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CONGESTIONS DE LA PAPILLE

La coloration de la papille du nerf optique est extrêmement variée, suivant les individus et suivant l'âge. Ces variétés sont telle-

ment nombreuses, qu'il faut examiner des milliers d'yeux normaux pour parvenir à distinguer toutes les différences qui existent dans l'état normal. Les congestions ou hyperhémies de la papille ne sont pas aussi fréquentes qu'on l'a cru jusqu'à ce jour ; elles ne sont que très-rarement, nous dirons même exceptionnellement, idiopathiques. Le plus souvent, elles sont symptomatiques d'autres affections de l'œil, du cerveau ou de l'organisme tout entier.

Nous distinguerons deux formes d'hyperhémies de la papille du nerf optique : l' hyper hémie veineuse ou cyanose rétinienne, et Yhyperhémie capillaire.

§ 1. — Cyanose de la rétine.

Au premier abord, la papille du nerf optique n'offre dans cet état rien de caractéristique : sa teinte est presque normale, ses contours ne sont nullement masqués, la transparence du nerf optique et des parties environnantes de la rétine est complètement conservée; le nombre des vaisseaux capillaires n'est pas non plus augmenté; mais c'est dans les vaisseaux principaux, et notamment dans les veines, que l'on remarque des changements. Toutes les branches veineuses sont plus grosses qu'à l'état normal, et elles sont en même temps tortueuses; de temps à autre, elles présentent des varicosités qui s'élèvent, comme M. Schwaigger l'a reconnu, au-dessus du niveau de la rétine. La circulation est sensiblement gênée dans ces vaisseaux; il y a une sorte de stase; c'est pourquoi leur coloration est d'un rouge beaucoup plus foncé que dans l'état normal. Mais cette teinte n'est pas partout égale, et, tandis qu'elle est très-foncée au niveau des varicosités et de la bifurcation, dans d'autres endroits elle est plus pâle; par places même, ces vaisseaux sont transparents et comme vides, tandis qu'ailleurs c'est un vrai coagulum qui semble boucher leur calibre. Ce qu'il y a surtout de remarquable, c'est l'entre-croisement des veines avec les artères. Le plus souvent, ces dernières ne sont pas dilatées, et par contraste paraissent même un peu rétrécies; mais, comme leurs parois sont plus élastiques et résistent davantage à la pression

intra-oculaire, il s'ensuit qu'au point d'entre-croisement avec les veines, elles aplatissent notablement celles-ci et produisent une espèce d'étranglement (voir la fig. 3, planche coloriée). Quelquefois, l'engorgement veineux ne s'observe que dans les branches collatérales du second et du troisième rang ; dans d'autres cas, cette turgescence s'étend, comme Stellwag von Carion Ta déjà signalé *, jusqu'aux plus faibles rameaux. Ce dernier phénomène ne peut être découvert qu'à l'image droite, à un très-fort grossissement ; il y a un réseau très-fin, rouge foncé, qui se détache visiblement du fond de l'œil plus clair.

Les hyperhémies veineuses peuvent se rencontrer dans les deux yeux à la fois, et à un degré plus ou moins égal, principalement quand elles sont occasionnées par les affections du cœur, telles que l'insuffisance des valvules aortiques. Dans d'autres cas, elles ne s'observent que dans un seul œil et à un degré moins prononcé.

Si c'est une affection cérébrale qui en est la cause, il y a alors le plus généralement un engorgement veineux d'un seul hémisphère cérébral correspondant, comme nous l'avons vu, dans le service de M. Vigla, chez un malade atteint depuis quatre mois d'une hémiplégie gauche, et dont l'œil droit seul offrait les signes bien caractérisés de l'affection dont nous parlons.

En même temps que ce phénomène, on trouve souvent une pulsation très-marquée de la veine centrale, près de son passage par la lame criblée; mais, comme cela s'observe aussi dans l'œil le mieux constitué et le plus sain, il n'y a, par conséquent, pas lieu de s'en occuper.

Un engorgement veineux, qui aurait duré plus ou moins longtemps, pourrait amener consécutivement des désordres dans les fibres nerveuses elles-mêmes, principalement s'il s'agissait d'une affection cérébrale. Tantôt on découvrira un ramollissement du nerf optique, et une atrophie consécutive ; tantôt, au contraire, on verra se produire une excavation de la papille, si l'état congestif est dû à une pression interne de l'œil exagérée. Quant aux apoplexies, elles accompagnent rarement cet état.

Les troubles fonctionnels ne sont pas ici constants; tantôt il y a

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