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sa rétine. C'est d'autant plus probable que, pour beaueoup de personnes, le fond de l'œil apparaît sous cette teinte rouge jaune dont parle Jaeger.
Chez certains sujets profondément anémiques, les vaisseaux rétiniens sont presque exsangues, de sorte qu'on les aperçoit à peine ; dans ce cas, la papille sera d'une couleur tout à fait blanc pâle. Quelquefois cette pâleur atteint de telles proportions qu'elle peut simuler une atrophie de la papille, sans que pour cela la vue soit troublée. Il est à propos, croyons-nous, de signaler ici un fait qui nous a particulièrement frappé il y a quelques années. Feu le docteur Aran nous appela un jour à l'hôpital Saint-Antoine pour examiner une fille de dix-sept ans devenue anémique au plus haut degré par suite de l'hématémèse. Les vomissements sanguins la tourmentaient depuis plusieurs mois et elle était d'une pâleur effrayante. Elle ne pouvait plus marcher, tant elle était affaiblie. La vue, qui jusque-là avait toujours été très-bonne, commençait aussi abaisser, principalement quand elle travaillait. Au commencement du travail, elle voyait très-nettement ; mais, quelques minutes après, la vue se fatiguait et elle ne distinguait plus rien. Nous avions diagnostiqué une fatigue de l'accommodation. L'examen ophthalmoscopique nous avait tout d'abord frappé; la papille était d'un blanc nacré, et les vaisseaux à peine visibles; il fallait comprimer un peu l'œil pour se convaincre que la circulation se faisait dans la rétine. Ses vaisseaux capillaires périphériques n'étaient point vis blés à l'image renversée. C'était donc une vraie anémie de la papille, sans la moindre trace d'atrophie, car on ne remarquait aucun changement dans le champ visuel et dans l'acuité de la vision.
Nous avons dit plus haut que la teinte rosée n'est pas égale sur toute la surface de la papille, et que le centre est toujours plus pâle. On remarque, en effet, que toutes les papilles normales présentent une tache ronde, d'un blanc nacré et luisant. Cette tache est ordinairement située au point d'émergence des vaisseaux centraux du nef optique; souvent elle n'est pas plus grande qu'une grosse tête d'épingle ; dans d'autres cas, au contraire, elle occupe le tiers ou le quart de la papille. Cette tache blanche est formée par une légère excavation ou dépression qui se rencontre, d'après
Mùller, sur toutes les papilles ; les vaisseaux centraux doivent, dans les cas d'une dépression plus ou moins grande, décrire des courbes en suivant la concavité.
Les autres parties de la papille ne sont pas non plus colorées d'une manière uniforme : on remarque ordinairement plus de rougeur du côté interne et moins du côté externe (image droite), ce qui tient évidemment à la disposition des vaissaux que nous allons bientôt étudier avec toute l'attention nécessaire.
La dépression physiologique de la partie centrale de la papille n'a pas toujours la même apparence ni la même dimension ; elle peut être plus ou moins étendue et occuper le centre même de la papille, ou bien elle peut se trouver rejetée tout à fait sur le côté externe du disque optique.
A l'ophthalmoscope, on reconnaît cette excavation par la présence d'une plaque ronde, blanche et luisante au centre de la papille et au niveau de sortie des vaisseaux centraux. Cette plaque blanche est ordinairement très-luisante, à contours vagues et se confondant avec le reste de la papille ; elle reflète beaucoup de lumière et ne contient point de vaisseaux; ce n'est que sur ses bords qu'on voit naître l'artère et la veine centrale. Quelquefois, l'excavation physiologique occupe une grande partie de la moitié externe delà papille; elle présente alors des bords bien tranchés, et son centre est couvert de points et de petits demi-cercles noirs, à peine visibles; les vaisseaux tracent des courbes et des zigzags au pourtour de la concavité, de telle sorte qu'il est très-difficile de reconnaître au premier abord la différence qui existe entre une excavation physiologique et une excavation pathologique.
Transparence du nerf optique. — Le nerf optique est composé de plusieurs éléments, qui sont tous complètement transparents. D'où il résulte qu'en regardant dans le fond de l'œil avec l'ophthalmoscope, non- seulement nous pouvons distinguer les détails de la surface de la papille, mais encore voir à une certaine profondeur dans l'épaisseur du nerf optique lui-même. Ce qui prouve sa transparence, c'est qu'on voit quelquefois deux branches de la veine centrale suivre le trajet du nerf optique, s'enfoncer dans sa substance et se réunir en un tronc principal au niveau de la lame criblée. De
même aussi les deux branches principales de \t*mmê- centrale
naissent dans l'intérieur du nerf optique à quelques millimètres au delà du trou sclérotical, et nous apercevons le plus souvent cette bifurcation comme si elle se faisait à la surface de la papille. Quelquefois, on a pu constater la présence de tumeurs siégeant dans le nerf optique ; la lame criblée apparaît aussi à travers une couche plus ou moins épaisse du nerf. Il serait impossible d'arriver à de pareils résultats si le nerf optique était privé de transparence, s'il était opaque.
Pourtant nous devons dire qu'il y a des sujets chez lesquels le nerf optique et la rétine sont moins transparents dans l'état physiologique. Ce défaut de transparence s'observe chez les sujets bruns et principalement chez les enfants qui ont les cheveux noirs; l'aspect de leur rétine et du nerf optique a été souvent confondu avec un état pathologique dépendant des affections cérébrales, par exemple d'une méningite.
§ ïî. —Vaisseaux de la rétine visibles à l'ophthalmoscope.
Nous savons qu'en examinant le fond de l'œil à l'ophthalmoscope, on aperçoit les vaisseaux centraux du nerf optique, qui viennent de la papille et rayonnent sur toute la rétine. Ces vaisseaux sont Y artère et la veine centrale du nerf optique avec ses branches collatérales.
V artère centrale de la rétine est une branche de l'artère ophthalmique, qui est à son tour une branche de la carotide interne. Quelquefois, elle provient d'une des artères ciliaires ou musculaires de l'œil.
Cette branche est très-grêle; elle s'enfonce dans l'épaisseur du nerf optique vers sa moite inférieure, marche au centre de ce nerf au voisinage de la veine centrale dans une gaîne spéciale ; traverse ensuite le trou de la sclérotique, et, au moment d'arriver à la surface de la papille, elle se divise en deux branches, une supérieure et l'autre inférieure. Ainsi, à l'ophthalmoscope, nous voyons une
petite pa*to» dm rameau principal (fig. lre), longue de 1 à 2 millimètres, qui se divise bientôt en deux branches collatérales.
La veine centrale est d'abord accompagnée de F artère dans sa marche à travers le nerf optique, puis elle s'en éloigne un peu, s'en sépare pour passer la lame criblée et apparaît sur la papille par deux branches bien distinctes, une supérieure et l'autre inférieure et dont la réunion ne se voit pas ordinairement.
Ainsi, pour nous résumer, l'artère apparaît en un tronc unique qui se subdivise en deux rameaux h la surface de la papille ; la veine a deux points d'émergence distincts et suit le trajet et la disposition de l'artère. Cette différence dépend, comme Donders l'a démontré, de ce fait : que l'une arrive non divisée jusqu'à la surface de la papille, tandis que l'autre opère sa subdivision dans l'intérieur du nerf optique à 0,005 millimètres au delà de la sclérotique, et échappe par conséquent à l'œil de l'observateur.
Différence entre les artères et les veines. — Les vaisseaux de la rétine ne peuvent pas être confondus avec ceux de la choroïde : les premiers sont caractérisés par leurs doubles contours et se détachent complètement du fond de l'œil, tandis que les seconds ne sont que de petites bandelettes ou traînées rouges qui s'entrecroisent en divers sens sans jamais offrir la ramification régulière propre aux vaisseaux rétiniens.
Il n'est pas non plus difficile de distinguer les artères des veines de la rétine ; on les reconnaît d'après leur volume, leur forme, leur couleur et leur position. Ainsi, les artères sont ordinairement moins volumineuses que les veines, et n'accusent jamais de varicosités; leur couleur est ordinairement plus pâle, rosée; au centre, elles sont transparentes, tandis que leurs parois sont beaucoup plus foncées, ce qui fait qu'elles paraissent limitées par de doubles contours. Les artères sont placées plus superficiellement que les veines, et, en croisant ces dernières, elles passent visiblement par-dessus. 11 résulte de cette disposition que, dans certains états morbides où la circulation dans les veines est gênée, on voit aux points d'entrecroisement des veines et des artères, que les premières étant comprimées, forment sur les deux côtés de l'artère qui les croise une espèce de vide.
Cette différence, si marquée dans les branches principales, ne peut être constatée dans les capillaires, et l'on est souvent forcé de remonter le courant d'un vaisseau capillaire jusqu'à son anastomose avec une branche principale, pour savoir s'il s'agit d'une veine ou d'une artère.
Les artères et les veines centrales se rendent, au sortir de la papille, en haut et en bas de la rétine; l'artère donne une branche supérieure et une branche inférieure, et chacun des deux troncs se subdivise en deux branches secondaires, qui se bifurquent et se divisent progressivement en branches collatérales, et deviennent enfin les vaisseaux capillaires, dernier réseau vasculaire où le sang artériel commence à se transformer en sang veineux. Il est tout naturel que les veines capillaires affluent dans des branches de plus en plus volumineuses pour aboutir enfin jusqu'aux veines centrales du nerf optique. C'est là le seul réseau de vaisseaux rétiniens qui puisse être observé au moyen de l'ophthalmoscope. En les examinant attentivement, on remarque que toutes les branches qui se dirigent de la papille vers le côté externe, où se trouve la macula, ne se rendent pas directement à cette dernière, mais en la contournant aboutissent plus loin ; les vaisseaux capillaires seuls s'approchent davantage de la macula et constituent tout autour d'elle un réseau vasculaire très-fin. Le centre, au contraire, de la macula est privé de vaisseaux; tout au moins, s'il en existe, ils ne sont pas visibles à l'ophthalmoscope.
Vascularisation capillaire du nerf optique. — Mais il y a encore, à la surface du nerf optique, un grand nombre de vaisseaux capillaires qui ne paraissent pas communiquer directement avec les vaisseaux centraux. Les uns naissent sur la partie interne, et ce sont les plus nombreux ; les autres occupent le côté externe où ils sont plus rares. Leur étude a été jusqu'à ce jour complètement négligée ; pourtant, elle offre un grand intérêt, en raison de leur rapport direct avec le système vasculaire du cerveau.
Le nombre de ces vaisseaux n'est jamais constant; tandis que, chez certains sujets, la papille est sillonnée en tous sens par les capillaires chez d'autres on ne remarque que cinq ou six branches distinctes. C'est ce qui rend si variable l'aspect de la papille; aussi
G-alezowski. 2
le médecin devra-t-il apporter dans son examen la plus grande attention, s'il veut éviter de confondre un état physiologique avec un état pathologique.
Origine des vaisseaux capillaires. — Jusqu'à présent, tous les anatomistes distingués n'ont trouvé d'autres vaisseaux dans la rétine et le nerf optique que ceux qui naissent de la veine et de l'artère centrales. Tel est le résultat des recherches de MM. Donders l , Brûcke2, Kolliker 3, Stellwag4. Dans un cas exceptionnel, H. Mûller 5 a trouvé la communication des vaisseaux rétiniens avec ceux de la sclérotique. Les études ophthalmoscopiques devaient pourtant nous conduire à de nouvelles découvertes; nous avons très-souvent observé des inflammations et des infiltrations du nerf optique consécutives aux maladies cérébrales aiguës ou chroniques ; les atrophies elles-mêmes de la papille, suivies seulement de l'atrophie complète des vaisseaux capillaires collatéraux, avec conservation des vaisseaux centraux, devaient nous démontrer qu'il y avait des rapports intimes et constants entre le système vasculaire du cerveau et celui de la rétine.
Ces faits nous ont, en effet, conduit à faire des recherches anatomiques sur les cadavres. Avec le concours obligeant de M. le docteur Anger, qui voudra bien agréer nos remerciements, nous avons pratiqué plusieurs fois des injections, d'abord sur des cadavres d'adultes, puis sur ceux d'enfants, et nous avons pu constater ensuite avec une loupe que le nerf optique contenait des ramuscules capillaires injectés, et que ces capillaires se distinguent même sur la papille. Aujourd'hui, il ne nous reste aucun douteà cet égard, et nous pouvons affirmer que la papille du nerf optique contient, outre les vaisseaux centraux qui proviennent de l'artère ophthalmique, de nombreux vaisseaux capillaires qui naissent dans le cerveau. Ce sont notamment tous ceux qui donnent la coloration rosée à la papille du nerf optique. Ces vaisseaux doivent être appelés, selon nous, vaisseaux cérébraux de la papille. Ils sont séparés des vais-
1. Archiv fur Ophthalmologie, von G-raei'e, t. I, deuxième partie, p. 75. — 2. Brûche's anatom. Beschreib. d. menschliçh. Augapfels, 1847, p. 25, etc. —3. Mikrosc. Anatomie, t. II, deuxième partie, p. 634, etc. — 4. Die Ophthalmologie, t. IV, première partie, p. 522.-5. Archiv f. Opht., t, IV, deuxième partie, p. 8.
seaux centraux et arrivent directement du cerveau; ils sont logés dans les interstices des fibres du nerf optique. Mais, pour bien comprendre leur origine, et pour développer suffisamment les rapports qui existent entre le nerf optique et les différentes parties du cerveau, il est indispensable d'étudier l'anatomie du nerf optique et de toutes les parties du cerveau qui concourent à la formation et à la production du sens de la vision. Cette étude comprendra le quatrième chapitre de notre travail.