'une très-légère blessure au bras gauche, d'où il n'est résulté aucune incapacité de travail.

66. Le sieur Adoljilie Voitey, âgé de dix-huit ans, rue Cadet, 18, a reçu cinq blessures : une au sourcil gauche, une au ventre, une dans l'aine gauche et deux à la cuisse droite ; ses vêtements entêté en outre traversés en deux auti^es points. Les blessures consistent en petites plaies étroites mais profondes, dont deux avaient retenu des fragments de projectiles qni n'ont été extraits que tardivement. La cicatrisation n'a été complète qu'après plus de trois semaines sans qu'aucune complication survînt d'ailleurs, et l'incapacité de travail a dépassé quinze jours.

67. Le'sieur Samuel Wasserinann, de Jassy, demeurant à l'hôtel d'Angleterre, rue Montmartre, 56, visité le 21 janvier, a été atteint d'ttne seule blessure, consistant en une plaie à la face, faite par des éclats de verre. Cette blessure légère n'a pas arrêté le blessé.

2^ Catégorie. — Blessures de moyenne gravité. — Cette seconde catégorie comprend 56 individus dont les blessures assez graves ont entraîné une incapacité de travail de plusieurs semaines, et devront même chez quelques-uns laisser après elles des suites plus prolongées.

68. La femme Ferdinand Aubry, blanchisseuse à Courbevoie, rue de Colom])e, 5, visitée le 22 janvier, est atteinte de sept bles-

sures. A la partie supérieui e externe du bras droit, une plaie profonde a traversé la masse musculaire ; elle donne lieu à une abondante suppuration et à de vives douleurs. Au-dessus du front il en existe une autre dans laquelle est resté engagé un corps éti'anger qui détermine une tuméfaction assez considérable. A la jambe gauche, quatre plaies situées à la partie inférieure de chaque côté du tibia forment des ulcères profonds, mais qui ne pénètrent pas jusqu'aux os. Une dernière existe au-dessus du pied. Ces dernières blessures constituent un état assez grave, et exigeront encore un long traitement et un repos prolongé pendant plusieurs semaines. En effet, revue après deux mois et demi, la dame F. Aubry présente encore une grande gêne dans les renversements du bras droit, de la difficulté à marcher jet de la douleur à la plante du pied,

69. La femme Luce Aubry, épicière à Gourbevojie, rue du Château, 38, visitée le 22 janvier, est atteinte de dix blessures : cinq petites plaies actuellement cicatrisées aux joues, sur les paupières et sur le front; la jambe gauche présente en outre à la partie inférieure et interne cinq plaies profondes à bords taillés à pic, formant de petits ulcères, autour desquels les parties sont tendues et douloureuses. L'état de la blessée est assez grave, et l'empêchera pendant assez longtemps encore de reprendre ses occupations. Elle reste atteinte d'une névralgie très-douloureuse de la jambe et du pied gauche, qui la faisait encore beaucoup souffrir plus de deux mois après l'attentat.

70. Le sieur Berna, garde de Paris, visité au Val-de-Grâce le 16 janvier, est atteint dhme seule blessure située vers le tiers supérieur de la jambe gauche, pénétrant très-profondément, et d'où un projectile a«été retiré par une contre-ouverture faite au mollet. Cette blessure exigera un traitement et un repos d'une quinzaine de jours environ.

71. Le sieur Jules Bhngy, âgé de quatorze ans, demeurant rue Montmartre, 98, visité à l'hôpital Lariboisière le 16 janvier, est atteint de new/" blessures. A la partie interne du pied gauche, une petite plaie pénètre profondément dans les articulations. La cuisse droite est le siège de deux petites plaies faites par des éclats. Une autre très-superficielle existe dans l'hypochondre droit. A la partie antérieure de la poitrine, au niveau, au-dessus et au-dessous du mamelon gauche on compte trois petites plaies semblables. La partie interne de l'avant-bras droit en pi^ésente une également. Enfin, une excoriation superficielle existe au sourcil droit. Aucune

312 cuoix d'observations de blessures par imprudence.

de ces blessures n'offre de gravité, mais la première peut, en raison de son siège et de complications possibles, retarder la guérison jusqu'à quinze ou vingt jours.

72. Le sieur Bounouve, inspecteur de police, demeurant rue Royale au Marais, 14, visité le 19 janvier, est atteint de deux blessures. A la partie externe de la jambe gauche une plaie étroite, mais très-profonde, avec douleurs lancinantes dans le mollet et le bas de la jambe. Une autre petite plaie existe au-dessous de la précédente. Cette blessure n'est pas sans gravité, et exige impérieusement un repos de plus de quinze jours.

73. Le sieur Brunei, maréchal des logis de la garde de Paris, visité au Val-de-Grâce le 16 janvier, est atteint d'une teule blessure, consistant en une plaie très-petite située à la partie inférieure de la cuisse gauche, ayant à l'extérieur l'apparence d'une piqûre très -superficielle, mais pénétrant en réalité très-profondément en haut et en dedans, et déterminant une vive douleur, due probablement à la présence d'un fragment de projectile. Cette blessure exigera un repos et un traitement d'une quinzaine de jours au moins. •

74. Le sieur Chavier, propriétaire, demeurant rue Blanche, 42, visité le 19 janvier, est atteint d'une seule blessure, consistant en une plaie située au-dessous de l'œil gauche, et pénétrant jusqu'à l'os malaire, accompagn'ée d'un gonflement qui atteste la présence d'un corps étranger, et ayant donné lieu à une hémorrhagie trèsabondante. Cette blessure n'est pas sans gravité, et exigera des soins assez prolongés.

75. Le sieur Claye, rentier, demeurant rue Taitbout, 35, visité ,1e 24 janvier, est atteint de quatre blessures : au milieu de la cuisse droite, à la jambe du même côté, trois plaies accompagnées d'un gonflement et d'une ecchymose très-étendue ; à la malléole interne de la jambe droite, petite plaie ulcéreuse entourée d'une large ecchymose. La fièvre et l'insomnie ont duré trois jours ; l'état est encore assez grave, et la guérison n'aura pas lieu avant plusieurs semaines.

76. Le sieur Coing, sergent de ville, demeurant rue de la Cité, 27, visité le 19 janvier, est atteint 'de trois blessures : une plaie profonde au-dessous de l'œil gauche avec gonflement considérable et ecchymose des paupières, et d'où un fragment de projectile a été extrait par une incision; deux fortes contusions à la hanche et à la jambe gauche. L'état du blessé n'est pas/sans gravité, et quinze jours au moins seront nécessaires à sa guérison.

77. Le sieur Conquer, sergent de ville, demeurant rue Saint- Oermain-l'Auxerrois, 88, visité le 19 janvier, est atteint dhme seule blessure : à la partie supérieure de la cuisse gauche, une plaie pénétrante très-profonde, accompagnée d'une vive douleur. Le blessé a essayé de reprendre son service, mais a été bientôt ■contraint de s'arrêter. 11 reste dans la plaie un corps étranger. L'état du blessé est assez grave, et il aura besoin de plusieui-s jours pour se remettre.

78. Le sieur Cuisin, maréchal des logis de' lanciers, visité le 17 janvier à l'hôpital du Gros-Caillou, est atteint de trois blessures : au côté gaiiche du nez il existe une contusion profonde avec excoriation ; la lèvre supérieure du côté droit est le siège d'une petite plaie ; enfin, la jambe gauche a été traversée au-dessous du genou par un projectile qui a contourné les os. L'état général est bon, mais la dernière blessure n'est pas sans gravité, et exigera au moins une quinzaine de jours pour que la guérison soit complète.

79. Le sieur Decker, tailleur, demeurant rue Lepelletier, 21, visité le 17 janvier, est atteint dhme seule blessure, consistant en une plaie profonde située au-dessous de la clavicule droite, entre la 3e et la 4e côte, ne pénétrant pas dans la poitrine, mais se dirigeant obliquement dans l'épaisseur du muscle pectoral, et accompagnée de douleurs, de gonflement, et surtout d'une gêne considérable des mouvements. L'état général est assez bon, mais le blessé restera plusieurs semaines sans pouvoir se servir librement du bras droit.

80. Le sieur Delaloge, rentier, demeurant rue de Buffault, 12, visité à la maison municipale de santé le 20 janvier, est atteint de çwaire blessures : à la partie externe de la jambe gauche une plaie profonde qui s'étend jusqu'à l'os, et dans laquelle un fragment de projectile reste engagé ; cette plaie est le point de départ d'un commencement de phlegmon. Sur la joue gauche, à la lèvre supérieure et à la racine du nez sont trois autres plaies plus petites. La première blessure est assez grave pour retenir au lit le sieur Delaloge pendant plusieurs semaines.

81. Le sieur Deolte, garçon de salle, demeurant, rue Bertin- Poirée, 8, visité le 19 janvier, est au lit atteint d'une blessure; à la jambe gauche plaie contuse superficielle, large de 4 centimètres, recouverte d'une eschare gonflée et douloureuse. Blessure assez grave qui exigera un traitement et un repos assez prolongés.

82. Le sieur Z)or/j/, rentier, demeurant boulevard Beaumarchais,' 70, visité le 22 janvier, est atteint de huit blessui^es. Une à l'extré-

■314 ciioix d'oijsi:uvati()Ns m-: iiij;s.SL'ui;.s pai; i.Mi'ituiJiùN'cic.

mité du nez, une à la paupière supérieure, une à la joue du même côté, une à la partie supérieure du front et deux au menton, toutes recouvertes d'une croûte épaisse et entourées d'une large ecchymose. La plante du pied gauche est traversée par un projectile, et présente, ainsi que le talon, deux plaies extrêmement douloureuses, qui ont donné lieu à une fièvre et à une insomnie qui a duré plusieurs jours. Ces blessures ont une certaine gravité et exigeront un repos prolongé.

83. Le sieur Falachon, marchand de charbon, rue de la Victoire, 27, visité le i7 javier, est atteint d'une seule blessure consistant en une plaie large de deux centimètres, située au sommet ^lu pariétal, du côté gauche, qui a donné lieu à une hémorrhagie abondante, à un étourdissement, à une commotion violente, à des douleurs de tête. Ces accidents immédiats ont été conjurés, et, quoique retenu à la chambre, le blessé est sans fièvre. 11 ne pourra reprendre ses occupations avant quelques jours.

84. Le sieur Favarelle, marchand de journaux, demeurant rue du Faubourg-Poissonnière, 197, visité à l'hôpital Lariboisière, le 16 janvier, est atteint de trois blessures. La cuisse gauche est traversée par une large plaie triangulaire, dont l'orifice de sortie a été débridé, et dont le trajet est marqué par un gonflement considérable. On a extrait de cette blessure un fragment de projectile de la grosseur d'un œuf de pigeon à forme pyramidale, irrégulièrement triangulaire, et portant sur chaque arête des angles les restes d'un pas de vis. Au-dessus de cette blessure la peau a été légèrement entamée. A la partie externe de la jambe gauche existe une large contusion; sans être très-grave, l'état du blessé est assez, séi'ieux, et la guérison se fera attendre au moins trois semaines, laissant après elle, pour un temps beaucoup plus long, une très-grande gêne dans la marche.

85. Le sieur Flahaut, peintre, demeurant rue de Glichy, 102, visité le 19 janvier, est atteint d'wue seule blessure. Au pied gauche,, un fragment très-petit est entré à la base de l'articulation du petit orteil, et y a pénétré profondément. Cette blessure si peu étenduedéterminé d'atroces douleurs, et exigera un repos d'un mois au moins. Le chapeau du sieur Flahaut a été traversé complètement par un autre projectile.

86. Le sieur Fondary, à l'hospice des Incurables, visité le 1-8 janvier, est atteint de cinq blessures. Le mollet droit est traversé en deux endroits, et les orifices des plaies n'ont pas moins de deux centimètres. On en compte cinq, qui sont accompagnées d'un gon-

AaClDKiN'TS PAU l.OUI'S 1)13 Fl^iU, INCKNDIICS, liXl'LOSIONS. 315.

tlement considérable, et d'un épauchement de sang vaste et profond. Il n'y a pas de fièvre. L'état du blessé est assez grave, et il ne pourra pas marcher avant un mois environ.

87. La dame Gacquer, demeurant rue de Montmorency, 43, visitée le 21 janvier, atteinte tVune seule blessui'e, consistant en une plaie contuse du sourcil gauche, qui a été détaché dans une étendue de six centimètres, et forme un large lambeau. La plaie a été réunie en partie, mais elle est le siège d'une inflammation assez vive et d'un gonflement douloureux qui exigeront encore plus d'une semaine de soins.

88. Le sieur Arthur Griflilh, rentier, rue de la Ferme-des-Mathurins, 13, visité le 17 janvier, est atteint de trois blessures : une plaie oblique au-dessous du genou droit, large et obliquement dirigée; à la partie externe de la jambe gauche une petite plaie étroite et très-pénétrante, d'où a été extrait un fragment de projectile; enfin sur le cou-de-pied du même côté, une plaie contuse avec inflammation vive, semble pénétrer dans l'articulation tarsométatarsienne. Il n'existe pas de fièvre, mais seulement un peu d'agitation. La guérison est assurée, mais exigei^a au moins quinze ou vingt jours.

89. Le sieur Guigon, lancier, visité le 17 janvier à l'hôpital du Gros-Caillou, est atteint de quatre blessures : une plaie large comme une pièce de 20 centimes au niveau de l'apophyse mastoïde du côté droit; une un peu au-dessous, et une à l'oreille droite. L'avant-bras droit et la partie supérieure du bras gauche sont traversés par des projectiles. L'état général est bon, mais la nature et le siège des blessures, l'inflammation suppurative qui les accompagne, leur donnent une certaine gravité, et exigeront un repos et un traitement de 20 joui-s au moins.

90. Le sieur Hébert, attaché à la police du château, rue d'Argenteuil, 9, visité le 16 janvier, est au lit, atteint de quatre blessures. Au nez et à la joue gauche il existe deux petites plaies superficielles. Aux reins, une contusion énorme avec épanchement de sang considérable. A la partie antérieure de la jambe droite on trouve une plaie pénétrante très-profonde et assez large, accompagnée d'un gonflement très-douloureux. L'état du blessé est assez grave, et la guérison n'aura pas lieu avant 20 jours.

91. La dame Hédiard, de Sens, demeurant rue du Hasard, 9, visitée le 21 janvier, est atteinte d'wne seule blessure. Une plaie à la jambe gauche formée par un fragment de projectile, qui ayant pénétré sur le tibia a contourné le membre, et s'est arrêté sous le

316 CUOIX d'OBSKRYATIONS DIî blessures l'AU IMPRUDENCE.

mollet, où il détermine de la douleur et du gonflement. Malgré cette blessure assez grave, la dame Hédiard est repartie pour Sens.

92. Le jeune Paul Lamotte, ûgé de sept ans, fils du sieur Lamotte, crémier, rue Lepelletier, 21, visité le 19 janvier, est atteint de six blessures. A la commissure des lèvres, à la partie supérieure du bi'as droit, en dedans du sein droit et en avant de l'épaule gauche on voit quatre petites plaies arrondies, recouvertes .d'eschares, et pénétrant dans les muscles. A la jambe gauche, au-dessus et audessous du genou, deux plaies assez profondes, mais ne pénétrant pas dans l'articulation. Le nombre des blessures donne une certaine gravité à l'état de cet enfant, d'une constitution délicate, et qui sera long à se remettre. Il était à peine guéri deux mois et demi après l'attentat.

93. Le sieur Léandri, inspecteur, demeurant rue Saint-Jacques, 30, visité le 18 janvier, est au lit atteint de (^wafre blessures. Plaie au-devant de la jambe gauche contournant le tibia à sa partie moyenne, avec gonflement considérable du mollet. Au genou du même côté, plaie superficielle. Deux autres blessures au cou et à la main gauche. La fièvre est très-forte, l'état assez grave, et l'impossibilité de marcher se prolongera au moins pendant un mois.

94. Le sieur Lollier, garçon de magasin, demeurant rue Neuve- Saiut-Eustache, 12, visité le 21 janvier, est atteint de cinq blessures. A la jambe droite, à la partie moyenne et antérieure du tibia, une petite plaie peu profonde; au-dessus du genou deux de même forme, et deux encore à la cuisse gauche au-dessus du genou. L'état du blessé n'est pas sans gravité en raison du nombre des blessures, moins encore que de l'inflammation qui les accompagne. La guéridon exigera au moins trois semaines.

95. La jeune Marie Lescure, âgée de quatorze ans, demeurant rue Rochechouart, 21, visitée le 18 janvier, est au lit atteinte de new/" blessures : une plaie profonde à la joue gauche avec large ecchymose ; une au sourcil droit et au nez ; trois à la partie latérale droite du cou, très-superficielles; une à la partie externe de la cuisse gauche, et une autre à la partie antérieui^e et inférieure de la jambe droite sur le tibia. Il existe de la fièvre, et l'état de la blessée est assez grave. Elle ne sera pas rétablie avant 15 ou 20jours.

96. Le sieur . Le^uewx fils, âgé de dix-huit ans, visité à la Maison municipale de santé le 16 janvier, a été atteint de vingt-deux blessures. A la cuisse gauche, huit petites plaies; une plus large à la partie supérieure. A la cuisse droite, neuf autres blessures exactement pareilles, petites, ponctuées. Au piod du même côté une

ACCID12NTS PAR COUPS ni'] FKU, INCENDIES, EXPLOSIONS. 317

plaie semble pénétrer dans l'articulation tarsienne. A la joue gauche et au' front, deux plaies très-petites. L'avant-bras du même côté est pénétré par un pi^ojectile qui a déterminé un grand gonflement et une vive douleur. La main gauche est également atteinte de deux blessures très-douloureuses. Ces nombreuses plaies ne sont pas accompagnées d'une réaction trop vive; et l'on peut espérer une guérison complète après quinze ou vingt jours.

97. Le sieur Maw?/, tisseur, demeurant rue Saint-Marcel, 123, visité le 20 janvier, est atteint de deux blessures. A la cuisse gauche, une plaie profonde et tuméfiée dans laquelle un corps étranger paraît être resté. A la main droite une plaie ponctuée ayant tous les caractères d'une brûlure superficielle. L'état du blessé est assez grave pour exiger des soins et un repos prolongé. Au bout de deux mois et demi la plaie de la cuisse gauche n'est pas encore complètement cicatrisée. Un abcès s'est formé, la marche est toujours très-difficile, et la station qu'exige la profession de tisseur presque impossible.

98. La demoiselle Zéline Mantin, ravaudeuse, demeurant rue Tirec.bappe, 11, visitée le 19 janvier, est au lit atteinte de neuf blessures. Au cou et à la face, cinq plaies très-étroites et superficielles. La jambe gauche est traversée au-dessous du jarret par une

'double plaie, dont l'orifice a la largeur d'un franc, et dont les bords sont tuméfiés et enflammés. A la partie antérieure de la cuisse gauche, une plaie superficielle. Il existe deux blessures au pied gauche. Le quatrième orteil est brisé et profondément déchiré; une autre plaie existe à la plante du pied. La fièvre et la douleur rendent l'état de la blessée assez grave, et elle sera retenue au lit et forcée au repos pendant au moins un mois.

99. Le sieur Mellerio, bijoutier, rue de Chabrol, 25, visité le 18 janvier à l'hôpital Lariboisière, est atteint d'wne seule blessure. Plaie très-pénétrante formée par un éclat qui est entré au côté externe de la jambe droite et a contourné les os sans les atteindre, en déchirant profondément les muscles. L'état du blessé est assez grave, et cependant on peut espérer qu'il guérira, mais seulement dans une quinzaine de jours.

100. Le sieur Mercier, demeurant rue Grenétat, 38, visité le 18 janvier à la Maison municipale de santé, est atteint de trois blessures. Au bas-ventre, sur le pubis même, une plaie large comme une pièce d'un franc, qui heureusement ne pénètre pas dans l'abdomen, mais qui s'accompagne d'un épanchement de sang considérable et d'un gonflement douloureux. Il existe en outre, en

318 CHOIX d'odsilUvations de blessures par imprudence.

haut et en avant de la cuisse droite, deux petites plaies avec ecchymose très-étendue. L'état général est bon, mais la blessure principale conserve une certaine gravité, et ne pourra être guérie avant quinze ou vingt jours.

101. La dame Mercier, placée comme son mari à la Maison municipale de santé, et visitée le 18 janvier, est atteinte d'une seule blessure, qui consiste en une petite plaie très-étroite, située à la partie inférieure de la jambe droite, au-devant du tibia, pénétrant jusqu'à l'os, et ayant déterminé un gonflement inflammatoire du périoste. Cette blessure n'est pas sans gravité, et exigera un repos et des soins prolongés pendant une vingtaine de jours au moins.

102. Le sieur Meyer, sergent de ville, demeurant rue Grenelle- Saint-Germain, 57, visité le ISjanvier, est atteint de quatre blessures qui le retiennent au lit. A la tempe gauche, une plaie fortement ecchymosée et tuméfiée. A l'avant-bras gauche, une plaie pr-ofonde formée par un fragmeut qui a pénétré à travers toute l'épaisseur des membres jusque sous la peau du côté opposé. Au genou droit on voit encore deux plaies pénétrantes. Le blessé est agité et en proie à la fièvre, sou état est assez grave et il ne se relèvera pas avant quinze ou vingt jours.

103. he jeune Michaut, âgé de 16 ans, demeurant chez sa mère, blanchisseuse, rue Lamaj-tine, 37, visité le 21 janvier, est atteint ■de trois blessures. En avant de l'oreille droite, une plaie trèspénétrante, notablement gonflée, une autre sur le boi*d de l'oreille. A la partie externe de la cuisse droite une plaie recouverte d'une profonde eschare très-douloureuse, et rendant la marche trèsdifficile. Cet état est assez grave et exigera un repos de quelques semaines.

104. Le sieur Migneret, oflScier de paix, demeurant rue Bellefond, 20, visité le 22 janvier, est atteint d'une seule blessure : une plaie située à la partie inférieure de la jambe gauche, au niveau du péroné, recouverte d'une eschare épaisse, et entourée d'une large aréole inflammatoire. Cette blessure, aggravée par l'eflfbrt qu'a fait le sieur Migneret pour continuer son service, est assez sérieuse pour exiger des soins et un repos d'une quinzaine de jours au moins.

105. Le sieur Mutzige, concierge, rue de la Chaussée-d'Antin, 8. visité le 17 janvier, est atteint de cinq blessures. Le mollet gauche est traversé de part en part; deux autres plaies existent à la même jambe gauche, et une dernière à la joue du même côté. Enfin la

Ai;r.inL;NTS par coui's m-: i-icu, ixcenuii^s, explosions. 31îj

cuisse gauche est fortement contuse. Le blessé est dans un état assez grave et en proie à la fièvre ; il ne guérira pas avant une vingtaine de jours.

106. Le sieur Odin, attaché à la police du château, visité le 17 janvier, est atteint de trois blessures et retenu au lit. A la partie externe de la cuisse droite, il existe une petite plaie irrégulièrement ti'iangulaire, très-douloureuse et très- pénétrante. L'angle interne de l'œil droit a été légèrement atteint. Enfin il existe une contusion aux reins. L'une de ces blessures n'est pas exempte de gravité, et empêchera le blessé de reprendre son service d'ici à quinze jours au moins.

107. Le sieur Philip- Bonnet, fabricant au Puy, demeurant rue de la Bourse, 9, visité le 19 janvier, est atteint d'wne blessure : un projectile s'est engagé très-profondément au-dessus du pli du coude, du côté droit, et n'a pas été extrait. Malgré la douleur, le gonflement inflammatoire et la tension du bras qui rendent son état assez grave, le blessé a voulu retourner dans sa famille.

108. Le sieur Prouère, domestique, demeurant rue Saint-Dominique, 32, visité le 21 janvier, est atteint d'une seule blessure. La jambe gauche, sur son côté externe, a été traversée par un fragment de projectile qui a profondément déchiré les chairs et déterminé une double plaie ulcérée et très-douloureuse ; blessure assez grave qui empêchera la marche pendant plusieurs semaines. La plaie est à peine fermée deux mois et demi après l'attentat, et la marche reste très-pénible.

109. Le sieur Raedling, valet de pied, rue de Sèvres, 81, visité le 16 janvier, et que nous trouvons au bain, est atteint de dix-sept blessures. Une plaie au-dessous' de l'oreille gauche, pénétrante et accompagnée d'un gonflement dû sans doute à la présence d'un fragment de projectile. Une contusion assez forte au côté gauche de la poitrine. La partie inférieure de la jambe gauche a été traversée de part en part par un projectile assez volumineux. La cuisse et la jambe présentent en outre quatorze petites plaies superficielles. Ces blessures nombreuses ont amené une fièvre assez vive, et retiendront le blessé au lit et éloigné de son service pendant quinze ou vingt jours.

110. Le générai Roguet, visité le 16 janvier au palais des Tuileleries, a été atteint d'wne blessure qui consiste en une contusion très-violente à la partie supérieure et latérale droite du cou audessous de l'oreille. Le coup a été assez fort pour déterminer un épanchement de sang énorme qui s'étend jusqu'à la clavicule, et

qu'accompagne un gonflement considérable. Cette blessure, dont les suites pourraient être graves en raison de l'inflammation profonde qui peut survenir, s'est compliquée de fièvre, et a exigé un traitement très-énergique. L'état du blessé est assez grave, et le forcera à un repos de plusieurs jours.

111. Le sieur SaniMc/, maréchal des logis de la garde de Paris, visité au Val-de-Grâce le 16 janvier, est atteint de deua; blessures ; une petite plaie à la paupière inférieure gauche, une forte contusion de l'œil et infiltration sanguine de la conjonctive ; une plaie irrégulière arrondie à la partie supérieure du bras droit, pénétrant profondément. La réaction est modérée et la guérison doit s'accomplir dans l'espace de quinze à vingt jours.

112. La demoiselle Mélanie Sansoin, âgée de 19 ans, fleuriste, demeurant à Montrouge, rue de la Pépinière, 67, visitée le 22 janvier, est atteinte de quatre blessures. A la partie antérieure de la poitrine, au-dessus du sein droit, une plaie superficielle. Une autre au poignet droit très-près de l'articulation, et qui détermine des douleurs dans la main. En dedans de la cuisse droite, vers le tiers supérieur, une plaie profonde, pénétrant dans l'épaisseur des muscles, accompagnée d'une infiltration de sang considérable, et rendant la marche impossible ou du moins très-pénible. En dedans de la cuisse gauche, presque en face de la précédente, une petite plaie toute semblable, dans laquelle est resté un fragment de projectile qui la rend douloureuse. L'état de 'cette jeune fille est assez grave, bien qu'il n'y ait plus de fièvre : les blessures exigeront un repos de plusieurs semaines. Elle n'a guéri qu'après plus de deux mois.

113. Le sieur Louis Sauger, domestique, qui s'est fait transporter à Maintenon, où il réside, a reçu à la jambe droite trois blessures consistant en plaies assez profondes et assez graves, sur lesquelles des renseignements ultéi'ieurs plus circonstanciés font défaut.

114. Le sieur Sam/j menuisier, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 144, visité le 17 janvier, est atteint d'une seule blessure, consistant en une plaie de la malléole interne de la jambe gauche, accompagnée d'un gonflement très-douloureux, et d'une inflammation vive due à la pénétration d'un fragment de projectile pi'obablemeut fixé dans l'os. L'état du blessé est assez grave, et exigera un traitement attentif et un repos de plus de quinze jours.

115. Le sieur Serrant, teneur de livres, demeurant rue des Vieux-Augustins, 50, visité le 21 janvier, est atteint de deux bles-

ACCIDENTS PAR COUPS DE FEU, IInCENDIES, EXPLOSIONS. 321

sures : au souicU droit, une petite plaie d'où Ton a extrait un corps étranger; à Tavaut-bras g.auclie,. une plaie pénétrante, avec gonflement et iiiflamiuation considérable, dus à la présence d'un fragment de projectile non encore e:itrait. L'état du blessé n'est pas exempt de gravité, et exigera un traitement et un repos assez prolongés.

116. Le sieur Serrîé, lancier, visité le 17 janvier à l'Ecole militaire, où il est resté, est cependant atteint au niveau du troisième doigt d*e la main gauche d'une plaie très-tuméfiée et très-douloureuse qui pourrait devenir assez grave. L'état générai est d'ailleurs assez bon, mais la guérison doit être considérée comme devant se faire attendre assez longtemps.

117. Le sieur Strauss- Wolf, deméurant rue Grenier-Saint-Lazare, 18, visité le 21 janvier, est atteint d'une seule blessure. Plaie située à la région lombaire, et d'où un fragment de projectile a été extrait le jour même. Le siège et la pro.'on lcur de la blessure lui donnent une certaine gravité et exigent un repos prolongé.

118. Le sieur r/ioi^jrne/fe, employé, demeurant rue Saint-Séverin, 16, est atteint d'Mne seule blessure constatée le 21 janvier. A la partie interne de la cuisse gauche il existe une plaie qui a pénétré très-profondément et a déchiré les nerfs de manière à causer des douleui's très-vives, et à rendre tout mouvement du membre ti'èspénible. L'état du blessé est assez grave, et le retiendra au lit plusieurs semaines.

119. Le sieur Gotllieb Trebert, domestique, demeurant rue de rOratoire, 1, visité le 19 janvier à l'hôpital Beaujon, est atteint d'wne seule blessure. Au-dessous de l'aine gauche, une plaie profonde pénétrant dans les muscles, très-enflammée et rendant impossible les mouvements du membre. L'état du blessé est assez grave, et il ne sera pas guéri avant trois ou quatre semaines.

120. Le sieur Vaucenat, lancier, visité le 17 janvier à l'hôpital du Gros-Caillou, est atteint de gîtaîre blessures. L'avant-bras gauclae a été traversé en ai-rière, et une inflammation ex'ysipélateuse s'est développée autour des deux plaies, et détermine un gonflement assez considérable du membre. Deux autres petites plaies existent en dehors de la jambe gauche, et une au tibia. Il y a de la fièvre, et l'état du blessé peut s'aggraver encore de telle sorte que la guéri son se fasse attendre.

121. Le commandant Vincent, inspecteur divisionnaire de la police municipale, demeurant rue de l'Ouest, 7, est atteint de cinq blessures constatées le 22 janvier. A la partie inférieure du cou une

ÏARDiEU, Blessures, 21

322 CHOIX d'observations de blessures par imprudence,

petite plaie recouverte d'une eschare assez épaisse. A la base du petit doigt de la main droite une plaie pénétrante dans laquelle est resté un fragment de corps étranger, et qui cause un engourdissement douloureux dans la main. A la partie antérieure, et vers le milieu de la jambe droite, une plaie profonde qui a traversé, outre des vêtements épais, une plaque de plomb employée à la compression d'une blessure ancienne. Cette plaie, qui est le siège d'une inflammation très- vive, détermine des douleurs jusque dans le pied. Le mollet du même côté présente encore une autre plaie. Enfin, il en existe une dernière à la jambe gauche, en dedans du genou, à la tête même du tibia. L'état du blessé est assez grave, bien que la fièvre et les symptômes généraux soient tombés, il sera encore plu- Hieurs semaines avant de pouvoir marcher.

122. Le sieur Zinkernagel, découpeur, demeurant rue des Amandiers, 20, visité le 19 janvier à l'hôpital Saint-Antoine, est atteint de trois blessures. L'avant-bras droit être traversé par un fragment carré, irrégulier, extrait à la face opposée, mais qui n'a pas lésé les os. A la partie interne de la jambe droite est une petite plaie contuse. Une plaie au genou gauche a traversé les parties molles au-dessous de la rotule. L'état du blessé est assez grave et exigera un traitement d'un mois au moins.

123. La dame Zinkernagel, rue des Amandiers, 20, femme du contre-maître déjà visité par nous, a été blessée en même temps que son mari. Les blessures, au nombre de trois, consistent en une plaie au bas-ventre, pénétrant profondément mais très-obliquement dan? l'épaisseur de la paroi abdominale et déterminant une pesanteur très-douloureuse dans cette région. Une plaie à la partie interne du genou droit pénétrant dans la synoviale et ayant amené un épanchement assez abondant. Après un mois, la plaie n'est pas fermée; une douleur assez vive se fait sentir dans le jarret et la marche n'est pas facile. Une dernière plaie moins profonde à la partie externe de la cuisse droite Ces trois blessures ne sont pas sans gravité, et, outre l'incapacité de travail de six semaines environ qu'elles entraîneront, laisseront pendant longtemps encore des douleurs et de la gêne.

3« Catégorie. — Blessures graves. — Cette troisième catégorie comprend 18 personnes gravement atteintes dont les blessures, exposées ù des complications dangereuses, et dans tous les cas lentes à guérir, entraîneront une incapacité de travail pro-

longée, et pourront laisser après elles des infirmités plus ou moins persistantes.

124. Le sieur Anne (Félix), compositeur typographe, demeurant rue d'Amsterdam, 21, visité à la Maison municipale de santé, le 20 janvier, est atteint d'une seule blessure. Une plaie profonde à la partie inférieure de la jambe di'oite au-devant du tibia, compliquée d'un phlegmon qui s'étend vers le pied et d'une fièvre voilente. Cette blessure est grave et le sieur Anne sera longtemps retenu au lit, en supposant même qu'il guérisse.

125. Le sieur Andoiiart (Frédéric), sellier, demeurant rue du Marché-Saint-Honoré, 17, visité à l'hôpital Lariboisière, est atteint de sepi blessures. A la partie antérieure de la jambe gauche, deux plaies ont intéressé le tibia qui est le siège d'une fracture incomplète avec gonflement très-douloureux. A la cuisse gauche il existe trois petites plaies. L'œil droit et la lèvre supérieure présentent aussi deux petites excoriations. La blessure de la jambe ne laisse pas d'être dangereuse. Elle s'accompagne de fièvre et ne doit pas guérir avant six semaines ou deux mois.

126. La dame Auger (Cécile), de Rueil, visitée le 17 janvier à l'hôpital Beaujon, est atteinte de trois blessures. La lèvre inférieure est traversée par une plaie pénétrante, très-fortement contuse. A la cuisse droite, il existe en outre deux plaies très- étroites dont l'une pénètre très-profondément avec un décollement et un épanchement très-étendu. Cette dernière blessure est grave et entretient une fièvre assez forte. Elle sera d'ailleurs longue à se fermer.

127. Le sieur Chaussât, sergent de ville, demeurant quai Montebello, 19, visité le ISjanvier, est aussi atteint de douze blessures. Au front, une plaie profonde accompagnée d'étourdissements. Une plaie à la tempe gauche avec ecchymoses des paupières, et une petite écoi-chure au sourcil da même côté. A la partie antérieure et moyenne de la jambe droite, une plaie profonde d'où un fragment de projectile a été extrait. Trois autres au bas de la jambe, au pied et à la partie interne de la cuisse gauche. Deux à la jambe droite, peu profondes, et deux tout à fait superficielles. La fièvre est très-forte et les blessures de la tête ont une réelle gravité ; des accidents sont à craindre. La guérison, dans tous les cas, n'aura pas lieu avant une vingtaine de jours.

128. Le sieur Courtet (Victor), d'Avignon, demeurant chez son beau-frère, cité d'Orléans, 8, visité le 19 janvier, est atteint de

324 CHOIX d'obserya-tions dis blessures par imprudence.

deux blessures. Deux plaies situées à l'angle interne de l'œil droit et pénétrant dans le nez, avec gonflement considérable des paupières, épanchement sanguin très-profond et fièvre ardente. Cette blessure est grave, et si le blessé conserve l'œil, il se passera plusieurs semaines avant qu'il soit guéri.

129. Le sieur Dèshayes (Jules), âgé de trente-quatre ans, brocanteur, demeurant rue de Dunkerque, 83, visité à la Maison municipale de santé, est atteint de quatre blessures. A la partie supérieure droite du front, une plaie fortement contuse avec gonflement. A la joue gauche, une plaie large de 4 centimètres, profonde, et d'où a été extrait un fragment de projectile. La joue est dure, gonflée et très-douloureuse. A la cuisse gauche, une trèspetite plaie semblable à une piqûre, mais très-profonde. Au pied gauche, le deuxième orteil a également été atteint ; le cuir de la chaussure est largement déchiré. La fièvre est très-vive, l'état grave ; cependant, à moins de complications impossibles à prévoir, la guérison aura lieu dans l'espace d'un à deux mois.

130. Le sieur Ducamp, sergent de ville, visité à l'Hôtel-Dieu, le 16 janvier, est atteint de quatre blessures. A la cuisse gauche, une plaie profonde située à la partie postérieure et d'où l'on a extrait un fragment de projectile. A la jambe droite, à la partie externe et en arrière de la malléole, on trouve deux plaies de petites dimensions, mais pénéti'antes. Enfin, sous le menton, le projectile, après avoir déchiré les parties molles, s'est arrêté et fixé dans l'os maxillaire. Ces quatre plaies sont accompagnées d'une très-forte contusion. Elles ont déterminé une violente inflammation et peuvent amener de graves complications sans lesquelles la guérison se fera attendre plus d'un mois.

131. Le sieur Dumest, contrôleur à l'Opéra, demeurant rue de Lorient, 10, à Montmartre, visité le 21 janvier, est atteint de deux blessures. Deux plaies à la hanche droite, dont l'une pénètre trcsloin dans la cuisse, et détermine une douleur profonde qui s'étend jusqu'au mollet et empêche tout mouvement du membre, en môme temps qu'elle a détruit le sommeil. Cet état est grave et peut persister.

132. Le sieur Hébert, affîcier de paix, place Dauphine, 21, visité le 15 janvier, est atteint de huit blessures; il est au lit. Quatre petites plaies ponctuées, superficielles sous le menton et à la partie antérieure du cou, sans pénétration de corps étranger. Une autre plaie, présentant les mêmes caractères, au petit doigt de la main gauche. Le pouce de la main droite est gonflé, douloureux; au

niveau, une pe'its plaie pénétrante. Une plaie profonde, irrégulièrement triangulaire, dans laquelle un corps étranger est resté engagé, existe sous la partie moyenne du Lras droit. Les environs èe la plaie sont le siège d'une tuméfaction considérable et d'une très grande sensibilité. Enfin, une plaie dont l'orifice d'entrée a la largeur d'une pièce de 50 centimes, a traversé le mollet droit de part en part sans atteindre les os. Le blessé, dont l'état est-grave^ est dans une vive agitation. On peut craindre quelques complications, mais en supposant même qu'il n'en survienne aucune, la guérison se fera attendre au moins six mois, et il restera pendant beaucoup plus longtemps de la douleur et une grande gêne dans la marcbe.

133. La dame Kaindler, rentière, demeurant rue de Miroménil, 37, visitée le 19 janvier, est au lit atteinte de huit blessures. Au côté gaucbe du nez, deux petites plaies; et à la joue gaucbe une troisième, tout à fait superficielle. A l'avant-bras du même côté, une petite plaie irrégulièrement arrondie^ taillée à pic, par suite de la chute d'une escbare, entourée d'une large ecchymose et d'un gonflement douloureux. — Le bras gauche est traversé au-dessus du coude par une large ouverture. L'os n'a pas été intéressé, mais il existe un épanchement sanguin très-étendu et une violente inflammation à la jambe droite, en dedans du mollet, une plaie qui n'a pas moins de 3 centimètres de diamètre et qui, après le débridement qui a été opéré, laisse voir toute sa profondeur, et a donné lieu à une vaste infiltration sanguine. Les quatre derniers orteils du pied droit sont déchirés profondément sur leur face dorsale. A la jambe gauche, sur la tête du péroné, il existe encore une plaie très-douloureuse, avec gonflement et ecchymose. L'état de la dame Kaindler est grave; elle est en proie à la fièvre et dans une grande agitation; elle ne peut être guérie avant six semaines ou deux mois. Revue après deux mois et demi, elle conserve une immobilité presque complète du pied gauche et une névralgie douloureuse dans le pied droit. La marche est impossible et la plaie de la jambe droite s'est déjà rouverte.

134. Le sieur Lanet, commissaire de police de la section de rOpéi^a, visité le 15 janvier, est atteint de quatre blessures. Il est retenu au lit. Au-dessous de l'oreille droite, une plaie à bords déchirés et l'autre longue de 1 centimètre et demi, profondes et accompagnées d'un gonflement considérable ayant donné lieu à une hémorrhagie abondante. A la partie supérieure et interne de la cuisse droite, une plaie asse?: régulièrement caractérisée, a la dimension d'une pièce de 20 centimes et dans laquelle un frag-

326 CHOIX d'observations de blessures par imprudence.

ment de projectile est engagé. La plaie est très-douloureuse et tuméfiée. En dehors de la cuisse gauche, une plaie semblable un peu plus large et pénétrant très profondément. Au-dessous de la rotule gauche, une plaie plus petite, mais offrant les mêmes caractères, paraît avoir pénétré dans l'articulation du genou. Le blessé est en proie à une agitation fébrile très-vive; son état est grave, et lors même qu'il ne surviendrait aucune complication, la guérison se fera attendre au moins un mois, et il restera pendant beaucoup plus longtemps de la douleur et une grande gêne dans la marche.

135. Le sieur Lavenne, inspecteur des garnis, visité le 17 janvier à l'hôpital de la Charité, est atteint de onze blessures. A la partie antérieure de la poitrine il présente deux plaies contuses. Audessus du pli de l'aine gauche, une plaie large de 4 centimètres à bords brûlés et déchirés. D'auti^es plaies moins profondes existent encore à l'épaule gauche; à la partie supérieure, interne et postérieure de la cuisse gauche; à la partie antérieure de la cuisse droite; deux, en dehors et en dedans du genou droit et une au genou gauche. L'état du blessé est grave, tant à cause du nombre de plaies que de la vive inflammation et de la fièvre qui les accompagne. Il sera au moins un mois avant d'être guéri et sera longtemps gêné dans sa marche.

136. Le sieur i)/ar<m' (Claude), sergent de ville, demeurant rue du Jardinet, 2, visité le 17 janvier, est au lit atteint de seize blessures. La lèvre inférieure est traversée par un éclat de projectile. A la joue gauche, il existe une contusion. Le bras droit est traversé par une plaie étroite. La face dorsale des deux mains présente deux plaies superficielles. La cuisse gauche est traversée par un projectile qui a fait une double ouverture très-large. Deux autres plaies plus petites se retrouvent au-dessus et au-dessous de la précédente. La cuisse gauche est également traversée et ofiî'e en outre une autre plaie. Enfin la jambe droite est le siège de quatre blessures dont une, à la partie inférieure, traverse de part en part. Le blessé est dans un état grave ; il a de la fièvre, et la multiplicité et la profondeur de ses blessures le mettront pendant deux mois au moins dans l'impossibilité de reprendre son service, en supposant qu'aucune complication ne mette sa vie en danger.

137. Le nommé Moire, lancier, visité le 17 janvier à l'hôpital du Gros-Caillou, est atteint d'une seule blessure qui consiste en une plaie contuse reçue en pleine poitrine et qui a déterminé un crachement de sang très-abondant et une douleur persistante, avec

fièvre, sans qu'il y ait d'ailleurs de signes appréciables d'inflammation pulmonaire. Une plaie plus petite et superficielle existe à la joue droite. L'état du blessé est grave, et peut se compliquer d'accidents sérieux.

138. Le sieur Planque, garçon épicier, âgé de dix-sept ans, visité le ITjanvier à l'hôpital Beaujon, est atteint de /luif blessures. L'œil gauche est considérablement tuméfié ; deux plaies existent aux paupières et ont déterminé une très-violente inflammation. Un« plaie existe à la lèvre supérieure. Au côté droit du cou, deux plaies très-régulièrement quadrilatères. Au genou gauche, trois petites plaies très-contuses avec profondes ecchymoses. Le blessé est dans un grand abattement et en proie à une fièvre violente. Son état est grave; et s'il guérit sans perdre l'œil, ce ne sera qu'après plusieurs semaines.

139. Le sieur Prudhomme, brigadier de lanciers, visité le 17 janvier à l'hôpital du Gros-Caillou, est atteint d'wne seule blessure, consistant en une plaie du pied gauche qui pénètre dans l'articulation tibio-tarsienne et y a déterminé une vive inflammation. Blessure grave, qui peut se compliquer d'accidents plus graves encore, et qui dans tous les cas sera longue à guérir complètement, et laissera une grande gêne dans les mouvements du pied.

140. La dame ThuvMU, concierge, demeurant rue Geofi'roy-Marie, 1, visitée le 21 janvier, est atteint d'une seule blessure. Plaie profonde au-dessus de l'aine droite, avec gonflement très-douloureux dans le ventre et impossibilité de mouvoir le membre correspondant. Un corps étranger a été extrait de la blessure, mais il existe une fièvre violente et l'état de la blessée est grave.

141. Le sieur TuUeau, propriétaire, demeurant rue de Sèze, 13, visité le 21 janvier, est atteint de quatre blessures. La lèvre supérieure a été traversée, la gencive déchirée par un fragment de projectile qui est resté fixé dans l'os maxillaire et dont l'extraction non encore opérée a exigé l'avulsion d'une dent. Cette plaie est très-douloureuse. Le pouce gauche a été traversée par un fragment qui a produit une déchirure. La cuisse droite présente en outre une double plaie très-large, très-profonde, très-irrégulière. Enfin une plaie plus petite au bord interne du pied gauche. La fièvre est très-vive, l'insomnie constante, l'état est grave ; la guérison exigera au moins deux mois. Après deux mois et demi, il reste une fistule au niveau de la dent brisée. La cuisse droite est

ès-douloureuse et la jambe rétractée. La marche reste très-diffi-

328 cnoix d'observations de blessures par imprudence.

4» Catégorie. — Blessures très-graves — Cette quatrième catégorie comprend G individus atteints de blessures très-graves qui. 0 it mis leurs jours en danger, et qui ne guériront pour la plupart qu'après un temps très-long et en laissant à leur suite des infirmités incurables.

142. Le sieur Chanoine (Louis), pédicure, rue du Faubourg- Montmartre, 30, visité le 17 janvier, est atteint de six blessures qui le retiennent au lit. La verge a été traversée de part en part par un projectile qui a déchiré l'urèthre et les corps caverneux. La double plaie est large comme une pièce de 50 centimes ; les bords en sont tuméfiés, très-douloureux, irrités par l'ui'ine qui s'écoule d'une manière incessante. Les douleurs causées par cette blessure sont atroces, et le blessé est dans une grande anxiété en même temps qu'en proie à une fièvre ardente. Il présente en outre une petite plaie superficielle au scrotum. Deux aussi peu profondes à la face interne de la cuisse droite et de la cuisse gauche. L'oreille gauche est également atteinte, ét sur le côté gauche du nez on voit une plaie assez profonde. L'état du blessé est très-grave ; il est exposé à une infirmité cruelle, et la guérison, dans tous les cas, ne pourra être obtenue qu'après un temps très-long. Revu après deux mois et demi, il présente sur la face dorsale de la verge une fistule uréthrale par laquelle" l'urine s'échappe violemment, à chaque émission, pendant qu'elle coule goutte à goutte par le méat. Le testicule gauche est atrophié.

143. La demoiselle Desaint, sœur de madame Mercier et visitée le 18 janvier à la Maison municipale de santé, est atteinte de huit blessures. Au côté gauche de la tête, deux petites plaies. L'œil droit, frappépar un éclat de projectile, est le siège d'une inflammation trèsaiguë, avec gonflement énorme des paupières, boursouflement considérable de la conjonctive. L'œil gauche est contus et ecchymosé. A la joue gauche, il existe une petite plaie. En avant de l'aisselle gauche, une plaie plus grande, pénétrant assez loin dans les muscles. Au-devant du tibia du côté droit et au-dessous du genou, une plaie petite et peu orcfonde. Enfin au poignet gauche, une plaie étroite, mais très-profonde, avec tuméfaction douloureuse, due à la présence d'un corps étranger. La fiévi'e est très-forte, l'état trèsgrave, la vue compromise; et l'on ne peut espérer qu'une guérison incertaine et très-éloignée.

144. Le sieur Frank, inspecteur au service actif du dispensaire, demeurant rue Neuve-des-Poirées, 7, visité le 22 janvier, et atteint

d'une seule blessure. L'œil a été atteint par un éclat de projectile, la cornée est intéressée, la conjonctive tuméfiée la recouvre et forme un chémosis énorme, les paupières sont gonflées, dures et très-douloureuses. Une fièvre très-forte accompagne cette violente inflammation et ajoute à la gravité de cette blessure, qui doit inspirer des craintes sérieuses, au moins pour la vision de l'œil gauche.

145. Le sienr Peynot, âgé de dix-huit ans, marbrier, demeurant rue de Bréda, visité à la Maison municipale de santé, le 16 janvier, est atteint d'wne seule blessure. La jambe droite est le siège d'une fracture comminutive des deux os, avec double plaie, large de 4 à 5 centimètres à l'entrée, et de 2 à la sortie, — La fièvre violente, yétat est très-grave et l'on ne peut se prononcer sur l'issue qu'aura cette blessure qui entraînera nécessairement une incapacité de travail de trois à quatre mois et peut-être une infirmité incurable.

146. Le sieur PontaiV.er, employé à la préfecture, visité le 17 janvier à l'hôpital Beaujon, est atteint à^une seule blessure consistant en une plaie, large de 3 centimètres, qui a traversé la jambe droite à sa pai'tie moyenne en brisant le péroné en plusieurs éclats. Cette blessure très-grave est compliquée d'inflammation très-aiguë et de fièvre, et l'on doit craindre des complications trèssérieuses. Dans tous les cas, la guérison ne sera obtenue que dans deux mois au plus tôt, et le blessé peut rester infirme.

147. La jeune Richard (Élise)^ âgée de douze ans et demi, demeurant rue de l'Université, 42, visitée à la Maison municipale de santé le 16 janvier, est atteinte de deux blessures. L'une sans gravité a été faite à l'oreille droite par un très-petit éclat de projectile. L'autre extrêmement dangereuse, située à la partie antérieure de la poitrine à quatre travers de doigt au-dessus du mamelon gauche. Cette plaie est pénétrante, et il y a lieu de supposer que le projectile est resté dans les organes thoraciques qui sont le siège d'une inflammation très-aiguë avec fièvre, crachement de sang, point de côté, oppression. Malgré un traitement très-énergique, les accidents résistent et les jours de la blessée sont en danger. La guérison, si on parvient à l'obtenir, peut n'être jamais complète.

5e Catégorie. — Morts. — Dans la dernière catégorie nous avons rangé les 9 victimes de l'attentat qui ont succombé à leurs blessures, en les plaçant dans l'ordre suivant lequel la mort les frappées.

330 CHOIX d'observations de blessures par imprudence.

148. Le^ieur Riquer, employé à l'intendance de la maison de S. A. I. le prince Jérôme Napoléon, atteint de onze blessures, est mort à l'hôpital de Lariboisière, le soir même de l'attentat. Au bras gauche existait une plaie pénétrante. A la cuisse du même côté on en comptait trois, en avant, en dehors et en dedans, la première, traversant presque toute l'épaisseur du membre, avait dilacéré les muscles dans une grande étendue, ce que ne pouvait faire soupçonner l'étroitesse de l'orifice extérieur. A la jambe droite, en dehors, une large plaie profonde et une autre en dedans au-dessous du genou. Au-devant de l'abdomen, on compte quatre plaies, dont deux ont pénétré dans le ventre et perforé les intestins en trois points différents. On retrouve un fragment engagé dans le gros intestin. Un peu de sang s'est épanché dans le péritoine où l'inflammation n'a 'pas eu le temps de se développer. Enfin, juste au milieu du front, on voit un trou béant, en apparence très-régulièrement arrondi, mais dont en réalité les bords sont inégaux. L'os frontal est perforé de part en part sur la ligue médiane, entre les deux arcades sourcilières. La table externe est coupée nettement, et présente une ouverture assez régulièrement ronde, de six millimètres de diamètre; la table interne est comme déchirée dans une étendue plus que double. Le corps étranger n'a pas été retrouvé dans le cerveau; il s'était probablement perdu dans les sinus de la face,' à laquelle on ne devait point toucher. Le cerveau a été atteint et du sang est épanché dans la substance nerveuse. La mort est le résultat nécessaire de la plaie du crâne et de la lésion du cerveau. Les blessures du ventre et des intestins n'eussent pas été moins graves, quoique moins rapidement mortelles.

149. Le sieur Batty, garde de Paris, est mort le 15 janvier, à onze heures du soir, à l'hôpital Lariboisière, atteint de neuf blessures. L'examen cadavérique aeulieu le 16 janvier. Au-dessus de l'œil gauche, une plaie pénétrante a traversé l'os frontal, en déterminant une perte de substance considérable. L'os a été perforé d'outre en outre. Gomme sur la première pièce, l'ouverture de la table externe est assez nette, irrégulièrement ovalaire, ayant 6 millimètres dans sa plus grande longueur et 4 dans sa plus grande largeur. La table interne a été brisée très-irrégulièrement comme soulevée et déchirée en écailles, dont plusieurs ont été retrouvées

à plus d'un centimètre dans la substance cérébi'ale. La perte de substance de la table interne est quatre fois plus grande que celle

de l'autre table. Le seul corps étranger, retrouvé à quatre centi-

mètres de profondeur dans la substance cérébrale, était gros comme une tète d'épingle. Au côté gauche de la poitrine, une plaie large de 3 centimètres a pénétré jusque dans cette cavité en déchirant les viscères. L'avant-bras droit présente, au-dessus du poignet, une plaie contuse avec épanchement de sang très-étendu. La cuisse droite a été frappée en quatre endroits par des projectiles de très-petite dimension, qui n'ont laissé qu'une très-petite plaie. Il en existe deux semblables à la jambe gauche. La mort est manifestement le résultat des graves blessures de la tête et de la poitrine.

150. Le Haas, négociant américain, âgé de 35 ans, rue du Ghâteau-d'Eau, 81, à l'hôtel de l'Union, a reçu une seule blessure au sommet de la tête. Le cuir chevelu avait été profondément déchiré dans une étendue de 4 à 5 centimètres. Cette plaie n'avait déterminé au premier moment qu'une très-abondante hémorrhagie, et avait pu paraître sans gravité ; mais le quatrième jour, le sieur Haas prenait le lit avec un violent frisson, des symptômes cérébraux, de la paralysie, se manifestaient, et il succombait le 26 janvier à une lésion du cerveau, suite directe de sa blessure.

151. Le sieur Raf/in, maître d'hôtel, rue de la Michodière, 27, visité le 17 janvier, est atteint d'wne seule blessure consistant en une plaie à l'angle de la paupière du côté gauche, qui a déterminé un gonflement énorme avec inflammation phlegmoneuse de l'orbite. La fièvre est très-violente, les douleurs extrêmement aiguës, l'état très-grave, d'autant plus que le blessé est déjà privé de l'autre œil. Il y a donc lieu de concevoir des inquiétudes sérieuses, soit pour la vue, soit même pour la vie.

Nos craintes se sont justifiées. Le sieur Raffin a succombé le 27 janvier aux suites de sa blessure.

152. Le sieur Dussange, apprenti ébéniste, âgé de 13 ans, demeurant rue Rossini, 10, visité le 19 janvier, est atteint de neuf blessures. A la tempe droite, une plaie large et profonde, qui a probablement intéressé la boîte osseuse. Une superficielle à la joue du même côté. A la main droite, une plaie assez profonde sur la face dorsale, etune autre sur lepoignet. Ala jambe gauche, deux plaies avec perte de substance assez étendue. Deux à la cuisse droite et une au pied droit. Cet enfant est en proie à la fièvre, et dans une stupeur dont le délire seul le fait sortir. Son état est trèsgrave et sa vie en danger. Les symptômes cérébraux ont été en augmentant de jour en jour depuis notre première visite, et cet enfant a succombé le 5 février.

153. JLe sieur Chassixvd, commis aux ventes, demeurant rue de Lancry, 27, visité à l'hôpital Saint-Louis le 18 janvier, est atteint de sept blessures. Au bras droit, deux plaies dont Tune pénètre profondément dans les chairs; une superficielle au poignet. Au côté externe de la jambe gauche, une plaie assez large pénètre jusqu'au péroné, qui est dénudé. A la partie antérieure, il en existe deux moins graves. A la cuisse droite, en dehors, il exi.ste une dernière plaie. La douleur et la fièvre sont vives. Une infection purulente développée d'une manière sondaine le jour même où l'on a extrait le corps étranger de la blessure a emporté le sieur Chassai'dle 6 février. On a trouvé, à l'autopsie, une infiltration de pus considérable dans l'os lui-même et des abcès multiples, caractéristiques de l'infection purulente.

154. Le sieur DaJilen, garde de Paris, visité au Val-de-Grâce le 16 janvier, est atteint d'wie seule blessure consistant en une plaie de l'avaut-bras droit, située au-dessous du coude, en dehors de l'articulation et traversant les régions antérieures près du pli du coude. Cette plaie, large de 4 centimètres, très-continue, donnera lieu à de vives douleurs, à une inflammation très-vive et à une suppuration prolongée qui retardera la guérison au delà d'un mois. Cette grave blessure s'est compliquée d'une infection purulente qui s'est terminée par la mort le 8 février.

155. Le sieur Walleau, concierge, demeurant rue Saint-Georges, 16, visité le 22 janvier, est atteint àhuie seule blessure consistant en une plaie à la partie interne et supérieure de la cuisse gauche qui a donné lieu à un commencement de phlegmon. Cet état est assez grave et peut se compliquer; il exigera un traitement et un repos assez long. Transporté à la maison municipale de santé le 26 janvier, il y a succombé le 8 février. La mort a été presque subite. Le phlegmon qui était survenu paraissait en voie de guérison, lorsqu'une plaque érysipélateuse se montra sans cause apparente sur la jambe non blessée. Deux jours après, une suffocation soudaine emporta le blessé, et les organes examinés après la mort ne laissèï-ent voir aucune lésion appréciable, si ce n'est une infiltration purulente peu étendue dans le point opposé à la blessure où le phlegmon reparaissait. Cette mort subite, conséquence de la blessure, est analogue à celles qui surviennent dans le cours des fièvres graves et de l'infection purulente elle-même.

156. La jeune Girodon (Marie), âgée de quinze ans, domestique, demeurant rue de Rivoli, 224, visitée à l'hôpital Lariboisière, a été atteinte de deux blessures. L'une consiste en une plaie pénétrante

de rarticulation du genou, qui n'a pas moins de 2 centimètres de diamèti'e et qui s'accompagne d'une inflammation très-aiguë. L'autre est une fracture de la cuisse du même côté, fracture simple, sans doute consécutive à la chute amenée par la blessure du genou, qu'elle complique de la manière la plus pénible et la plus fâcheuse. Cette double blessure est très-grave, et Ton ne peut prévoir quelles en seront les suites ; car elle est de nature à comprometti-e la vie de la blessée, ou tout au moins à la rendre infirme pour le reste de ses jours.

Uabsence de gonflement et de réaction locale éloigna l'idée d'amputation dans les premiers jours qui suivirent l'accident. Plus tard, vers les premiers jours de février, on vit survenir une tuméfaction notable du côté de l'articulation du genou avec augmentation de la douleur ; en même temps la plaie qui jusque-là n'avait donné issue qu'à une très petite quantité de liquide séreux devint le siège d'un écoulement purulent. L'amputation fut presque décidée pour le 4 février. Mais une légère amélioration survint, et l'idée d'opération fat écartée de nouveau.

Quant à l'état général on observa constamment un mouvement fébrile marqué, une agitation exti'ême avec altération de la face, et du côté de l'abdomen une constipation opiniâtre accompagnée de douleurs vagues dans les régions hépatique et splénique, douleurs qui semblaient indiquer des contusions profondes.

Vers les derniers jours de février on put constater une aggravation évidente de tous les symptômes. Un épanchement douloureux, bientôt suivi de tuméfaction, se manifeste au côté interne de l'articulation du genou, puis un écoulement abondant du pus par la plaie amena une diminution rapide du gonflement. Quatre jours après, le 3 mars, apparaissait un nouvel empâtement à la face antérieure de la cuisse au niveau de la fracture, et le 6 le chef du service pratiquait une large incision verticale sur ce point devenu fluctuant, et par cette incision s'écoulait un sang pâle mêlé de pus.

A partir de ce moment, l'adynamie se dtclare franchement avec tous ses signes : amaigrissement extrême et perle de furca, diarrhée colliquative, vomissements continuels de nature bilieuse, formation d'eschares au sacrum, manifestation d'un érysipèle ambulant sur tout le membre malade. Puis enfin douleurs vives à la paroi interne du thorax, formation présumée d'un épanchement 'dans la plèvre droite, mais sans frissons, sans ictère, sans symptômes du côté des articulations. Enfin la mort est arrivée le

334 CHOIX d'observations de blessures par imprudence.

18 mars à 2 heures du matin, après de violents accès de suffocation.

L'autopsie a été fskite 30 heures après la mort. On n'a pu examiner que le membre blessé. La cuisse encore notablement tuméfiée, bien que le gonflement eût considérablement diminué dans les quinze derniers jours, présentait, outre un raccourcissement de trois centimètres, une courbure marquée à concavité inférieure et interne. En faisant mouvoir le fragment inférieur on arrivait aisément à ramener le membre dans une direction rectiligne.

Une incision pratiquée sur la partie moyenne de la face antérieure de la cuisse permettait d'arriver jusqu'au fémur. Dans l'épaisseur des parties molles on trouvait une vaste collection purulente à parois formée d'une part par la couche osseuse recouverte de tissu noirâtre, sphacélé, et d'autre part par la couche musculaire également sphacélée dans presque toute son épaisseur. Cette collection purulente enveloppait l'os sur sa partie antérieure et interne; elle s'étendait en hauteur de la partie supérieure des condyles du fémur à deux centimètres au-dessus des trochanters. Un second abcès occupait l'intérieur du vaste interne sans présenter de communication avec le premier.

* L'os lui-même, privé de son périoste dans une grande partie de son étendue, ne présentait aucune consolidation au niveau de la fracture. Cette fractui'e, très-oblique en bas et en dehors, commençait sur la face interne du fémur à 3 centimètres au-dessous du petit trochanter, et s'arrêtait sur la face externe à 19 centimètres au-dessus de l'interligne articulaire du genou. Le fragment supérieur, très-obliquement dirigé de haut en bas et de dedans en dehors, avait la forme d'un V à branches courbes, à sommet aigu, qui correspondait au bord externe du fémur. Le fragment inférieur avait une disposition inverse. Des productions osseuses très-irrégulières les éloignaient l'un de l'autre sans déterminer d'adhérence. Du côté du fragment inférieur on pouvait voir la moelle ossifiée dans une étendue de 2 ou 3 centimètres.

Les deux surfaces articulaires du fémur étaient saines. L'articulation du genou ne contenait pas de liquide.

A 7 centimètres au-dessus de l'extrémité inférieure ou découvrait un orifice très-irrégulièrement circulaire, situé sur la fac3 externe de l'os, et par lequel le projectile devait évidemment avoir pénétré. Et en elTet, un trait de scie vertical et antéro-postérieur conduisait sur le co -ps étranger lojé dans une cavité située à

l'union du quart inférieur avec les trois quarts supérieurs du fémur, au-dessous de l'extrémité inférieure du canal médullaire, dans l'épaisseur du tissu spongieux légèrement épaissi mais sans trace d'ostéite bien évidente.

La cavité n'était circonscrite en ari'ière que par une lame de tissu osseux très-manifestement nécrosée, et d'une épaisseur de 1 à 2 millimètres.

Le projectile lui-même a la forme d'un coin de 1 centimètre à 1 centimètre et demi de la base au sommet, de 6 à 7 millimètres de liaut et 4 à 5 d'épaisseur; l'une de ses surfaces est lisse et appartient bien visiblement à la surface externe de la grenade, toutes les autres faces sont irrégulières et rugueuses.

Exposé des caractères généraux des diverses blessures, et appréciation de leur nature et de leurs conséquences. — Les 156 .blessés dont la situation individuelle vient d'être sommairement indiquée, comprenaient 21 femmes et li enfants de 7 à 15 ans. Leurs professions très-diverses ne sauraient être rappelées ici; qu'il suffise de dire qu'ils appartenaient à toutes les classes, depuis les plus élevées jusqu'aux plus humbles, et que l'on a compté pa?mi eux 24 militaires (13 lanciers et 11 soldats de la garde de Paris), et 31 agents de l'administration. .

Le nombre des blessés ne donne pas l'idée des désastres causés par les projectiles meurtriers. En effet, la plupart des personnes atteintes l'ont été par plusieurs blessures à la fois. Et le cliiflfre de celles que nous avons constatées s'élève, pour l'ensemble des blessés, à 511, sur lesquelles porteront les considérations dans lesquelles nous allons entrer relativement au siège, à la forme, à la direction, et aux conséquences directes ou indirectes qu'elles pourront présenter.

Nous n'avons pas à nous étendre sur les causes de ces blessures et sur la manière dont elles ont été produites. Nous ferons seulement remarquer que, à part un très-petit nombre de contusions légères dues à des chutes ou à des coups accidentels, et de déchirures produites par des éclats de verre, toutes les blessures résultant de l'attentat du 14 janvier ont été faites par l'explosion des projectiles fulminants et par les innombrables fragments qu'ils ont lancés en éclatant. L'extrême ténuité de la plupart de ces débris explique à la fois la multiplicité des blessures et leur forme particulière, ainsi que l'impossibilité dans laquelle on s'est trouvé le plus souvent d'extraire des plaies les grains de métal qui y étaient incrustés. Ajoutons que le pas de vis qui réunissait les deux moi-

336 CHOIX d'observations de blessures par imprudence.

tiés supérieure et inférieure du projectile creus, ainsi que les canenelures des nombreuses cheminées creusées à l'une des extrémités, ont dû exercer une influence très-appréciable sur la forme d'un certain nombre de plaies; de même que l'élévation de la température due à la déflagration de la poudre fulminante, a donné aux fragments projetés le pouvoir de brûler les tissus dans la profondeur desquels ils étaient lancés. Il est même permis de se demander, si quelque parcelle de poudre, qui n'aurait pas éclaté, n'aurait pas pu pénétrer dans quelques-unes des plaies, et ajouter aux désordres produits par les projectiles.

Le siège de ces nombreuses blessures était important à déterminer. On peut dire d'une manière générale qu'aucune partie du corps n'a été épargnée. En elFet, les 511 blessures se répartissent à cet égard de la manière suivante :

A la tête 134 ainsi subdivisées :

Sur le crâne 43 )

A la face 71 [ 134

Aux yeux 20 )

Au cou , ;5

A la poitrine 18

Au ventre 10

A la partie postérieure du tronc , , . . . 6

Aux membres supérieurs 62

Aux membres inférieurs.... 2G3

Aux orgaues génitaux 3

Il est impossible de ne pas être frappé de la proportion relativement énorme des blessures qui ont atteint les membres inférieurs et de ne pas rapprocher cette circonstance des conditions dans lesquelles a eu lieu l'explosion. Il faut se garder toutefois de donner trop d'importance à cette particulai'ité, en présence du chiffre considérable des blessures dont le aiége est à la tête.

Nous avons dit que la plupart des personnes atteintes auraient reçu plusieurs blessures à la fois. 59 seulement n'en ont eu qu'une seule. Sur quelques-uns des blessés, nous en avons compté onze, douze, seize, dix-sept, et jusqu'à vingt et vingt-deux. Le plus grand nombi^e en présente au moins deux, trois ou quatre.

Toutes les plaies ofl'rent dans leur forme et dans leurs dimensions la plus frappante analogie.

La plupart sont très-petites et ne dépassent pas un diamètre de quelques milimètres. Les autres varient de 1 à 3 centimètres ; et ces dernières dimensions sont même exceptionnelles. Au premier

aspect, les plaies paraissent affecter une forme assez régulière, o-énéralement arrondie, comme celles que produisent le plus ordinairement les projectiles lancés par les armes à feu. Mais en y regardant de plus près, on reconnaît qu'aucune des blessures ne présente une forme régulière. Quelques-unes sont à peu près rondes ; mais leurs bords sont inégaux et comme déchiquetés. Un grand nombre sont triangulaires et reproduisent assez exactement l'apparence d'une piqûre de sangsue; enfin, nous en avons trouvé plusieurs tout à fait carrées. Ces différences de forme répondent très-exactement à celles des fragments multiples et inégaux en lesquels se sont divisés les projectiles explosifs. L'irrégularité de quelques plaies est plus grande encore dans un petit nombre de cas où les téguments ont été déchirés obliquement et sur uneplu3 large surface.

Dans le plus grand nombre des cas, les blessures ont pénétré profondément, et si l'on voit parmi les blessures légères de petites excoriations superficielles et ne dépassant pas l'épaisseur de la peau, on peut affirmer que dans la grande majorité des cas les petits éclats de projectile se sont enfoncés plus ou moins loin dans les parties blessées. Ils ont ainsi parcouru un trajet dont la direction est très-variable, et dont la longueur est tantôt de 2 à 3 centimètres, tantôt de 15 à 20. Un grand nombre de blessures ont même traversé, soit une partie, soit la totalité d'un membre, et présentent deux orifices séparés quelquefois par une petite distance, mais souvent aussi par toute l'épaisseur de la cuisse ou du bras. Quelques-unes, heureusement en petit nombre, ont pénétré dans le crâne, dans la poitrine ou dans le ventre. Ordinairement le trajet parcouru par le projectile à travers les tissus est direct, et présente seulement plus ou moins d'obliquité. Mais nous avons vu plus d'une fois, notamment dans les blessures de la jambe, le projectile, entré à la partie antérieure du membre, au-devant du tibia, contourner l'os et ressortir à la partie postérieure. Le même fait s'est présenté aussi dans quelques plaies du bras et de la tête.

Si l'on s'était borné à constater l'état extérieur des blessures au moment où elles se sont produites, on n'aurait qu'une idée trèsincomplète et tout à fait erronée de leur véritable nature et de leurs caractères. A part, en effet, les hémorrhagies, qui, sauf pour quelques plaies de la tête et des membres, n'ont pas été très-abondantes, les plaies ont dû, pour la plupart, paraître très-simples; quoique, en réalité, elles dussent offrir plus tard des complications toutes particulières et vraiment caractéristiques.

Tardieu, BUssurtt, 52

338 CUOIX d'observations Dlî BLESSUBES PAR IMPRUDENCE.

Si l'écoulement du sang à rextérieiir a été, en général, peu considérable, l'extravasation et l'infiltration sanguines dans la profondeur des parties blessées se sont montrées très-fréquentes et très-étendues.

Nous avons rencontré souvent des épancherïiônts énormes : et oe n'est pas sans surprise que nous avons vu, quatre ou cinq jours après l'attentat, de petites plaies, qui semblaient une simple piqûre, s'entourer d'un cercle ecchymotique large dé 12 ou 15 centimètres; quelquefois même tout un membre, la jambe ou Tavant-bras, prendre une coloration bleuâtre pour une seule et étroite blessure située sur un point de son étendue. Il a, du reste, été facile de se rendre compte de cette circonstance, lorsqu'on a vu chez les malheureux qui ont succombé les désordres profonds dans l'épaisseur des muscles, les déchirures des vaisseaux, l'attrition des tissus déterminés par un éclat peu volumineux, au fond d'une plaie dont les dimensions ne pouvaient donner l'idée de semblables lésions

En même temps que l'on constatait les traces d'épanchements sanguins considérables dans les blessures, on voyait survenir un gonflement inflammatoire parfois très-étendu, qui, chez plusieurs blessés, a été le point de départ d'un véritable phlegmon, complication très-grave, certainement favorisée par la nature et le caractère de ces plaies, et qui en met aujourd'hui quelques-uns én danger.

Nous n'avons pas ëté moins frappé de l'acuïté et de la violence des douleurs qui accompagnent la plupart des blessures, même les plus légères en apparence. Les douleurs qui ont le caractèi'e d'élancements ont souvent été en augmentant dans les jours qui ont suivi celui du crime, et se sont propagées à de gi-andes distances sur le trajet des nerfs. Une petite plaie de la face interne de la cuisse ou du bras a souvent déterminé d'atroces souffrances dans toute l'étendue du membre. Plusieurs blesèés avaient perdu le sommeil et étaient en proie à une agitation fébrile qui n'était pas sans gravité.

Un caractère non moins remarquable des plaies faites par les éclats des projectiles fulminants, c'est la formation d'escbares dues certainement à la brûlure, et que nous avons rencontrées un très-grand nombre de fois. On a vu, du sixième au huitième jour, ces eschares se détacher ét laisser à nu une surface creuse, irrégulièrement circulaire, à bords taillés à pic, rouges et enflammés à fond jaunâtre et donnant lieu à une suppuration abondante. Chez plusieurs blessés, le môme membre offrait cinq ou six

ulcérations profondes, assez semblables au trou que forme un cautère.

Les plaies pénétrantes, celles qui traversent d'épaisses masses charnues, doivent nécessairement donner lieu à une suppuration longue et considérable, et il en eât un grand nombre qui se présentent dans ces conditions chez les blessés du 14 janvier. Mais même parmi les plaies moins profondes, il n'en est pas, sauf quelques excoriations superficielles, qui se soient réunies immédiatement, c'est-à-dire sans inflammation suppurative.

Quelques blessures ont offert des caractères particuliers, en raistfïi des lésions qu'elles ont produites.

Nous avons constaté plusieurs plaies qui avaient pénétré dâtfs les articulations, où restaient engagés les fragments de projectiles, qui donnaient lieu à une inflammation articulaire et à dés douleurs très-vives. Chez six blessés, les os avaient été fracturés, trois fois le crâne, une fois la cuisse et les deux os de la jambe, et une dernière fois le péroné. Trois de ces fractures étaient compliquées, comminutives et accompagnées de nombreuses esquilles. Il serait superflu d'insister sur les caractères et la gravité spéciale de semblables lésions.

Les plaies qui ont frappé la poitrine et le ventre ont, chez trois blessés, pénétré dans ces cavités et déchiré le poumon et les intestins, où des fragments de projectiles ont été retrouvés.

Nous devons une mention particulière aux blessures des yeux qui ont été nombreuses, ainsi qu'on l'a vu, et qui ont déterminé des inflammations extrêmement violentes de l'œil et de l'orbite, pouvant, dans quelques cas, et notamment chez trois des victimes, entraîner presque certainement la perte de l'œil bloysé, et peutêtre même la mort.

Enfin, les parties sexuelles ont offert trois fois des blessures qui, dans un cas, ont présenté des caractères d'une gravité singulière. Le membre viril traversé de part en part dans toute sa largeur, l'urèthre et les corps caverneux déchirés, l'urine s'écoulant par la double plaie, le gonflement, l'inflammation, la douleur des parties lésées, tels sont les désordres terribles produits par un des fragments lancés lors de l'explosion des projectiles fulminants.

Tels sont les caractères généraux que nous ont offerts les nombreuses blessures résultant de cette explosion. Il nous reste à en apprécier les conséquences, faciles d'ailleurs à prévoir d'après les détails dans lesquels nous venons d'entrer. Nous avons déjà fait voir que les 156 blessés pouvaient être

340 CHOIX d'observations de blessures par imprudence. divisés en cinq catégories suivant la gravité de leurs blessures

9 ayant succombé,

6 atteints de blessures très-graves, 18 atteints de blessures graves, 56 atteints de blessures de moyenne gravité, 67 atteints de blessures plus ou moins légères.

Nous n'avons pas à revenir sur le degré particulier de gravité qu'elles peuvent offrir chez chaque individu blessé. Nous devons seulement faire remarquer, d'une manière générale, que les conséquences de ces diverses blessures seront moins bénignes que pourrait le faire croire le nombre relativement minime des victimes qui ont, dès à présent, succombé ou dont la vie est encore ea danger.

Les complications nombreuses qui sont survenues et que nous avons décrites, les épanchements sanguins, l'inflammation purulente, les déchirures profondes, les douleurs névralgiques, aggra- ■fent singulièrement l'état du plus grand nombre des blessés, et retarderont considérablement leur guérison. Il est même à craindre que, pour quelques-uns, ces complications deviennent plus tard funestes, et que l'on ait à eni'egistrer plus tard de nouveaux et irréparables malheurs. Mais," dans tous les cas, il faut s'attendre à Toir se prolonger au delà de la limite ordinaire l'incapacité du travail personnel résultant des blessures faites par les fragments de projectiles, même chez ceux qui ne sont pas atteints très-profondément, et dont les blessures ne présentent qu'une gravité moyenne.

La cicatrisation complète des plaies ne mettra même pas toujours un terme aux accidents produits par les blessures. La persistance de douleurs plus ou moins aiguës, la gêne des mouvements, la difficulté de la marche chez cens en si grand nombre qui ont été atteints aux membres inférieurs, se montreront comme conséquences secondaires de ces plaies, pendant un temps certainement très-long.

L'exiguité de la plupart des fragments qui ont pénétré dans les parties blessées, en rendant l'extraction très-souvent impossible, ajoutera encore à la durée des accidents consécutifs que nous venons de signaler, et qui chez quelques-uns ne disparaîtront jamais sans doute complètement.

Il ea est de même de certaines iufirmilés incurables qui suivront inévitablement quelques-unes des blessures que nous avons cous-

tatées; telles que li rétraction des muscles déchirés, Tan'cylose incomplète des articulations lésées, la claudication des membres fractui'és, la perte d'un œil, qui dès à présent peuvent être prévues pour plusieurs des victimes. Je me suis attaché à conïigner la profession de chacun des blessés, afin de permettre d'apprécier au point de vue de leurs travaux et de leurs occupations personnels a portée et les conséquences réelles de l'incapacité de travail et des infirmités incurables qui peuvent les atteindre.

Conclusions. Nous avons terminé le long exposé de l'état des diverses personnes blessées lors de l'attentat du 14 janvier; nous avons donné la description générale des blessures, et apprécié leur nature et leurs conséquences; nous résumerons les développements qui précèdent dans les conclusions suivantes :

lo Les victimes de l'attentat du 14 janvier qui se sont fait connaître, et que nous avons visitées, sont au nombre de 156, chifire qui reste certainement encore au-dessous de la réalité.

2° Les blessures qu'elles ont reçues s'élèvent ensemble à 511 ; sur un grand nombre on en compté plus de dix; deux en présentent plus de vingt.

3o A l'exception de cinq ou six qui sont le résultat de contu- 3o A l'exception de cinq ou six qui sont le résultat de contusions accidentelles, déchûtes ou de déchirures faites par des vitres brisées, toutes ces blessures ont été produites par l'explosion dea projectiles fulminants et par les éclats presque innombrables qui ont été lancés de tous côtés.

4° La plupart des blessures ont pénétré dans la profondeur des organes, et, malgré leur peu d'étendue apparente, ont déterminé des déchirures et des désordres considérables.

5o Ces plaies, par suite de la nature des projectiles inégaux, irréguliers et brûlants qui les pénètrent, par suite de leur étroitesse et de leur profondeur, se compliquent d'épanchement de sang, de phlegmons, de douleurs névralgiques qui ajoutent beaucoup à leur gravité .

6o Neuf des victimes ont succombé, et six autres ont été ou sont encore en danger.

7o L'incapacité de travail personnel, résultant des blessures produites par l'explosion des projectiles fulminants, sera en général prolongée; et quelques-uns des blessés resteront certainement affligés d'infirmités incurables.

Les accidents produits par l'explosion des chaudières de machines à vapeur ou des appareils à eau employés pour

342 CHOIX d'obser-vations de blessures par imprudence.

chauffer et ventiler les édifices publics ou particuliers ont été étudiés avec la double autorité du physicien et de l'hygiéniste par A. Guérard, dans un très-intéressant mémoire ^ publié à l'occasion de faits dont la place est marquée dans cette étude, et que je rappellerai sommairement (Obs. GVI, GVII et CVIII).

•Qb4, GVI. — Le 11 janvier 1850, à Fliospice des aliéaés de Blois, l'Appareil de chauffage m foiLctionaant que le jour, par suite du refroidissement coasidérable de la température pendant la nuit l'eau se congela dans les tuyaux ascendants et les obstrua; la circulation ne put pas s'établir, et la chaleur s'accumula de plus en plus dans l'eau de la chaudière, jusqu'au moment où la tension de la vapeur fût devenue supérieure à la résistance des parois de l'appareil. La chaudière, de 81 litres de capacité, fit explosion, et, eji se déchirant, frappa mortellement deux hommes, démolit le fourneau, renversa la cheminée et enleva la toiture.

Obs. CVH. — Le 8 janvier 1858, à l'église Saint-Sulpice, à Paris, à dix heures et demie du matin, pendant la messe basse qui se célébrait à la chapelle de la Vierge, une violente et subite détonation se fit entendre, et en un instant la chapelle fut remplie d'une vapeur épaisse, le sol inondé d'eau bouillante; la petite chaire placée à l'entrée de la chapelle mise en pièces, ainsi qu'un grand nombre de chaises. Trois pei^sonnes furent tuées sur le coup, deux a;utres succombèrent dans la journée. Quant aux blessés, le nombre a dépassé dix, et quelques-uns l'ont été d'une manière extrêmement grave; un de ces derniers a eu la. joue presque enlevée et la mÉLchoire inférieure brisée. Les accidents produits ont consisté en bxûlures au premier et au second degré, plaies par arrachement, plaies contuses, contusions ; chez quelques personnes, il y a eu asphyxie et congestion cérébrale, dues à l'action de la vapeur brûlante qui remplissait l'espace. Enfin l'émotion causée par un événement aussi déplorable qu'impi'évu a entraîné les suites les plus fâcheuses chez quelques-uns des assistants. La projection de l'eau bouillante a suivi de près celle des débris de la chaire et des dUaises sur les principales victimes : je me crois fondé à le supposer par le siège de la brûlure qui occupait toute la face, et ren-

1. A. Guérard, Sur les explosions des appareils à eau employés pour chauffer et veniiler les édifiées publics ou particuliers. {Ann. d'Iiyg. et de méd. lég., 2« série, tome IX, p. 380.)

dait méconnaissables les traits du visage. On a pu constater ce résultat sur trois personnes déposées à la Morgue, dont la figure,, d'un rouge vif, était en même temps le siège d'une tuméfaction énorme. Ces victimes ont dû être d'abord renversées, puis inondées d'eau bouillante. J'ai été immédiatement appelé à donner des soins à une dame qui offrait à la figure et aux mains des brûlures, superficielles, à la partie interne de la cuisse gaucbe une large contusion, et en dedans du genou droit une autre contusion beaucoup moins étendue. Les vêtements de cette dame étaient trempés ; elle m'a dit avoir été transportée, sans savoir comment, assez loin de sa place première. Les brûlures ont été guéries en peu de iours ; quant aux contusions, la peau désorganisée s'est séparée peu à peu des parties saines, et, à la chute des eschares, la plaie de la cuisse gauche mesurait environ 20 centimètres en hauteur sur 12 en longueur, et celle du genou 8 sur 6. La première n'est pas encore cicatrisée aujourd'hui 31 mars (près de trois mois après l'accident). Il est important de remarquer que, par la position de la malade au moment de l'explosion, c'est le côté externe de la cuisse gauche qui était tourné du côté du poêle, circonstance qui prouve qu'ici la plaie contuse a été produite par l'action des projectiles.

Obs. CVIIL — A l'hôpital Lariboisièi-e, dans le courant de l'hiver de 1857, un des poêles du système Grouvelle, établi dans les salles d'hommes, poêles remplis d'eau au milieu de laquelle circule la vapeur, et qui, en s'échauffant, élève la température de l'air, éclata au milieu de la nuit. Le bruit de l'explosion, bien qu'il ne fût pas très-fort, causa une vive frayeur aux malades, qu'il arracha brusquement au sommeil. Les fragments ne furent pas lancés avec une grande force, car on reconnut que l'un d'eux, en atteignant le mur voisin, en avait à peine éraillé le stuc, et qu'une t^ble de nuit rencontrée par un autre ne s'en trouvait nullenieat endommagée.

Obs. CIX. — Pendant le bombardement de Paris, l'hospice de la Salpêtrière a reçu une quinzaine d'obus, dont plusieurs sont restés enfouis dans le jardin, d'où l'on n'avait pas cru devoir les retirer encore. Trois militaires de l'ambulance, ne sachant que faire de leurs loisirs, étaient parvenus à déterrer un de ces projectiles et voulaient le démonter; malheureusement l'obus a fait explosion, et ses effets ont été terribles. Deux de ces hommes ont été tués sur le coup. Le troisième a été très-grièvement blessé. Une femme de service et sa belle-sœur ont été épouvantablement

344 cuoix d'observations de blessures par imprudence.

mutilées, La première a eu l'épaule enlevée, et la seconde, la cuisse coupée. Leur état est désespéré.

Un second fait, non moins déplorable, a conduit celui qui en était responsable devant le tribunal de police correctionnelle.

Obs. GX. Le 30 janvier 1871, vers six heures et demie du soir, une épouvantable explo.sion ébranlait le passage de l'Opéra et répandait la terreur parmi ses habitants. Un obus de gros calibre, que l'on dévissait dans la boutique de M. G..., successeur de M. Garon, armurier, venait d'éclater, en frappant instantanément de mort l'ouvx'ier qui cherchait à le décharger et un malheureux passant.

La boutique offrait l'image du plus effrayant désordre. Tout était brisé, haché, confondu; les glaces, les vitrines, avaient été réduites en menus fragments. La pendule, accrochée à la muraille, avait été épargnée; elle s'était arrêtée en marquant six heures cinquante minutes. Au milieu et en travers de la boutique, parmi les débris d'armes, de chaises, d'outils et des éclats d'obus, gisait, enveloppé dans un tapis, le corps d'un homme. G'était l'ouvrier R..., l'auteur et la première victime de l'accident.

Cet infortuné était vêtu d'une blouse et d'une cotte de toile bleue ; il avait le bras droit légèrement brûlé. Son corps meurtri, noirci, défiguré, couvert de blessures, était horrible à voir. Ses deux bras avaient été brisés. Une plaie pénétrante au côté gauche de l'abdomen présentait une large et sanglante ouverture par laquelle s'étaient répandus les intestins.

La seconde victime était le sieur P..., cordonnier. Il avait été atteint à la tête par un éclat au moment où il traversait le passage; il n'avait pas tardé à rendre le dernier soupir. On avait ramassé près de la victime un éclat d'obus couvert de sang coagulé, auquel adhéraient des cheveux, des fragments d'os et une portion de substance cérébrale. Quant à l'éclat qui avait tué B..., on l'avait retrouvé enfoncé dans une cloison séparant le fond du magasin d'un cabinet noir où est établie la forge; il portait aussi des traces de sang et des fragments d'étoffe.

La boutique faisant face à celle de l'armurier avait eu sa devanture brisée ; la commotion avait également brisé les vitres de plusieurs magasins du voisinage.

Obs. GXI. Le train, parti de Marseille, avait à l'arrière quatre wagons de munitions de guerre venant de la ligne du Midi, en

destination de Toulon. Ces wagons étaient séparés des voitures de voyageurs par un seul wagon de messageries. Le train se trouvait entre Bandol et Ollioules, lorsqu'une détonation terrible, épouvantable, s'est fait entendre fort loin : c'étaient les wagons de munitions qui venaient de faire explosion.

L'événement a été affreux. Plusieurs voitures ont été détruites, et parmi les voyageurs il y a eu de soixante à soixante et dix personnes tuées. Le nombre des blessés s'éleva à un chiffre au moins égal.

Le convoi se composait de vingt wagons : onze ont été broyés, les neuf autres étaient en lambeaux. Les rails ont été arrachés sur une longueur de 150 mètres, et, quoique le désastre ait eu lieu en rase campagne, les maisons éloignées ont eu leurs toitures arrachées.

Le nombre des victimes s'élevait tout d'abord à cent quatre. Les rapports disaient soixante-huit, mais il en mourait à chaque instant.

La commotion a été si violente, que la plupart des blessés et presque tous les morts ont eu les yeux arrachés de l'orbite et la figure criblée d'éclats de vitres.

En dehors des pertes du personnel, les ravages matériels sont immenses, des champs entiers d'oliviers ont été brisés et en grande partie arrachés, un certain nombre de maisons de campagne se sont effondrées ; on a trouvé des lambeaux de cadavre à une distance de 1,800 mètres, et des débris de rails, ainsi que des milliers de boulons, ont été projetés comme des paquets de mitraille à plus de 500 mètres.

Les voyageurs qui se trouvaient les plus rapprochés du centre de l'explosion n'ont pu être reconnus qu'à des signes particuliers, par suite de l'écrasement de la tête contre les parois des wagons; l'aspect de cette masse de cadavres mutilés était horrible à voir et surtout inexplicable, à cause des divers effets qui s'étaient produits. Dans un même compartiment, sur une famille espagnole, le père a été foudroyé, la mère assez grièvement blessée, un garçon de sept ans a reçu une légère écorchure à la main, et la petite iîlle, âgée de quatre ans, n'a pas eu la moindre égratignure. Au reste, tous les blessés ont été principalement atteints à la face par des éclats de verre, de bois et de fer. C'est incontestablement le plus atroce sinistre qui ait eu lieu sur les voies ferrées à cause de ses p^opo tiens désastreuses comme perte de corps et de biens.

346 CHOIX D'OBSERVATIONS DE BLESSURES PAJl IMI'RUDENCB.,

Article V. Accidents divers.

J'ai choisi parmi un grand nombre de cas d'accidents de cause diverse, quelques observations qui pourront servir de type, en raison de leur nature et de leurs circonstances particulières. Je signale notamment les blessures résultant d'une chute provoquée, du choc d'un objet tombé d'une certaine hauteur, d'une piqûre par un éclat de vitre, du contact d'un liquide corrosif répandu, d'un projectile lancé sur l'œil, de la morsure d'un cheval ou d'un chien non enragé. Il en est encore beaucoup d'autres dont je parlerai dans la suite de cette étude,

Obs. GKII. — Chute dans une fosse; luxation de V épaule; pas de suites graves. — Le sieur F..., entrepreneur de menuiserie, étant tombé dans une fosse d'aisances restée ouverte, demanda une indemnité au propriétaire de la maison où avait eu lieu l'accident.

Une ordonnance de référé, qui me dispensait du serment, me chargea de constater l'état du blessé. La chute avait eu lieu le 26 novembre 1862, je procédai à l'examen du sieur F... trois semaines après.

Il était tombé sur le coude droit et s'était démis l'épaule, La luxation avait été bien réduite; mais il restait encore une assez vive douleur et une contracture spasmodique des muscles; du reste aucune difformité. Je ne trouvai aucune trace apparente d'une contusion que le sieur F... dit avoir éprouvée au talon droit. Son état est dès à présent assez satisfaisant pour qu'il puisse sortir et reprendre ses occupations, ou du moins se livrer à un travail de surveillance sur ses ouviners.

Obs. GXIIl. — Chute d'une pièce de bois sur la tête. Pas de lésions graves ; demande exagérée. — Le sieur B..., entrepreneur de peinture, était occupé, le 14 octobre 1858, à des travaux de sa profession dans une maison des Champs-Elysées, loi^squ'une pièce de bois tombée d'un deuxième étage l'atteignit à la tête et le renversa à terre presque sans connaissance. II dit avoir été retenu au lit plus de trois semaines, et devait être éloigné de ses affaires, suivant l'opinion de ses médecins, au moins pour trois ou quatre mois. Il mit en cause, à un double titre, le sieur G..., père et patron du jeune ouvrier qui, par maladresse, avait jeté la pièce de bois, et réclama 10,000 francs de dommages-intérêts ; mais la partie ad-

verse soutint .que la maladie du sieur B... n'était pas la. suite d& l'accident.

C'est dans cet état que la 4e chambre du tribunal civil rendit, à la date du 13 janvier 1859, le jugement dont ]a teneur suit : « Attendu que sans qu'il soit besoin de statuer, quant à présent, sur la question de responsabilité que B... prétend mettre à la charge de G..., laquelle question demeure expressément réservée, il convient,, en présence des allégations contraires des parties^ sur l'état et la,' nature ainsi que sur la Cause du mal dont se dit atteint B..., de faire préalablement constater cet état par un expert.

« Par ces motifs : avant faire droit, dit que, par Amb. Tardieu, docteur-médecin, dispe.usé du serment, du consentement des parties, il sera procédé à la visite et à l'examen de B.,., à l'effet: lo de dire la maladie dont il est atteint; 2o d'en décrire les effets et les résultats sur la personne de B...; 3° d'indiquer l'origine et la cause, etc., notamment de donner son avis sur la question de savoir si cette maladie provient des coups ou chocs reçus par B... sur la tête. »

La visite à laquelle je procédai le 7 février 1859, trois mois et demi après l'accident, en réduisit beaucoup la prétendue gravité. Bien que le sieur B... déclare avoir une dépression sur le sommet du crâne et éprouver encore des étourdissements qui l'empêchent de travailler, de faire le moindre calcul et de se soutenir sur seg jambes, il demeure évident que le coup qu'il a reçu n'a pas porté assez directement sur le crâne et n'y a pas laissé la trace d'un enfoncement ; une pareille blessure aurait eu très-certainement de bien autres suites. Quant aux étourdissements, il semble que leur persistance est beaucoup plutôt en rapport avec la constitution du sieur B... qu'avec l'accident qui l'aurait atteint il y a plus de trois mois.

Ob3. CXIV. — Blessure de l'artère aooillaire par un éclat de vitre brisée. Hérnorrhagie foudroyante, — J'ai été commis par le parquet, à la date du 16 novembre 1858, à l'effet de procéder à l'autopsié du sieur S..., marchand de vin, qui, ayant été poussé contre une vitre, fut atteint par un éclat de verre qui, entré en arrière, traversa le creux de l'aisselle du côté gauche et vint faire saillie eu avant en perçant la peau, de manière à faire croire à deux blessures faites par des coups directement portés.

L'arlère axillaire avait été perforée et avait fourni un épanchement énorme de sang que l'on trouvait coagulé et infiltré dans toutes les couches musculaires de cette région.

Je conclus : 1» que le sieur S... avait succombé à une hémorrhagie foudroyante produite par la lésion de l'artère axillaire; 2o que cette blessure a été faite par le fragment de vitre qui m'a été représenté et qui, ayant pénétré par le bord externe et postérieur de la région de l'aisselle, l'a traversée et est venu faire saillie à la partie antérieure de la poitrine, sous la peau légèrement piquée; 3o qu'aucun coup n'a été directement porté au sieur S,.., qui n'a été blessé qu'accidentellent par un éclat de la vitre brisée contre laquelle il a été poussé.

Obs. GXV. — Brûlure par l'acide sulfurique chez un enfant. Défaut de surveillance ; difformité incurable. — Un jeune garçon de cinq ans, A. G..., se renversa sur le visage une bouteille de vitriol imprudemment laissée à sa portée.

La femme chargée de le surveiller et à laquelle était imputable le malheur résultant de cette négligence, fut poursuivie, et l'un de messieurs les juges d'instruction me chargea de constater l'état de l'enfant. L'accident avait eu lieu le 12 septembre 1860, et remontait à un peu plus de deux mois lors de la visite à laquelle je procédai le 5 novembre suivant.

Le liquide corrosif avait atteint le front, la face, le cou, les

Le liquide corrosif avait atteint le front, la face, le cou, les mains qui étaient sillonnées de cicatrices difformes, et en quelques points de plaies non encore complètement guéries. Les yeux, par bonheur, n'avaient pas été atteints.

En résumé, l'enfant était défiguré, et s'il n'était atteint d'aucune infirmité, il devait conserver une difformité incurable, suite de l'accident.

Obs. GXVI. — Projectile lancé par un enfant. Contusion profond de l'œil; pas d'in^rmite persistante. — Le docteur B..., traversant un jardin public, fut atteint à l'œil gauche par un marron d'Inde qu'un enfant avait lancé au hasard avec une grande force.

Un confrère habile oculiste, M. le docteur Coursserant, appelé presque immédiatement après l'accident, le 20 septembre 1857, constate que le projectile n'a pas pénétré, mais a produit seulement une contusion profonde avec épanchement de sang coagulé dans l'intérieur de l'œil. Il ne croit pas cependant le mal sans remède, et pense que dans six semaines, le docteur B... pourra reprendre ses occupations. 11 est loin de i-egarder l'œil comme perdu, ainsi que le dit la famille.

Un autre médecin, le docteur Castoranî, qui avait vu le blessé le 2 octobre, reconnaissait de la mydriase, un léger trouble des

milieux transparents de l'œil avec épanchement dans la chambre antérieure.

Enfin, plus tard, vers le 20 octobre, environ un mois après l'accident, M. le docteur Tavignot ne trouvait plus aucune trace de la contusion et ne constatait qu'une dilatation exagérée de la pupille que, suivant les termes d'une lettre écrite par lui le 19 février 1858, il croyait pouvoir attribuer à l'emploi de la belladone. Cette mydriase était d'ailleurs le seul symptôme consigné dans un certificat délivré par M. Siebel.

Quant au docteur B..., il déclare avoir gardé la chambr-e trois semaines et n'avoir pu reprendre ses occupations qu'au bout d'un mois et demi, après avoir subi un traitement très-énergique: émissions sanguines générales et locales, purgalions répétées, application de pommades mercurielles et belladonées.

M. le docteur B... ayant réclamé des dommages-intérêts au sieur G..., père de l'enfant, je fus chargé, par un jugement de la 4e chambre du tribunal civil, de l'examiner et de constater quelles suites avait eues sa blessure. Je le vis au mois de mai 1858, sept mois et demi après l'accident.

A ce moment il me dit conserver encore une grande faiblesse de l'œil gauche, au point de ne pouvoir ni lire ni procéder à des explorations médicales un peu délicates, ou aux plus simples opérations.

En réalité, si cette faiblesse existait, elle ne se révélait par aucun trouble, par aucune lésion appréciable, et sans nier les effets immédiats qu'avait dû produire le choc du projectile sur l'œil, je conclus que pour l'avenir il n'en était résulté ni incapacité professionnelle, ni infirmité persistante.

Obs. CXVll, — ProjectAle lancé par un enfant. Contusion de l'œil; pas de suites g^'aves ; examen ophthalmoscopique ; infirmité antérieure. — Le sieur Y..., maître d'étude dans un grand pensionnat, reçut d'un jeune garçon, fils du prince de M..., une pierre qui l'atteignit au-dessus de l'œil gauche. La blessure n'eut pas de gravité immédiate; mais le sieur Y... prétendit qu'il avait perdu la vue du côté atteint à la suite de l'accident.

Une enquête sembla, au contraire, établir qu'il avait dès longtemps cet œil très-affaibli. Un jugement de la première chambre du tribunal civil chargea MM. Liebreich, Boys de Loury et moi d'examiner le sieur Y..., de constater l'état antérieur et actuel do ses yeux, les causes de cet état, quelle a pu être T nfluei ce de la diversité des traitements suivis, dire dans le cas où il y aurait par

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y... inobservation des prescriptions médicales, quelles auraient pu en être les conséquences; indiquer le traitement à" suivre, sa dui'ée et les chances probables de guérison.

Cette expertise résidait pour ainsi dire tout entière dans l'examen ophthalmoscopique du blessé ; les résultats en furent des plus concluants.

L'accident dont le sieur Y.., avait été victime remontait à près de deux ans ; lorsqu'il fut soumis à notre examen au mois de mai's 1867, il disait avoir complètement perdu l'usage de l'œil gauche, et cela seulement depuis qu'il avait été frappé par le projectile qu'avait imprudemment lancé le jeune prince de M...

Les deux yeux, examinés directement à l'ophalmoscope, se présentent dans l'état suivant : L'œil droit est atteint d'une myopie très-prononcée. A l'œil gauche, il existe une hernie de l'iris et des stries circonscrites dans la substance corticale antérieure et postéi^ieure du cristallin. Le fond de l'œil visible est complètement normal, et l'on soupçonnerait une grande exagération dans la perte de la vue alléguée par le sieur Y..., si l'expérience avec les prismes ne démontrait qu'il existe réellement de ce côté une amblyopie très-prononcée avec ptosis congénitale.

Il résulte, en somme, de cet examen ophthalmoscopique que le fond de l'œil prétendu malade apparaît très-net, et que le nerf optique ainsi que les membranes profondes n'offrent pas la moindre altération morbide, ce qui n'aurait certainement pas lieu si la perte de la vision avait été pi"oduite par l'accident auquel l'attribue le sieur Y... L'intégrité des ïnilieux et des membranes profondes de l'œil est au contraire parfaitement en rapport avec ce que l'on observe dans tous les cas où l'amblyopie et l'amaurose proviennent de ce qu'un des yeux est exclu de la vision binoculaire, comme dans le strabisme où toujours un œil devient amblyope, sans présenter aucune altération pathologique.

Dans le cas du sieur Y..., il est évident que le défaut de la vision de l'œil gauche est lié, non à la blessure accidentellement produite par un projectile, mais à la ptosis et à la déviation de l'œil existant chez ce jeune homme depuis l'enfancii.

Obs. GXVIII. — Morsure de cheval sans suites graves. — Un juger ment de la 6e chambre du tribunal Icorrectionnel me chargea, serment préalablement prêté, de visiter un sieur H,.., charpentier, qui avait été mordu par un cheval, « de constater la nature et la gravité de ses blessures, la durée de l'incapacité de travail jusqu'à ce jour, si ces blessures devront laisser une infirmité permanente,

accidëNtS divers. 351

et le degré d'importance de cétte iafirflrlté, aîûsi que les résultats pôur la profession dudit H...; si cette infirmité sez'a temporaire, et dans ce cas sa durée et égaleméùt son importance et ses résultats. » L'accident avait eu lieu le 14 février 1862; mon examen eut lieu le 20 mai, trois mois après la morêure.

Je constate à l'avant-bras gauche, sur le cÔté externe, la cicatrice d\ine plaie contuse simple, qui n'a pas traversé le membre. Il n'y a ni amaigrissement, ni affaiblissement de la force musculaire. En Un mot, l'accident n'a eu et n'aura aucune suite sérieuse.

Obs. GXIX. — Morsure de cheval. Infirmité consécutive à la main ; contestation du fait; estpertise contradictoire. — J'ai été commis par jugement de la 4e chambi^e du tribunal civil, à l'effet d'examinér le nommé R..., terrassier, qui disait avoir été ïnordu au bras et'à la main par un cheval appartenant au sieur B... Le fait était contesté par ce dernier, qui prétendait ^ue la blessure dont se plaignait R... n'était pas une morsure.

Le jugement était ainsi conçu : « Atteridu qu'il y a lieu avant tout de connaître le caraétère de la blessure de R..., et particulièremônt de véi-ifler si, eomtne il le prétend, elle est le résultat de la morsure d'un cheval ; par ces motifs: avant faire droit, dit et ordonne que, par M. Tardieu, expert, qUè le tribunal commet à cet effet, lequel est dispensé du serment, R... sera vu et visité en présence des parties ou elles dûment appeléés, à l'effet d'indiquer l'état du doigt du sieur R..., la cause de la blessure, comme aussi les conséquences qu'elle pourra âvôir.

Le sieur R... n'a pas été visité au moment de l'accident et ne produit aucune constatation médicale établissant son état immédiat après la blessure. 11 a pris conseil d'un pharmacien qui pendant quarante jours lui a fait un simple pansement avec de l'eau blanche. Il s'est présenté deux Ou trois fois à la consultation de l'hôpital Beaujon, où on lui aurait dit, prétend-il, qu'il n'y avait rien à faire, à moins qu'on ne lui coupât le doigt. Le seul certificat dont il soit muni est à la date du 4 mars 1859, èt délivré p^r un médecîn qui conclut à l'amputation. Quoi qu'il en ^oit, vers le Mois d'octobre, le sieur R... a voulu recommencer à travailler aux terrassements ; son doigt est rédevenu dôuloUreUX et tuméfié et il n'a pu continuer.

Je l'ai visité le 9 mai 1859, ûéuf mois après l'accidént.

Il n'y a plus trace de blessure à l'avant-bras ; mais lô tfoisièm'e doigt de la main droite présenté au niveau de la deuxième ^ halange une double cicatrice eU deâSûâ et en dèssôus du doigt, doût

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les dimensions et la forme répondent exactement à celles d'une plaie faite par la dent d'un cheval. La cicatrice est adhérente, l'articulation est le siège d'une fausse ankylose et les mouvements de flexion du doigt sont impossibles : ce qui constitue une infirmité incurable très-gênante pour un ouvrier obligé de vivre du travail de ses mains.

Obs. CXX. — Morsure de cheval au bras. Lésion des nerfs; infirmité persistante. — J'ai été chargé, par jugement du tribunal civil de la Seine, de visiter l'état du bras d'un sieur L..., blessé par un cheval de l'entreprise de la Compagnie des vidanges Richer. Cet homme avait été mordu, le 28 mai 1858, au bras gauche ; il avait été admis sur-le-champ à l'hôpital Saint-Louis, où il avait reçu les premiers soins, mais d'où il était sorti au bout de dix jours.

L'examen auquel je procédai le 30 mai 1859, un an juste après l'accident, me fit reconnaître qu'il avait été mordu en deux endroits et qu'il portait quatre cicatrices profondes correspondant à la double morsure située l'une au milieu du biceps, l'autre au coude. Mais de plus, je constatai les signes d'accidents consécutifs beaucoup plus graves, consistant d'une part dans l'atrophie des muscles de l'avant-bras, et d'une autre part dans la réti'action des deux derniers doigts de la main qui restent fortement fléchis, indice certain d'une lésion des nerfs et notamment du nerf cubital.

Il y a là une infirmité grave. Toutefois il convient de faire remarquer qu'il n'a été absolument rien tenté pour combattre la complication de la blessure résultant de la lésion des nerfs du bras, et qu'un traitement bien dirigé pourrait en atténuer sinon en faire disparaître complètement les eflets. D'un autre côté, l'infirmité de la main gauche n'empêche pas le sieur L... de se livrer à certaines occupations, telles, par exemple, qu'un service de surveillance qu'il aurait refusé, suivant la partie adverse, et qu'il est certainement très-capable de remplir.

Obs. GXXL — Morsure de cheval, suivie de mort par fièvre purulente. — J'ai été chargé par le parquet de procéder, à l'hôpital Necker, le 2 mai 1857, à l'autopsie du nommé F..., palefrenier, qui avait été mordu au bras par un cheval et qui succomba à une fièvre purulente que l'on avait cru pouvoir attribuer à la morve aiguë.

Obs. GXXII et GXXIII. — Morsures à la main par des chiens suspects. Rien de grave. — J'ai été chargé par M. le juge d'iustru»-

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