Annales d'oculist., 1840, t. III
paraissent blancs ou noirs; ou bien ils ne perçoivent que quelques couleurs.
Cette affection est souvent héréditaire et peut se perpétuer dans certaines familles pendant plusieurs génération-.
Il n'est pas rare non plus de rencontrer la cécité des couleurs acquise. Mackenzie, Wilson et Esquirol ont observé des cas semblables, occasionnés par l'usage des spiritueux ou par des congestions cérébrales. Notre observation personnelle nous a confirmé dans cette manière de voir, et nous avons remarqué que les amblyopies alcooliques sont souvent accompagnées de la cécité des couleurs. Dans les affections du nerf optique consécutives aux maladies cérébrales, il y a fréquemment aussi perte delà faculté de percevoir certaines couleurs, ce qui ne se rencontre point dans les excavations glaucomateuses.
Dans les rétinites pigmentaires et les rétino-choroïdites syphilitiques, les malades confondent aussi le bleu avec le vert, et ce dernier avec le noir.
Ces faits démontrent suffisamment que la cécité des couleurs peut être la conséquence des affections de l'appareil nerveux optique, et il est indispensable d'examiner les malades atteints d'un affaiblissement de la vision au point de vue de la perception des couleurs.
§ IV. — Photopsie.
On sait depuis bien longtemps que l'irritation du nerf optique, de quelque nature qu'elle soit, produit une impression lumineuse. Ainsi M. Serre, d'Uzès, a démontré que la pression du globe avec le doigt produit un phosphène ou spectre lumineux; un coup porté sur l'œil détermine la même impression. Une marche fatigante, une lecture prolongée, lorsque les yeux se sont congestionnés, peut amener un résultat identique. Ces fausses sensations lumineuses s'appellent, photopsies. Des éclairs , des étincelles, des lueurs de différentes couleurs ressemblant quelquefois à de véritables feux d'artifice, peuvent apparaître devant les yeux dans diverses affections du nerf optique et de la réiine.- Tantôt ce sont
des bluettes bleues ou blanches, luisantes, semblables à d'innombrables pointes d'épingles; tantôt, des flammes et des clartées uniformes. Ce phénomène se rencontre le plus souvent dans les affections cérébrales du nerf optique, et notamment dans les congestions et les apoplexies de la papille et de la rétine, dans les névrites optiques; nous l'avons encore observé, et quelquefois à un extrême degré, dans une atrophie presque complète de la papille. Il y a peu de temps, nous avons eu occasion d'examiner un malade complètement amaurotique avec atrophie de la papille, suite d'une ataxie locomotrice. Pendant tout le temps de son affection, ce malade vit des éclairs, mais surtout depuis que sa vue s'était complètement éteinte. C'étaient des lumières excessivement vives, blanches, bleues et rouges, apparaissant soudainement, comme l'éruption d'un volcan. « La clarté que je vois autour de moi, disait le malade, « est si vive qu'elle ne diffère en rien de la clarté ordinaire du jour ; « mais ce qui m'étonne et me désespère, c'est que cette clarté ne « me sert à rien pour me conduire, elle n'éclaire pas du tout la « chambre ni les objets qui m'entourent. » Nous avons aussi rencontré des malades se plaignant d'avoir devant leurs yeux une lumière en forme de clarté ou de cercle lumineux, et plus ils la fixaient, plus elle s'éloignait.
§ V. —Vision irisée ou colorée (chrupsie).
C'est un état morbide dans lequel les objets lumineux paraissent entourés de cercles colorés, d'arcs-en-ciel, ou bien teints eux-mêmes d'une façon différente.
Le phénomène d'arcs-en-ciel est le signe précurseur d'un glaucome, et il est dû à une compression du nerf optique. Cependant, l'apparition des cercles d'arc-en-ciel peut se rencontrer dans d'autres affections, notamment dans les névrites optiques1; mais les arcs-en-ciel qui accompagnent cette dernière affection se voient aussi les yeux fermés, ce qui n'a pas lieu dans un glaucome.
H y a une autre forme de la vision irisée, que l'on retrouve dans