ACCIDENTS OK GUEMINS DE FER
l'^ngoùrdissaBMAt de tous Us mouveinents et de la sen&ibUité du 0^ gauche. La main gauche ne peut nen retenir. L'examen du braa et de la poitrine est très-douloureux. Le décuhitus ne peut avoir lieu sur le cAté droit. Les condasions aont semblables à celles du précédant rapport.
A partir de cette consultation, 31. le docteur José Benavidès reste chargé du traitement et rend compte de Tétat du blessé à la date du 20 avril 1854, dans les termes suivants : Le traitement a été poursuivi sans amrenai* d'amélioration. L'épanchement cérébral, la fracture de côte, Tengorgement des poumons et du foie persistent avec quelques alternatives passagères de soulagement. M. Benavidès considère ces lésions comme absolument incurables et s'opposant à tout travail physique ou intellectuel ainsi qu'au séjour des pajs chauds.
Ces certificats aont communiqués à la Compagnie du chemin de fier, qui envoie sur les lieux son chef du contentieux. Il est convenu entre ce dernier et le malade qu'il sera procédé à un nouvel examen. Six médecins sont convoqués, trois designés par M. Sai^jurjo. trois par la Compagnie; ils se réunissent le 29 octobre 1854, et de leur tcavail, f^t avec la plus grand soin, résultent les constatations suivantes un an après l'accident : La figure est pâle et légèrement bouffie; quatre cicatrices profondes se remarquent à la face, au firont, an voisinage de l'œil et à la joue ; la moitié latérale gauche 4e la face a plus de volume que la partie droite ; le genou gauche eat gooflé et déformé par le déplacement de la tête du péroné ; il existe une dilatation du c6té gauche de la poitrine et une saillie d<Niloureu8e du col de la cinquième côte ; le sommet du poumon gauche est légèrement engorgé ; le lobule moyen du foie a notablement augmenté de volume ; le poumon se dilate difficilement, et cet état occasionne une toux sèche et fréquente.
La conclusion du rapport est que le foie est destiné à souâfrir, qua la système nerveux est profondément ébranlé, que le malade ati menacé d'une claudication éternelle, qu'enfin M. Sanjurjo est incapable de se livrer ni à ses occupations habituelles, ni a des travaux intellectuels qui pourront même lui être à jamais interdits, et que, en tout temps, sa translation en Amérique, sous le ciel de la Havane, serait éminemment dangereuse.
Enfin, une enquête eut lieu en Espagne en vue d'établir d'une fa^oa exacte les antécédents de M. Sanjurjo, et il est résulté des témoignages de don Rafaël Raviene, de don José Barreiro, de don Pedro Mo urin, que don Sanjurjo a toiigoursjoui d'une santé par-
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faite et d^une grande vigueur jusqu^au jour de raccident ; que depuis, au contraire, on Ta toujours vu souffrir, et que ses facoités intellectuelles et sa mémoire sont restées profondément altérées. M. le docteur Dupierriz, dans une lettre en date du 16 avril 1854, attestait également la bonne santé antérieure d^ M. Sanjuijo, es même temps qu'il constatait le changement opéré en lui dès la fii du mois (le décembre qui avait suivi Taccident, la paralysie incomplète de tout le côté gauche, le défaut de consolidation de la côte fracturée, le manque de lucidité dans les idées. Pour lui la viee«l compromise et il ne conserve plus d'espoir.
D^un autre côté, la Compagnie, par Torgane de ses conseils et àt ses médecins, présente de graves objections, et il convient de les résumer de manière à donner la physionomie complète de cetk grave affaire.
11 n^est aucunement établi que la maladie de M. S... fût uued« conséquences de Taccident, M. S..., dont Tétat ne présentait, diis le principe, aucune gravité, n'a voulu recevoir aucun soin; ce qui prouve qu'il reconnaissait qu'il n'avait rien éprouvé, qu'il n'était pas blessé et n'avait qu'une commotion. 11 s'est opiniâtrement refusé à ce qu'on le saigne. M. Guérineau (de Poitiersj dit n^avoirpaf constaté ile fracture des côtes et affirme qu'il n'v avait qu^une plai« très -légère et deux écorchures au front. Le médecin en chef«l«l* Compagnie, M. le docteur Bisson, sur le rapport de Madrid, relève seulement quelques détails qui lui paraissent peu établis, tels que la fracture du crâne, la luxation du péroné. Mais il dit lui-xnénH avoir vu, le soir de l'accident, M. S..., et n'avoir constaté chexloi que des plaies peu graves en apparence, accompagnées d'une surexcitation nerveuse extraordinaire. L'état général du malade, k gonflement des parties blessées, l'ont empêché de constater Us fractures de côte et de la jambe. Il a pu se lever dès le leudemaifi. et s'il est parti peu de jours après l'accident, c'est qu'ail devait élw en position de voyager facilement. M. Bisson ajoute consciencieusement que le certificat des médecins de Madrid ne laisse pas i redire, médicalement parlant.
C'est dans cette situation que j'eus l'honneur d'êti*e consulté par les conseils de M. Manuel Sanjurjo, qui avait intenté une action contre la Compagnie d'Orléans.
Après avoir analysé tous les faits et documents que je viens de ci ter, je rédigeai une consultation dans laquelle j'appuyai les conclusions des nié'iei'ins espagnols. J'insistai sur ce point que Ton ne pouvait contester que la maladie fftt la conséquence de raccideul
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dont M. S... avait été victime; et je relevai la confusion complète qui existait dans la requête de la Compagnie entre deux choses essentielles à distinguer, les accidents immédiats et les accidents consécutifs, sur lesquels on garde un silence absolu.
Enfin, la veille même du jour oti TajOTaire devait être plaldée devant la première chambre du tribunal de la Seine, j^adressais à M« Bethmont, bâtonnier de Tordre des avocats, chargé des intérêts de M. S..., le mémoire suivant, qui achèvera de donner une idée des délicates questions de médecine légale soulevées par cet important procès :
« Monsieur le bâtonnier, vous me faites Thonneur de me transmettre un avis de M. le docteur Devergie daté du 5 juillet 1855, sur la consultation que j^ai rédigée à l'occasion de Taccident dont a été victime M. Sanjurjo, et vous me demandez si cet avis est de nature à modifier mon opinion sur la gravité des blessures quUl a reçues, et mes conclusions sur les conséquences de ces blessures. Quelque tardive que soit cette communication et quoique j*aie bien peu de temps pour y répondre, je tiens à vous dire qu^après avoir lu et attentivement examiné la réfutation de M. Devergie, je persiste de la manière la plus formelle dans le jugement que j*ai porté sur les faits dont il s'agit et dans les conclusions qui le résument. Je ne veux pas rentrer dans une discussion générale qui n^aurait pas de limites, je vous demande la permission de m^en tenir aux points culminants et de me borner à repousser les objections principales sur lesquelles M. Devergie a cru pouvoir fonder son avis contradictoire.
<n Je ne m^arrêterai pas à la doctrine quelque peu subtile de la responsabilité en matière civile et en matière criminelle qu'expose M. Devergie, au début de son mémoire. C'est là une théorie de juriste plutôt que de médecin, et je me garderai bien d'usurper un rôle qui ne m'appartient pas, ce qui ne veut pas dire que je méconnaisse l'importante distinction des suites directes et des suites indirectes d'une blessure quelconque.
I Sans prendre la question à un point de vue aussi dogmatique que M. Devergie, je crois néanmoins avoir prouvé que j'en comprenais toute la portée, car la dernière partie de ma consultation a précisément pour objet de combattre cette allégation déjà formulée dans la requête et reproduite avec insistance dans l'avis de M. Devergie, à savoir, que les souffrances et les infirmités de M. Sanjurjo ne seraient que la conséquence de son opiniâtreté et de son imprudence. Je pourrais, en réalité, me contenter de vous
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rappeler ce passage de ma consultation ; mais il ne faut pas laisser la moindre équivoque, et dans la eonyiction oh je suis qu'ion ne ao» oppose pas autre chose, je vais essayer, eu résnmai^t soceiactiment la question, de la ramener à ses véritables termes.
c Les blessures en elles-mêmes ne sont pas contestées; tonte l'argumentation de M. Devergie se réduit à ces trois poi&ts :
« i<*Les blessures deM. Sanjurjo devaient guérir rapidement 90t$ influence du traitement auquel il s*est refusé.
a 2* Les accidents consécutifs qu'il a éprouvés sont itnitfaeneit le fait de son imprudence.
c 3o La portée de ces accidents a d^ailleurs été sing^iUèreraeot exagérée.
c Je vous demande la permission de vous soumettre sur ces trou objections, qu'on ne me reprochera pas d^amoindrîr, de «ourtes réflexions qui suffiront, je Tespère, à en f/iire justice.
c 1* Les blessures de M. Sanjurjo auraient guéri et leurs eoaié^ quences eussent été prévues sHl s'était soumis ao troitenaent qoe lui auraient fait suivre les médecins de Poitiers dont il a reioté les soins. Mais pour accepter cette assurance, malheurensemsat fort hypothétique, il faudrait avoir oublié quelles éteient ces Uessures : plaies multiples à la tête, fracture du crAne^ fracture éi eôte avec lésion des poumons, contusion du foie, luxation d'un àm os de la jambe, plaies des membres ; il faudrait avoir oublié qae M. Sanjurjo avait été relevé sans connaissance au moment dei'aoeideut, et que cette circonstance, rapprochée des lésions constatées à la t^te, était Tindice et la mesure de la commotion cérebciie qu^avait ressentie le blessé . A des blessures si compliquées et si graves peut-on soutenir qu^il eût suffi d'opposer cette saignée ^^<m lui fait un crime d^avoir repoussée, panacée banale dont on fait en pareil cas, un si étrange abus, et que peuvent contre-indiquar tant de conditions diverses, et entre autres, rébranlement nerveix qui, chex un homme de la nature de M. Sanjurjo, devait joueras rôle trop facile à prévoir, un rôle nécessaire dans les suites de sbk blessures? Que penser des autres moyens de traitement qui auraient, assure't-on. guéri en peu de jours M. Sanjurjo?
ff M. Devergie ne parle que u d'une kygiène appropriée, repos. régime alimentaire et moral à Tabri de toute excitation iatelleettoelle, soit spontanée, soit d*une source dont les causes soni exiélieures. > On aurait trouvé, je pense, des moyens un peu plusactife et nm peu plus efficaces contre une fracture du crâne attac lésion des organes internes ; car, à s'en tenir à ceux-là, il peut paraltK