‹ Étude ophthalmoscopique sur les altérations du nerf optiqueChapitre 46 sur 84 · Los. cit., t. II, p · texte numérisé non relu

Los. cit., t. II, p

disposilion durait depuis quinze jours, lorsqu'il fut pris, le 21 avril, une heure après son repas de midi, d'un violent malaise d'estomac accompagné de vertiges et d'efforts de vomissement. On s'empressa de le coucher et de lui administrer des boissons légèrement aromatiques : le vomissement ne tarda pas à survenir, mais on s'aperçut que les extrémités de ce malade tendaient à se refroidir, tandis que l'embarras de sa respiration semblait s'accroître. Vn médecin, qu'on appela en toute hâte, constata les symptômes suivants : cécité complète, oblitération de la sensibilité dans tout le côté droit du corps, abolition de la sensibilité à gauche, contracture du bras gauche, paralysie des quatre membres, suspension de l'exercice intellectuel, embarras considérable de la respiration, efforts de vomissements. Mort.— Autopsie. Les os du crâne sont très-injectés; les méninges semblent à peu près dans leurs conditions normales. En soulevant les lobules postérieurs du cerveau, on aperçoit auprès des tubercules quadrijumeaux une petite éraillure dans la substance nerveuse : des coupes que l'on pratique en différents sens mettent à découvert des altérations considérables autant que nombreuses. L'hémisphère gauche du ceivelet est très-ramolli et comme teint en jaune. Un caillot volumineux de sang noir en occupe le centre; la substance placée dans le voisinage de ce caillot est infiltrée de globules sanguins. L'hémisphère cérébelleux droit est comme malaxé avec du sang; ses fibres sont en même temps très-ramollies et imprégnées d'hématosine. La moitié droite de la protubérance annulaire est occupée par une petite extravasation sanguine lenticulaire. Le ventricule cérébelleux, le troisième ventricule, les deux ventricules latéraux sont distendus par du sang en partie liquide, en partie coagulé; quelques petites éraillures de peu d importance se laissent voir à la surface des grands ventricules.

Cette observation montre que dans le cas où l'amaurose survient, l'apoplexie est toujours située dans les centres optiques ou dans leur voisinage.

§ 111. — Amaurose dans l'encéphalite ou le ramollissement cérébral.

Lesauleurs ne sont pas d'accord pour définir cette affection, et, malgré les remarquables travaux de MM. Andral, Cahneil, Rostan, Lallemand, Bouillaud, la manière dont on doit interpréter sa pathogénie reste indécise. M. Laliemand admet qu'il y a toujours une injection sanguine qui précède le ramollissement; selon M. Calmeil, c'est la première période de l'encéphalite, période de rougeur capil-

laire avec cxtravasation récente d'une partie des éléments liquides du sang; une seconde période est caractérisée par la formation des produits granuleux, et alors la substance nerveuse offre l'aspect d'un tissu ramolli et même désagrégé'. Cette opinion nous paraît la plus rationnelle et la plus conforme aux résultats que nous avons obtenus en étudiant les névrites optiques accompagnant les affections cérébrales aiguës ou chroniques. Seulement, nous sommes porté à admettre, par analogie, la troisième période ou période d'atrophie du tissu nerveux et de sclérose du tissu interstitiel. Nous avons observé ces différentes périodes dans les affections des nerfs et des bandelettes optiques et nous ne pensons pas qu'on puisse nier l'analogie intime de ces deux genres d'altérations. Dans ces encéphalites, on trouve des taches apoplectiques, des infiltrations séreuses, des exsudations plastiques jaunâtres ou blanchâtres, tout à fait comme dans une névrite optique, et comme cette dernière change infiniment de forme, de couleur et d'apparence, les parties enflammées du cerveau doivent nécessairement avoir des teintes et des colorations variées; la consistance elle-même changera suivant la partie du cerveau qu'occupe l'affection. Si l'on admettait cette manière de voir, il nous semble qu'on éviterait l'extrême confusion qui existe dans la nomenclature des ramollissements, que l'on désigne sous les noms de ramollissements blanc, gris, rouge, jaune, etc. Ces dénominations, au lieu d'éclairer sur la nature de l'affection, embarrassent plutôt son étude et la rendent extrêmement difficile.

Les encéphalites locales aiguës ou chroniques peuvent se développer sous l'influence de causes très-variées; tantôt ce sont des ruptures de vaisseaux qui les occasionnent. Il se déclare alors une inflammation active autour du coagulum, qui peut amener la cicatrisation et la guérison ; ou bien l'inflammation gagne de proche en proche les parties environnantes; les fibres nerveuses se désagrègent et s'imbibent de plasma fibrineux ; le microscope fait voir une myriade de corpuscules granuleux et des gouttelettes de myéline.

M. Cruveilhier a très-exactement représenté dans son atlas l'aspect de la substance nerveuse enflammée.

Les tumeurs cérébrales provoquent aussi dans leur voisinage

l. Calmeil, Maladies inflcimm., 1859, t. H. p. 117.

des encéphalites symptomatiques, mais alors ces encéphalites sont moins vasculaires.

L'affection athéromateuse des parois des vaisseaux est incontestablement une des causes les plus fréquentes d'encéphalite locale. On trouve ordinairement le calibre des vaisseaux diminué avec épaississement et dégénérescence graisseuse de leurs parois. Souvent ils deviennent tortueux et variqueux. Les embolies artérielles peuvent aussi donner lieu aux mêmes altérations de la substance nerveuse.

L'encéphalite peut être complètement et pendant très-longtemps circonscrite dans une partie du cerveau, et n'entraîner que l'affaiblissement ou l'abolition des fonctions dans un seul membre, un seul muscle ou un seul sens. Ainsi, dans une encéphalite limitée aux bandelettes optiques ou aux tubercules, la vue peut être affaiblie ou même totalement perdue, sans que pour cela la santé du malade et son intelligence soient altérées. Ces malades peuvent vaquer à leurs affaires, aller dans le monde, causer agréablement comme à l'état normal. Seulement, on remarque à la longne que leur mémoire diminue ; ils accusent des douleurs de tête vers la région frontale ou occipitale; quelquefois, ils ont des fourmillements dans les extrémités, des contractures passagères de certains muscles, souvent affaiblissement dans les jambes. Chez d'autres, il n'y aucun signe d'affection cérébrale ; tous les sens, excepté la vue, sont intacts ; ils n'ont pas de douleurs de tête, leurs forces sont conservées, et malgré cela l'encéphalite locale existe, et c'est elle qui est la cause de la cécité. Tûrck a pu ainsi trouver, dans un cas d'inflammation du nerf optique, une encéphalite occupant les corps genouillés1.

Comme la durée de l'encéphalite chronique est très-longue, on comprend que les malades atteints de cécité dans cette circonstance peuvent vivre très-longtemps, sans que leurs fonctions intellectuelles et les forces vitales soient sensiblement affaiblies.

Il n'en est pas ainsi dans la périencéphalite chronique, appelée aussi paralysie générale progressive.

La marche de cette affection est progressive, quoique avec de fréquentes alternatives; elle se développe dans différentes conditions,

1. Zettschr. der Gesel. der Aerzte zu Wien, 1852, Bd. II, p. 301.

chez les aliénés aussi bien que sous l'influence de causes accidentelles; et, selon M. Grisolle il n'est pas rare de l'observer dans les hôpitaux d'adultes aussi bien que parmi les malades de la ville l.

La péi'icncéphalite chronique se révèle par des lésions fonctionnelles plus ou moins généralisées; les malades continuent de marcher et d'agir, quoiqu'on observe chez eux une certaine incertitude dans toutes leurs actions. Quant à l'affaiblissement de la vue, il n'est pas fréquent, et, sur 56 cas rapportés par M. Galmeil, trois malades seulement étaient atteints de la cécité complète ; d'autres n'avaient accusé qu'un léger affaiblissement de la vue, tantôt d'un seul œil, tantôt des deux côtés. Souvent ces désordres n'arrivent que dans la dernière période de la maladie. Chez un malade de M. Andral (observation X, p. 419), la vue se perdit du côté où existait la paralysie des membres et à une époque où il jouissait encore de toute son intelligence. D'autres fois, des hallucinations trèsvariées et des plus bizarres s'observent dès la période d'invasion ; elles peuvent se prolonger pendant toute la durée de l'affection, et apparaître à des intervalles plus ou moins longs. La marche de l'amblyopie présente les mêmes variétés; la vue s'améliore quelquefois pendant quelque temps, et le médecin qui ne prendrait pas en considération la cause de l'affection progressive pourrait confondre la simple rémittence de la phlegmasie avec une guérison. Nous ne voulons pas dire pour cela que la guérison soit impossible ; la véritable guérison d'une amblyopie comme de la périencéphalite peut être obtenue, mais elle est très-rare.

Les changements dans la forme de la pupille ont été observés par plusieurs auteurs dans la périencéphalite chronique. La pupille est élargie ou rétrécie dans les deux yeux au même degré, ou élargie d'un côté et rétrécie de l'autre. MM. Galmeil et Baillarger ont démontré que les pupilles peuvent subir d'un mois à l'autre de fréquentes variations chez le même paralytique.

Nous avons quelquefois examiné à l'ophthalmoscope, dans le service de M. Baillarger et dans celui de MM. Moreau et Vulpian à la Salpêtrière, des malades atteints de paralysie générale; toutes les fois que la vue était troublée ou perdue, nous avons reconnu

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