‹ Étude médico-légale sur les épileptiquesChapitre 6 sur 25 · ACCÈS INCOMPLETS · texte numérisé non relu

ACCÈS INCOMPLETS

L'accès incomplet est une manifestation épileptique intermédiaire entre le vertige et l'attaque convulsive. Il est principalement caractérisé par des mouvements convulslfs partiels ou plutôt des contractions involontaires de certains muscles

'3"2 LES ÉPILKI'TIQUES.

de la face ou des membres, du mâchonnement et une sorte de déglutition automatique.

Le malade , dans n'importe quelle attitude, s'arrête tout à coup : sa tête tourne lentement d'un côté , sa face pâlit un peu et revêt surtout une expression d'étonnement indigné, de terreur ou de fureur ; puis l'un des côtés du corps se raidit, la respiration se suspend, le visage se colore, un certain mâchonnement se produit, et l'on entend dans la gorge un bruit analogue à celui de la déglutition qui se fait à vide. 11 n'y a ni cri initial, ni chute. Au bout de dix à trente-cinq secondes, tout rentre dans l'ordre, et l'on n'observe plus que de la demi-hébétude et de la lourdeur de tête.

Ces « fausses crises o , comme les appellent certains malades, reviennent à des époques fixes ou irrégulières et sont toujours invariablement les mêmes; elles sont calquées les unes sur les autres, identiques en tous points, stéréotypées. Une fois que l'accès incomplet s'est produit chez un individu de la façon qui vient d'être décrite, l'empreinte est prise et le cliché reste. A chaque accès subséquent, une nouvelle épreuve est tirée.

Il n'existe aucune différence entre l'accès incomplet et le début de la grande attaque. L'accès incomplet, en effet, représente fidèlement l'attaque réduite h ses symptômes initiaux. L'un est le diminutif de l'autre.

Si cet accès est incomplet au point de vue des troubles des mouvements, il ne l'est pas moins sous le rapport de la perte de connaissance, du manque de projection à terre et de la perturbation consécutive de la mémoire. Les malades rapportent, par exemple, qu'ils ont comme un souvenir confus qu'il vient de leur arriver quelque chose de douloureux ou d'horrible; qu'ils ont comme un fragment de souvenir d'une anxiété pénible; quMls croient avoirété les témoins d'un événement sinistre ou qu'il leur semble avoir fait un rêve affreux. En faisant un très-grand effort, ils essayent même de retracer quelques réminiscences partielles de leur aventure psychique, mais leur mémoire est littéralement en lambeaux, et ils n'y parviennent point ou alors très-confusément.

Pendant toutes les autres manifestations épileptiques, le

i.nijoi'j'iyi i;s ."Koi'Kii.Miixx nri's.

malade perd entièrement connaissance, est dans l'impossibilité (le parler, reste étranger à tout ce qui se passe autour de lui et ne conserve aucun souvenir de sa crise; mais il pent, pendant l'accès incomplet^ exprimer des sons, bredouiller, et faire entendre quelques mois incohérents et peu compréhensibles ou quelques monosyllabes trahissant une affliction émue ou une vive frayeur. Quelquefois il prononce assez distinclefnent le même mot un grand nombre de fois , et cela avec une étrange volubilité. Il s'arrête tout à coup : l'accident est fini. Au point de vue du diagnostic, ce signe a une importance considérable et vient s'ajouter aux particularités spéciales déjà signalées. En matière d'épilepsie, un trouble intellectuel quelconque pendant la crise révèle donc nécessaiiement un accès incomplet. Il importe d'autant plus d'insister là-dessus que Trousseau a pu s'y méprendre et attribuer, par exemple, à des vertiges, les deux cas très-curieux d'accès incomplets qui vont suivre.

Un ecclésiastique, au moment où il remplissait les fonctions (le diacre et encensait son évêque officiant, éprouva un malaise comitial et continua d'encenser, tout en tournant la tête d'une façon bizarre et tout en grimaçant de telle sorte que l'accident n'échappa à personne. Sujet à ces troubles si caractéristiques, il les avait eus souvent, lorsqu'il était en chaire ou qu'il célébrait la messe, sans jamais avoir été obligé d'interrompre son sermon ou de quitter l'autel; mais, comme il avait laissé parfois échapper des paroles décousues ou étranges, et comme il lui était arrivé de chanter d'une manière grotesque, on fut obligé de lui interdire l'exercice de son ministère.

Le président d'un tribunal de première instance, homme d'une intelligence élevée et historiographe des plus distingués, vint un jour consulter Trousseau. II lui arrivait quelquefois de se lever brusquement de son siège pendant une plaidoirie, d'aller dans la chambre du conseil, de balbutier quelques mots, de s'apercevoir de sa méprise et de rentrer bien vite dans la salle d'audience. Tout cela s'exécutait en une demi-minute. Suivi une fois, entre autres, par des huissiers, ilfut trouvé urinant en pleine salle du conseil. Trousseau crut de son devoir d'avertir son beau-

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père ; il le prévint que M. X. . . éfail épileptique, que les accidents pouvaient très-certainement augmenter d'intensité, et qu'afin de ne point l'exposer à compromettre sa position de magistrat, il valait mieux qu'il donnât de suite sa démission. Il s'y refusa. A peu de temps de là, et un jour qu'il présidait une audience, M. X... se lève, fait quelques pas dans la salle et tient le plus bizarre langage. Le public de rire. Bien qu'il eût promptement regagné son fauteuil et que sans trouble appréciable de l'intelligence il eût continué à diriger les débats, les juges le prévinrent avec ménagement qu'il avait donné lieu à une scène de désordre. Il donna sa démission. M. X... élait membre d'une société d'hisloriograpbes qui tenait ses séances à la préfecture de la Seine. Un jour il quitte brusquement la réunion, articule quelques mots inintelligibles, descend l'escalier, traverse rapidement la place de l'Hôtel-de-Ville et arrive sur le quai de Gèvres. Saisi par le froid (c'était en hiver), il s'arrête, s'aperçoit qu'il n'a ni son paletot ni son chapeau et rentre au plus vite à la préfecture. Sa femme, qui veillait sur lui avec la sollicitude la plus tendre et la plus éclairée, rendait compte à Trousseau de toutes les circonstances qui marquaient les accidents épileptiques. M. X... faisait-il le soir une lecture, elle le voyait s'arrêter à un certain moment, rester sur le dernier vers ou sur le dernier membre de phrase, le répéter avec volubilité, et après quelques secondes, qui avaient suffi pour troubler l'expression ordinaire de sa physionomie, il reprenait son livre.

Parmi les observations très-concluautes que j'ai recueillies, je détacherai seulement la suivante.

Une jeune dame, nouvellement mariée, tient son salon, un jour de réception. Au milieu de la conversation, elle se tait tout à coup, pâlit, déglutit à vide, se lève, fait quelques pas d'une marche mal assurée, se heurte au premier obstacle et dit : « Ah! ah!... pourquoi !e tuer?... ah ! il n'est pas mort... c'est affreux! » Son air un peu effaré s'efface, son élonnement se dissipe, sa coloration faciale redevient normale, et elle continue à recevoir ses visiteurs avec autant d'entrain qu'auparavant. Une heure ou deux après, elle est un peu triste et paraît

préoccupée, puis tout est dit. Le lendemain, en se remémorant les visites qu'elle a reçues et en en prenant note, elle oublie de mentionner la plupart des personnes qui étaient présentes au moment de l'accident. On lui fait remarquer rinfidclilé de sa mémoire, mais elle soutient que telles et telles personnes ne sont pas venues chez elle la veille, et elle se fâche. Deux mois après, à l'Opéra, au commencement même de la représentation, elle quitte sa loge, se retire dans le petit salon qui la précède, balbutie quelques mots, dérange sa coiffure, ôle un bracelet et fait le geste de s'accroupir. On l'entoure aussitôt, on lui fait prendre l'air; elle revient à elle et insiste pour être ramenée à son hôtel. On la déshabille et l'on constate qu'elle a laissé échapper des matières fécales. La famille s'inquiète, tout en attribuant l'événement à la chaleur très-élevée qui régnait dans la salle, et mon avis est réclamé. Avec toutes les précautions voulues, j'atteste l'origine épileplique des deux seuls malaises que l'on m'accuse et que j'ai rapportés, puis l'on va prendre conseil de plusieurs autres médecins. On crut à un début possible de grossesse et l'on s'endormit dans une sécurité radieuse. Mais de nouveaux accès incomplets survinrent, l'espérance d'une grossesse ne se réalisa point, l'épilepsie devint officielle et l'on acquit la conviction que la famille de la jeune femme n'avait point avoué, avant le mariage, toute une série de malaises antérieurs déjà fort inquiétants, dont la signification clinique n'avait point été soupçonnée et pour le traitement desquels on n'avait rien institué de sérieux. Une séparation amiable allait intervenir lorsque je fus rappelé. J'affirmai que les accidents pouvaient être éloignés d'abord et peut-être entièrement suspendus , sous l'influence d'une persévérante médication bromurée, et la réconciliation s'est opérée entre les époux et entre les deux familles. Deux enfants sont nés de cette union. L'aîné a un pied-bot.

Ici même doit se placer la description obligée d'un phénomène tout à fait surprenant. Voici un individu qui vient d'éprouver un accès incomplet : il est tout à fait revenu à lui, il parle, va et vient, s'occupe jde ses affaires, sans que l'on sai-

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sisse chez lui le plus ié^ev trouble mental, puis il est repris d'un nouvel accès incomplet, et, cette fois, quand tout est fini et que la conscience est bien présente, il a complètement oublié tout ce qu'il a dit ou fait pendant l'intervalle de Incirlité apparente. Et cependant, la raison avait paru irréprochable à tout le monde, pendant cet espace de temps qui a été soit de plusieurs heures, soit même d'un jour ou d'un jour et demi !

Un tailleur, âgé de trente ans, a un accès incomplet à neuf heures du matin. A onze heures il déjeune, et à midi il part pour Neuilly. Il revient chez lui à deux heures et demie, rap- ])ortant les habits qu'il a portés à l'essai. A quatre heures, il éprouve un nouvel accès incomplet, reprend connaissance , aperçoit le paquet de vêtements qu'il a rapportés, le met sous son bras et reprend à cinq heures la voiture publique de Neuilly. Il apprend là qu'il est déjà venu dans la journée et qu'il a marqué à la craie certaines corrections qui doivent être faites. Ne se souvenant de rien, il nie avec assurance, puis il ouvre son paquet, reconnaît que les habits ont été effectivement essayés, est frappé de stupéfaction et se retire en balbutiant des excuses.

Cet épileptique-là ressemble de point en point à l'homme endormi et qui rêve, que l'on réveille, avec lequel on cause quelques instants, qui se rendort, reprend le rêve interrompu, et qui, à son réveil définitif, ne se souvient ni d'avoir été éveillé ni d'avoir parlé.

Entre deux accès incomplets, l'intelligence peut nou-seulement se recouvrer, mais même s'élever très-haut. Et d'abord, il n'est pas vrai, comme on a tenté de l'avancer, que tout épileptique soit aliéné. Cette opinion n'a été soutenue que par des médecins qui, dans des établissements spéciaux, ne donnent leurs soins qu'à des épileptiques aliénés, mais j'ai établi que sur quarante mille épileptiques, trente-six mille vivaient en liberté. Il importe donc de franchir le seuil des hospices ouverts à la folie et de rester sur le terrain de la pratique courante.

ÉPILEPTIQDES PRUPUEMliNï DITS.

Actes criminels commis par des épileptigues à accès incomplets.

Obs. V. — Ud officier supérieur en retraite (soixante-cinq ans) observé par M. Lasègue, est sous le coup d'une prévention d'outrage public à la pudeur, dans les conditions suivantes : Tous les deux jours, bizarre intermittence, il va se placer devant ia grille d'une maison où habitent des jeunes filles, dans la localité où lui-même a sa résidence. Là, il découvre ses organes génitaux ; puis, après quelques minutes, reboutonne son pantalon et continue sa promenade périodique. Détail non moins curieux, il dépose toujours sa canne au même endroit avant de se mettre en posture. L'inculpé jouit, en apr parence, de la plénitude de sa raison, il répond pertinemment aux questions, nie sans insistance, en faisant valoir moins la non-existence que l'improbabilité du délit.

Or cet homme, d'une intelligence élevée, d'iiabitudes correctes, avait perdu sa femme il y a un an ; depuis lors, il était sujet à des accès vertigineux avec confusion intellectuelle et parfois subdélire. Il errait dans son jardin pendant les crises, prononçant des phrases sans suite, rentrait dans son appartement et s'endormait dans un fauteuil. Lui-même ne conservait qu'une vague notion de ces accidents, doni ses serviteurs rendaient un compte exact et détaillé. Sa mémoire, en toutes choses, avait faibli, et il avait dù renoncer, dans son isolement, à des lectures qui le fatiguaient sans l'intéresser. Une attaque de ce genre, mais plus intense, s'était produite, chez un de ses parents, au moment de se mettre à table, en présence d'une nombreuse compagnie ; on avait dù ramener le malade en voiture à son domicile. Il n'invoquait et ne pouvait invoquer, pour sa défense, ces souvenirs qui lui faisaient défaut. Aucune suite ne fut donnée à l'affaire, et le malade est mort depuis, hémiplégique, chez un de ses parents quil' avait recueilli pour éviter de nouvelles aventures (1).

Obs. VL — Une dame, observée par M. le docteur Baudisson, avait pendant la nuit du i4 au 13 octobre 186... frappé de sept ou huit coups de couteau son mari couché à côté d'elle. On était accouru aux cris du blessé ; il était couvert de sang et l'on avait cru qu'il allait expirer.

(I Dans la matinée du 1 3, rapporte ce médecin, nous nous trouvions réunis, le juge de paix du canton et moi, auprès du nommé X.., et

(1; Les exhibitionnisfeS: Gaz. des lidp., n" (hi 3 mai 1877.

je recevais de ce magistrat mandat de dresser un rapport sur l'état du blessé.

« Je ne m'arrêterai pas à décrire les blessures; qu'il me suffise de dire que leur examen me permit de déclarer, sans hésitation, qu'elles étaient toutes superficielles, qu'elles ne présentaient aucune gravité, et qu'elles n'entraînaient, à proprement parler, aucune incapacité de travail. Mon rapport eiit donc été fort simple s'il avait dû se borner -à ces constatations ; mais ce que je savais des bons rapports qui existaient entre les époux X.., l'altitude cilme et impassible de la femme assise au côté du lit de son mari blessé, l'absence de toute trace d'émotion à la vue du couteau dont elle s'était servie, ses réponses à l'interrogatoire du juge de paix, qui semblaient indiquer une ignorance complète de ce qui s'était passé, la déposition du mari entièrement favorable à l'accusée, étaient autant de motifs qui m'imposaient le devoir d'examiner si cette femme avait été consciente de l'acle criminel qu'elle venait de commettre, ou si elle avuit agi sous le coup d'une de ces impulsions pathologiques qui déchargent la responsabilité et doivent désarmer la justice.

« Du reste, je me rappelais que, six mois avant, j'avais eu àlui donner des soins, pour une fracture du péroné qu'elle s'était faite en se précipitant par la fenêtre d'un premier étage, et qu'à cette époque j'avais été frappé de certains faits que j'avais observés. Comme cette fois tlle avait l'air de ne rien savoir de ce qui s'était passé, et jamais elle n'avait voulu consentir à garder l'appareil que j'avais posé sur sa fracture, « parce que, disait-elle, elle n'avait rien de cassé ». D'un autre côlé, j'avais remarqué, à diverses reprises, qu'il lui arrivait quandje lui posais une question de commencer sa réponse, puis de s'arrêter les jeux fixes, grands ouverts, et de ne la terminer qu'apiès un long soupir et un silence de quelques secondes.

« Le mari et la sœur, interrogés par moi, m'avaient appris que ce phénomène se reproduisait assez souvent chez elle, et les renseignements qu'ils m'avaient fournis, joints à mes observations personnelles, avaient, déjà à cette époque, éveillé en moi l'idée de l'existence chez cette femme de ce vertige épileptique, et ^ui donne souvent nai-sance à des impuls-ons soit homicides, soit suicides. Le fait suivant qui me fut raconté, au moment où j'allais rédiger mon rapport, par un de SCS voisins, ne fit que corroborer cette opinion: L'avant-veille, la femme X... était à jouer aux cartes dans la rue avec plusieurs compagnes, lorsque, à un certain moment où son tour était venu de jouer, elle s'arrête quelques secondes immobile,

ÉPILEPÏiQUES PROPREMENT DITS.

les yeux fixes, pousse un long soupir et continue le jeu comme si riea ne lui était arrivé.

« Je sus, depuis, que pareil fait s'était plus d'une fois présenté avec de très-légères variantes.

« Dès lors, en présence d'un crime inexplicable, accompli sans motifs, je crus devoir conclure : 1° que la femme X... était atteinte d'accidents épileptiques ; 2° que c'était sous l'influence d'une impulsion irrésistible déterminée par cet état qu'elle avait accompli l'acte criminel qui lui était reproché ; 3° que par conséquence elle ne me paraissait pas avoir à rendre compte à la justice de cet acte.

« Cependant le médecin amené par le parquet, qui, de son côté, s'était rendu sur les lieux, ayant déclaré qu'il ne voyait rien dans les faits signalés qui ressemblât à de l'épilepsie, et n'ayant pas, par conséquent, adopté mes conclusions, la femme X... fut arrêtée et conduite en prison au chef-lieu d'arrondissement.

« Environ un mois après, je fus cité devant le juge d'instruction à l'effet de déclarer si je persistais dans les conclusions de mon rapport. Sur ma réponse trcs-alfirmative, ce magistrat me fit connaîire que mon confrère le docteur P... n'était pas du tout de mon avis. « Je le regrette profondément, répliquai-je, mais je crois accomplir undevoir, et je l'accomplirai jusqu'au bout, » et, prenant l'ouvrage de Trousseau dont j'avais eu soin de me munir, j'en lus quelques passages au magistrat instructeur qui en fut vivement frappé.

« Mais déjà la chambre des mises en accusation avait rendu l'arrêt qui envoyait la femme X... devant la cour d'assises. Au bout de quelques jours, la session était ouverte, et l'accusée allait être trans-^ férée de la prison de B... dans celle du chef-lieu, quand, la veille du jour fixé pour son départ, elle fat prise d'une grande attaque d'cpilepsie. Le docteur P..., appelé auprès d'elle, arriva à temps pour la constater, et rédigea aussitôt un rapport supplémentaire dont les conclusions, conformes aux miennes, amenèrent le ministère public à abandonner l'accusali m. Cette pauvre femme fut dès lors mise en liberté, et rentra dans son vilage où elle continua à vivre avec son mari. Je la revis bien des fois depuis ; je n'ai pas ouï dire qu'elle ait euj après son retour, de nouvelles grandes attaques, mais les vertiges et les accès incomplets continuèrent comme auparavant, et cependant on n'eut plus à lui reprocher aucun acte de violence. Quelque temps après, on la trouva morte dans la maison ; on parla d'attaque d'apoplexie et je ne fis rien pour contredire cette opinion (I). »

(1) Gazette des hôpitaux, n" du 31 mars 1877.

Une circonstance rend parfois Irès-obscur le diagnostic des accès incomplets : certains malades n'ont jamais que des malaises nocturnes. A tout prendre, ce sont encore les privilégiés! Souvent ils ne se doutent pas de la signification réelle de la céphalalgie, de la myriade de pétéchies presque imperceptibles imprimées sur le front, de quelques taches ecchymotiques du blanc de l'œil, de l'émission involontaire du liquide excrémentiti'-'l, des éraillures et morsures de la langue, et des autres symptômes moins accusés qui les surprennent si désagréablement à leur réveil. Ces malades sont pour le moins aussi dangereux que ceux dont les crises sont diurnes, et que les vertigineux ou les convulsifs. Delasiauve a soigné à Bicêtre un aliéné qui, à la suite d'ua calme soutenu , avait obtenu sa réintégration dans la société. Après une série d'accidents nocturnes non soupçonnés , il tua sa femme! J'ai connu autrefois un jeune officier , parfaitement renseigné sur sa situation maladive, qui, toutes les fois qu'il avait eu des accidents pendant la nuit, était poursuivi le lendemain matin, en se faisant la barbe, par une envie démesurée de se couper la gorge.

M. le docteur Dumesnil, inspecteur général du service des aliénés, a signalé, en 1863, alors que ce médecin distingué dirigeait l'asile de Quatre-iMares, près Rouen, un certain nombre d'exemples d'accidents épileptiques pendant le sommeil et restés méconnus. Il importe d'autant plus de rappeler ici ces faits que la science ne possède encore qu'un très-petit nombre de documents sur cette question si délicate.

« Un militaire, sujet à des mouvements d'emportement plus ou moins éloignés, fut traduit devant un conseil de guerre pour injures graves envers un supérieur. Une enquête médicale eut lieu ; le prévenu fut dirigé sur une maison d'aliénés, et l'on constata qu'il était sujet à de légers accès de manie périodique. Longtemps après, j'ai, pu nie convaincre que chacun de ces accès était précédé, pendant la nuit, d'une faible crise nerveuse. Cet état avait échappé au malade lui-même, à tous ceux qui, depuis plusieurs années, couchaient journellement près de lui, et à ceux qui lui donnaient des soins.

« Actuellemenl, trois de mes malades de Quatre-Mares ne

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sont considérés comme convulsifs que depuis dix-huit mois; ils ont passé plusieurs années à Saint-Yon et dans le nouvel asile, sans qu'on se doutât de cette redoutable complication. Ces insensés sont les plus à craindre; leur fureur éclate tout à coup, se tourne presque toujours contre les personnes, se termine le plus souvent de la manière la plus prompte, et ne reparaît qu'à des intervalles tels, qu'on pourrait croire à une guérison complète après un simple accès de manie.

« Je me garderais bien d'affirmer qu'il ne se trouve pas encore, dans l'établissement que je dirige, quelques malades dont l'aliénation est intimement liée à de faibles crises nocturnes qui ont échappé jusqu'à présent à toute notre attention. Un accès un peu plus fort ou un vertige syncopal venant pendant le jour peut lout à coup mettre sur la voie. C'est ce qui s'est produit pour les individus dont je viens de parler.

« Un prévenu pour vol, admis récemment à Quatre-Mares, dont le faciès m'avait frappé, et dont le délire présentait des caractères tout particuliers, a pu être noté, il y a peu de jours, comme ayant des crises épileptiques pendant son sommeil. En ce moment, cet individu ne présente plus de signes d'aliénation, et ne se souvient guère du vol qu'il a commis, ni surtout des circonstances qui s'y rattachent » (1).

Marc a rapporté l'observation d'un conseiller d'une ville d'Allemagne, qui, en proie tout à coup à une fureur subite, au milieu de la nuit, essaya de tuer sa femme et de la précipiter par la fenêtre. Une lutte très-vive s'engagea et se prolongea pendant vingt ou vingt-cinq minutes, puis la fureur céda et fit place à un profond abattement. Or, que s'était-il passé? Avant l'accès de fureur, la respiration du malade avait été stertoreuse. La femme effrayée s'était levée pour porter secours à son mari, et c'est alors que ce dernier s'était jeté sur elle. Celte respiration stertoreuse, suivie presque immédiatement de fureur homicide, n'avait point éveillé dans l'esprit de Marc le soupçon d'un accident presque certainement épileptique.

(1) Les aliénés et les enquêtes médico-légales. — Rouen, 1863.

LES ÉPILEPÏIOUES.

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