‹ Étude médico-légale sur les blessures, comprenant les blessures en général et les blessures parChapitre 55 sur 82 · DES PROJECTILES IMPRUDEMMENT LANGÉS · texte numérisé non relu

DES PROJECTILES IMPRUDEMMENT LANGÉS

les blessures produites par des objets plus ou moins résistants lancés de loin avec une grande force, soit avec la main, simplement, soit avec une fronde, une sarbacane ou tout autre moyen analogue; et aussi les blessures que peut se faire un individu maladroitement poussé sur quelque objet dur ou acéré.

Le plus ordinairement il s*agit d'une pierre, d*un caillou, d'une balle, d*une bille, d'un marron, d'une toupie, lancés dans un jeu d'enfant ; et presque toujours c'est à l'œil qu'a été atteinte la personne qui se plaint. Ce qui s'explique d'ailleurs très-naturellement par l'innocuité qu'offrirait, dans tout autre point, le choc des projectiles lancés de cette façon.

Je me rappelle très-bien avoir vu, étant au collège, un de mes condisciples perdre un œil par suite d'une blessure faite par la pointe de fer d'une toupie.

Les contusions sans plaie du globe oculaire peuvent avoir des conséquences aussi funestes. Elles déterminent, au pre* mier moment, une douleur des plus vives et peuvent amener, soit sur le champ, un épanchement de sang dans la profondeur de l'œil, soit plus tard, une inflammation consécutive qui compromettent également la vision.

Cependant, dans les cas de ce genre qui ont été fournis à mon observation, et où il s'agissait de simple contusion du globe de l'œil pour laquelle des dommages-intérêts considérables étaient réclamés, l'épanchement du sang qui s'était formé primitivement dans l'intérieur de l'œil s'était résorbé dans un espace de temps assez court, quelques semaines seulement. On ne peut donc admettre que ces accidents soient fatalement suivb de la perte ou même d'un affaiblissement de la vue. Pour qu'il en soit ainsi, il faut que des exsudats plastiques se soient formés soit dans l'épaisseur du cristallin, soit au-dessous de la rétine, soit dans la chambre antérieure, en un mot, qu'il y ait dans les éléments constituants de l'œil une lésion persistante facilement reconnaissable par l'examen ophthalmoscopique.

L'amaurose ou la paralysie du nerf optique consécutive à

une contusion résultant du choc d'un projectile, ne se produirait pas à Fétat d*inflrmité sans que Ton découvrit quelque lésion dans la circulation ou dans la structure même de la rétine.

Les suites de coups produits par des corps durs, lancés arec force, ne se bornent pas toujours à des effets locaux. ^nHj ait eu ou non plaie des téguments de la tête ou de la face, il peut se développer des inflammations avec formation d'abcè* profonds. J'en ai observé, dans de semblables conditions, qui s'étaient étendus jusqu'au fond de Torbite et des sinus frontaux et maxillaires. Un jeune élève très-dirtin^é d'un grand lycée de Paris a eu la vie sérieusement mise en danger par une affection semblable, et a dû sa guérison à un traitement chirurgical énergique et intelligent dirigé par notre regretté collègue Pollin. On comprend que, dans ces cas, la propagation de l'inflammation vers les méninges et Tîntérieur du crâne soit toujours à craindre, et puisse constituer une complication promptement et fatalement mortelle.

Ce n'est pas à rœil exclusivement, ni à la tête, que Ton rencontre des blessures accidentelles produites par un curps lancé avec force.

Ten ai vu peut-être encore de plus graves au ventre. De ce côté, les contusions violentes ne sont jamais sans danger, et si un coup de pied peut déterminer la déchirure de l'intestin, ainsi que j'en ai observé un cas déplorable chez on petit garçon de huit ans, frappé à mort par un camarade on peu plus âgé, à sa sortie de l'école, à plus forte raison le choc d'un poids considérable, encore accru par la vitesse du mouvement acquis, peut avoir les plus funestes conséquences.

J'ai eu, il y a peu d'années, à faire l'autopsie d^'un jeune garçon dans un grand institut des Frères, à Paris. Cet enfant, au milieu de la récréation, courant sans y prendre gard»*, traversa l'endroit où était installée une escarpoletl*^ q"i. lancée à toute volée par d'autres écoliers, et redescendant avec toute sa force, au moment où il passait, l'atteignit au bas*ventre et le renversa. L'intestin avait étë rompu sur le

BLESSURES FAITES PAR LES AlflHAUX DOIBSTIQUES. 413

coup, et une péritonite suraiguë emportait le pauvre enfant au bout de quarante-huit heures. Ce malheur imputé, par des parents irrités, à la négligence et au défaut de surveillance des directeurs de l'école, donna lieu à un grave procès en responsabilité, qui, après de longs incidents, aboutît à une un de non-reeevoîr.

Des blessures moins graves, des contusions à divers degrés peuvent atteindre,* dans des conditions analogues, à peu près toutes les parties du corps indistinctement. Il serait superflu de s'y arrêter.

Je ne dirai plus qu'un mot des hémorrhagîes, parfois mortelles, qui peuvent suivre soit le choc d'un instrument aigu lancé imprudemment à une certaine distance, comme un couteau ouvert, un canif, des ciseaux, soit la chute du corps .sur la pointe d'une arme quelconque ou sur un éclat de vitre brisée. On a pu remarquer, dans les observations recueillies au début d« cette étude, le cas malheureux (obs. GXIY) d'un marchand de vins, qui eut le creux axiltaire traversé par un éclat de verre provenant d^un carreau contre lequel l'avait poussé la brutale maladresse d'iin ivrogne, et qui succomba à une hémorrhagie foudroyante produite par la lésion de l'artère.

Ji ArCioltB XI. -- BIeMiir€fva€wM«nt«lltMftdtès(par>Mr

Qn n'a pas oublié la disposition expresse de la loi qui fkit peser sur le propriétaire d'un animal, ou sur celui qui s'en sert, la responsabilité des dommages que L'animal a causés, soit qu'il fût soua sa garde, soit qull fût égaré ou échappé. Déjà j^'ai fait connaître quelques-unes des circonstances dans lesquelles peut être in^oqjaée cette responsahiKté à l'occasion d'a«eideiitii de voitures, et de blessures produites par des chevaux emportés ou mal dirigés» D en est d'autres encore qpi doivent être, rappelées ici.

Mais il coovieni de ftdre remarquer d'abord que ce ne sont pas seulement les chevaux qui peuvent faire du mal et engager la responsabilité de leur maître :

414 CAfiAGTÈRES GÉNÉRAUX DES BLESSURES.

Les chiens, les chats, les bestiaux mal surveillés, tous les animaux domestiques, en un mot, ont été souYent la cause d'accidents d'une certaine gravité.

11 suffit de rappeler les blessures terribles faites par des taureaux, par des bœufs, échappés et furieux, qu'on trouve en grand nombre dans les recueils de chirurgie : éventration par des coups de cornes, fractures ou contusions résultant de la projection en Tair ou du piétinement; les coups de pied donnés par des ânes ou par des mules; les enfants dévorés par des porcs ; les morsures profondes et parfois les mutilations faites par des oiseaux de volière ou de bassecour; le perroquet, le dindon, Toie, le cygne.

Je ne prétends pas énumérer tous les cas de ce genre qai peuvent donner lieu à des poursuites judiciaires ou à des procès dans lesquels les constatations du médecin légiste sont indispensables.

Mais je ne peux passer sous silence les faits les plus communs, ceux dans lesquels il s'agit de morsures faites par des chevaux ou par des chiens; les exemples en sont tellement fréquents et connus quïl est à peine besoin d'en citer; cependant, il est bon d'insister sur les suites qu'elles peuvent avoir.

Le plus souvent, les dents du cheval atteignent quelque point des membres supérieurs, l'avant-bras de préférence. La force considérable des mâchoires de l'animal complique la plaie des parties molles du broiement des os ; la blessure est d'ailleurs double et se trouve dans des points corresponâants de chaque côté du membre blessé. La cicatrisation peut s'opérer facilement et sans conséquence fâbheuse. Mais, dans d'autres cas, la main mordue peut rester infirme par la formation de brides adhérentes et l'ankylose incomplète des articulations, qui rendent impossibles les mouvements de flexion des doigts. J'ai rapporté le cas très-intéressant (obs. CXX) d'une double morsure faite au bras par un cheval, à la suite de laquelle étaient survenues l'atrophie des muscles de Favant-bras et la rétraction des deux derniers doigts de la main. G*est là, en effet, une des conséquences les plus f&-

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cheuses des morsures de cette espèce, de déterminer la lésion des nerfs du membre blessé, et par suite des troubles de la nutrition et de la motilité qui constituent de graves infirmités.

Enfin, le broiement des os peut nécessiter Tamputaiion, soit d'un doigt, soit d*un membre.

Et alors même que l'opération n'a pas été jugée utile ou opportune, la morsure elle-même peut amener la mort, en se compliquant, soit du tétanos, soit de fièvre purulente.

Les morsures de chien n'ont pas en général autant de gravité, sauf les cas de complication de la nature de celles que je viens d'indiquer. Elles se bornent en général à faire de petites plaies plus ou moins profondes aux mains, aux avant-bras, aux mollets, quelquefois au visage, et la guérison s'opère en général assez vile sous l'influence des moyens les plus simples, sans accidents sérieux.

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