‹ Étude médico-légale sur les épileptiquesChapitre 4 sur 25 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Particularités cliniques et état mental. — Caractère. — Mœurs. — Habitudes. — Troubles de la mémoire. — Perversions affectives. — Délire transitoire. — Fureur. — Actes criminels.

En thèse générale , un épileptique peut être tout aussi intelligent et tout aussi raisonnable que l'iKniime jouissant de la santé la plus irréprochable. Non-seulement l'épilepsie n'est pas incompatible avec l'exercice le plus correct des facultés de l'intelligence, mais elle s'est pirfois rencontrée chez des hommes extrêmement distingués et chez des personnes qui ont étonné le monde. Quelques exemples nous prouveront même jusqu'à quel degré d'élévation et de gloire il en est qui sont parvenus : au dire de Piutarque, Jules César fut épileptique et éprouva sa première attaque à Cordoue. Pétrarque mourut subitement dans l'une de ses crises convulsives. Newton fut sujet à des vertiges; et, si l'on s'en rapporte aux assertions d'un auteur dont Bayle a invoqué l'autorité, Mahomet était atteint d'épilepsie. Pierre le Grand fut affecté d'accidents épileptiques; le fils qu'il avait eu de Catherine fut épileptique, et l'un de ses petits-fils, Paull", éprouva des troubles cérébraux. Molière, enfin, entrait quelquefois en convulsions, a ce qui, d'après son biographe Grimarest, l'empêchait de travailler pendant quinze jours » .

Chacun peut connaître des épileptiques très-bien doués intellectuellement, jouissant de leur libre arbitre et n'ayant jamais commis un acte suspect. Leur mémoire seule peut parfois être surprise en défaut, et encore est-ce à peine appré-

ciable. Le théâtre des affaires humaines est ouvert à leur libre activité et ils s'y meuvent sans entrave, mais aussi sans privilège pénal. Nous les coudoyons sans cesse. Ne nous en préoccupons point.

Les troubles inlellectuels passagers qui traversent la vie des épileptiques sont aisément reconnaissables et vraiment typiques, mais ils varient selon la nature de la manifestation somatique de l'épilepsie. L'altération mentale du vertigineux, par exemple, n'est pas la même que celle du convulsif. Et, d'autre part, le désordre temporaire de la raison emprunte une nuance saisissable et une signification particulière à cette circonstance qu'il précède, qu'il accompagne ou qu'il suit l'accident physique, ou bien encore qu'il éclate dans l'intervalle des accidents. On passe d'ordinaire à côté de ces minuties cliniques, et cependant c'est à elles seules que l'on doit, à un moment donné, de pouvoir fournir à la justice l'explication scientifique du crime le plus insolite, le plus atroce, et en apparence le moins justifiable.

Page 1