‹ Étude ophthalmoscopique sur les altérations du nerf optiqueChapitre 63 sur 84 · Société anat., 1847. M. Notta · texte numérisé non relu

Société anat., 1847. M. Notta

mère, au voisinage des lobes postérieurs, adhère au cerveau. Dans les deux cornes postérieures du cerveau, on trouve des cavernes très-grandes qui ne communiquent pourtant pas avec les ventricules. Ces po :hea sont remplies de coagulums florin eux, et leur surface est inégale, frangée eteouverte de fongosités.Du côté du grand hippocampe, la substance cérébrale est infiltrée d'une masse jaunâtre. Le tubercule quadrijumeau gauche postérieur est ramolli et plus volumineux que le droit. On reconnaît difficilement sa structure normale.

Ici l'amaurose n'était due qu'à l'altération secondaire (ramollissement) qui s'est propagée de proche en proche depuis le lobe postérieur jusqu'aux tubercules quadrijumeaux. Les désordres de la papille ne sont que très-peu marqués; la congestion, presque insignifiante, ne pourrait expliquer l'amaurose ; mais elle nous montre que la lésion devait avoir son siège dans les parties voisines des tubercules quadrijumeaux, qui seuls, d'après nos propres recherches, peuvent rester pendant longtemps altérés sans amener de changements appréciables dans la papille.

En ce qui regarde les tumeurs des lobes antérieurs et postérieurs, nous dirons, pour conclure : que les résultats négatifs de l'examen ophthalmoscopique, le développement de l'amaurose, la diplopie monoculaire ou quelquefois l'hémiopie, une amélioration momentaire de la vue et la surdité, tels sont les signes propres aux altérations des lobes cérébraux postérieurs.

Quant aux lobes antérieurs, il y a, en même temps que l'amaurose, qui se déclare subitement et souvent deux ou trois ans avant la mort, perte ou difficulté de la parole, et quelquefois strabisme ; dilatation des pupilles et infiltration des nerfs optiques ou atrophie à contours irréguliers, douleurs de tête dans la région frontale, hémiplégie, convulsions et vomissements.

C'est donc l'extension par contiguïté de l'altération cérébrale qui explique l'amaurose dans les affections des hémisphères cérébraux ; et nous sommes éloigné de partager l'opinion de ceux qui croient que les circonvolutions cérébrales sont le point de l'encéphale où viennent aboutir les impressions lumineuses et où doit s'opérer vraisemblablement la perception de ces impressions. S'il en était ainsi, on ne pourrait pas comprendre pourquoi les apoplexies cérébrales, qui sont si fréquentes dans les hémisphères cérébraux au-dessus du corps

strié et des couches optiques, n'amènent, dans l'immense majorité des cas, aucun trouble de la vision. Dans le relevé statistique que nous avons fait, nous trouvons, sur 251 cas d'apoplexies de cette région, tout au plus cinq ou six exemples d'amaurose. Le foyer apoplectique restant, pendant de longues années, localisé dans le siège primitif, ne se communique pas aux parties environnantes, ni aux centres optiques, contrairement à ce qui a lieu dans les néoplasmes.

§ III. — Amauroses due aux altérations des couches optiques.

Les expériences physiologiques de MM. Longet, Flourens, Vulpian et autres, établissent que les couches optiques sont un organe central des mouvements volontaires, et que, lorsqu'on les supprime d'un côlé, l'animal tombe aussitôt du côté opposé. L'influence des couches optiques, d'après ces mêmes auteurs, est presque nulle sur la vision. Une partie pourtant, superficielle et postérieure, fait exception. On connaît, en effet, la disposition et les rapports des corps genouillés et des racines des bandelettes optiques, et on comprend que la destruction des cornets postérieurs des couches optiques doit amener un trouble partiel ou total de la vue, tandis que l'altération du centre de cette couche reste sans influence sur la vision. Telle est aussi l'opinion de Gratiolet. Sur 62 observations se rapportant à une lésion des couches optiques, nous n'avons trouvé que 17 fois la présence d'une amaurose, M. Andral adonné la description de deux cas se rapportant à la désorganisation complète des couches optiques par des tumeurs cancéreuses : dans l'un et l'autre cas, la vue n'a pas été altérée. MM. Lallemand, Calmeil, Rochoux, Abercrombie, ont signalé de nombreux exemples de ce genre.

A côté de ces faits négatifs, il n'est pas sans intérêt de rappeler l'histoire d'un malade de M. John Hunter jeune, reproduite dans les Med. Chirur. Transactions, t. XIII, p. 88.

Observation XXVIII. — Une dame âgée de 17 ans souffrait continuel-

lementde maux de tète lies-violents concentrée dans la tempe droite. Elle éprouvait des vertiges, des syncopes, et était sujette a des irritai ions nerveuses. En même temps, la vue cl rouie s'affaiblissaient progn ment. Quelques mois après, elle fut prise de convulsions, bientôt suivies de la perte presque complète de la vue et de rouie. Les vomissements se manifestèrent très-souvent pendant toute la durée de la maladie. Il survint une ulcération sur la cornée de l'œil gauche. Au milieu de ces symptômes, elle succomba. — A l'autopsie, on a trouvé que les couches optiques étaient augmentées de volume et entièrement converties en une matière fongueuse. Cette altération s'étendait aux parties voisines du cerveau et au cervelet.

Souvent les tumeurs tuberculeuses de la couche optique amènent la cécité. Voici un cas rapporté par M. Eisemann \

Observation XXIX.— Un homme d'un certain âge fut frappé d'une attaque apoplectiformc; mais, bientôt après la première crise, le malade s'est rétabli; il a commencé à marcher et à vaquer à ses affaires; on n'a remarqué aucune paralysie, mais il devint peu à peu aveugle. Dès ce moment, ses forces commencèrent à se perdre de plus en plus, les accidents cérébraux prirent un développement considérable, et il ne mourut qu'après de longues souffrances. L'autopsie démontra la présence d'une tumeur tuberculeuse des couches optiques.

Quelquefois, ce sont des tumeurs kystiques de la couche optique qui affectent la vue. M. Beck rapporte un cas analogue 2.

Observation XXX. — Un homme âgé de soixante-huit ans souffrit pendant quatorze ans d'une amblyopie suivie d'amaurose. Trois ans avant sa mort, il fut frappé d'apoplexie et d'un affaiblissement consécutif des fonctions intellectuelles. L'autopsie a démontré que les méninges étaient infiltrées d'une exsudation séreuse, les artères partiellement ossifiées. La couche optique droite présentait une poche en forme d'entonnoir, limitée par des parois dures calleuses, d'un jaune blanchâtre. Cette poche se prolongeait jusqu'aux corps genouillés. La couche optique était diminuée et présentait à peine des traces de la substance blanche. Les deux nerfs optiques étaient atrophiés dans tout leur trajet.

Dans toutes ces affections l'amaurose n'est pas due à l'altération de la masse centrale des couches optiques, mais à celle de son bord

1. Canstatt's Jahreshericht fur. 1853, Wiirzburg, 1854, p. 62.

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