‹ Étude médico-légale sur les blessures, comprenant les blessures en général et les blessures parChapitre 54 sur 82 · BLESSURES PRODUITES PAR LES MACHINES · texte numérisé non relu

BLESSURES PRODUITES PAR LES MACHINES

cette nature ^; on peut juger du personnel considérable d*oiivriers qui sont exposés au danger que fait courir Tusage maladroit ou la disposition malentendue des moteurs mécaniques.

Dans les grands centres manufacturiers, ces accidents sont de tous les jours, et je ne peux mieux faire que de rappeler ici les premières lignes du rapport remarquable présenté à la commission administrative des hospices de Lille par M. Loiset, sur la fréquence et la gravité des blessures occasionnées par les machines à vapeur employées dans les établissements industriels.

« Il entre fréquemment à Thôpital SaintrSauveur de jeu- « nés ouvriers des deux sexes ayant les mains ensanglantées « ou mutilées ; d'autres dans Tàge adulte sont couverts de « contusions ou atteints de fractures; il en est dont la peau « et les muscles sont en partie dilacérés. Enfin, des pères de u famille plongés dans la stupeur et offrant Taspect cadavé- « nque sont amenés sur des civières. Nous remarquerons que « ces malheureux ont un bras, souvent le droit, complète- « ment broyé ou arraché. »

Le même rapport donnait des chiffres bien propres à montrer Fétendue du mal.

« Dans l'espace de cinq ans, de 1847 à 1852, cent vingt «< établissements industriels ont fourni ensemble, à Thôpital « Saint-Sauveur de Lille, Ténorme quantité de 390 blessés, « sur lesquels 12 sont morts, 339 ont été guéris ou sont en- « core en traitement, et 39 ont été amputés ou sont restés « estropiés ; encore ne compte-t-on pas les individus morts « au moment même de Taccident. Dans ce chiffre de 390, « les blessés provenant des ateliers munis de machines à va- « peur figurent pour 321. * »

On ne peut nier que ces accidents et ces blessures observés dans les fabriques soient souvent le résultat d'une imprudence de la part des ouvriers; mais ceux-ci en conviennent rarement, et leurs parents ou leurs conseils ne manquent

1. A. TardieQ, Dictionnaire d*hygiàn$ publique et de salubrité, !• édit. Paris, i86S, t. il, p. 596, art. Machines a vapeur. S. La coUectioo^ ai précieuse à tous égards, dea Bapportê det Conui l

guère de les attribuer à la mauvaise disposition des appareils, ou à la nature du travail, également imputables au patron ou à ceux dont il répond. De là des procès en responsabilité, des demandes d'indemnité qui se reproduisent très-fréquem- .ment et dans des conditions à peu près toujours identiques, qu'il importe au plus haut degré de faire connaître aux médecins légistes appelés nécessairement à intervenir dans ces goirtes d'alfaires.

Les causes les plus ordinaires des accidents produits par les moteurs mécaniques, sans parler des machines à vapeur elles-mêmes et des dangers qui naissent du générateur et de la force motrice trop souvent mal réglés et mal dirigé^, sont le choc des roues de volée et des arbres de '.transmission, qui ne sont ni bien recouverts ni sufilsamment garantis, ni placés dans des ateliers assez spacieux; les engrenages multipliés

qui existent entve les .divers rouages «des machines et des

^hpgiene et \ie talubrité du département du Nord fourait iee plus précieai

^•lMeigaemeat8 sur aette grave question dies accidents. détecminés par Ws machines^ qui a eu de tout temps un si grand intérêt pour la populltioo ourrière de ce département. Outre le travail de M. Loiset que je viens de citer, on y trouve non-seulement des oas^particuliers'en vgrand nom-

ibre, mais encore deux rapports étendus de M. Gosselet (pour les an> nées 1853 et i85i) sur Tensemble des faits : on y voit les preuves de la sollicitude des autorités locales et des membres si éclairés du Conseil central d'hygiène de Lille, dont Tinitiative, énergiquement appo^'ée par le Comité consultatif d*hygiône publique institué près le ministère de Tai^rrculture et du commerce^ avait abouti à la présentation d*un projet ée loi ssoumis à T Assemblée législative en 4809 6t raalheureusemeul demeuré sans résultat. Il est très-intéressant, au, point de vue spécial de cette étude, de faire connaître une mesure ordonnée à la date du i9 juin

^MS3 par le préfet du Nord et qu'il exposait lui-même en ces termes :

««'filii: attendant que la loi:ait pourvu à :uue n^cetsiiéiaussi incontestable, «/j)ai, suivant le vœu du .Conseil central, obargé les commissaires de « police de constater désormais les accidents de cette nature par des

«^rapports circonstanciés que Je déférerai d VûutorUé jwheiairû ehnque « fois que le fait pourra être imputé direêiemerU tuimdiretêewîent au dufde « C établissement^ soit par rinsuffîsance des locaux, soit par les mauvaises « dispositions des appareils, ou toute autre cause, etc. » Le Conseil

•d'hygiène .de (Lille. s'associait Jà tette mesure 'encvotant ATunanimité un prpjet de réglementation des manufactures, usiner, fabriques et ateliers mus par des moteurs mécaniques, avec cette condition expresse : « que

Mctcut^cfident résultant de rinezéctttion des dispositions 'précédentes « soit poursuivi d*ogi-e parapplioation des arttdas 3i9 jttSaO du Code « pénal. »

ISLESSimES PRODUITES PAR UBS MilGHINES. *B99

moteurs, et qiiî, s'ils ne sont pas exactement recouverts et protégés, peuvent au moindre faux ntouvement saisir le 'bout du doigt, puis, par une irrésistible force d'entraînement, la main et le bras tout entiers; le nettoiement des métiers sans arrêt préalarble de la machine; ru8Qge>tle vêtements trop larges, qui donnent prise aux engrenages ; le déplacement ou le replacement des courroies sur la poulie qui fait mouvoir l'arbre de transmission pendant que la machine est en marche.

On a vu déjà le tableau effrayarit que M. 'Loiset traçait de ces terribles accidents; j'en empruille qtrélques traits nouveaux aux beaux rapports faits pih* "M. -Qosselet plusieurs années de suite au Conseil central d'hygièticet de 'salubrité de Lille. Deux jeunes gens de sei^e à dix-huit ans sont précipités, broyés sur le sol après avoir tourbillonné autour d'un arbre tournarit, l'un cinq fois, l'autre .plus de quatrevingts fois. Une petite 'fille dans un moulin, saisie par un arbre tournant, a les genouoc broyés sous les yeuxde sa mère. Un ouvrier de quarante-sept ans, 'travaillait d«ns une filature à graisser un rouage mouvant, est saisi 'parune courroie, entraîné sur Tarbre de couche, oii il a la'tête^broyée et où son cadavre reste attaché jusqu'à ce qu'on arrête la machine. Un chauffeur tombe dans la fosse de la'roue de volée, le bras droit est fracassé, le crâne ouvert. Un aiitre, sous l'action d'une poulie, a les vertèbres luxées, 'et meurt d'une déchirure de la moelle. Un jeune ouvrier mettait de l'huile autour de l'arbre de transmission séparé xie la voûte de 45 centimètres seulement; saisi par la blouse, il tourne avec l'arbrC; se fracture lacuisse gauche et laisolonne vertébrale et succombe.

J'ai vu à'Paris quelques-uns de ces accidents' funestes, et plusieurs fois j'ai fait l'autopsie d'ouvriers dont 'la tête savait été écrasée par des machines ; j*âi vu des doigts emportés, un orteil, un bras arrachiés par des engrenages, la main éTcrasée, le bras déchiré par les rouleaux des' presses thez deux jeunes apprentis typographes, des'fr»!tures'miiitiiiles enfin produites par les mx5t!?ursmiécaTiiqu«8,*6rt, dane'le »plu-

part de ces cas, les mêmes contestations entre la responsabilité des patrons d'une part, et de Tautre llmprudence personnelle des ouvriers.

Article VU. — Brûlures accidentelles.

J'ai parlé déjà des brûlures qui peuvent être produites, soit par la vapeur, soit par le feu dans les accidents de chemins de fer; j'ai à dire ici quelques mots de celles qui résultent, soit d'une imprudence dans le travail de certaines fabriques, soit du contact accidentel d'une substance corrosive. 11 me restera à parler de celles qui suivent les explosions et les incendies.

11 n'est pas très-rare de rencontrer des accidents produits sur des enfants par des liquides corrosifs laissés imprudemment à leur portée. Quelquefois ils en avalent et meurent empoisonnés; d'autres fois la liqueur se répand sur le visage, le cou, les mains, et y fait des brûlures profondes qui se ferment lentement et laissent après elles des cicatrices difformes ou qui atteignent les yeux et peuvent détruire la vue. Dans ces cas, la responsabilité de si graves blessures peut remonter jusqu'aux personnes à qui est confiée la garde des enfants.

La chaux préparée dans des chantiers de construction, lorsqu'on n'emploie pas la chaux hydraulique et que les bassins ne sont pas suffisamment entourés, peut brûler aux pieds et aux jambes les passants qui s'y engagent par mégarde.

Dans certaines fabriques, les brûlures constituent un accident fréquent et redoutable. Dans les fonderies, le métal en fusion, atteignant les extrémités des membres, les emporte comme un projectile lancé par la poudre à canon.

J'ai cité (obs. XGV) l'exemple d'un homme de peine employé dans une fonderie, et que la fonte avait moins gravement brûlé : le pied était labouré par des cicatrices profondes, et recouvert d'une peau amincie et violacée dans laquelle la circulation capillaire semblait interrompue; des

BLESSUHES PAR COUPS DE FBU. iOi

aeHMrences unissaient entre eux tous les orteils; l'articulation tibio-tarsienne était roide et en partie immobile. Il existait à la cuisse et à la jambe des traces de brûlure superficieD» produite par les vêtements enflammés.

Dans d'autres usines où Ton trayaille les liquides en ébol* lition, les ouvrier» sont très-exposés, soit à des chutes dans les chaudière», soit au contact de la matière bouillante ; telles sont les distilleries, les sucreries, les brasseries, les: teintureries, les savonneries. Les comptes rendus des travaux des conseils de salidn^ité du Novd en renfermeni plu* sieurs cas, et montrent les efforts qu'ont fait ces conseil» pour prévenir de semblable» accidents, en couvrant l6& chaudières de tories mélalliques ou en les entourant de ba^ lustrades.

Un chauffeur de distillerie, fatigué da travail de la moissoDv vint se reposer et s'endormit sur la plate-forme d'une cbau-' dière contenant des vinasses. Réveillé bientôt par la chaleur^ il fkit un pas dans le vide et tombe dans le sirop en ébulli^ tion; il expire après quarante et une heures d'atroces sou£* frances.

Un ouvrier teinturier, occupé à charger une chaudière, pose le pied sur une planche ou plate*forme mal assujnée, qui, par un mouvement de baseule, le précipite dans kt teîi>ture en ébullltion.

J'ai moi-même rapporté (obs. XdV) robserraticni' d*ani jeune apprenti savonnier tombé dans une chaudière de savon' bouillante, et qui survécut à cet horrible acddent. ,Tout loi corps cependant avait été atteint, et présentait à divers degrés des brûlures, le» unes encore owertes, les autres i peine fermées après^ quarante jours*

Artiels Vni: — Bteasnraii pracr coups do ffim.

Je ne dirai que peu de diose des blessures psor eoups^ de»

fbu, non pas qpi 'elles ne saieflft très-fréquentes — on sait dci

combien d'imprudences Hss armes à fbu s/otiit llustrumenf,

— mais parce qu*elles n'offi^iit rien db bbn psrtieidier au

Tabdibu, Bkuuns. S6

sLons, OU, enflammée elle-même» communiquée le fea aux vUemenis ou. «bjeU qu'elle toucbe.

Artiole IX. ^ Blessuores aoof deniellas par inoendia et eKptosioxi de gas, de Tapeur on de mattèraa azpIosIbleeL

Les explosions, les incendies, constlluent un g^nre d'accidents très-particulier : je ne parle que de ceux qui survieiw* neat dans les villes et dans les établissements industriels qui s'y trouvent.

I |w. — CATASTROPHES DANS LES ISflS*

Je laisse de e^ les grandes catastrophée qû sarvienneat duasles mines, non pas queces aQGidenlan'aieAt.ea eux-mêmes on. grand intérêt, maia parce q]ue je. n!eaai pas absen'^„et que d'ailleurs, au point da vue de la. môdeeiBe légale, ils ÔŒrenJt la plus complète analogie et, pe«veai être coaCoadus ay^coettx dont il &*agit loi*.

I 2f . "^ ifCEiiBiKa smpusft. '

Je nm reviendrai* pan sur lea iueendiei simpits aï sor ka brûlures qui en. sont lea effets les plu» oïdinaÎNi. J'aî é'aii- ]#an «DBsaeré ma mémcdie apédal à l'étedu. àm Ueesoies qui qéeultefil da ce: genra d'aoeidanto, à l'oecaflioa d'an grwm flsnIstM lyuî état liai» à Pari» au iBOtt de novenibr» 1053» ^ Bfe jai crois. poAVQkr naa contenter de. Bteumar laa amcIuBions pratiques que j'avais cru pouvoir tirée dttces*]iecherches.

Si. nous charehon» à tirer de» fiait» dié». cpael^ei coaclasicms pratique»; et aï dana eabui aais.pM»#iiB en revue ks dîSérentsr orgaaa», eir. asalyecat lea lésiêa» qufila présentaai» nous Yo^na que^ abetiBctioft faîlci de. la dmêa relative de r^nposition dû cospe $m bov ke effefta 4» te acnihaalia» préleateniuiiet oeosiaaOT) et uaar aotttogîe' Ue»v ^ 4**^1 nwB MfBtkdo signaA»;

I/^^obonnMttoMfel to» cscfédenaM raiaAfU 2 Vi

Ou diffénnlêi du forpf kumam {Ann, à'kffg^ pM. 2* iéri«^me I, p. 370).

de la comtesse de Gœrlitz i ne portèrent guère que sur les parties extérieures et sur quelles portions do squelette ; tes nôtres sont plus complètes e4 s'étendent jusqu'aux viscàres «ux-mémes.

Le premier effet qui se montre dans toutes les parties molles, c'esï]^ diminution de volume. La chair mnsculaiiie, les poumons, le cœur, les reins, le canal intestinal, otftemi dans leur ensemble ce caractère commun, qui varie d'ailleurs dans la forme, suÎTant la constitution «t la situation de diacnn des organes, li est, à cert égard, tine remarque importante à faire, et qui n'af ait pas échappé à la sagacité «Au docteur de SiébcSd :

C'est que les parties molles qui recouvreiA le corps <caaimencent par rôtir plus oufnoins longtemps, suinrant l'embonpoint du cadavre, jusqu'à ce qu'elles se dessèchent, ^se fendillent et se carbonisent ; les tissus ain^ carbonisés devien^* nent mauvais conducteurs du caloricfue. et garantÎBsent pendant ttn temps plus ou moins long les parties sousjacentes de la destruction. De cette façon la con^ustion se transmet lentement de la surface «nx organes profonds, et les parties atteintes par le feu ont la couleur ^et la consistance du charbon. C'est à cette ^sirconfitance que l'on doit ^e Tetrouver dans un état c?« conservation inattendu les ^s- ^ères internes, et de pouvoir apprécier non-seulement leur nature, mais encore leurs principaux 'oaraictères de «trocture et souvent même leurs lésions particulièreB. On leomprend toute l'importance de ce résultat, qui 'permettnrît Toème, dans des cas d'incendie presque oempkft, ia conittatation d'une plaie ou d'une blessure quelconque du cœur, des gros veis- 'seftux ou de tout autre organe.

n est bon, -au poifit de vue spécial «de l'identité^ de se prémunir contre les -eiuuices d'erreur qui peuvent résalAer de cette rétraction eonsidéofable '4es iissna. L'oecaaion dlappli-

1 Tardien «t -Rola, JMiliof» «léAvo-iffoIf de tUm»mmtd de la mmiutê de Gœililz, accompagnée de notes et de rèflexione pourtervir à l'hieioùrede la tambtution humaine spontanû {Ann. d*hyg, tome XLIV, p. 101, 361, et tome XLV, p. 99).

quer cette remarque se présente dans les incendies qui accoiB' pagnent quelques-uns des grands accidents de chemins de fer. Ainsi le cœur d'un adulte est, en apparence, réduit aux proportions du cœur d'un enfant de dix à douze ans. Et cette diminution de volume ne porte pas seulement sur les organes musculeux ou parenchymateux, elle atteint le tissu osseux lui-même, et nous l'avons vue portée au plus haut degré sur les membres, sur les mains, sur la tète, qui, dans le cas soumis à notre observation comme dans les expériences de BischofT, se sont montrés racornis au point d'offrir des dimensions deux ou trois fois moindres que dans l'état normal. Et bien que cette réduction de volume coïncide souvent avec une carbonisation plus ou moins complète, elle peut aussi être observée sans que la combustion soit arrivée à un degré aussi avancé. Le poids diminue en même temps que le volume, et nous avons vu le cadavre d'un enfant nouveau-Dé^ à terme, ne plus peser que 1 kilogramme 260 grammes.

Une autre conséquence de ce fait qu'il n'est pas moins important de noter, c'est que dans les recherches qui portent sur des débris plus ou moins informes retirés d'un foyer de combustion, il ne faut pas s'arrêter à l'apparence, mais au contraire fouiller dans les replis les plus profonds de ces masses charbonneuses, au milieu desquelles une parUe in* tacte peut servir de point de repère et mettre sur la voie de constatations plus complètes. Nous citerons à cet égard la découverte que nous avons pu faire des organes sexuels d'un des cadavres trouvés dans les décombres de la rue Beaubourg.

A côté de ces parties déformées et plus ou moins profondément altérées dans leurs formes et dans leurs dimensions, il en est qui résistent d'une manière vraiment extraordinaire. Ainsi, même sur des surfaces complètement carbonisées, il nous a été possible de retrouver, dans tous les cas, des poils roussis, mais encore adhérents, et très-facilement reconnaissablés.

La chair musculaire offre tous les degrés de cuisson qu^acquièrent les viandes grillées et rôties. Dans certains points.

elles sont comme momifiées et parcheminées. C'est là le caractère dominant dans les cas semblables à celui que nous avons cité et où la chaleur a agi lentement et sans action directe de la flamme. Elle peut alors être portée au plus haut degré.

Le cœur participe à cette altération. Quant aux poumons^ nous les avons trouvés ici complètement desséchés, mais d'une structure plus compacte, d'un tissu plus dense et comme splénisé. Lorsqu'il y a eu momification, les viscères sont alors réduits à une lame très-mince et très-dure, semblable à du carton.

L'altération la plus remarquable était celle du sang contenu soit dans le cœur, soit dans les vaisseaux. Par sa consistance et sa couleur, il rappelait de la manière la plus exacte la matière grasse et colorée qui sert à l'injection des préparations atiatomiques. Nous ne saurions trouver une comparaison plus juste que celle du suif solidifié et de la couleur du plus beau carmin. Il remplissait d'ailleurs complètement les cavités du cœur et des artèreâ.

Notons encore les caractères de la substance cérébrale, La dure-mère, en éclatant, en laisse échapper une partie ; mais dans les portions qui restent enveloppées par les méninges, on trouve une masse blanche, analogue à un ris de veau mal cuit, et traversée par des vaisseaux dont le sang solidifié marque le trajet. Le docteur de Siebold a donné une explication très-exacte et tout à fait saisissante de la manière dont le feu agit sur la tète.

« Si l'on se représente, dit-il, la flamme entourant toute la tète, il a dû se produire une haute température ; et pour peu qu'il se soit écoulé un assez long temps avant que le feu ail pratiqué dans le crâne un trou à travers lequel aient pu s'éohapper le cerveau et le sang, il est possible que les liquides soient arrivés à l'ébuUition, et aient déterminé par leur extrême dilatation une fêlure à la botte osseuse. Le crâne a pu, du reste, se fendre par l'action de la chaleur, ainsi qu'un verre qu'on y expose. »

Nous arrivons, en effet, à l'un des points les plus intéres-

408 €ARA.CT&a£8 CUÊNÉaAUX DiES BLESSURES.

sants de celle question, à Télat d^i squelette. Outre le deoércbement, la rétraction du tissu, la diminution de longueur et de volume, la carbonisation plus ou moins complète que peut oSrir le système osseux, il présente encore très-souvent des fêlures, des fractures même dont il est de la plus haute iinporta&ce de bien pnéciser TorigiAe et les caractères spéciaux, .afin de distinguer les lésions qui peuvent éUve le résultat de violences criminelles de celles qui sont produites par Taction «Lu feu.

A cet égard,'il £aut bien le reconnaître;, les expériences do procès de Gœrlitz laissent encore beaucoup à désirer^ et nous ne sommes pas nous-mème en mesure de combler cette lacune. Nous nous bornerons à faire remarquer que les os longs, brisés dans leur continuité, le sont tous obliquement, et qu*au niveau de la fracture le tissu osseux est complètement réduit «n charbon. Les o& plats sont secs et très-cassants, parfois amincis, racornis et réduits à lune des lames externe ou interne. Mais lorsqu'il y existe des iissunes, celles-ci, dans les cas que nous avons cités, n'intéressent en général que Tune des tables de Tos, et la fracture n'en pénètre pas toute 1 épaisseur.

On comprend que les chairs se présentent sous un tout autre aspect, quand les fractures ont précédé la combustion. Nous en avons donné un exejnpie tout à fait probant dans inobservation du petit cadavre momiûé par suite de l'exposition prolongée à la chaleur d'un calorifère. Dans ces conditions, il est vrai, l'action lente du feu ne devait pas amener l'éclatement de la boite osseuse. Mais on se rappelle les caractères très-tranchés de la fracture, qui ne pouvaient laisser de doute sur son origine, alors même que les dimensions de l'espace où le corps était renfermé n'eussent pas clairement établi l'écrasement préalable de la tète du fœtus.

Enfin, les cartilages et \gs dents résistent beaucoup {ius que les parties osseuses.

JNous n'étendrons pas davantage ces considérations, que nous avons voulu restreindre à l'analyse des faits observés, afia de le«r assurer» si elles n'ont pu épuiser et jnésoudt« dé-

finitivement La question, le mérite d'exactitude et de précision d'une description anatomique.

Les incendies ne produisent pas toujours la combustion de ceux qui en sont victimes.

Ils peuvent! déterminer des Jbilessures diverses par Técroulement dfis édifices, les chutes faites dans une fuite précipitée par les ouvertures d'un appartement quelquefois trèsélevé.

Ils peuvent encore laisser les formes intactes, et faire périr par asphyxie les personnes exposées aux vapeurs et à la fumée qui se dégagent du foyer de l'incendie.

C'est ce que l'on observe dans ceux qui suivent la conflagration de certaines substances explosibles et incendiaires, comme le pétrole ou le gaz. Ces accidents, âûnt le nombre va croissant malgré les sages précautions prescrites par l'autorité, déterminent, on l'a vu par les exemples que j'ai cités, des lésijons de plus d'un genre, asphjTcie, brûlures étendues et profondes, et enfin écrasement et broiement des parties atteintes.

§ 3. — Explosions de cuaudières de machines a vapeur, d'appareils de chauffage et de ventilation.

Les faits que nous avons cités (obs. CVI, CVII, et CVIII), donnent une idée très-complète des accidents que peuvent produire les explosions de machines à vapeur et des appareils à eau chaude, dont il serait superflu de multiplier les exemples, fréquents d'ailleurs dans les grandes usines.

§ 4. — Explosion de produits caduques.

U en est d^autree qui sont dus à l'explosion de ceriakis produits chimiques dont la fabrication, la conservation et le transport constituent un danger pour les fabriques ellesmêmes et pour leur voisinage. On a de tout temps signalé les coups de mine, le maniement des matières fulminantes comme des causes d'accidents d'un caractère exceptionnellement grave.

Durant le siège de Paris, lorsque les obus prussiens pleuvaient sur noire héroïque cité, l'imprudence vint ajouter .aux désastres du bombardemeiiL A plusieurs reprises des pro-

jectiles, qui n'avaient pas éclaté en tombant, ramassés et maniés sans précaution, ont fait tardivement explosion et frappé cruellement des malheureux qui périrent victimes de la plus maladroite curiosité.

Dans le même temps, la fabrication dans la ville même de projectiles explosifs destinés à la défense a amené la destruction de plusieurs établissements et la mort de ceux qui les dirigeaient.

Mais un des plus terribles accidents de cette nature est certainement celui dont le magasin de M. Fontaine, place de la Sorbonne, a été le théâtre dans les premiers mois de Tan' née 1869, par le fait d'une explosion de picrate de potasse. Tous les efiet& qu'ils peuvent produire se trouvèrent réunis dans ce cas, dont j'ai donné la relation détaillée (obs. GIY) : mort par contusion du cerveau d'une jeune fille qui 8*élanç& par une fenêtre ; carbonisation complète du corps de Tune des victimes, surprise dans la cave et brûlée par l'incendie que l'explosion avait allumé; broiement, mutilations, dilacérations sans pareilles des cadavres retrouvés en débris, Tun lancé à travers la place et coupé en deux par un des bancs dont elle est entourée ; des lambeaux de peau déchiquetés, des fragments de membres et de substance cérébrale projetés aux étages supérieurs d'une maison située à l'autre extrémité; un corps tout entier réduit à quelques portions du squelette auxquelles adhéraient à peine d'étroites lanières de chairs noires, desséchées, comme en charpie.

Mais rien n'égale en fait d'accidents de ce genre la catastrophe qui a eu lieu le 5 février 1871 sur le chemin de fer de Marseille à Toulon (obs. GXI).

Article Z. — Blessures produites par des projectiles imprudemment lancés en des chocs accidentels diveri»

Déjà, dans les articles qui précèdent, j'ai signalé le$ effets des projectiles lancés par les armes à feu, ou des chocs produits par des corps contondants et lourds ; je n'ai à jouter ici que quelques détails concernant principalement

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