Clinique médicale, tome V, p
l' acuité de la vision, on s'assurera s'il n'y a pas de fatigue d'accommodation, d'hypermétropie, d'astigmatisme ou tout autre défaut de réfraction, troubles qui pourraient parfaitement simuler les congestions de la papille, et qu'il est cependant facile de corriger surle-champ à l'aide de lunettes convenablement appropriées. Ainsi, on recherchera l'hypermétropie, en essayant les lunettesbiconvexes n° 10 pour la lecture ou pour la vision à distance ; on constatera la présence ou l'absence de l'astigmatisme en faisant regarder le malade à travers une fente verticale ou horizontale (lunettes d'essai de Donders).
Reconnaître une congestion forte des papilles n'est pas difficile. Il n'y a qu'une seule maladie qui pourrait donner lieu à des méprises, c'est la névrite optique ; mais, dans cette dernière affection, s'il y a aussi de la congestion, il y a encore d'autres symptômes que nous étudierons bientôt.
I! est beaucoup plus difficile de reconnaître la nature d'une congestion ainsi que sa cause, ce qui est pourtant indispensable. Une exploration méthodique nous aidera à résoudre cette question délicate.
Quand une congestion de la papille est constatée avec l'ophthalmoscope, on cherche d'abord s'il n'y a pas d'épanchement du côté de la macula, de décollement de la rétine, de choroïdite atrophique ou syphilitique ; toutes ces maladies peuvent donner lieu à une congestion avec ou sans infiltration. Les apoplexies qui ne reconnaissent pas pour cause une diathèse constitutionnelle, les décollements rétiniens, s'observent ordinairement dans un seul œil ; la congestion cérébrale est, au contraire, binoculaire. Les choroïdites sont aussi binoculaires; mais, dans les congestions dont la cause est cérébrale, il n'y a rien du côté de la membrane vasculaire de l'œil, contrairement à ce qu'on remarque dans les choroïdites.
Traitement. — Le traitement doit être institué en rapport avec la cause de la maladie ; mais, comme le travail expose à des fatigues et à des congestions continuelles, il faut, avant tout, interdire aux malades toute application des yeux. On leur recommandera, en outre, d'éviter toute espèce d'émotions morales. Ils seront sobres dans leur régime et leurs boissons, éviteront de s'exposer à l'action
d'une température élevée, qui pourrait occasionner de la congestion à la tête; les pieds seront, au contraire, tenus le plus chaudement possible. De temps en temps, on ordonnera des bains de pieds à la moutarde ou aux acides. Si ces moyens ne réussissent pas, on mettra des sangsues, soit aux apophyses mastoïdiennes, soit à l'anus; des ventouses sèches ou scarifiées seront appliquées dans le dos une ou deux fois par semaine ; les purgatifs pourront en même temps être prescrits avec avantage. Les compresses d'eau froide sur les yeux pendant une à deux heures, renouvelées plusieurs fois dans la journée, sont employées avec beaucoup de succès; mais il faut que la température de ces compresses soit toujours basse et, autant que possible, égale. Au lieu des compresses, qui se réchauffent très-vite, nous préférons des sacs en peau de baudruche remplis de glace broyée ; cette pratique nous a souvent donné des résultats très-satisfaisants.
Dans le cas de congestions qui se développent sous l'influence des affections choroïdiennes , d'une atrophie choroïdienne disséminée, par exemple, le traitement doit être dirigé contre l'affection principale.
M. Sperino a très-souvent employé l'évacuation répétée de l'humeur aqueuse contre les congestions de la papille ' ; ce moyen peut être utilement appliqué dans les cas où l'affection est locale et quand elle est liée à une maladie quelconque de la choroïde ou à une pression interne exagérée.
1. Sperino, Sur l'évacuation répétée de l'humeur aqueuse dans les maladies de l'œil. Turin, 1862.