‹ Étude ophthalmoscopique sur les altérations du nerf optiqueChapitre 31 sur 84 · Liebreich, Atlas d'ophthahnoscopie, tabl. VIII, fig · texte numérisé non relu

Liebreich, Atlas d'ophthahnoscopie, tabl. VIII, fig

G-alezowski. 6

Traitement. — L'étude étiologique que nous venons d'exposer nous montre qu'il existe deux classes bien distinctes de névrites optiques : dans l'une, la cause est une inflammation des membranes cérébrales; dans l'autre, elle dépend d'une tumeur de l'orbite ou du cerveau.

Dans la première forme, quand la névrite optique est d'une nature inflammatoire, il est indispensable d'employer les moyens antiphlogistiques les plus énergiques. Les saignées locales et générales tiennent ici le premier rang. La saignée au bras sera faite toutes les fois que l'état du malade et l'intensité de son pouls le permettront. Bien entendu la phlébotomie ne sera efficace qu'à l'origine même de l'affection. Les saignées locales consistent en une ou plusieurs applications de sangsues derrière les oreilles, en petit nombre (2 ou 3 de chaque côté), mais renouvelées au fur et à mesure qu'elles tombent, ce qui entretiendra un écoulement de sang pendant plusieurs heures et dégorgera suffisamment le système veineux de la voûte crânienne. Nous recommandons en particulier l'application des sangsues dans les narines ou les scarifications simples faites sur la muqueuse du septum nasal. Ce moyen nous a réussi mieux que toutes les autres formes d'émission sanguine, et nous le préférons aux ventouses scarifiées et aux sangsues d'Hertoloup appliquées à la région temporale. L'application des ventouses sèches ou scarifiées sur la nuque et le long de l'épine dorsale peut agir efficacement comme révulsif, et nous avons l'habitude de les prescrire, à la condition toutefois que ce moyen soit employé tous les deux ou trois jours et pendant au moins un mois ou deux. Les applications de sangsues à l'anus chez les hémorrhoïdaires, et aux parties génitales ou aux parties internes des cuisses chez les femmes sujettes à l'aménorrhée, ont la même action révulsive.

On peut aussi employer avec succès les vésicatoires à la nuque souvent répétés; selon nous, ils remplacent efficacement le séton au cou, moyen terrible et barbare que la médecine moderne abandonnera à coup sûr bientôt. Quelquefois les vésicatoires volants sur les tempes, et même au sommet de la tête, peuvent être recommandés utilement, principalement chez les enfants. Les frictions mercurielles aux tempes, sur le front et au sommet de la tête,

doivent être employées concurremment avec les autres moyens.

Autant on doit éviter, dans la névrite optique, l'usage des vomitifs, autant il sera utile de recourir aux purgatifs salins, aux pilules drastiques et au calomel, lorsqu'il n'y a pas de contre-indication. Les applications froides sur la tête ne conviennent qu'au début; au contraire, l'action du froid sur l'œil est complètement nulle. Le traitement intérieur doit se borner à l'emploi de bromure ou d'iodure de potassium, principalement quand on suppose une cause syphilitique. Le bichromate de potasse pourrait être utilement prescrit au moment où la maladie tend à passer à l'état chronique.

Telle est la conduite que l'on doit tenir vis-à-vis d'un malade atteint d'une névrite optique, sans craindre de l'affaiblir ni de retarder la convalescence. Quelques praticiens refusent de recourir à ces moyens énergiques par la seule raison qu'ils attribuent la cause de l'affection à la méningite tuberculeuse. Nous pourrions répondre par des cas de guérison de méningite simple et circonscrite, dans lesquels le traitement antiphlogistique a rendu de véritables services. A l'appui de celte opinion, nous citerons un jeune malade auquel nous avons donné nos soins, avec le concours de l'éminent professeur Trousseau et de notre oncle le docteur Galezowski. C'était un enfant de 8 ans, atteint d'une méningite cérébrale des plus graves avec des troubles du côté de la vue ; on pouvait supposer une tuberculisation des méninges ; mais, grâce au traitement énergique antiphlogistique qui fut administré, le malade a complètement guéri, et actuellement il se trouve très-bien et suit les cours d'un collège de Paris.

Les guérisons que nous avons observées dans les névrites optiques accompagnées de symptômes cérébraux ne démontrent-elles pas assez que le traitement énergique peut et doit être prescrit? Et combien de fois n'a-t-on pas constaté l'absence des tubercules ou plutôt des granulations, comme le dit M. Robin, dans les méninges, malgré les signes physiologiques qui les faisaient supposer? Méfions-nous donc de nos déductions théoriques et n'oublions pas la puissance de la vis medicatrioo naturœ ; aidons-la au lieu de l'abandonner.

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