EXPERTISE EN MATIÈRE CIVILE
En effet, plusieurs cas peuvent se présenter :
Tantôt la grosse du jugement, c'est-à-dire le textecomplet, copié sur papier timbré, est remise au domicile du médecin expert par ministère d*huissier, précédée de la requête, c'està-dire de Texposé du fait et de la demande soumise au tribunal ; c'est là la forme la plus régulière.
Mais dans bien des cas le jugement n'est pas signifié. Quelquefois, soit par un motif d'urgence, soit par quelque raison de convenance, la visite du médecin est réclamée avant la signification du jugement. A moins de circonstances particulières, il n'y a pas lieu de s'y refuser, à la condition que toutes les autres formalités essentielles seront exactement remplies.
Voici dans quels termes j'étais sollicité de devancer la signification dans une affaire relative à un accident de voiture très-grave. (Obs. LXVI.) L'avoué du blessé m'écrivait : « J'ai l'honneur de vous adresser ci-après le texte d'un juge- « ment de la 4* chambre du tribunal, qui vous donne une « mission que les circonstances rendenturgente. Cette urgence « est mon excuse pour la démarche peu régulière que \e viens « faire auprès de vous, afin de vous prier de vouloir bien, « avant même que j'aie pu obtenir la grosse de mon jugement, « faire une visite et un constat de l'état dans lequel se trouve « le malheureux malade. Voici les termes du jugement.... » Je me suis rendu, je le répète, à cet appel ; mais je fais remarquer qu'en pareille circonstance, il serait bon d'avoir, comme dans le cas que je viens de citer, communication au moins officieuse des termes exprès du jugement.
D'autres fois, le jugement n'est ni signifié ni même levé, et cela avec l'autorisation et même d'aprèsle désir du président, en vue de ne pas augmenter les frais et de gagner du temps. On verra bientôt en effet quelle est souvent l'interminable longueur des procès de cette nature.
Le médecin expert est, dans tous les cas, en ce qui concerne la procédure, dégagé de toute responsabilité.
Un point qui le touche davantage, est celui qui se rapporte à la prestation de serment.
36i DE l'expertise médico-légale.
En thèse générale, le serment est obligatoire ; il doit èire prêté devant le président de la chambre du tribunal qui a prononcé le jugement. L'expert qui a préalablement donné jour et heure à l'avoué pourcette opération reçoit assignation, en môme temps que les parties et leurs avoués respectifs, à comparaître dans le cabinet du président pour avoir à prêter serment, dont acte est donné, et qui sera toujours mentionné dans le rapport. \
Mais cette règle n'est pas sans exception : Texpert est quelquefois dispensé du serment, le plus souvent quand il est commis par ordonnance de référé, vu l'urgence; plus rarement quand c'est un jugement ou un arrêt de chambre civile qui le nomme ; mais, dans ce cas, la dispense du serment est énoncée dans le dispositif du jugement ou de l'arrêt, avec cette mention expresse que la dispense a lieu du consentement des parties. Et il est d'une extrême importance qae l'expert, dans son rapport, n'omette pas d'indiquer celle double circonstance dans les termes suivants : Nous, soussigné, etc., dispensé du serment y vu l'urgence, ou dispensé du serment^ du consentement des parties. Il m'est arrivé, dans un procès oii la compagnie d'Orléans avait à se défendre contre une demande d'indemnité considérable à Voccasïon d'un accident de chemin do fer (obs. XXIX), de voir cette compagnie se refuser à la dispense de serment que le tribunal était disposé à prononcer. On peut juger par là combien il est nécessaire pour l'expert d'énoncer à la fois la dispense et le consentement des parties.
J'ai dit qu'il était sans grand inconvénient de procédera l'expertise, ou tout au moins à la visite et aux constatations qu'elle impose, avant la signilication du jugement, et sur la simple communication faite par l'avoué.
Il n'en serait pas de même si le jugement qui ordonne l'expertise était frappé d'appel. J'avais moi-même, dans un cas que j'ai cité (obs. L XXV), visité un blesséj en exécution d'un jugement dont, sans que j'en eusse été informé, l'une des parties avait appelé. Mon rapport, déjà déposé, me fut retourné par l'avoué, qui me fit savoir que mon rapport