Handb. d»r path. Anat. des Auges, 1828, p. 118 et
auteur, un volume de quatre à six fois plus considérable qu'à l'état normal.
M. Stcllwag a trouvé les fibres nerveuses régulièrement transformées en graisse dans tout leur trajet, ou seulement par places et en forme d'îlots. Le tissu conjonctif interstitiel est toujours fortement hypertrophié.
Du côté des vaisseaux, on remarque des désordres importants. Ainsi Laemisch a constaté que leur couche adventice était trèsdéveloppée. 11 y a sclérose des parois des vaisseaux, comme dit Graefe. Quelquefois, c'est une altération athéromateuse, c'est-à-dire un développement de granulation graisseuse dans la tunique des capillaires, autour de ses noyaux, comme nous avons pu l'observer avec M. Cornil. Ces derniers désordres se trouvent tantôt dans le nerf, tantôt dans la bandelette optique.
Causes. — L'étiologie de la névrite optique n'a été étudiée que très-incomplétement, ce qui peut être attribué à ce que l'examen ophthalmoscopique est resté longtemps étranger aux médecins aliénistes; c'est pourtant dans les affections mentales et nerveuses de toute sorte que l'application de l'ophthalmoscope rendra un jour de véritables services, en permettant d'indiquer avec précision, d'après les désordres de la papille, le siège et souvent même la nature du mal. Nos recherches personnelles nous ont conduit aux résultats que nous allons reproduire ici.
Disons d'abord que le sexe n'a aucune influence sur cette maladie, puisque sur 72 malades observés par nous, à différentes époques, dans la clinique de M. Desmarres père, et dans les hôpitaux de Paris, il y avait 39 hommes et 33 femmes. Cette affection ne peut, par conséquent, avoir beaucoup de rapport avec la périencéphalite, l'encéphalite chronique, Fhémorrhagie cérébrale^, etc., affections dans lesquelles MM. Falret, Calmeil, Andral et autres ont trouvé une fréquence trois fois plus grande chez l'homme que chez la femme.
Les malades se classent de la manière suivante par rapport à l'âge : de deux à dix ans, 19 cas ; de dix à vingt ans, 8 cas ; de vingt à trente ans, 12 cas; de trente à quarante ans, 27 cas ; de
quarante à cinquante ans, 3 cas; de cinquante à soixante ans, 3 cas. Ces chiffres indiquent que la plus grande fréquence existe dans l'enfance où les méningites simples ou tuberculeuses donnent lieu aux altérations du nerf optique; d'autre part, cette affection est plus commune entre trente et quarante ans, âge vers lequel les affections organiques, telles que tumeurs fibro-plastiques, cancéreuses et d'autre nature, commencent à se développer. Les tumeurs delà base du crâne, celles de la selle turcique, de l'apophyse basilaire, en comprimant le chiasma ou les bandelettes optiques, peuvent amener une névrite, qui descendra par continuité jusqu'à la papille. Les caries et les nécroses de la base du crâne peuvent donner lieu à une névrite, parce que le pus, en décollant la dure-mère, forme dans cette région une saillie ou tumeur et comprime le chiasma. La névrite optique se rencontre quelquefois dans les lièvres typhoïdes ou éruptives, dans la pyémie, etc. M. Stellwag a vu une névrite optique dans la fièvre typhoïde, et quelques années plus tard, le malade étant mort par suite d'une autre affection, il a pu constater à l'autopsie d'anciennes exsudations organisées dans les méninges de la base du crâne. Une malade de M. Duchenne, de Boulogne, présentait une atrophie des deux papilles avec des contours mal limités et irréguliers, frangés, comme le montre la figure n° 6. Cette forme d'atrophie est, toujours comme nous l'avons remarqué, consécutive à une névrite optique. Cette malade nous a raconté qu'elle avait été atteinte à l'âge de seize ans d'une fièvre typhoïde très-grave et que, dans le cours de cette maladie, elle avait perdu complètement la vue ; puis celle-ci était revenue, mais jamais au point de lui permettre de lire des caractères ordinaires. Évidemment, il y avait là aussi une méningite cssudative basilaire.
Kien n'est plus fréquent que de voir se déclarer une névrite optique dans une méningite tuberculeuse. Il y a quelques années nuus avons attiré l'attention deM. Bouchut sur ce sujet. Cet éminent praticien nous a fait l'honneur de nous appeler à plusieurs reprises, ainsi que M. le docteur Cuignet, pour examiner les papilles, et, bien des fois nous avons pu constater des congestions ou de légères infiltrations péripapillaires. Depuis, M. Bouchut a poussé ses re-
cherches plus loin, et il est arrivé k diagnostiquer; avec l'ophthalmoscope, la méningite de la fièvre typhoïde, en considérant comme constants les désordres de la papille. Nous devons dire que, pour nous, ces désordres ont souvent fait défaut, excepté dans les cas où il y avait une méningite basilaire, près de la selle turcique. Mais, lorsque l'affection était concentrée dans la scissure de Sylvius ou ailleurs, la papille n'accusait aucun changement.
M. Richet dit que les épanchements sanguins ou purulents qui occupent l'espace sous-arachnoïdien antérieur peuvent déterminer aussi la compression du chiasma et occasionner l'amaurose. Cette compression peut amener, comme nous venons de le dire, une infiltration séreuse du nerf optique et son atrophie.
Les tumeurs de la substance cérébrale donnent lieu, quoique plus rarement, à la névrite optique, principalement quand elles sont situées daus les lobes antérieurs. M. Graefe a observé la névrite optique dans un cas de tumeur sarcomateuse comprimant un hémisphère cérébral, et une autre fois la nécropsie lui révéla la présence d'une production entozoaire singulière, constituant dans l'hémisphère droit un foyer assez volumineux, tandis quelle était disséminée à la base du crâne, où elle avait donné naissance à une méningite basilaire. Dans la troisième partie de notre travail, nous relatons quelques exemples du même genre.
Les tumeurs et les kystes de l'orbite, et ceux siégeant dans la substance du nerf optique, produisent le plus souvent l'inflammation de la papille ; ordinairement, dans ce cas, la névrite optique est uni-oculaire. Nous l'avons à peine observée 5 fois sur 72. Un de ces cas se rapporte à un kyste de l'orbite qui comprimait le nerf optique et occasionnait son infiltration1. MM. Jacobson et Graefe ont publié des cas de tumeurs occupant le tissu cellulo-graisseux de l'orbite et le nerf lui-même amenant une névrite. La névrite optique est quelquefois consécutive à une albuminurie, comme l'a décrit M. Liebreich 2 ; mais cette affection est le plus souvent postérieure à la rétinite albuminuiïque et doit être par conséquent étudiée avec les affections de la rétine proprement dite.