EFFETS SECONDAIRES
Mais les choses ne se passent pas toujours aussi simplement. J'ai déjà mentionné les dérangements de santé véritablement graves qui peuvent survenir comme conséquence de blessures accidentelles, sans paraître en rapport avec la gravité apparente de ces blessures elles-mêmes.
Tantôt on verra survenir une éruption aiguë, un eczéma généralisé que Ton peut, sans trop de complaisance pour les idées du vulgaire, mettre sur le compte de l'émotion morale.
Tantôt c'est un affaiblissement général qui, loin de diminuer avec le temps, se prolongera en s'aggravant sous la forme d'une '.véritable cachexie. Quelquefois enfin on reconnaîtra une lésion manifeste du système nerveux, soit une paralysie locale, soit une atrophie musculaire, soit une affection convulsive épileptiforme dont il est impossible de ne pas rapporter l'origine à l'accident qui a eu lieu quelquefois plusieurs TARDUca, Bteuurêt. M
434 RÈGLBS A SUHTEB ST ÉLÉMSUTS D'APPaÉClATION.
mois auparavant. J'ai appelé TatUntion des médecins législfis sur ces conséquences encore trop peu connues des accidente graves et de ceux notamment qui surviennent dans les chemins de fer. Ce n'est pas du premier coup que Je suis arhvé à me faire une idée juste de ces cas si difficiles et si graves ai point de vue de J'expertise niédico-légale.
J'en ai cité un où J'avais, Je Tavoue, cru d'abord, avec des confrères habiles et expérimentés, à une grande exagératioD de la part du plaignant, sinon à une simulation compièle. Gelui-ci, employé des pofites, s'était trouvé dans un traiaqâ, par suite de la rupture d'un essieu, avait déraillé, et le wagon qui contenait le bureau ambulant dans lequel il se livrait à son travail aecoutamé, entraîné avec plusieurs autres, avait versé dans un ravin. Pour lui, il avait été projeté d*une extrémité à l'autre de son bureau, et était resté sur le conp privé de sentin^nt ; reveau à lui, il avait été ramené à Paiis le jour même, couvert de nombreuses contusions, mais sans lésion appréciable de quelque gravité. Depuis ce temps, la santé resta profondément atteinte, et malgré de consciencieux efforts il éemeura incapable de tout travail. 11 était constamment fatigué et ressentait particulièrement un aHaiblissement des membres inférieurs et du bras gauche qu'il finit par être obligé de porter en écharpe; les sens participaient à cette faiblesse générale, des douleurs parfois trèsaiguës se faisaient sentir de côté et d'autre, mais surtout le long de la coiomne vertébrale et entre les épaules ; l'estomac ne fonctionnait plus q^i'avoc difficulté, la mémoire avait perdn de sa force. C'est là ce que nous disait ce Jeune homme lors de notre première visite^ seize mois après l'accident. El cependant ïexamen le plus attentif, l'exploration la plus complète ne notts permirei^ d^ reconnaître aucune lésion organique; le volume des muscles et l'embonpoint ne semblaieot pas encore mvtablement diminuée. La sensibilité générale était intacte ; les mouvemdDts s'exécutaient sans difiiculté apparente. Ce qBÎi était le pkis ait^pcéciable, c'était la pàlear dn visage, un ocrlain air de langueur, et l'état saburral de la langue. Nous noius en aeriMis tenus à ces résultats à peaprès
ÉLÉMEIITS o'AFPRÉCUTIIIN MÉMGO^LÉdAIS. 188
fiégatifs consignés dans notre premier rapport, si, mieux éélairés, nous n'avions, quelqpies mois plus tard, recorma que les troubles dont s'était plaint cet infortuné n'étaient que trop r-éels, et qu'il était atteint d'une affection incurable, d'une lésion des centres nerveux, suite du grave aoeident dottt il avait été victime deux ans (soiparavanl.
Cet exemple, auquel j'en pourrais ajouter d'autres non moins significatifs, suffît pour mettre l'expert en garde contre un scepticisme outré dont les inconvénients ne seraient pas moins graves et seraient peut-être plus fâcheux encore que ceux d'une trop grande crédulité. Il faut rester bien convaincu qu'il y a tels accidents qui, outre ks lésions traumatiqaes dont ils peuvent être la cause, portent dans toute réoonomie une atteinte profonde, et peuvent laisser la santé à jamais perdue. C'est à la sagacité du médecin légiste à discerner le vrai du faux dans l'appi'éciatiofi de ces états obscurs et com-^ piexes.
§ 3. Appréciation des moyens de niAiTEKENr evpi/)Yé». Signaler l'influence qu'un traitement bien ou mal dirigé, ou le défaut de soins peureni exercer sm* les conséquenees d'une blessure, c'est énoncer une vérité banale. Il est cepen*dant impossible de ne pas insister sur ce qu'elle a de particulièrement digne d'attention dans l'appréciatioti médioo-légafe des blessures par imprudence. Il s'agit, qu'on ne l'oublie pas, dans ces sortes d'affaires, d'un dommage à réparer, et pour Pexpert de fixer l'étendcie de t» dommage et de fowmir à la justice les éléments d'ur>e réparation équitable. Or, en seraitil ainsi si le médecin commis pour examiner le blessé, constater son état et dire les conBéquences qu'a «ues ou que pourra avoir sa blessure, hMssait retomber sur l'auteur de Paccident, non plus seirlement kl responsabilité de la hlemurè, mais encore celle d rni traRement mal dirigé qui peirt être imputable au médecifi traitatft, ou du défaut de soin quiti'est que trop souvent la fait de rittourte, de l'indocilité^ Vôire même d'un calcul nrtétt^ssé de >a part dtt btosoè?
Il y a cependant, je le reconnais, queiifoè chese de tHôBdélieat pour l'expert à te prononcer sur une qocAtion dont les
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éléments lui sont rarement bien connus et qui implique un jugement plus ou moins direct à porter sur la pratique de ses confrères. Malgré cela, il ne lui est pas loisible de se soustraire à cette obligation, car elle lui est imposée non-seulement parla force des choses, mais aussi, dans bien des cas. par les termes exprès de sa mission. Il est chargé, par exemple, de « constater la cause, la nature, la gravité de la bles- « sure, la manière dont elle a été soignée^ et si Tétat actuel « du plaignant peut ou être attribué à sa propre imprudence, « ou doit, au contraire, Tôtre uniquement à raccident dont « il a été victime. »
Il faut dire aussi que l'un des motifs qu'invoquent le plo5 souvent les défendeurs pour atténuer leur responsabilité, est précisément tiré de la mauvaise direction donnée au traitement et de l'aggravation qui en est résultée au point de ^•ue des suites qu'a pu avoir l'accident. Les médecins qui les assistent dans ces circonstances et qui, naturellement, sont là pour défendre leurs intérêts, ne manquent pas d'insister sur ce point, et de contrôler sévèrement, soit les moyens de traitement employés, soit le défaut de tout traitement régulièrement suivi. J'en ai cité de nombreux exemples.
Il est à remarquer que souvent des individus atteints de blessures accidentelles très-graves, bien que n'ayant pas de ressources personnelles suffisantes, s'obstinent i se faire traiter chez eux, au lieu de se faire conduire à l'hôpital, où ils auraient trouvé des secours chirurgicaux beaucoup plus sûrs et mieux organisés; de là ces fractures qui ne guérissent qu'après un temps très-long, et qui ne se consolident que d'une manière tout à fait vicieuse. J'ai rapporté le cas d'une fracture de la cuisse retenant le blessé six mois au lit, et le laissant infirme avec un membre raccourci de 9 centimètres. D'autres quitteront l'hôpital avant d'être guéris, au bout de douze jours par exemple, pour une fracture multiple des côtes, et resteront beaucoup plus longtemps à se remettre. J'ai dû quelquefois énoncer formellement dans les conclusions de mon rapport, que les conséquences de la blessure avaient été manifestement aggravées par l*in«