‹ Étude ophthalmoscopique sur les altérations du nerf optiqueChapitre 12 sur 84 · Comptes rendus deV Académie des sciences, 1854, p · texte numérisé non relu

Comptes rendus deV Académie des sciences, 1854, p

sont couverts extérieurement par la substance blanche très-peu épaisse ; l'intérieur est au contraire formé par une substance grise. Dans les tubercules postérieurs, on distingue un vrai noyau rond. (V. fig. , p. 29, — 1), gris rougeâtre, qui présente une consistance plus dense et plus solide que la couche corticale, ce qui fait que lorsqu'on le coupe d'avant en arrière, ilfait saillie sur la surface coupée, comme un œuf cuit qui ressort de sa coque. Ceci n'existe pas dans un état pathologique, et c'est par ce signe qu'on reconnaît facilement l'altération de cet organe. Le noyau du tubercule antérieur est moins accusé que le premier ; il est oblong (voyez le n°2, sur la figure représentée à la page 29). Une troisième partie, de couleur grise, est celle désignée par le numéro li ; elle est séparée des deux noyaux décrits par une substance blanche, très-mince dans le noyau postérieur et plus large dans celui de devant. La partie grise h sert de moyen de communication entre les tubercules du côté opposé. Au-dessous de toutes ces parties passent les fibres médullaires blanches appartenant au ruban de Reil et aux pédoncules du cervelet. Les recherches microscopiques sont très-difficiles., et Kolliker avoue qu'il a toujours échoué, quand il a tenté de suivre la direction des fibres nerveuses à travers la substance grise de ces tubercules. En général, ils sont constitués par les mêmes éléments que les autres parties du cerveau.

Les tubercules quadrijumeaux se trouvent en rapport direct ou indirect avec plusieurs parties du cerveau, notamment avec le cervelet, la moelle allongée et la moelle épinière. Voici ces rapports :

a. De chaque tubercule postérieur se détache une petite bandelette médullaire, qui passe au-devant du faisceau triangulaire latéral de l'isthme pour aboutir, en avant, au corps genouillé interne ;

b. En avant et en dehors existe un autre prolongement qui se rend directement au corps genouillé externe;

c. La glande pinéale est attachée aux tubercules quadrijumeaux au moyen de quatre faisceaux blancs, appelés pédoncules, ainsi que par la toile choroïdienne (Cruveilhier) ;

d. La valvule de Yieussens communique à l'aide de son frein, avec l'extrémité postérieure des tubercules ;

e. Le cervelet communique avec les tubercules quadrijumeaux à l'aide des pédoncules supérieurs du cervelet (processus cerebelli ad testes), qui prennent leur origine dans le noyau blanc du cervelet, se croisent au-dessus des pédoncules inférieurs de ce même organe et s'engagent ensuite au-dessous du ruban de Reil et dans les tubercules quadrijumeaux.

f. Entre la moelle allongée et les tubercules quadrijumeaux la communication se fait au moyen des faisceaux antéro-latéraux du bulbe ou du ruban de Reil, qui, en s'incurvant au-dessous des tubercules, forme une commissure. En étudiant la structure de la moelle, M. Schrôder van der Kolk a démontré que les racines antérieures se terminent toutes dans les grandes cellules antérieures, formées en groupes ; de là partent des fibres ascendantes ou encéphaliques qui constituent des cordons antérieurs et latéraux. Les racines postérieures comprennent deux ordres de fibres : cérébrales et réflexes ; les premières montent directement dans le cerveau, les autres aboutissent d'abord aux cellules des cornes postérieures, et de là au cerveau.

g. Dès lors , on comprend que les pédoncules supérieurs du cervelet fassent suite aux faisceaux médullaires postérieurs, et que les fibres du ruban de Reil soient, d'après Longet, la continuation du faisceau antéro-latérai de la moelle.

Il résulte de là que les tubercules quadrijumeaux sont à la fois en relation avec les colonnes postérieures ou sensitives de la moelle, et avec les colonnes antéro-latérales ou motrices.

Cette dépendance des tubercules quadrijumeaux avec la moelle épinièrenous découvre comment et pourquoi les affections de cette dernière, telles que l'ataxielocomotrice, peuvent amener si fréquemment une amaurose. C'est par la propagation de l'atrophie des fibres médullaires jusqu'aux tubercules quadrijumeaux que la cécité arrive .

6° Origine des vaisseaux cérébraux de la papille. — Nous savons que le cerveau reçoit ses vaisseaux artériels de deux carotides internes et de deux vertébrales, qui communiquent à la base du crâne à l'aide des communicantes et des cérébrales postérieures. Chacune de ces branches donne des rameaux multiples qui se dis-

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tribuent dans le cerveau, en passant par toutes les anfractuosités et l^s ouvertures, conjointement avec la pie-mère.

Parmi ces branches, il y en a quelques-unes qui sont de préférence destinées aux organes nerveux centraux de la vision et que nous avons cru utile d'étudier particulièrement. Ces vaisseaux sont les suivants:

1° Quelques rameaux filiformes qui vont de la pie-mère au chiasma ;

2° Une branche assez volumineuse l, 'provenant de la cérébrale moyenne t, et qui se rend à la bandelette optique correspondante. Nous la nommerons Y artère optique antérieure (V. la figure, p. 29);

3° Quatre vaisseaux assez volumineux qui entrent dans les bandelettes optiques au niveau du bord postérieur des pédoncules cérébraux en m, et séparent ainsi par une ligne bien tranchée les bandelettes optiques des corps genouillés. Deux de ces vaisseaux sont des artères. Nous les désignerons sous le nom $ artères optiques moyennes ou de vaisseaux genouillés. Elles proviennent du plexus choroïdien ;

4° Une branche artérielle entrant dans le bord postérieur du testes et se distribuant dans ce dernier. C'est Y artère du testes ou optique postérieure.

Les veines accompagnent partout les artères, et nous n'avons pas besoin d'en faire une étude spéciale.

Si nous ajoutons à ce tableau tous les vaisseaux de la pie-mère qui, en enveloppant les bandelettes optiques, lui donnent des branches nourricières, nous aurons une idée exacte du mode de circulation et des lois de nutrition auxquelles sont soumis les centres nerveux de la vision.

Une vascularisation aussi complexe était indispensable pour nourrir un organe aussi essentiel que celui de la vue. Et on comprendra facilement combien peut être désastreuse pour la vision l'interruption de la circulation dans un ou plusieurs de ces vaisseaux. Toutes ces branches capillaires forment un réseau vasculaire non interrompu depuis les bandelettes optiques jusqu'à la papille du nerf optique, et c'est à ces vaisseaux qu'est en général due la coloration rosée de la pffpille que nous apercevons à l'ophthalmo-

scope. Ils sont ordinairement indépendants de l'artère et de la veine centrales qui viennent de l'ophthalmique.

§ 111. — Rapports entre les affections cérébrales et celles du nerf optique.

Après avoir décrit en détail l'anatomie des nerfs optiques et des centres nerveux qui leur donnent naissance, nous pouvons dès à présent comprendre la manière dont les maladies cérébrales peuvent se communiquer à la papille du nerf optique.

D'abord, la communication directe que nous avons démontré exister entre les vaisseaux capillaires de la papille et du cerveau fait que les affections athéromateuses des vaisseaux, dans les bandelettes optiques ou le chiasma, peuvent se communiquer directement à la papille et occasionner son atrophie, sans que pourtant les vaisseaux centraux du nerf optique soient atteints ni même diminués de volume. Il n'y a dans ce cas que la disparition de ces vaisseaux capillaires de la papille, qui lui donnent la teinte rosée à l'état physiologique.

Les congestions cérébrales donnent lieu aux congestions de la pupille par la même communication vasculaire directe qui existe entre l'œil et le cerveau.

Les affections de la moelle épinière, du cervelet, de la protubérance annulaire, se communiquent aux tubercules quadrijumeaux par continuité des fibres ou par contiguïté, et amènent une inflammation ou une atrophie de ces organes centraux de la vision, et en même temps une amaurose.

Les expériences physiologiques viennent d'ailleurs confirmer l'existence de ces rapports. En voici le résumé :

1° Si on divise le nerf optique au-devant du chiasma, la pupille de l'œil correspondant se dilate et la vue se perd complètement. L'ophthalmoscope nous montre dans ce cas des changements différents, selon que l'incision a été portée au-devant ou en arrière de l'entrée de l'artère centrale de la rétine.

2° Lorsqu'on divise le chiasma longitudinalement, la dilatation de la pupille et la cécité surviennent à la fois sur les deux yeux.

3° Les couches optiques n'ont pas sur la vision l'influence que le nom qu'elles portent pourrait faire supposer. « En effet, ditM.Longet, je les ai désorganisées sur des mammifères et des oiseaux, et il y a eu

persistance de Pimpressionnabilité visuelle, puisque la pupille a continué à se resserrer sous l'influence d'une vive lumière. »

li° Selon M. Gratiolet, la destruction de la couche optique anéantit la faculté des impressions visuelles ; seulement, il ajoute que cela ne doit s'entendre que de la destruction des anneaux fibreux, qui composent son écorce blanche. La destruction du noyau gris du centre n'a pas d'influence directe et immédiate sur la vision.

5° En détruisant les corps genouillés externes et internes, on produit une cécité complète.

6° Tous les physiologistes s'accordent à considérer les tubercules quadrijumeaux comme faisant partie essentielle et centrale de la vision. « Enlevez-les, dit M. Longet, chez un mammifère, un oiseau, etc., et immédiatement la cécité a lieu. » M. Flourens a obtenu le même résultat. M. Béclard ' dit, en outre, que « lorsqu'on excite les tubercules quadrijumeaux d'un seul côté, on amène des contractions simultanées dans l'iris des deux yeux. Ce phénomène tend à démontrer que chaque rétine reçoit ses impressions par les deux nerfs optiques en arrière du chiasma. » M. CI. Bernard 2 piqua le plancher du quatrième ventricule d'un lapin, mais la piqûre s'égara, le lapin tomba, les yeux firent saillie hors de l'orbite, et l'animal parut aveugle. A l'autopsie, l'éminent physiologiste trouva que la piqûre avait porté au milieu du tubercule quadrijumeau.

MM. Vulpian et Philippeaux ont établi que, si on blesse ou détruit les tubercules quadrijumeaux d'un chien ou d'un lapin, il en résulte la perte de la vue avec immobilité de l'iris et dilatation de la pupille. C'est l'œil du côté opposé au tubercule détruit qui devient aveugle.

8° Dans ces dernières années, nous avons fait des expériences multiples sur les lapins, auxquels nous avons coupé ou enflammé le chiasma et les bandelettes optiques, et nous avons vu se produire, dans le premier cas, une atrophie de la papille; dans le second, une névrite optique.

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