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ÉLÉKENTS D^APPRÉGIATION MÉDICO-LÉGALE. 44i
même d'un dérangement de santé plus durable. L'expert saura faire la part qui revient à cette complication, en s'entourant de tous les renseignements qui pourront Téclairer sur la réalité même du fait.
Il aura moins de difficulté dans le cas de grossesse à reconnaître la cause d'une fausse couche dans la secousse parfois profonde qui accompagne certains accidents. ^G'est là un fait incontestable, et qui n'implique pas toujours que l'accident ait produit des blessures ou des lésions ni bien graves, ni trèsapparentes.
J'ai rapporté (obs. XIX) l'exemple d'une jeune dame enceinte pour la première fois de deux mois et demi, qui, se trouvant dans un train au moment d'un déraillement sans avoir reçu aucune contusion, aucun choc, sans avoir perdu connaissance, et n'ayant ressenti qu'une très-grande frayeur, fit [une fausse couche, qui n'eut d'ailleurs aucune suite fâcheuse, et dont elle se remit très-complètement et très-vite.
Je rappellerai encore, au point de vue de l'influence du sexe sur les suites des blessures accidentelles, cette nourrice (obs. XXXVIII) frappée d'un coup de timon de voiture à l'épigastre, chez laquelle se développa consécutivement un abcès du sein qui la retint six semaines à l'hôpital, et qui resta quelque temps encore dans un état d^afi'aiblissement extrême causé par le trouble de la lactation et la maladie qui s'en est suivie.
3* Constitution.
Je n'admets pas que la constitution des personnes blessées par accidents puisse modifier en quelque sens que ce soit le jugement à porter sur les conséquences que les blessures peuvent avoir. Si la personne blessée est, par sa constitution ou son tempérament, prédisposée à ressentir de telle ou telle façon la commotion ou l'ébranlement produits par l'accident lui-même, il faut admettre le fait, mais n'y voir en aucune façon un élément d'atténuation ou d'aggravation de la responsabilité qui pèse sur l'auteur de l'accident.
4* État de maladie.
Il n'en est pas de même de certaines circonstances for-
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tuiles, telles qn*un état de maladie andemie ou récente, qd peut, d'une part, exercer une influence plus ou morne directe sur la marche des lésions réssltant de Faceident, et qni, d'une autre part, peut donner lieu à une confusion véritable entre les symptômes de la maladie et les effets de Tacddent lui-même.
En exemple sur le premier poiot, je citerai le fait d'un en* ftint qui, renversé par une voiture, eut la cuisse brisée, et chez lequel une variole intercurrente retarda de près de cinq mois la guérison.
Pour le second, je rapporterai bientôt des cas où les blessés ont mis sur le con>pte de Taccident qu'ils avaient éprouTé, tantôt les symptômes d'une phthisie pulmonaire commes- ^anle, tantôt des ^malaises dus à un élat pléthorique habituel.
5** iNFlRMrrÉS ANTÉ!UB13R€S.
Quant aux infirmités antérieures^ elles doivent être prises en très-sérieuse considération ; ce serait, en effet, commettre une erreur fort regrettable d'attribuer à l'accident récent, sur lequel doit porter l'expertise médico-légale, les suites plus on moins éloignées d'une blessure antérieuie.
Les cas dans lesquels se présente cette difficulté ne sont pas très-rares , et se produisent dans des circonstances variées.
Le plus souvent, il s'agit de fractures siégeant sur un membre qui a été anciennement brisé, et pour lesquelles il importe de démêler ce qui, dans la claudication ou dans la difformité actuelle, appartient au premier ou au second acci- <ient.
Un homme renversé j>ar une voiture se casse la jambe du même côté où trois ans auparavant il avait eu d^jà la cuisse fracturée. Bien qu'il soutienne que le premier accident n'avait en rien altéré la liberté de son allure, je constate très-positivement qu'il avait laissé une incurvation marquée d<e la cuisse, et il demeure évident pour moi qu'il était déjà boiteux, mais que cette infirmité a été notablement accrue par la seconde fracture^ dont les suites ont été rendues plus fâcheuses, pré-
ÉLÉMBirTS d'appréciation MéOICO-LÉGALB. 113
ciiénient à cause de la difTormilé et de ] 'affaiblissement anté* lienr du memlDre blessé.
Un autre, également atteint de claudication, est écrasé [>arune charrette qui lui briae la cuisse du côté où il boitait; il ne guérit qu'avec un raccourcissement considérable, et il lui devient impossible d'exercer l'état qui le faisait vivre, et qui exigeait qu'il marchât toute la journée ; dans ce cas, Tintluenee comparée des deux acciéenU, et le degré d'infirmité causée par l'un et p»r l'atitre, sont établis nettement, et par le fait même.
Un vieillard de soixante-seize ans (obs. LXXIII) est renversé |>ar une voiture et se brise le crâne ; il était paralysé de tout un côté du corps, et, à l'autopsie, je constate dans le cerveau un ancien foyer hémorrbagique, lésion évidemment indépendante de l'épanchement récent qu'avait produit la fracture de» os do crâne ; la seule chose à noter dens ce cas, c'est que la paralysie dont le vieillard était atteint, avait dû l'exposer |j4u8 qu'un autre au danger d'être renversé par une voiture.
L'existence d'une lésion ou d'une maladie antérieure n'est j>as toujours aussi facile à constater. Si l'on a affaire, par exemple, à l'une de ces affections nerveuses qu'un accident grave peut provoquer, mais qui peut aussi naître spontanément, et sous l'influence d'une cause plus ou moins cachée, telle que l'épilepsie, Thys^lérie, certaines paralysies, ou encore la perle de la vue, la question peut être très-embarrassante pour l'expert ; il faut qu'il ait soin de s'entourer des renseignements les plus sûrs touchant les antécédents, les dispositions héréditaires, l'origine et la marche de la maladie, et, malgré toutes ces investigations, il sera dans plus d'un cas condamné à rester dans le doute.
Toutefois, en ce qui touche la perte de la vue, l'examen ophthalmoscopique lui offrira les plus précieuses ressources, et je dois insister sur l'utile emploi que le médecin légiste peut faire de cette nouvelle et puissante méthode d'exploration. J'en ai rapporté plus haut (obs. GXVIl) un exemple des plus remarquables qu'il convient de rappeler ici.
Un jeune maître d'études est atteint au-dessus de l'ceU .
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gauche par une pierre ; la blessure n'a pas de gravité; mai» plus tard il dit avoir perdu la vue par suite de Taccident. Or une enquête établit qu'il avait depuis longtemps Toeil trèsafiaibli, et Texamen direct, pratiqué à Taide de rophtbaimoscope, vient pleinement confirmer ce fait, en démontrant avec toute la sûreté des procédés physiques que Je fond de Toeil prétendu malade est tout à fait net, et n'offre aucune des altérations morbides qu'aurait certainement produites le choc du projectile, et que le défaut de la vision de l'œil gauche est lié non à la blessure accidentelle, mais à l'amblyopie consécutive à la déviation de l'œil qui existait chez ce jeune homme depuis l'enfance. M. le docteur Galezowski, dont on connaît l'expérience et l'habileté, et qui a publié un travail particulièrement intéressant sur les applications de l'ophthalmoscopie à la médecine légale i, avait eu l'occasion d'examiner le jeune homme dont je viens de parler. Il a résumé ses observations dans une note qu'il a eu l'obligeance de rédiger pour moi, et que je suis d'autant plus heureux de reproduire ici textuellement, qu'elle confirme pleinement les conclusions de notre expertise.
Il y avait un ptosis congénital de la paupière supérieure de rœil blessé. Ce même œil présentait une tumeur noire, de la grandeur d^un grain de chanvre, sur le bord inférieur de la cornée, qui était constituée par une portion de Tiris hernie dans la plaie cornéenne; le reste de la cornée était sain, la pupille était entraînée en bas vers la plaie. Les milieux de Tœil conservaient leur transparence. L'examen ophthalmoscopique permit de consater la présence d'un staphylôme postérieur, qui est le signe de la myopie, et un état complètement sain de la papille du nerf optique. Le malade déclarait ne rien distinguer de cet œil, pas même le jour de la nuit; il restait donc à se prononcer sur la cause de cette amaurose. La blessure de la cornée et la hernie de l'iris n'étaient évidemment pour rien dans ce phénomène. L'état des membranes internes de l'œil n'expliquait pas non plus cette amaurose. Il restait donc à décider si réellement cet œil était amaurotique et à quoi pourrait-on la rattacher.
1. Galezowski, Trailé de$ maladies det yeu«, S* édition, Paris, 1875; Bygtènê et midieinê légale, p. 909 et suiv.