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CHAPITRE HUITIÈME

Signes différentiels de l'épilepsie Vraie et de l'épilepsie simulée. — Moyens de reconnaître Tépilepsie suspecte. — Le sphygmographe. — Épilepsie alléguée. — Supercheries.

La simulation des maladies a pour causes premières l'intérêt et la passion. Elle a existé de tout temps et elle a revêtu telle ou telle forme, selon les indications fournies par les institutions ou par les mœurs de l'époque. Elle s'est perfectionnée au fur et à mesure que la médecine elle-même a progressé ; aussi est-elle parvenue aujourd'hui à un degré de supériorité qui laisse bien loin en arrière les procédés grossiers dont l'histoire nous a transmis la relation. Le médecin doit donc, en toute occasion, avoir présente à l'esprit la possibilité d'une simulation et ne jamais devenir la victime d'une supercherie compromettante pour son honneur et dommageable pour autrui.

L'épilepsie est, de toutes les affections nerveuses, celle qui est le plus souvent simulée, soit dans le but d'échapper au service militaire, soit pour se soustraire aux conséquences d'un crime ou d'un délit, soit simplement pour exciter la commisération publique. La fréquence de cette simulation s'explique facilement, parce qu'elle ne demande qu'une représentation momentanée, et qu'il est possible d'être bien portant dès que l'accès est passé. D'autre part, ainsi que l'a fait remarquer Boisseau, le stratagème a été plus d'une fois couronné de succès, ce qui n'a pas peu contribué à encourager les intéressés.

Je me suis efforcé de démontrer combien sont variables les

manifestations de l'épilepsie. Affection éminemment protéiforme, cette névrose est à chaque instant la source de mille embarras de diagnostic, lors môme que les accidents nous en sont retracés avec la plus entière bonne foi. A plus forte raison, les difficultés sont-elles grandes et même souvent insurmontables, lorsque la simulation vient se mettre de la partie. Heureusement ces difficultés disparaissent le plus souvent dans la pratique, parce que le simulateur ne cherche à imiter que la grande attaque. Or, sur ce terrain, il est presque toujours battu; car, s'il y a dans l'épilepsie convulsive des symptômes qu'il est possible et même facile d'imiter, il en est d'autres pour lesquels la chose est complètement impossible.

Dans l'épilepsie vraie, le sujet pâlit subilement et tombe très-souvent en avant après avoir poussé un cri. Dans l'épilepsie simulée, l'individu peut bien simuler la chute et crier, mais il ne pâlit pas et tombe en arrière.

Dans l'épilepsie vraie, les convulsions sont d'abord toniques : le malade, roide comme une barre de fer, a presque toujours la lête portée en arrière ou d'un côlé, les dents fortement serrées, les yeux convulsés en haut et cachés derrière la paupière supérieure; les pupilles immobiles et déjà dilatées ; le pouce est convulsé dans la paume de la main et caché sous les autres doigts, et si l'on cherche à le redresser on n'y parvient qu'en employant une certaine force; mais, une fois le redressement obtenu, le pouce reste dans sa nouvelle position.

Dans l'épilepsie simulée, le simulateur débute souvent immédiatement par des convulsions cloniques. Dans tous les cas, il ne peut reproduire ni la dilatation ni l'insensibilité de la pupille à la lumière. Il est vrai que ce symptôme , comme caractère différentiel, perd beaucoup de sa valeur à cause de l'impossibilité où l'on se trouve fréquemment de le constater, sur un œil fortement renversé en haut, caché par la paupière supérieure et roulant dans l'orbite. La position du pouce est toujours parfaitement imitée; mais il est une chose que le simulateur ignore, c'est qu'une l'ois redressé, le pouce ne reprend plus sa position dans la paume de la main ; aussi le laisse-t-il détendre,sans effort, sauf à le repher immédiatement.

Pendant les convulsions toniques, le spasme tétanique des muscles du thorax détermine des symptômes d'asphyxie qui sont surtout appréciables par la coloration violacée de la face et des lèvres, résultant d'une- congestion veineuse, qui est quelquefois poussée jusqu'à la rupture des capillaires et détermine de petites ecchymoses punctiformes, au front, au cou, à la partie antérieure et supérieure du thorax. Ces petites taches rouges disparaissent en peu de temps; souvent, au bout de douze heures, ou ne trouve plus à leur place qu'un piqueté jaunâtre. Dans l'épilepsie simulée, l'individu peut bien, s'il est habile, congestionner jusqu'à un certain point sa face en maintenant sa poitrine à l'état d'expiration forcée ; mais il ne saurait porter l'effort jusqu'à produire ces hémorrhagies punctiformes dont la valeur ne saurait être contestée.

Dans l'épilepsie vraie, les convulsions débutent par des secousses fortes, rapides, séparées par des intervalles de calme et dont la fréquence va en augmentant. Presque toujours elles prédominent d'un côté du corps. Le simulateur se livre dès le début aux convulsions les plus violentes : il s'agite également des deux côtés du corps. Cette régularité même et cette violence mettent sur la voie delà simulation.

Dans l'épilepsie vraie, la salive battue par l'air expiré sort en écumant à travers les lèvres; elle est souvent ensanglantée, soit par suite de morsures de la langue, soit par suite d'une exhalation sanguine à la surface de la muqueuse buccale congestionnée. Pour simuler l'écume, le simulateur se sert souvent du savon ; il ne faut donc pas négliger de rechercher l'existence dece moyen de fraude. Quant à la morsure de la langue, qui n'est pas constante dans l'épilepsie vraie, elle est quelquefois simulée, mais jamais alors on ne trouve de plaies profondes.

Dans l'épilepsie vraie, la connaissance est complètement '"abolie et la sensibilité n'existe plus.

Pour constater, chez l'individu suspect de simulation, la persistance des facultés mentales, on peut avoir recours à divers stratagèmes, qui varient suivant la tournure d'es-

prit du médecin et suivant les circonstances. La menace du fer rouge n'a pas toute l'efficacité qu'on pourrait lui supposer ; on peut même dire que c'est un moyen h l'emploi duquel Je simulateur est résigné d'avance. On a cependant vu plus d'une fois le courage faiblir en pareille circonstance à la seule approche du fer rougi à blanc. Chez un soldat qui simulait une attaque d'épilepsie, Percy obtint immédiatement le succès le plus complet en demandant à haute voix les instruments nécessaires pour opérer l'ablation des deux testicules, ajoutant qu'il était bien aise de trouver enfin une occasion d'essayer l'efficacité d'un traitement dont il avait entendu dire le plus grand bien. Le feu mis au grabat ou au tas de paille sur lequel le faux épileptique se livre à ses contorsions est encore un moyen bien usé ! Mais si le médecin peut recourir à la menace, il ne doit jamais recourir à des moyens dangereux ou violents. La question a été effacée de nos lois; ce n'est pas au médecin à la rétablir. Tout au plus est-il autorisé à employer des moyens, dans le cas oii leur emploi pourrait être avantageux, si l'épilepsie était réelle. La cautérisation au fer rouge du lobule de l'oreille pourrait donc à la rigueur être pratiquée, si toutefois le médecin avait quelque confiance dans l'efficacité possible de ce mode de traitement. Dans le cas contraire, il doit y renoncer absolument. Quant à l'ablation d'une partie quelconque du corps, qui serait le point de départ de l'aura épileptique, quelle que soit son opinion sur le résultat de l'opération dans le cas où la maladie serait véritable, elle lui est encore plus formellement interdite sans le libre consentement du sujet, et à moins qu'il ne soit très-convaincu de l'existence réelle de l'épilepsie.

Je ne dirai qu'un mot de l'action inattendue sur les narines de certains irritants, tels que l'ammoniaque, l'acide sulfureux ou le chlore; c'est que leur emploi ne doit avoir qu'une courte durée, surtout pour le chlore et l'acide sulfureux, le premier pouvant déterminer des inflammations plus ou moins graves des voies respiratoires, avec ou sans hémoptysie, le second pouvant agir comme poison asphyxiant.

Le chatouillement de la plante des pieds est généralement

considéré comme compromettant pour la dignité du médecin. C'est d'ailleurs un moyen qui est le plus souvent assez bien supporté.

Dans l'épilepsie vraie, aux convulsions cloniques succède une période de stertor, de sommeil avec ronflement presque caractéristique et de durée variable; à lafm de l'attaque, l'épileptique, qui n'a pas conservé la moindre mémoire de ce qui s'est passé, regarde autour de lui d'un air hébété, et s'éloigne confus des personnes qui l'entourent. Cette période de stertor est souvent oubliée par le simulateur : il n'y a pas chez lui cette hébétude et cette confusion. La représentation finie, il croit n'avoir rien de mieux à faire que de rentrer dans l'état normal.

Enfin, les recherches sphygmographiques de A. Voisin sont encore venues ajouter un caractère différentiel entre l'épilepsie simulée et l'épilepsie réelle. Le pouls présente les caractères sphygmographiques les plus importants : deux ou trois secondes avant l'attaque, les courbes sphygmographiques sont moins hautes , plus arrondies et plus rapprochées. L'attaque survenue, on voit cinq ou six petites ondulations successives et disposées suivant une ligne ascendante, puis une série de courbes très-peu élevées. Ces courbes se prononcent davantage, présentent une convexité supérieure Irès-accusée, donnant presque l'idée d'une moitié de sphère ; puis, au bout de quelques minutes, les lignes s'élèvent presque perpendiculairement à une hauteur trois ou quatre fois plus grande qu'avant l'attaque. Elles présentent au sommet un angle plus ou moins aigu, puis redescendent en présentant les caractères les plus accusés du dicrotisme. La durée de cette forme de pouls varie d'une demi-heure à une heure et demie, elle a même duré quelquefois six heures après l'attaque.

Ces modifications du pouls ne sont pas propres à la grande attaque seule : on les observe aussi dans le vertige.

Lorsqu'on prend un tracé chez un homme sain ou non épileptique qui vient de se livrer à une course rapide ou à des efforts violents, on obtient des tracés qui n'ont rien de comparable avec les précédents.

Des recherches ultérieures faites par Boisseau sont venues confirmer de tout point les résultats obtenus par A. Voisin. La médecine légale est donc aujourd'hui en possession d'un moyen de diagnostic dont l'importance ne saurait être méconnue. Ce caractère sphygraographique peut être regardé comme un symptôme véritablement pathognonionique, dont la valeur pratique est d'autant plus considérable qu'il survit assez longtemps à l'attaque pour que le médecin soit en mesure de le constater. En effet, ce qui rend le plus souvent la fraude difficile à déjouer, dans les cas d'épilepsie simulée, c'est que le simulateur se garde bien, le plus souvent, d'avoir sa prétendue attaque en présence du médecin; et, même lorsqu'il en est ainsi, certains des caractères différentiels les plus importants, tels que la pâleur subite de la face, l'insensibilité de la rétine à la lumière sont ou trop fugaces ou trop difficiles à constater. Pour les autres signes, un simulateur habile parvient souvent à les imiter avec assez d'exactitude pour induire en erreur le médecin, même le plus expérimenté.

D'après Trousseau, une attaque d'épilepsie ne peut être simulée que par un très-habile médecin. Esquirol pensait même qu'elle ne pouvait jamais l'être. A ce sujet, voici ce qui est arrivé à la maison de Charenton : Esquirol, après sa visite, avait l'habitude de se retirer avec ses élèves dans une salle dite de conférences. Un jour, M. Galmeil fut pris, dans l'une de ces réunions, d'une violente attaque; il tomba sur le tapis et eut des convulsions présentant un caractère très-grave. Esquirol, qui l'avait observé avec sollicitude, se retourna du côté de Trousseau, l'un des internes présents, et dit : « Le pauvre garçon, il est épileptique ! » A peine avait-il achevé ces mots, que M. Calmeil, se relevant brusquement, alla droit à Esquirol, et, le regardant en riant, lui dit : « Vous voyez bien, mon maître, que l'on peut simuler une attaque d'épilepsie. n

Au moment où un épileptique tombe, il est d'une pâleur cadavérique. La face ne s'injecte que quelques secondes après. Ce fait, d'une importance capitale, avait échappé à Esquirol.

Le véritable épileptique, enfin, a toujours un côté du corps frappé seul, ou un côté frappé d'une façon prédominante;

aussi la convulsion est-elle ou exclusive ou prédominante d'un côté.

L'épilepsie est quelquefois seulement alléguée. Dans ces cas, certains phénomènes peuvent mettre sur la voie du diagnostic. La manière même dont l'individu raconte l'histoire de sa maladie, l'hérédité, les prodromes si fréquents dans la véritable épilepsie, qui débute rarement par la grande attaque, la présence de taches ecchymotiques rouges ou jaunâtres, sur la face, le cou, la poitrine, les cicatrices nombreuses à la face et au front résultant de chutes répétées, l'incontinence nocturne de l'urine et des matières fécales, plus rarement des luxations de l'épaule et de la mâchoire, survenant sans cause connue, et se reproduisant plusieurs fois, Tétat d'hébétude et de tristesse, l'état grimaçant et ridé de la face, les morsures de la langue, l'usure des incisives inférieures à la face antérieure par suite des convulsions des muscles masticateurs, devront être pris en grande considération. Sans doute, on ne saurait conclure de leur absence à l'absenee de l'épilepsie, mais la présence d'un certain nombre d'entre eux devrait faire regarder l'épilepsie sinon comme certaine, au moins comme très-probable.

J'ai eu occasion d'observer un cas de simulation d'amnésie complète, avec apparence d'affaiblissement intellectuel léger, et allégation d'incontinence nocturne d'urine par intervalles. L'épilepsie aurait naturellement pu se présenter à l'esprit, si, dès le début de mon expertise médico-légale, l'apparence d'une supercherie ne m'avait conduit à des interrogatoires multipliés et très-prolongés, à une réfutation sévère et minutieuse de tous les phénomènes morbides allégués, et enfm, de guerre lasse, n'avait provoqué chez l'accusé des aveux qui, jusque-là, avaient été refusés à la justice. Pendant les deux jours que je passai à Moulins, en juillet 1874, j'ai interrogé l'assassin pendant sept ou huit heures par jour. Voici un court extrait de mon rapport médico-légal.

Obs. XLVII. — Caillot (Joseph-Hippolyte), scieur de long, né à Grenoble en 1830, est d'une forte constitution. 11 a complètement .manqué d'éducation morale, a contracté de très- bonne heure des

habitudes de paresse, de débauche et de vagabondage, il s'en excuse en disant qu'il éiait rebuté de ses parents, que sa mère ne faisait pas aitention à lui, qu'il a été mis à la porte et qu'il s'est trouvé ainsi presque fatalement conduit à faire de mauvaises connaissances, à boire et à voler. Il a parcouru une existence un peu nomade, se faisant condamner souvent, ne recevant aucune instruction, — car il sait à [leine signer son nom, — et n'arrivant à faire sa première communion qu'à l'âge de vingt ans, dans une maison centrale. Il passait généralement pour un individu faux, sournois, méchant et très-cupide; il convoitait des successions et faisait de ridicules protestations d'amitié à des tantes âgées qui avaient peur de lui.

Marié en 1864, il s'est toujours montré soupçonneux, jaloux et violent vis-à-vis de sa femme. Une semaine après son mariage, il recevait chez lui sa belle-sœur, et, par suite de conventions tacites qui rendent jjossibles toutes les suppositions, il la conservait en tiers dans son ménage jusqu'au 4 avril 1874. Cette belle-sœur aurait eu des habitudes irrégulières et serait devenue mère deux fois.

Caillot, qui avait déjà été frappé de huit condamnations, lesquelles formaient un total de huit ans de prison et de huit ans de surveillance, et qui maltraitait souvent sa femme, dit tout à coup à cette dernière, le 4 avril 1874, à sept heures et demie du malin, et sans querelle préalable : « Je vais te tue?-. » Et de fait, quelques instants après, il lui assène sur la tète deux coups d'une petite hache et l'étend inanimée. Il descend, et, montrant à la femme Chapeau ses mains ensanglantées, il lui dit : « Ces femmes veulent m'empuisonner; je ne m'en irai pas que la justice ne soit venue, » Il remonte aussitôt, rencontre sa belle-sœur qui venait d'aller acheter du lait, la frappe également de deux coups de hache sur la tète et s'éloigne après avoir fait à Valentine Caillot, sa fille, âgée de neuf ans, la recommandation suivante : « Tu diras tout ce que tu as vu; pour moi, je suis un homme perdu. »

Depuis le 2 mai, jour de son arrestation, jusqu'au 13 juillet, Caillot a eu une attitude déplorable dans sa prison. Il a essayé de faire accepter sur son état de santé les renseignements les plus mensongers et les plus fantaisistes, et il a inventé de toutes pièces un petit roman pathologique dont voici un aperçu sommaire : A l'âge de six ou sept ans, en fixant le soleil, il a été touché, n'a plus pu marcher et est resté seize mois au lit. Il a eu en grandissant des maux de tète, des migraines, des éblouissements, des défaillances, et il lui arrivait d'uriner au lit ; sa pâleur durait très-longtemps, quelquefois deux

jours; tout son corps tremblait et sa figure grimaçait pendant des journées entières. Il a eu des étourdissements, qui se prolongeaient pendant une demi-heure, trois quarts d'heure, et parfois bien plus encore. Fréquemment, il ne pouvait manger du tout. Enfin, depuis le mois de mars 1874, il a complètement et absolument perdu le souvenir de tout ce qui s'est passé; il suppose, dès lors, qu'il a quelque maladie dans la tête, et il affirme n'avoir appris les forfaits dont on l'accuse que par M. le juge d'instruction.

Toutes ces assertions furent discutées par moi une à une, combattues et démontrées fausses. A bout d'arguments et tour à tour embarrassé ou ému, quoique toujours très-maître de lui. Caillot cède enfin, le 13 juillet au soir, à une dernière sollicitation de ma part, prend un grand parti, fait un geste significatif et déclare qu'il va parler. « Je reconnais, dit-il, que j'ai tué ma femme et ma belle-sœur. L'une et l'autre voulaient m'empoisonner. Je me suis servi de ma hachette, que j'ai d'ailleurs parfaitement reconnue quand elle m'a été représentée. Si je n'ai pas donné mes raisons plus tôt, c'est que j'ai pensé qu'on ne me croirait pas et qu'on me traiterait de menteur. »

Dans mon opinion — et je l'ai dit, le 31 octobre suivant, devant la cour d'assises de l'Allier, — Caillot s'est en quelque sorte ignoré lui-même. Il a voulu, à l'aide d'assertions invraisemblables et astucieuses, attirer sur sa tête toute la clémence des hommes, sans supposer que son viritable état de santé et que son double crime pouvaient à l'occasion faire naître des doutes emportant avec eux certains bénéfices. J'ai établi, en effet, dans une longue discussion médico-légale (1), dont la reproduction serait inutile ici, que Caillot avait été prubablement atteint, Ie4avril 1874, d'alcoolisme subaigu, avec craintes d'em|ioisonnement, mais que, même dans celte hypothèse, il avait conservé, au moment des actes incriminés, une part notable d'intelligence et de volonté. Un médecin très-compétent affirma, d'autre part, que l'intégrité d'esprit avait toujours éié pleine et entière.

Le jury, contre mon attente, n'a point admis de circonstances atténuantes. Caillot a été condamné à la peine de mort et a été exécuté.

Je ne mentionnerai que pour mémoire les cas d'épilepsie

(1) Annales d'hygiène publique et de médecine légale, numéro de janvier 1875.

simulée chez les sieurs A..., L... et G..., voleurs de profession et repris de justice, sur lesquels un rapport médico-légal m'a été demandé. Pervers, intelligents, fourbes, mais ignorants, ils avaient pris des leçons de batterie de dig dig, — expression consacrée dans l'argot des prisons pour signifier « la simulation de l'épilepsie », — et ils ne réussirent à en imposer à personne, même pendant un seul instant, tant leur supercherie était grossière et ridicule.

En 1876, au contraire, j'ai été chargé d'observer à Mazas, conjointement avec mon distingué confrère M. le docteur G. (le Beauvais, un sieur Dhers, âgé de vingt ans, arrêté dans les rues de Paris portant un uniforme de marin, des galons de sergent-major, la médaille militaire, et ayant à son côté un grand sabre de cavalerie. Soldat déserteur, puis commis dans plusieurs bureaux, engagé sous un faux nom comme zouave en Afrique, aventurier, escroc et faussaire, il avait eu, quoique bien jeune encore, l'existence la plus accidentée et la plus romanesque. L'instruction de son procès a demandé huit mois.

A Mazas, il a simulé des vomissements, des vertiges, plusieurs pertes de connaissance, des attaques convulsives, un état comateux, de Tinsomnie, de l'excitation maniaque passagère et tout à fait grotesque, des craintes d'empoisonnement, du délire des grandeurs, et principalement une amnésie trèspersévérante. Il insistait à chaque instant sur la description des phénomènes épileptiques et prétendait avoir été réformé par suite de névrose convulsive. Il produisait même des certificats médicaux attestant l'épilepsie.

Dhers fut soumis à une surveillance incessante, et nous renouvelâmes son examen un grand nombre de fois. Nous établîmes, dans un rapport très-circonstancié, qu'il avait été atteint d'une névralgie sus-orbitaire traumatique, d'apparence épileptifurme, et qu'il avait encore de temps à autre des malaises, des maux de tête et des migraines; qu'il paraissait avoir fait de grands excès alcooliques; qu'il simulait l'épilepsie et la folie; qu'il était intelligent et responsable.

Les conclusions du rapport lui furent lues, dans le cabinet

188 LES ÉPILEPTIQTIES.

du juge d'instmcIioTi, et Dhers fondit en larmes, avoua tout et se recommanda à la bienveillance du magistrat.

Traduit devant la Cour d'assises de la Seine, il a été condamné à six ans de réclusion.

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