‹ Étude médico-légale sur les blessures, comprenant les blessures en général et les blessures parChapitre 17 sur 82 · II. Examen de la personne du duc de Praslin. — Introduits · texte numérisé non relu

II. Examen de la personne du duc de Praslin. — Introduits

dans la chambre de M. le dac de Praslin, nous Tavons engagé à se déshabiller complètement; et par Texamen attentif de toutes les parties du corps, nous avons constaté :

io Au bras droit, au niveau de la partie inférieure du biceps, une ecchymose récente, d'une coloration bleuâtre très-marquée, de forme allongée, assez semblable à une impression digitale.

2o A la main droite^ en dedans du pouce, près de sa face palmaire, une déchirure irrégulière, avec enlèvement de l'épiderme, qui est remplacé par une pellicule brune ; cette petite plaie, longue de i cent. 1/2 et assez lai'ge, peut résulter d'une morsure ou d'une excoriation très-forte.

3o A l'extrémité de l'index de la même main, la peau offre également une petite perle de substance, que M. le duc de Praslin attribue à une brûlure, bien qu'elle n'en ait aucunement les caractères ; erreur que nous faisons d'ailleurs reconnaître à M. le duc.

4° A la main gauche, au niveau de Tarticulation phalangienne du pouce, petite excoriation d'un rouge vif, récente et ayant la forme exacte de l'empreinte d'un ongle.

5o A l'index, au côté externe de la deuxième phalange, excoriation récente. Au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne du même doigta déchirure profonde de 1 cent, environ, dont les bords rouges et enflammés ne sont pas réunis, commencent à suppurer et sont entourés de sang fraîchement desséché. Ce doigt est aussi le siège d'une ecchymose peu étendue.

1. Lorsque Tautopsie a eu lieu, on n'avait pas encore découvert le fragment de lame du poignard corse qui fait l'objet d'uu des rapjwrtâ suivants et dont la forme toute particulière explique si bien les blessures par instrument piquant, tranchant et contondant, constatées sur le cadavre de la victime. A. T.

2. C'est à tort que M. Orfila a été désigné comme ayant pris part aux premières opérations médico-légales. Mandé dès le principe par M. le procureur du roi, M. le doyen était absent de Paris, et n'a pu en réalité participer qu'à l'autopsie de l'accusé et à l'analyse chimique qu'a nécessitée son suicide.

60 AU doigt médius, sur la première phalange, trois écorchures superficielles superposées, longues de 1 cent, et formant de petites cicatrices linéaires d^un rose vif. Sur la seconde phalange existe une excoriation demi-circulaire avec enlèvement d*un lambeau d'épiderme, comme par un violent coup d'ongle.

70 Âu-devant de la jambe gauche, on voit une lon^e excoriation de 2 à 4 cent., profonde, entourée d^une ecchymose noirâtre, large comme la paume de la main^ avec formation d'une croate encore saignante sur la plaie, et gonflement considérable de li jambe. Cette blessure, résultat d^une contusion toute récente et très-forte, est attribuée par M. de Praslin au choc de la jambe contre le marchepied d\ine voiture.

80 A la partie supérieure du mollet gauche existe une ecchymose moins étendue et moins profonde.

De Fexamen qui précède, nous concluons que :

lo M. le duc de Praslin porte aux deux mains et à une jambe de nombreuses traces d^excoriations et de contusions toutes récentes, parmi lesquelles on distingue manifestement plusieat? coups d'ongle.

2o Ces blessures, quoique légères, peuvent, en raison de leu siège et de leur nombre, être le résultat d'une lutte.

Paris, 18 août 1847.

Signé Baron Pasquier, A. Tardiku, Boys de Lourt. Canuet et Simon.

III. Examen des armes saisies chez M. de Praslin et tachées et sang. — Les objets que nous avons mission d'examiner consistent en un fragment de lame de poignard, avec son manche, et uc morceau de gatne brisé ; et un pistolet d'arçon.

A. Lame du poigi)ard. — La lame du poignard porte une étiquette scellée du sceau de M. le juge d'instruction, avec cette sascription : t Fragment d'une lame de poignard saisi dans un tiroir « du secrétaire-bureau du cabinet de travail de M. le duc de Prasc( lin. Ce 20 août 1847. »

Ce fragment do lame appartient à un poignard corse dont les deux tiers supérieurs manquent et dont le manche est brisé. La monture de l'instrument est en argent.

De la base à l'extrémité brisée, le fragment de lame a une hauteur de 0ni,062. La largeur de la lame est de Om,02 à la base, et de 0m,015 à l'extrémité brisée.

Sur les deux faces, le poignard offre les dessins analogues à ceux du damas, Sur Tune d'elles, la cassure transversale qui ter* mine le fragment que nous avons à examiner, se prolonge en éclat. L'acier est très-fortement trempé.

La lame offre un talon mousse des deux côtés, et ne devient tranchante d'un côté qu'à 0m,05 de la base; de Tautre qu'A Om,018. Et le talon se termine pai un crochet mousse large et haut de 0°^,002.

Il reste au manche seulement deux disques d'ébène séparés pai* un disque d'argent.

Sur plusieurs points, la lame présente dans les ciselures du damas un redet jaunâtre; et, à la loupe, un piqueté rongeàtre dans le fond des dessins. Sur l'arête mous§e du talon, il existe plusieurs raies brillantes et profondes qui semblent faites par un frottement rude comme celui d'un os, et dans lesquelles on remarque un peu de sang.

A la base et sur le côté de la lame où l'acier brisé a éclaté, à 3 millimètres en avant du dos, on voit une petite tache à reflet rongeàtre, ayant le brillant et l'apparence de vernis qu'offre le sang desséché.

Du côté opposé, sur la crête de la virole, il existe une tache d'un jaune orangé, différente de la précédente, plus épaisse, analogue aux taches de rouille et qui repose sur une surface dont la teinte est jaunâtre.

Dans l'intervalle des deux premières crêtes de la moulure qui surmonte le manche, on trouve une petite traînée de matière rongeàtre desséchée adhérant à l'acier.

Sur le rebord octogone de la monture d'argent, du côté correspondant au dos de la lame, se voit une petite tache allongée d'un rouge brun, brillant, entourée d'une aréole jaunâtre.

On place la lame (le talon en bas) dans un verre à pied, à demi rempli d'eau distillée. Au bout d'une heure et demie, la partie supérieure du liquide est décantée à l'aide d'une pipette.

La portion de liquide qui reste au fond du verre offre une coloration rougeàtre manifeste : placé dans un petit tube de verre et^ chauffé, le liquide ne tarde pas à se troubler; il se forme un léger précipité rougeàtre. La potasse ne change pas sensiblement de coloration. Après avoir filtré, on traite par Teau chlorée qui détermine la formation de quelques petits flocons blancs.

Il résulte évidemment de cette analyse qu'il existait du sang desséché à la surface de ce fragment de poignard.

Si maintenant on rapproche cette arme des blessures qui ont été

constatées sur le corps de Mdi« la duchesse de PraaliD, et décrites dans un précédent rapport signé par deux d'entre nous, oo reconnaît que : à part les deux plaies contuses (n^ 4 et 5) existant à la région frontale droite, toutes U$ autres blessuvês peuvent amr été faites par le poignard corse qui a été saisi. Eu effet, non-seolement la forme de cet instrument explique parfaitement les pUias profondes et étroites qui existaient au-dessus de la claTicule gaache (no 19) et dont la largeur moyenne (1 cent. 1/2) répond exactement à la largeur de la lame brisée. Mais encore il est facile de comprendre que cette arme si bien trempée et si tranchante ait divisé profondément les tissus de la région occipitale et eatimé jusqu^à la table externe de Tos. Un instrument plus lourd eût uni doute déterminé une fracture du crâne. Enfin, ce qui est pins grave encore, quelques-unes des plaies offraient le double caractère des plaies par instrument tranchant et par instrument contOBdant, notamment (no 2) celle qui, sur la région frontale, présentait un angle déchiré irrégulièremeut en forme d'M. Or, la forme et 1» disposition du crochet mousse qui termine le talon de la lame rend parfaitement compte de la nature de ces blessures; et ce fait confirme encore l'idée que le poignard corse a été le principal instrament du crime. Ajoutons que le double tranchant de la lame répond bien aux plaies de la paume des mains.

B. Manche du poignard. — Le manche du poignard portant le sceau de M. le juge d'instruction, et étiqueté : « Une portion de € manche d'un poignard saisie dans un tiroir du bureau du cabi- « net de travail de M. le duc de Praslin. Ce 20 août 1847. •

Ce manche est octogone, formé de disques d'ébène superposés et séparés les uns des autres par une petite lame d^arg^ent; long de 0ni,0G5 et conique. Quatre disques manquent à la partie supérieure, ce qui donnerait pour la longueur totale du manche environ 8 cent. Le fer qui maintient les disques et qui sert ii emmancher la lame, offre une cassure nette et récente. Le manche est fortement tordu sur son axe. Sur Tune des faces du manche, sar les 6*», 7o, 8« et 9« disques d'ébène en comptant de l'extrémité brisée, on voit de petites taches jaunâtres, épaisses, disposées transversalement. — Ces taches sont enlevées avec précaution et placées dans un verre avec de Teau distillée. — Après une heure et demie, elles n'ont communiqué à l'eau aucune coloration. 11 n'y a pas de sang sur cette portion du manche du poignard.

C. Gaine du poignard, — L'étiquette scellée du cachet de M. le juge d'instruction porte la suscription suivante : « Une partie de

« gaine de poignard, saisie dans un tiroir du bureau de travail de a M. le duc de Praslin. Ce 20 août 1847. »

Ce fragment de gaine en constitue la partie supérieure qui est montée en argent. L'ouverture présente à Tintérieur 0m,02i de largeur; et la monture extérieure Odi,024. X<a hauteur du fragment de gaine lui-même est de 0^,028.

La gaine est en cuir noir verni, doublée en bois blanc et fermée sur Tune de ses faces par une couture.

En dedans de Touverture supérieure et sur les bords de la garniture d'argent, il existe une matière brunâtre à reflets d'un rouge jaunâtre, concl*étée.

Le fragment de gaine est suspendu dans un verre rempli d'eau distillée, de manière à ce que la matière brune plonge dansTeau.

Celle-ci, après une macération prolongée pendant plus d'une heure et demie, est beaucoup plus colorée que le liquide qui provient de rimmersion de la lame. Mais mise dans une tube et chauffée, elle ne donne pas de coagulum. — Traitée par le tannin, cette même solution donne un précipité abondant.

On reconnaît ainsi que la matière concrète dont la présence a été constatée à Torifice de la gaine n'est pas formée par du sang, mais par de la colle de gélatine.

D. Pistolet, — L'étiquette annexée au pistolet et scellée du cachet de M. le juge d'insti'uction porte pour suscription : a Un pistt tolet saisi dans la chambre de M""* la duchesse de Praslin, « suivant notre procès-verbal de ce jour, 18 août 1847. >

Le pistolet saisi ^ est un vieux pistolet dit d'arçon, à pierre, portant gravé sur la batterie et sur le canon : Lasaro^Lazarino. La culasse et la sous -garde, ainsi que les capucines, sont en cuivre. (Le pistolet étant chargé, nous avons momentanément enlevé la pierre et fixé la batterie à l'aide d'un fil ; mais nous avons laissé la charge intacte).

La batterie, le canon et le bois du pistolet sont dans une grande étendue imprégnés de sang desséché provenant du contact de l'arme avec une abondante couche de sang qui y a laissé une empreinte large et uniforme.

Mais de plus, il existe autour de la crosse, en dessus et en dessous, au niveau de la sous-garde et sur le bois du canon, huit taches ponctuées, de dimensions presque égales, épaisses, d'uu rouge brun et formées par du sang qui a jailli.

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