‹ Étude médico-légale sur les épileptiquesChapitre 5 sur 25 · VERTIGES · texte numérisé non relu

VERTIGES

L'individu affecté de vertiges jouit de toutes les apparences de la santé, s'occupe de son travail ou cause tranquillement, quand tout à coup il pâlit un peu, s'arrête, paraît surpris, interrompt sa phrase, conserve les yeux fixes, lâche l'objet qu'il tient à la main ou le lance convulsivement loin de lui, et reste ainsi immobile pendant quatre, huit, dix ou douze secondes au plus. Il pousse un soupir , achève ce qu'il disait, et ne se doute pas souvent qu'il vient d'être malade. Il n'est pas tombé, n'a rien vu, rien entendu, rien senti; il a été isolé du monde extérieur, il a été absent.

Un enfant, ayant toute la gaieté de son âge, s'arrête brusquement en jouant, ferme les yeux ou les entr'ouvre largement, reste immobile, fixe, dans l'attitude où le mal l'a pris; puis, au bout de sept ou huit secondes et après une longue inspi-

ration, il reprend ses jeux. D'autres fois, la durée du vertige est bien moindre, et c'est après être resté deux ou trois secondes immobile et les yeux largement ouverts ou fermés que l'enfant continue à s'amuser. Les accidents éprouvés par cet enfant sont un indice cerlain de l'épilepsie.

Une personne joue au whist et fait le geste de lancer sa carte sur le tapis, quand soudain la carte s'échappe de ses doigts et tombe de travers sur ses genoux ou sur le coin de la table. Après quelques secondes d'immobilité et d'occlusion des paupières, elle continue sa partie.

A la suite d'un simple vertige, on voit des malades rester troublés pendant quelques secondes, quelques minutes ou quelques heures. Étonnés, ahuris, demi-hébétés, ils balbutient quelques mots incohérents ou orduriers, déboutonnent machiualemenl leurs vêtements, découvrent leurs organes génitaux, urinent dans un salon, au théâtre ou à l'église, font des gestes choquants, se mettent^ genoux, baisent la terre, répètent un certain nombre de fois le même mot ou le même acte, ou bien encore sont rencontrés tout nus dans leur escalier, dans la cour de leur maison, ou se montrent ainsi sur la voie publique. Rentrés en possession d'eux-mêmes, ils ne se souviennent absolument de rien, apprécient d'ordinaire l'étrangeté de leur conduite, dévorent leur honte, s'excusent timidement et indemnisent autrui, s'il y a lien. Mais, comme le public n'est point apte à juger l'épilepsie, et qu'il n'a pas mission de le faire, c'est devant l'autorité que comparaît d'abord le délinquant. Une décision est prise et, dans les cas où le médecin intervient ensuite, la difficulté pendante ne dépend plus que d'un diagnostic précis.

Dans un wagon de première classe, huit personnes voyageaient un jour sur la ligne de l'Ouest. Un quart d'heure avant d'arriver à Paris, un homme d'une quarantaine d'années se lève tout à coup, vide ses poches, dépose sa montre dans son chapeau, jette ses lunettes par la portière, urine sur les genoux d'ime petite lille de huit ans, puis se rassied sans avoir l'uir de comprendre l'indignation, les reproches, les menaces et même les violences des voyageurs. A l'arrivée du train, il est arrêté à

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la gare, conduit au poste, puis dirigé sur le dépôt de la Préfecture sous la prévention d'outrage public à la pudeur. Je l'examinai le lendemain, le trouvai de très-bonne foi, tout à fait humilié de son aventure, mais ne se souvenant de rien. Je n'eus pas de peine, après un interrogatoire minutieux et prolongé, à diagnostiquer l'épiiepsie et à affirmer, dans l'espèce, l'irresponsabilité. On prévint sa famille et on le rendit à la liberté.

J'interrogeai un jour, à la prison Saint-Lazare, une femme P..., âgée de trente ans, sans antécédents judiciaires, mère de trois enfants, qui , sans aucun besoin, avait volé une paire de souliers à un étalage, alors que le marchand était en face d'elle et la regardait. Arrêtée en flagrant délit, elle se trouble, balbutie, rend aussitôt les objets volés, pleure, proteste de toute la pureté de sa vie et ne cherche pas d'ailleurs h excuser le fait imputé dont elle n'a, dit-elle, ni souvenir, ni conscience. C'était une vertigineuse épileptique. Pendant que j'affirmais cette opinion, comme expert, les témoins entendus dans l'instruction déposaient en faveur d'absences temporaires de raison et de bizarreries inconscientes. Une ordonnance de non-lieu a été rendue. Depuis cette époque, j'ai déjà revu trois fois cette même femme. Elle avait relevé ses jupes dans un marché, mendié dans la rue et insulté un gardien de la paix, excité par paroles un vieillard à la débauche, tenté de voler le bonnet d'une petite fille de dix ans qui se rendait paisiblement à l'école, etc., etc. Dans l'un de ses égarements passagers, elle s'est trempé les mains dans une casserole de lait bouillant, et elle porte d'indélébiles cicatrices.

Malgré sa durée éphémère, sa presque-instantanéité, levertige conduit tout aussi rapidement que l'accès incomplet ou l'attaque convulsive à des manifestations psychiques anormales, à des impulsions dangereuses, à l'accomplissement d'actes insolites, répréhensibles ou dommageables. Après un seul accident ou une série d'accidents, le vertigineux peut brusquement parcourir tous les tons de la gamme délirante, depuis l'irascibilité capricieuse ou l'excitation turbulente, jusqu'à l'incohérence et la fureur. Le plus souvent, toutefois, et je vais immédiatement en citer des exemples, l'affaiblissement des

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facultés de l'entendement, et principalement de la mémoire, s'accomplit en silence et par degrés.

J'ai beaucoup connu, à une certaine époque, un fonctionnaire public sujet depuis très-longtemps à de légers vertiges, qu'il déguisait de très-bonne foi sous le nom de migraines. D'un caractère faible, timide, pusillanime même, il évitait le monde. M. X... venait-il à paraître dans un salon, on le voyait embarrassé, bonteuxet balbutiant; il se défiait à ce point de sa mémoire, qu'il n'osait prendre part à la conversation générale. Lorsque quelques vertiges, dont la durée était à peine de cinq ou six secondes, l'avaient tourmenté, il accusait de la céphalalgie, bégayait un peu, devenait irritable et querelleur, se prenait d'enthousiasme pour un projet^ ou se rendait à l'église et priait avec ferveur. Ses allures assez bizarres le faisaient passer pour un homme distrait et original ; sa famille vivait dans une quiétude sans égale. Ce malade est tombé complètement en démence, mais a pu parvenir à la vieillesse.

L'observation suivante a une signification clinique peut-être plus incontestable encore.

Obs. L — D..., ouvrier bijoutier, âgé de vingt-huit ans, est intelligent, mais bizarre et morose. Il est laborieux, gagne huitfrancs par jour et habite avec ses parents. Son père, porteur dejournaux, est faible d'esprit; sa mère est violente et adonnée à l'ivrognerie. D... a des vertiges épileptiques, à la suite desquels il est très-troublé pendant quelques instants. Un jour, il jette par la fenêtre une foule d'objets mobiliers; une autre fois, il se déshabille et descend tout nu l'escalier; une autre fois encore, il entre dans une maison de la rue Taitbout, monte au quatrième étage, voit une clef à une porte et entre sans frapper. Arrivé au milieu de la chambre, il laisse tomber un cahier de musique qu'il tenait à la main, reste immobile et paraît ahuri. On le prend pour un voleur et on l'arrête. Conduit au poste, il déclare qu'il n'avait rien à faire dans la rue Taitbout et qu'il est très-surpris d'y être passé, qu'il ne connaissait personne dans la maison qu'on lui désigne et qu'il ne se souvient pas d'y avoir pénétré. 11 convient seulement qu'il est sorti de chez lui, à telle heure, avec un cahier de musique sous le bras. A chacune de ses arrestations, j'ai interrogé D..., et signalé l'épilepsie. Ce malade est actuel-

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lement à Bicêtre, déjà depuis plusieurs années, et il a été très-vite frappé de démence.

En dehors des absences psychiques et des actes excentriques que l'on peut constater, à la suite du vertige, il y a lieu d'attacher une très-grande importance à l'uniformité des symptômes présentés et à la répétition absolument semblable des mêmes actes accomplis. C'est là l'un des caractères les plus significatifs et les plus concluants de l'épilepsie. Les cas rapportés jusqu'à présent ont pu témoigner d'anomalies certainement épileptiques, mais il y aura quelque chose de plus dans ceux qui suivront : il y aura la récidive, et la récidive identique, invariable, implacable.

Au milieu de cette multitude d'enfants abandonnés, de mendiants', d'infirmes, de délinquants de tout âge, de tout sexe et de toute condition, de criminels, de filles publiques ou de vieillards impotents, que je trouve chaque jour au dépôt de la Préfecture, j'ai été surpris de rencontrer souvent les mêmes individus et d'apprendre d'eux qu'ils étaient toujours poursuivis pour les mêmes délits. En les questionnant méthodiquement sur leur état de santé, j'ai maintes fois retrouvé dans « leurs malaises, leurs étourdissements, leurs migraines, leurs évanouissements, leurs coups de soleil, leurs palpitations de cœur, leurs coups de sang, leurs absences momentanées de raison ou leur abolition de la mémoire » , les caractères certains du vertige épileptique. Avec le vertige épileptique, on peut reconstruire toute l'épilepsie et s'expliquer alors comment le même homme peut être conduit presque périodiquement aux mêmes singularités intellectuelles, aux mêmes impulsions malfaisantes et aux mêmes actes anormaux, sans que les conditions , les caractères principaux ou les plus petits détails de ces singularités, de ces impulsions et de ces actes, soient modifiés en quoi que ce soit.

Qu'il s'agisse de vagabondage, d'outrages aux agents, de rébellion, de violences, de cris séditieux, de vols à l'étalage, de coups et blessures, de scandale ou d'obscénités sur la voie publique, d'outrages à la morale, de tentatives de suicide, d'in-

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cendie ou de meurtre, les faits se passent d'une manière identique et s'accompagnent des mêmes circonstances insolites. Les procès- verbaux en font foi.

Quelques exemples feront bien saisir celte répétition des mêmes bizarreries intellectuelles ou délictueuses, si bien connues d'ailleurs des familles des malades, mais dont la signification réelle est malheureusement ignorée encore de beaucoup de médecins.

Après un ou plusieurs vertiges, un jeune homme se met à siffler, à se déshabiller et à brosser ses habits. Il siffle toujours le même air. Un jour, il s'est déchaussé dans un café et a été mis dehors.

Un excellent ouvrier se couche sur un banc et s'endort n'importe à quelle heure. On l'arrête comme vagabond et comme prévenu d'ivresse publique. Or, il a un domicile et une famille et il n'a pas bu.

Une dame distribue aux passants des pièces de monnaie, son livre de messe, ses gants, son mouchoir de poche, son parapluie et son chapeau. Des femmes et desenfants la suivent, se moquent d'elle et la croient ivre. Elle reprend connaissance et rentre chez elle en voiture. Ces faits se sont renouvelés déjà plus de quinze fois depuis trois ans, et, tout récemment, cette même dame, traversant la rue pour affranchir une lettre et la jeter à la poste, a donné sa lettre et les vingt-cinq centimes qu'elle tenait à la main, à la première femme qu'elle a rencontrée. Un peu plus loin, l'une de ses voisines l'a reconnue et l'a ramenée à son domicile.

Un employé de bureau ouvre machinalement la porte du calorifère et fait tomber sur le parquet tout le charbon en ignition. lia donné lieu un jour à un commencement d'incendie. Soupçonné à tort, mal famé, incapable de se placer désormais et tombé dans la misère, il en est réduit maintenant à laver des voitures.

Un savant, assis à sa table de travail, s'interrompt trois ou quatre fois dans un court espace de temps pour aller défaire et refaire son lit.

Un ex-gardien de la paix, qui n'a jamais eu d'idées de sui-

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cide, coupe toutes les extrémités phosphorées des allumettes et se prépare un breuvage.

Une demoiselle de vingt-trois ans, qui a toujours vécu dans un milieu très-distinguéj fait entendre quelques paroles grossièrement lubriques, et toujours les mêmes, puis relève ses jupes et cherche à déchirer le pantalon fermé qu'elle porte toujours. Ses gestes sont cyniques.

Un jeune peintre descend à peine vétu chez son concierge, se promène à grands pas dans la loge, emporte le premier objet venu et remonte ses cinq étages.

Un négociant, qui ne se rase plus lui-même depuis plusieurs années, se met à repasser ses anciens rasoirs, et cela, quelquefois, pendant plus d'une heure.

Un homme de soixante ans, bien vêtu, ayant de quoi vivre, demande l'aumône à tous les passants, pendant un quart d'heure ou vingt minutes, tous les mois environ.

Un ancien clerc d'huissier, chargé de famille, non alcoolisé, mais vertigineux depuis son enfance, s'égare dans les rues, demande son chemin, mais ne peut dire où il va, ni où il demeure, ni comment il s'appelle. Il ne s'en souvient pas. On le conduit au poste, on le fouille et l'on trouve un papier qui établit son identité etqui informe l'autorité qu'il est « sujet à des rêveries».

Un gendarme, au milieu d'un champ de foire, se met tout à coup à sortir son sabre du fourreau et à frapper les personnes qui se trouvent autour de lui. On s'empare de lui, et l'on s'aperçoit qu'il ne se rend aucun compte de sa position, qu'il n'a point conscience de l'acte commis, et qu'il ne s'en souvient pas. On apprend alors qu'il a des vertiges épileptiques.

Un militaire porte une dépèche, traverse un bois qu'il connaît parfaitement, se perd, jette loin de lui le carnier qui renferme sa dépêche, dépose son sabre au bas d'uii arbre, cherche sa roule, revient à lui, ne retrouve ni dépèche ni sabre, et passe en conseil de guerre. Il n'avait pas un seul jour de punition sur son livret et n'allait jamais au cabaret. On sait seulement qu'il lui arrivait de se lever quelquefois la nuit et de ne pas pouvoir retrouver son lit. Il est intelligent d'ailleurs, estimé de ses camarades et a une fort bonne réputation à son

ÉPlLLi'ïlQUKS l'KOPiaEMElNT DITS.

corps. II ne se souvient de rien. Une sévère condamnation est prononcée contre lui. Un an après, la grâce est obtenue et la réforme prononcée. Rentré dans la vie civile, il s'est déjà fait arrêter quatre fois pour avoir mis publiquement à nu ses organes génitaux.

Voilà toute une série de désordres intellectuels et d'actes anormaux, qui ne sont aucunement en rapport avec l'état mental ordinaire des individus que nous avons passés en revue, qui jurent avec leurs antécédents, leurs habitudes et leur éducation, qui se répètent toujours de la même façon, qui ne s'expliquent pas et qui s'éloignent môme des manifestations habituelles de la perversité et des procédés classiques du méfait. Ces désordres et ces actes appartiennent au vertige épileptique.

Actes C7'iminels commis j^ar des vertigineux.

Obs. II. — B... (Jules-Nicolas), ouvrier layetier, âgé de trente-trois ans, est d'une haute stature et d'une force herculéenne. Il a trèssouvent changé de profession, est un peu fantasque, a le caractère difficile et est souvent morose. Il est très-intelligent, ne boit jamais avec excès, mais est extrêmement porté aux plaisirs vénériens. Il vit depuis deux ans à Belleville avec une femme à laquelle il a fait subir des exigences exceptionnelles. Il le reconnaît, et des voisins attestent, d'autre part, que des confidences et des plaintes leur ont été bien souvent faites par Claire C..., qui n'osait pas quitter B..., tant ehe avait peur de lui. Et de fait, le 7 novembre 1873, elle est injuriée, menacée et poursuivie par B..., qui, sur les marches de l'escalier de la maison qu'ils habitent, la frappe à outrance et la blesse mortellement à coups de pelle sur la tète et sur l'abdomen.

B... a des vertiges rie temps à autre et présente alors des troubles intellectuels qu'il décrit lui-même ainsi : « Quand j'ai eu des étourdissements, je sens que je me grise, que je m'excite et que quelque chose me pousse. Alors je ne peux plus tenir en place, je sors et je vois bien que je suis dans la rue, mais je ne sais pas où je vais. Je suis allé un jour au Père-Lachaise. Cela ne dure pas longtemps, je me dégrise, j'ai un peu sommeil èt il n'est plus question de rien. Quelquefois je suis trèi-méchant et il faut que je torde quelque chose, que je casse, que je donne des coups de poing sur la table

LES ÉPILEI'TIQUES.

OU la cheminée ou que je me fasse du mal. Je me suis un jour serré le cou avec ma cravate, j'ai tiré tant que j'ai pu, et je ne sais pas trop ce que je suis devenu. Une autre fois,, en descendant de chez moi, j'aperçois le chat de ma concierge, je le prends, je l'étrangle et je m'en vais. Le jour du fait si malheureux qui m'est reproché, j'avais travaillé toute la journée, mais je me sentais tout nerveux. Je rentre, je me dispute avec ma maîtresse, je m'envenime, je sens le rouge qui me monte aux yeux, et je vois encore la pauvre femme ouvrant la porte et se sauvant. Mais c'est tout, je ne me souviens plus de rien. »

B... n'a jamais eu d'accès incomplets ni d'attaques convulsives. Il est calme, lucide, intelligent, sincère et résigné. Il ne se défend pas, avoue tout, ne cherche pas à tirer parti de ses vertiges, dont il ignore d'ailleurs toute la signification,"et, à l'audience de la cour d'assises, il se déclare seulement plus à plaindre qu'à blâmer. Il a été condamné à dix ans de travaux forcés. •

Obs. III. — M... (Georges), âgé de vingt ans, a été examine par J. Falret. Il a été conduit à l'infirmerie spéciale près le dépôt de la préfecture de police, à l'occasion d'actes de violence envers son père. A première vue, il paraît faible d'intelligence. Il dit qu'il en veut à son père, parce que celui-ci l'appelle idiot, et que c'est la chose qu'il peut le moins supporter. En l'interrogeant plus attentivement, on arrive à se convaincre qu'il est moins (aible d'intelligence qu'il ne le paraît, et qu'on réalité il est épileptique.Il avoue, en effet, qu'il a des étourdissements très-fréquents, qu^il est alors obligé de s'appuyer sur le premier objet venu pour ne pas tomber, et même qu'il tombe quelquefois. Il a de plus de fréquents moments de colère, qui lui prennent tout à coup; ils s'accompagnent de tremblements, et sont souvent suivis de pleurs: c'est une maladie, dit-il. Ces accès commencent par des visions; il voit son père, qui lui fait peur, et il lui donne des coups de pied pour le chasser. Il voit des flammes, des cercueils, des morts, qui l'effrayent. Il est alors comme étourdi, comme un homme ivre. Il souffre horriblement de la tête, s'arrache les cheveux, et veut se frapper la tète contre les murailles ; il est dans le désespoir, a des envies de se tuer, de se mettre sous les roues des voitures; une fois même, il a réalisé cette pensée, et, si la voiture eût marché, il eût été écrasé. Il a alors la tête comme perdue, dit-il, et ne se rappelle pas ensuite ce qu'il a dit ou fait pendant ses accès. Sa mémoire se perd, surtout dans certains mo-

ÉPILEl'TIQUES PROPREMENT DITS.

ments. Il est employé chez uu avoué et a de fréquentes distractions; il se trompe souvent en copiant; il met un mot pour un autre, et quelquefois ses propres idées à la place de celles qu'il devrait copier; tantôt il met des lettres en trop, tantôt, au contraire, il oublie et saute des mots; fréquemment il ne peut ni lire ni écrire; il est alors absorbé, distrait et comme absent. 11 lui arrive souvent de sortir de chez)!]! pendant le jour ou pendant la nuit; il éprouve le besoin de marcher sans but, et alors quelquefois il se perd. Une fois il s'est retrouvé ainsi au milieu de la plaine Saint-Denis; une autre fois, il a été ramassé par la police.

En résumé, ce malade a de fréquentes absences ; il éprouve des étourdissements, des pertes de mémoire, des désespoirs subits avec envies de se détruire, un besoin de vagabondage sans but, enfin des accès de colère fréquents, instinctifs, accompagnés d'hallucinations, surtout de la vue, et d'actes de violence contre son père et sa mère. Tous ces faits suffisent, à nos yeux, pour établir chez lui l'existence d'un délire épileptique très-caractérisé, lié à des vertiges. 11 prétend que, pendant ses accès, il n'a jamais envie de faire du mal qu'à son père et à sa mère, et qu'il ne frapperait que pour se défendre; mais, comme sa mémoire est très-confuse, il peut bien ne pas se rappeler d'autres actes de violence auxquels il s'est peut-être livré.

M... a été envoyé à Bicètre.

Obs. IV. — Rousseau (Denis- Victor), accusé d'avoir assassiné le curé de la Loupe, a été conduit à Paris et a séjourné un certain temps au dépôt (le la préfecture. Je l'y ai vu, mais il a été l'objet d'une expertise officielle très-attenlive de la part de MM. Lasègue, Motet et Blanche. Le crime en lui-même, l'état pathologique très-spécial de l'assassin et les appréciations médico-légales des experts présentent un véritable intérêt scientifique. On va pouvoir en juger :

Le 24 janvier 1868, Rousseau se présentait au presbytère de la Loupe et demandait avec instance à parler à M. le curé. « Il venait, disait-il, chercher des consolations, et se plaignait des mauvaises gens qui voulaient lui faire du mal. » La servante qui lui avait ouvert la porte lui dit que le curé était à l'église, qu'il le trouverait au confessionnal. Rousseau suivit les indications qui lui étaient données; il se rendit à l'église, frappa au guichet du confessionnal, et réclama les consolations qu'il était venu chercher. Soit que ses paroles eussent paru étranges au curé, soit que Rousseau ait à ce moment déjà proféré des menaces, le prêtre ne crut pas devoir l'entendre et l'invita

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à se retirer. Rousseau insista. Le curé sortit alors du confessionnal ; l'accusé le suivit dans l'église, et, n'obtenant pour réponse à ses demandes qu'un refus absolu, avec menaces de le faire arrêter s'il ne s'éloignait pas, Rousseau prit son couteau et frappa le curé avrc une telle violence que la lame pénétra tout entière dans la cavité du petit bassin et détermina une hémorrhagie rapidement mortelle.

Rousseau rentre immédiatement à l'auberge, où il est arrêté. Il avoue le meurtre qu'il vient de commettre, et, bien que, dès ce moment, ses réponses soient assez précises, elles témoignent encore des préoccupations sous l'empire desquelles il a agi. Or, il importe de déterminer : 1" quels sont les antécédents de l'inculpé; 2° quel était son état mental au moment du crime.

Rousseau est un homme de trentre-quatre ans, d'une taille élevée; son aspect ordinaire révèle la prédominance du tempéraaient lymphatique; il était atteint d'une blépharite ciliaire chronique. Son enfance a été maladive; il eut, dit-il, les fièvres pendant très-longtemps, mais il ne paraît pas avoir eu d'accidents conviilsifs. Il se développa lentement et fut sujet jusqu'à dix-huit ans à de l'incontinence nocturne des urines. Il n'apprit jamais à lire ni à écrire, et put cependant faire sa première communion. Sa physionomie est peu intelligente; l'ensemble de sa personne, son atliiude, annoncent une simplicité, une franchise, dont les experts furent frappés dès leur premier examen, et qui ne se sont pas démenties depuis. Il travailla de très-bonne heure; placé à l'âge de douze ans comme domestique dans une ferme, il y resta cinq ans, et n'en sortit qu'à la suite de la mort de ses maîtres. A cette époque, son caractère se modifie; Rousseau est pris comme d'un incessant besoin de changement; il ne reste nulle part, s'en allant sans prétexte, pour demander quelque temps après à rentrer dans la place qu'il a volontairement quittée. Il est inquiet, soupçonneux ; il croit, si l'on parle à voix basse auprès de lui, que c'est de lui qu'on s'occupe; si on lui fait une observation, il la prend toujours en mal; sans être habituellement querelleur ni violent, il a parfois des mouvements de vivacité, d'entêtement, il se bute, et l'on n'en peut rien obtenir. D'autres fois, il est sombre, taciturne, ne parle plus, et cet état de tristesse se montre assez souvent chez lui pour qu'on dise dans le pays que « Rousseau est un songeur ». Il ne se lie avec personne, ne se montre ni au cabaret ni dans les fêles; son caractère, mobile à l'excès, éloigne de lui. Cependant, il ne manque jamais de travail ; on lui reconnaît une certaine habileté dans le commerce des bestiaux : on lui confie des sommes

ÉI'ILEPTIQUES PROPREMENT DITS.

assez importantes, et jamais sa probité n'a été un seul moment suspectée. Il est économe, et, si peu qu'il gagne, il contribue pour sa part à soutenir une de ses sœurs, qui est aveugle.

Cet homme est, depuis l'âge de dix-huit an?, sujet à des accidents qui revenaient à des époques plus ou moins éloignées; il était pris de maux de tète violents dont l'apparition semble avoir coïncidé avec les modifications signalées dans son caractère. Depuis huit mois surtout, les maux de tête ont été plus fréquents; ils se sont compliqués de troubles de l'intelligence, d'hallucinations de la vue, et les renseignements qu'il donne à ce sujet, qui vont être reproduits presque texiuellement, sont d'accord en tous points avec les dépositions recueillies par les magistrats chargés de l'enquête.

« Souvent, dit-il, ça me prenait, j'avais tout à fait mal à la tête, je n'y voyais plus clair ; ça me montait à l'estomac, et puis ça me serrait au cou : je ne pouvais plus respirer. Je ne dormais guère jamais, mai=, dans le mois d'août, je ne dormais presque plus. Je me faisais un tas de fantômes, j'avais comme peur de moi-même. Jamais je ne m'étais vanlé de ça à personne. Une nuit, j'étais dans mon lit, j'aperçiùs quelque chose contre la porte de l'écurii'; ça avait une figure tout à fait drôle. Je me suis levé, je suis allé voir, il n'y avait plus rien. Je me suis recouché et ça est revenu. Je me suis relevé trois fois, et je n'.e disais : Mon Dieu, je suis t'y drôle! J'ai pensé que c'était quelque chose qui me tourmentait dans moi, qu'on voulait me faire du mal ; je n'ai pas dormi du tout. Le matin je me suis levé comme d'habitude, j'ai été mener les vaches dans le pré, je n'ai rien dit à ma patronne; je suis allé trouver le curé de Ponigoin, je lui ai tout raconté ; je lui ai dit que je croyais qu'on voulait me faire du mal; je croyais sans croire; je pensais bien qu'il y avait quelque chose tout de même, mais je ne supposais sur personne. Le curé de Pontgoin m'a rassuré, il m'a conseillé un bain de pieds et du tilleul ; je me suis trouvé mieux après cela. J'ai eu cela dans l'estomac cncure une autre nuit que je me suis levé. Je voyais tout rouge; j'ai cru qu'il y avait le feu; j'ai manqué l'échelle et je suis tombé; cette fois-là, ma patronne peut le savoir. »

Il est impossible de méconnaître dms ces faits l'existence d'hallucinations de la vue, se manifestant tout à coup chez un individu qui se plaint en même temps d'un malaise qui, de la région de l'estomac, s'étend vers l'œsophage, remontejusqu'ci l'arrière- gorge et détermine une sensation de constriction nettement exprimée par les mots : « Cela me serrait, je ne pouvais plus respirer. » Celte anxiété ex-

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trême, nous la retrouvons, non pas la veille, mais l'avant-veille du jour du meurtre. « Dans la nuit du mercredi au jeudi (22 au 23 janvier), je n'ai pas pu dormir. J'avais un tas de rêves; il me semblait toujours voir quelque chose, des formes de rien; c'était dans ma vue, mais j'avais comme peur. Je ne me suis pas levé, j'ai appelé le tondeur qui couchait à côté de moi pour lui demander l'heure. Je m'ennuyais dans le lit, j'étais tout à fait fatigué; souvent ça m'arrivait de ne pas pouvoir dormir; mais la nuit suivante j'ai tout à fait bien dormi ; ça ne m'a pris que le matin après que j'ai eu mangé du café.

« Il s'est trouvé que j'allais à la Loupe : je ne sais pas ce qui m'a pris. Je me suis levé bien tranquille à sept heures; j'ai sorti dehors; et la maîtresse d'auberge était là^, en train de faire du café. Elle me dit : En voulez- vous? — Ça m'est égal, que je lui répondis, si vous en avez de trop, je veux bien. Quand j'ai eu mangé ce malheureux café, ça m'a monté à l'estomae. A ce moment-là, il y a un homme qui est venu avec un coq d'Inde. Il y avait longtemps que j'avais la tète toute drôle par moments; ça m'a impressionné de voir ce dindon ; il était dans un panier au milieu de la route, et plus je le regardais, plus il me semblait drôle ; je ne pouvais pas m'ôter les yeux de dessus; je ne peux pas vous expliquer cela. Je me suis retourné et c'est là que j'ai vu l'image du côté du lit au petit Cottert- au ; il v avait comme deux tètes; ça dansait. C'est là que je suis parti. J'étais impressionné et tourné je ne sais pas comment. Alors j'ai été trouver le curé; il n'élait pas là, il était à l'église. J'avais sonné, la domestique m'avait demandé ce que je voulais, je lui répondis que je voulais parler à M. le curé. Elle me dit qu'il était à l'église. J'entrai. J'ai pris de l'eau bénite, comme on fait toujours, j'ai tapé au guichet du confessionnal; il m'a demandé ce que je voulais, je lui ai dit que je voulais des consolations ; j'ai encore frappé, il m'a dit de m'en aller; puis il est sorti dans l'église, il m'a dit qu'il allait chercher les gendarmes. J'avais mon couteau dans ma poche, je lui en ai donné un coup. Je suis parti après, je suis revenu à l'auberge, et je leur ai dit en arrivant que j'avais fait un mauvais coup. C'est là.qu'ils sont venus m'arrèter. »

Ces détails nous permettent d'affirmer que le délire a éclaté tout à coup sous forme d'accès avec impulsions irrésistibles; et, loin de trouver dans la précision des réponses de Rousseau des éléments de doute sur la réalité d'un trouble de ses facultés intellectuelles, nous déclarons que l'intégrité des souvenirs, l'expose minutieux de

liPlLJiPTlQUtS ritOPRE.MEXT DITS.

tous les faits qui oat précédé le meurtre, sont pour nous caractéristique?; ils sont l'expression d'une préoccupation maladive.

Rousseau s'est en quelque sorte observé lui-même. Rien ne lui a échappé dans la succession des troubles qu'il révèle. Des faits qui eussent passé inaperçus pour un homme sain d'esprit, se sont gravés dans sa mémoire avec d'autant plus de précision qu'il a été plus inquiet. Il n'a rien oublié ; mais, bien différent des criminels qui essayent de mettre leurs actes au compte de la folie et de les atténuer, il raconte ce qu'il a éprouvé, sans chercher jamais à s'excuser, exprimant plutôt le regret du meurtre qu'il a co;rimis. Il n'exagère rien; il dit avec une simplicité et une sincérité parfaites; il n'a jamais varié dans ses réponses; ses actes, ses préoccupations délirantes s'enchaînent de la manière la plus rigoureuse et appartiennent à uti état pathologique nettement déterminé. Pour les experts, Rousseau est atteint d'épilepsie, non pas de celles qu'on observe le plus communément, mais bien de la forme réduite aux vertiges fugaces, à ces modifications instantanées si soudaines et parfois si rapidement disparues qu'elles ne seraient même pas soupçonnées si les actes qui les suivent n'en venaient pas révéler la nature. Cette opinion est d'autant plus certaine en ce qui regarde Rousseau, qu'il est d'expérience que les actes délirants prennent plus vite le caractère* de la plus aveugle violence lorsque la manifestation epileptique a été ré duite à sa plus simple expression. Et, comme ces troubles ne sont jamais isolés, comme leur apparition, leur retour, apportent dans le caractère, dans les habitudes, dans les tendances des modifications profondes, on peut, lorsqu'on n'en méconnaît plus la nature, les suivre en quelque sorte à la trace. Tantôt fréquents, tantôt revenant à de longs intervalles, ils laissent toujours une impression plus ou moins profonde, se révélant par des symptômes à l'ensemble desquels on a scientifiquement donné le nom de « caractère des épileptiques». Ces malades, d'une mobilité extrême, sont tourà tour soupçonneux, méfiants, querelleurs, violents, puis faciles, serviables, obséquieux même. Leur intelligence pendant longtemps n'est pas amoindrie, elle n'est que momentanément troublée, jusqu'au jour où, par suite de la répétition des accès, elle s'affaiblit et enfin s'éteint. Chez les malades qui présentent seulement l'état vertigineux, le caractère épileptique est tout aussi tranché que dans l'épilepsie convulsive. Mais ce qu'on trouve chez eux bien plus souvent, ce sont les hallucinations de la vue, les déterminations violentes, non motivées, l'agression instantanée, automatique, pour ainsi dire, de

LES ÉPILlil'TIQUES.

véritables accès s'épuisant parfois à la suite d'un seul meurtre, ou bien, ce qui malheureusemeot n'est pas rare, durant assez longtemps pour être l'occasion d'une série de meurtres dont on chercherait en vain les motifs.

Rousseau présente tous les caractères de cette afiection. Depuis l'âge de dix-huit ans, il est connu comme un individu mobile, ayant des alternatives d'une tristesse profonde et d'un état plus calme pendant leijuel il est capable de se livrer aux travaux delà ferme. On ne s'explique pas ses brusques changements d'humeur : c'est qu'on ne sait pas qu'il a peu de sommeil, que des visions effrayantes, « des fantômes, des images de rien, » comme il les appelle, le tourmentent souvent. Il est soupçonneux, méfiant; il se figure qu'on s'occupe de lui, qu'on lui veut du mal. Quand il est sous l'influence de ses prédccupalions triste-, il n'accepte aucune observation, i( il part, dit-il, pour un oui, pour un non, et, la période de calme revenue, il cherche à rentrer dans la maison qu'il a quittée sans motifs. » Bien des faits qui auraient eu pour nous une haute importance ont pu passer inaperçus, mais ce que nous savons ne peut laisser aucun doute dans notre esprit, et surtout les hallucinations du mois d'août. Rousseau était aussi malade le jour où il est allé trouver M. le curé do Pontgoin que le jour où il est allé trouver M. le curé de la Loupe. Les symptômes de l'accès sont les mômes ; et si le curé de Pontgoin n'a pas été la victime de Rousseau, c'est que l'accès du mois d'août s'était passé pendant la nuit, que déjà un intervalle de temps assez considérable s'était écoulé entre les troubles hallucinatoires et le moment de la visite au curé; c'est qu'aussi, peut-être, Rousseau n'a pas, ce jour-là, rencontré d'obstacles dans la réalisation de ses projets; il a trouvé ce qu'il venait chercher, des consolations. Dans le fait de la Loupe, nous trouvons les caractères du vertige plus tranchés encore : début brusque par une sensation de malaise au creux de l'estomac, sorte d' « aura » qui remonte à l'arrière-gorge et l'étouffé; hallucinations de la vue, éblouissements, et, enfin, conceptions délirantes tristes ; ce sont elles qui le poussent. Rousseau a besoin d'aller chercher aupiès de quelqu'un ce qu'il appelle des tt consolations »; et, comme il avait été été trouver le curé de Pontgoin, il s'en va trouver le curé de la Loupe. Il ne le connaissait pas, mais il avait été soulagé, dit-il, par le premier, il pouvait l'être par le second. Piofundément troublé à ce moment, il n'est plus maître de se diriger; il obéit à une impulsion ; il rencontre un obstacle, il le renverse; il frappe, il tue, sans préméditation,

ÉPILKPTIQUES PROPREMENT DITS.

sans conscience, un prêtre qu'il n'a jamais vu, qu'il n'a pas même un instant pensé à mettre au nombre de ses imaginair es persécuteurs.

En conséquence, MM. Lasègue, Motet et Blanctie, à la date du 9 avril 1868, se sont crus autorisés à conclure ;

i° Que le prévenu est atteint d'une affection encéphalique caractérisée essentiellement par des accès subits épileptiformes, avec impulsions irréfléchies et irrésistibles;

2° Qu'en dehors de ces attaques s'accompagnant d'hallucinations visuelles, de vertiges ou de perversions intellectuelles, Rousseau n'a jamais été sujet à des attaques épileptiques convulsives, se produisant sous la forme d'accès d'épilepsie classique ;

3° Que l'absence de convulsions épileptiques, non-seulement n'exclut pas la possibilité d'é[iilepsie à prédominance de propulsions insslinctives et de désordres de rintelli;:ence ; qu'au contraire, il est d'expérience que la plupart des malades entraînés à commettre des actes de violence dans le cours d'un vertige épileptique de nature spéciale ne sont que rarement, sinon exceptionnellement, sujets à des attaques éclamptiques d'épilepsie;

4" Que, dans ces conditions, le malade, dominé par la plus invincible de toutes les influences, perd toute responsabililé de ses actes, lors même que ces actes sembleraient à première vue commandés par une intention et être soumis à l'influence de la volonté ;

5» Que si Rousseau doit être considéré comme irresponsable, et si les accès de l'aliénation passagère ne sont survenus et ne doivent probablement survenir qu'à des périodes éloignées, Rousseau est, néanmoins, pendant les accès, dont le retour périodique est impossible à déterminer, un homme tellement dangereux, qu'il y a lieu de le placer dans un asile d'aliénés.

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