OBSERVATIONS
Observation I
Lej. Félix, 35 ans, prof., ouvrier mécanicien.
Antécédents héréditaires. — Père et mère bien portants, pas nerveux. Frères et sœurs également bien portants, ni nerveux, ni dyspeptiques.
Antécédents personnels. — Jamais malade, nie tout antécédent alcoolique, n’a pas de tremblements, pas de cauchemars mais des insomnies. Il n’a jamais reçu de traumatisme, ni dans la région abdominale, ni ailleurs.
Le malade souffre depuis dix ans de trouble au côté de l’estomac. Ce qu'il éprouve, ce sont des sensations de tiraillements dans la région de l’abdomen, des douleurs au creux épigastrique ; il commence à souffrir 1 heure 1/2 ou deux heures après le repas ; ces souffrances sont accompagnées de renvois, de ballonnement du ventre, de congestion de la face, de pesanteur, elles durent jusqu’à 5 ou 6 heures du soir. Elles sont telles qu’il en est arrivé à ne plus faire qu’un repas par jour. Son appétit n’a pas cependant disparu et, lorsqu’arrivent les heures du repas, il ne demande qu’à manger. Il a maigri, dit-il ; aujourd’hui, il a l’aspect d’un homme nerveux, maigre et sec et son faciès est encore bon, malgré les souffrances considérables qu’il prétend ressentir. Il nous raconte que tout travail lui est devenu impossible, qu’une fois qu’il a mangé il attend le moment où ses souffrances vont se réveiller, moment qui, ajoute-t-il, ne manque jamais de venir. S’il a commencé un travail quelconque, il est bientôt obligé de l’abandonner et de se coucher, la position horizontale calmant un peu ses douleurs.
Depuis cinq ans, son caractère aurait beaucoup changé, gai et de bonne humeur autrefois, il est devenu triste et sombre ; il reconnaît lui-même que ce sont ses mauvaises digestions qui en sont la cause. Il a consulté depuis le début de sa maladie un grand nombrede médecins, ila pris, dit-il, beaucoup de remèdes : ces temps-ci, il suit le régime suivant qu’il s’est lui-même constitué : 130 gr. de viande crue, en boulettes dans du potage au vermicelle.
Contre sa constipation opiniâtre, il se sert de lavementsjournaliers.
Ses nuits sont agitées par des insomnies fréquentes et régulières. Tous les jours vers 2 ou 3 heures du matin, il se réveille pour ne plus se rendormir.
Il a toujours froid aux extrémités des doigts et des pieds.
Il se présente à l’hôpital Cochin, à la consultation de M. Dujardin-Beaumetz, où il vient chercher, dit-il, un autre traitement à ajouter aux nombreux traitements qu’il a déjà faits inutilement.
La palpation abdominale, faite sur une paroi flasque et souple, révèle, à la région épigastrique, une forte douleur, on ne sent rien d’anormal comme tumeurs ou organes déplacés.
Le malade au moment de notre premier examen est à jeun, nous ne percevons pas de clapotement.
Après l’ingestion d’un 1/2 verre d’eau de Vichy, nous renouvelons l’expérience et obtenons, par la succussion, un bruit de clapotement, s’entendant dans tout l’hypocondre et le flanc gauches et au-dessous de la ligne qui réunit l’ombilic au point le plus proche du bord costal gauche.
Le foie est peu congestionné, la région hépatique est cependant un peu douloureuse, l’organe ne nous paraît pas dépasser les fausses côtes.
La palpation néphroleptique est pratiquée, d’après les principes posés par M. Glénard, nous parvenons, après quelques inspirations lentes et profondes, à saisir l’extrémité inférieure du rein droit, sur lequel nous pouvons dès lors exécuter les
trois temps de la manœuvre indiquée par M. (jlénard : affût, capture, échappement.
Du côté gauche, nous ne pouvons percevoir rien de semblable.
Pas de troubles de sensibilité générale, ni sensorielle.
Le jour de sa première visite à l’hôpital, nous lui ordonnons de suivre le traitement que nous avons formulé, régime végétarien, antisepsie intestinale, sauf les lavages du rectum. Pas de sangle pelvienne, mais douches froides tous les jours, pas de lavages d’estomac.
Huit jours après le début du traitement, pas d’amélioration bien notable au point de vue des accidents dyspeptiques et des troubles nerveux, nuits moins agitées cependant, selles plus faciles et plus régulières.
Quinze jours plus tard, le malade revient, le mieux commence à se faire sentir d’une façon notable. Il digère mieux, son sommeil est complètement revenu. Il va à la selle régulièrement tous les jours grâce à la poudre laxative qu’il prend chaque fois. Il a toujours ses congestions à la face qui sont cependant moins fréquentes et moins fortes ; quant aux douleurs de l’estomac elles ont complètement disparu.
Nous ne voyons le malade, qui est allé suivre son traitement à la campagne, qu’un mois après le début du traitement. Il a repris son travail, il va beaucoup mieux, demande à augmenter son régime. Il n’a pas cessé, dit-il, de suivre son traitement depuis le début ; nous lui conseillons de le suivre encore le plus longtemps possible. Rien de changé dans les signes déjà fournis par la palpation abdominale.
Observation II A. Lag..., 25 ans, garçon de bureau.
Antécédents héréditaires. — Père asthmatique. Mère migraineuse, pas dyspeptiques, ni l’un, ni l’autre. Ni frère, ni sœur.
Antécédente personnels. — N’a jamais été malade jusqu’à 10 ans, époque à laquelle remontent les premiers troubles dyspeptiques qui sont arrivés, aujourd’hui, à leur summum. A cette époque les digestions étaient difficiles, les maux d’estomac fréquents. On le traita alors pour de l’anémie et on attribua tous ses troubles à la croissance.
Aujourd’hui, appétit complètement disparu, dégoût complet de la viande, surtout des matières grasses. Le malade ne se nourrit plus que de lait et de quelques parcelles de viande qu’il ne digère que très difficilement. Il se nourrit, dit-il, par raison, mais il redoute l’ingestion de substances solides qui lui donnent une demi-heure après le repas, des éructations, du ballonnement du ventre une sensation de plénitude qui le force à se déboutonner. II a fréquemment des palpitations à ce moment.
Il est maigre, pâle, il prétend avoir été autrefois à 14 ans et à 20 ans gros et fort.
Comme traitement, il n’a jamais suivi jusqu’ici de régime, il a pris du bicarbonate de soude qui lui a fait du bien, pendant un certain temps; il mange à n’importe quelle heure delà journée, peu, mais souvent, c’est lui-même quia trouvé cette manière de procéder qui, au début, semblait réussir à diminuer ses souffrances.
Il a eu toujours de la tendance à la constipation. Il aurait eu des hémorrhoïdes dont, aujourd’hui, nous ne constatons aucune trace. Depuis quelque temps à cette ancienne et continuelle constipation ont faite suite des alternatives de diarrhée.
Le malade est désespéré, il insiste beaucoup sur la sensation de cuisson qu’il éprouve à l’anus, il pense avoir une fissure et accuse cette dernière de tous les troubles qu’il ressent.
La nuit, il ne dort pas, il a des cauchemars ; tous les matins, réveil à 4 heures.
Tout travail intellectuel le fatigue « il ne sait plus que devenir ».
Rien au cœur, rien au poumon.
Pas d’anesthésie pharyngée, aucun signe d’hystérie. Sensibilité générale et sensorielle intactes.
Ventre dur plutôt que mou et flasque, paroi abdominale tendue, résistance considérable des muscles droits.
Le malade, lorsque nous l’examinons est à jeun. Nous percevons, malgré cela et immédiatement, le bruit de clapotement qu’il entend, dit-il, lui-même.
Dilatation stomacale manifeste. Prolapsus du rein droit.
Foie congestionné, dépassant légèrement les fausses côtes. Région hépatique douloureuse.
Nous n’observons pas d’autres déplacements d’organes, pas de sensations de cordes, dans aucun point de l’abdomen.
Nous ordonnons au malade le régime végétarien absolu, nous lui faisons faire deux repas par jour, selon le précepte de M. Bouchard. Régime sec. Antisepsie intestinale. Pas de sangle mais douches.
Ce n’est que quinze jours après le début de ce traitement que nôus revoyons le malade, il va beaucoup mieux. La diarrhée a disparu, la constipation persiste, mais la simple poudre laxative que nous lui avons prescrite lui assure une garde-robe régulière. Il dort mieux, il est moins nerveux, moins excitable.
Encore des renvois, des gaz, après les repas, mais bien moins. Le malade prend régulièrement ses douches, bien que se trouvant à la campagne, il vient régulièrement chaque jour à Paris.
Nous avons revu ce malade, la semaine dernière, un mois depuis qu’il a commencé son traitement. Le mieux continue, persiste et augmente. Son faciès s’est recoloré. Sa gaieté est revenue, il mange tous les deux jours, un peu de viande : poulet ou veau froids.
Enchanté de son régime, il ne demande qu’à le continuer a éternellement ». La constipation existe toujours un peu, il va cependant, certains jours, à la selle sans purgatif.
Nous regrettons de ne pouvoir suivre plus longtemps ce malade qui, sous peu, arrivera certainement à la guérison complète.
La dilatation de l’estomac persiste encore. A jeun, nous ne percevons plus le clapotement qui apparaît de nouveau lorsque le malade a ingéré 1/2 verre d’eau.
Observation III
Guill.., 30 ans, rentier.
Antécédents héréditaires. — Nuis. Père et mère non nerveux, non dyspeptiques. Frère bien portant.
Antécédents personnels. — Il n’a jamais été malade avant de ressentir les troubles dyspeptiques qu’il accuse aujourd’hui et qui ont commencé, il y a 15 ans.
Croissance très rapide, bronchite étant jeune, rien de plus.
D’abord, les digestions deviennent pénibles, il n’y a pas de vomissements, mais sensation de poids à l’estomac, lourdeur, pesanteur à l’épigastre tantôt au moment de la digestion, tantôt même avant le repas. Il consulte un médecin qui lui ordonne de la noix vomique et des douches. Cette consultation donnée il y a dix ans, c’est-à-dire 5 ans après le début des accidents, fut demandée par le malade qui commençait à se désespérer de la persistance et surtout de l’aggravation des phénomènes dyspeptiques qui s’étaient compliqués de phénomènes nerveux.
A cette époque, le malade avait des périodes de constipation suivies de périodes de diarrhée.
C'est à la même époque, qu’il a commencé à maigrir.
Le traitement sus-indiqué n’amenant aucune amélioration, le malade va consulter, il y a 5 ans, M. le professeur Bouchard.
M. Bouchard fit le diagnostic de dilatation de l’estomac, supprima les douches, défendit au malade de se laver l’estomac et lui prescrivit le régime de la dilatation d’estomac.
Le malade prétend avoir, depuis cinq ans, suivi le régime d’une façon très rigoureuse, il ne va pas plus mal, mais ne ressent pas, dit-il, un mieux considérable.
Son état actuel est le suivant : l’appétit est conservé, la
digestion ne se fait pas et, 4 heures après le repas, commencent des souffrances caractérisées par des tiraillements au creux épigastrique, sensation de pesanteur, renvois, ballonnement du ventre.
Chez lui, les phénomènes nerveux ont pris une très grande intensité, il a des migraines fréquentes, des vertiges, des congestions à la face, il éprouve, dit-il, « un bouillonnement dans tout le corps, une sensation de froid sur tout le corps, principalement aux extrémités, pieds et mains. Tout travail intellectuel lui est devenu impossible. Il a eu, à plusieurs reprises, des idées de suicide et tout, dans l’existence, lui paraît sous un jour sombre et défavorable.
Il a le faciès et l'aspect des dilatés en général, pâle, maigre, très grand.
La palpation abdominale ne nous fait constater rien de semblable à la corde colique, au cordon sigmoïdal de M. Glénard. mais on parvient, grâce à la palpation néphroleptique, à percevoir un prolapsus, une descente du rein droit, dont on peut arriver à saisir l’extrémité inférieure à la suite d’une inspiration profonde.
La région hépatique n’est pas douloureuse, il existe cependant un léger degré de congestion de cet organe. On n’a jamais observé d’ictère.
Rien dans les urines.
Rien au cœur ni aux poumons.
Le malade suit, en ce moment, sous la direction de M. le l)1’ Gilbert, le traitement de la dilatation de l’estomac, antisepsie intestinale en môme temps que les douches. Les troubles gastriques ont diminué; les phénomènes nerveux persistent avec autant d intensité, le sommeil cependant est en partie revenu.
Nous ne donnons cette observation, non pas pour montrer, dans ce cas, l’efficacité du traitement de la dilatation de l’estomac contre les troubles nerveux qui
lui ont succédé, mais pour montrer qu’ici les troubles dyspeptiques ont débuté et que les troubles nerveux ne se sont présentés qu’ensuite et comme conséquence des premiers. Nous pensons que le mieux, qui s’est déjà manifesté du côté de l’estomac, se montrera également du côté des phénomènes nerveux, si le malade veut bien suivre le traitement de la dilatation qu’on lui a prescrit et qu’il a certainement fait, quoi qu’il en dise, d’une façon incomplète, après sa première consultation.
Observation IV
Mme L..., 27 ans.
Antécédents héréditaires. — Père asthmatique. Mère migraineuse, pas dyspeptique. Une sœur bien portante, mais nerveuse. Un frère mort d’une affection cardiaque.
Antécédents personnels. — Bien portante jusqu’en 1870.
A cette époque, à la suite d’une peur elle eut une crise nerveuse. Depuis lors, aucun trouble nerveux ne s’est fait sentir. Mais à l’âge de 14 ans, les maux d’estomac commencent. Digestion d’abord pénible, ballonnement du ventre, renvois, douleurs au creux épigastrique, commençant 5 ou 6 heures après le repas. Depuis cette époque, les phénomènes dyspeptiques, malgré quelques intermittences, ont augmenté. Calme et gaie, il y a trois ans à peine, elle est devenue aujourd’hui irritable et triste. Elle ne peut plus dormir.
C’est surtout pour les phénomènes nerveux qu’elle vient aujourd hui demander conseil. Elle prétend avoir, en outre des insomnies, des cauchemars continuels. Sensation de froid aux extrémités des pieds et des mains. Douleurs vagues et indéfinissables. Réveil, tous les matins à 2 heures, impossibilité de se rendormir.
La malade ne se nourrit plus que de lait, toute parcelle de viande la dégoûte et, si elle en mange, elle éprouve, deux heures après, des souffrances semblables à celh s que nous avons déjà décrites, mais bien plus fortes. L’intolérance des aliments serait absolue, sauf pour le lait qui seul serait encore digéré, mais non pas sans provoquer de la douleur, quelque temps après l’ingestion.
L’aspect de la malade est celui d’une personne nerveuse, elle est complètement découragée, bien qu’elle n’ait jamais suivi de traitement régulier, ni de régime.
Elle est pâle, maigre. Constipation opiniâtre.
La palpation nous montre une paroi abdominale lâche et flasque, présence de vergetures, signes d’une grossesse antérieure. Nous ne trouvons pas de corde colique, de cordon sigmoïdal. La malade nous raconte, du reste, qu’elle a été autrefois examinée parM.Glénard et que le médecin de Vichy lui aurait dit qu’elle ne présentait pas les signes ordinaires de l’entéroptose.
Il lui prescrivit cependant la ceinture pelvienne et lui défendit le port du corset.
Nous constatons une dilatation très considérable. Le bruit de clapotement est perçu, bien au-dessous de la ligne qui va de l’ombilic au bord costal gauche. Ce bruit est perçu avec presque autant d’intensité, la malade étant à jeun que lorsqu’elle a absorbé 1/2 verre d’eau.
Prolapsus du rein droit, qu’il est possible de saisir en entier avec les doigts, il ne suit pas les mouvements du diaphragme, la capture en est facile ; le troisième temps, dit échappement par M. Glénard, n’existe pas ici, tant le prolapsus est considérable.
Foie douloureux à la pression, il dépasse le rebord des fausses côtes d'un travers de doigt.
La malade est mise au régime végétarien absolu, antisepsie intestinale ; la sangle pelvienne, qu’elle porte déjà depuis longtemps, est laissée en place jour et nuit.
Nous lui prescrivons le régime que nous avons indiqué au chapitre du traitement, dans son entier, poudre laxative à prendre tous les soirs, douches, tous les matins.
Après quinze jours de ce traitement, nous revoyons la malade qui va beaucoup mieux. Elle est satisfaite du port de la sangle pelvienne qui lui évite les sensations de tiraillement et de déchirement qu’elle ressentait auparavant dans l’abdomen.
La constipation persiste, mais elle est moins forte ; la malade, grâce à la poudre laxative, va régulièrement tous les jours à la selle.
Les nuits sont meilleures, plus de cauchemars, insomnies persistent.
Elle prend sans peine les purées et les panades qui lui sont prescrites, et les souffrances de la digestion sont moins fortes.
La malade prétend qu’elle commence à reprendre sa gaieté.
Après un mois de traitement, le mieux est des plus sensibles, la malade se considère comme guérie et veut absolument cesser son traitement, qui, dit-elle, l’affaiblit.
Les nuits sont très bonnes, la constipation a complètement disparu, les troubles digestifs n’existent plus.
Au régime végétarien qu’elle a suivi juqu’ici rigoureusement, nous conseillons à la malade d’ajouter du veau froid ou du poulet très cuit.
La dilatation de l’estomac persiste, mais le clapotement n’est plus perçu à jeun et parait moins bruyant.