CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Depuis la manifestation en 1832, dans nos contrées, du choléra, à l’état épidémique, de nombreux écrits ont été publiés sur cette maladie, et quelques-uns sont dus à des observateurs de talent et justement recommandables. Néanmoins, son histoire laisse encore beaucoup à désirer.
La symptomatologie seule ressort nette, exacte, complète, de toutes les descriptions qui en ont été faites, grâce aux soins que les médecins français y ont apportés.
Mais, pour ce qui est des autres particularités, relatives à cette désastreuse affection, de la cause qui la produit, et de son mode de propagation, de sa nature et du siège qu’elle occupe, comme des moyens thérapeutiques à lui opposer, nous n’en savons guère plus aujourd’hui qu’avant les funestes extensions qu’elle a prises dans ce siècle.
Envisagée à ce point de vue, l’étude d’un aussi redoutable fléau n’est pas faite pour encourager de nouveaux écrits: elle ne peut même que faire craindre d’ajouter d’inutiles pages à toutes celles que l’on possède déjà sur la matière.
D’un autre côté, cependant, n’est-il pas du devoir de tout médecin, qui a eu le triste avantage d’avoir assisté à plusieurs épidémies, de faire connaître les faits qu’il a recueillis, comme le résultat de sa pratique , dans l’espoir qu'ils pourront servir un jour à éclaircir les points obscurs de la question? Ce devoir même ne se change-t-il pas en une obligation, encourageante pour lui, quand il a eu le privilège d’étendre le champ de son observation à plusieurs contrées, et de pouvoir ainsi, mieux que des praticiens sédentaires, étudier la même maladie sous diverses latitudes ?
Qui pourrait douter, en effet, que ce ne soit d’un ensemble d’observations exactes, faites dans des circonstances variées, qu’il devra résulter des notions plus positives sur sa nature et son traitement?
Aussi, qu'il nous soit permis de le dire bien haut: habitués qu’ils sont à considérer les épidémies comme le champ de bataille de leur noble profession, les officiers du corps de santé de l’armée, comme leurs dignes confrères de celui de la marine, n’ont jamais failli à leur importante mission de médecins voyageurs. Leurs travaux sont nombreux, qui portent témoignage, non seulement du dévouement qu’ils savent déployer dans les plus funestes circonstances, mais aussi des efforts qu’ils ne négligent jamais de faire, pour aider à combler quelque point des nombreuses lacunes qui existent encore dans l’histoire des épidémies, et contribuer ainsi, autant qu’il est en eux, à l’avancement de la science et au bien de l’humanité.
Nommer parmi les contemporains , Desgenettes, Larrey, Clot-Bey, etc., ce n’est citer que les plus populaires d’entre eux. Mais nous saisirons, d’ailleurs, l’occasion dans la suite, de faire ressortir tous les travaux de ceux qui ont marché avec le plus de distinction dans la voie qui leur a été si glorieusement tracée par ces illustres devanciers.
Quant à nous, il n’a fallu rien moins que la conviction d’un immense devoir à remplir, pour résister comme nous l’avons fait, lors de la dernière explosion épidémique, au revirement si général, qui s’est produit vers les idées d’importation et de contagion , et pour nous décider , par un sentiment de haute philanthropie, en entreprenant la relation du choléra qui est venu affliger Marseille en 1865 pour la septième fois, à formuler une opinion toute contraire à celle communément admise, sur ses causes essentielles, sa nature et sa prophylaxie (1).
On jugera, nous l’espérons bien, par l’historique qui va suivre, que notre manière de voir n’avait rien de hasardé.