QUATRIÈME SUPPOSITION
De rentendement pur.
Malebrânche, comprenant que pour expliquer la nature et les erreurs de Tesprit humain, il ne suffit pas de le considérer en général comme la fticulté de connaître, mais que l'analysé doit tenir compte des àifférences essentielles d'objets, d'opération, qui deviennent pour l'observateur le principe d'autant de facultés diverses, distinguait trois différentes manières de connaître : les sens, l'imagination et TéûteAdement pur. Foucher, dans ce qu'il appelle la quatrième supposition de Vautour, ne s'attaque qu'à l'entendement. D'après lui, la connaissance de V entendement pur suppose celle de la nattre de notre âme, de ce qu'elle peut sans les organes de notre corps. Son objection est toute matérialiste. Il s'agissait ici des rapports mystérieux de l'âme et du corps dans l'opération de la connaissance, et surtout dans l'opération la plus relevée, la plus dégagée des éléments empiriques. Malebranche, par une abstraction qui lui est ordinaire , considérait l'entendement ou esprit pur comme entièrement indépendant du corps, comme un principe de connaissances d'un ordre essentiellement différent de celles que nous rapportons aux sens et â l'imagination, et qui n'appartiennent à l'âme qu'en vertu de son union avec le corps ; non pas qu'il entendît celles-ci dans le sens de Locke et de l'école empiriste ; mais au moins supposaient-elles dans le corps et dans le cerveau un mouvement, une impression, une image â l'occasion de laquelle ces perceptions sont produites dans l'âme ; tandis que pour les pures intellections, disait Malebranche, « l'esprit ne se « forme point d'images corporelles dans le cerveau pour se « représenter toutes ces choses. »
Foucher, sans entrer dans la question vraiment fonda-
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mentale en cette matière, des causes occasionnelles, prétendait, en adoptant la mauvaise physiologie de l'époque, qu'il se peut faire que ces pures intellections soient accompagnées de traces formées dans notre cerveau, € mais si « faibles qu'elles ne puissent quasi subsister que dans le « moment qu'elles sont produites ; de même que les figures des flots que les vents excitent sur la mer, et qu'ils chan- « gent et détruisent en un instant. :» Ce qui lui révèle l'existence de pareilles tracés dans les organes du cerveau, « c'est, dit-il, que l'expérience nous apprend que ces or- « ganes ne sont pas moins fatigués par les simples intellec- « tions qu'ils le peuvent être par les imaginations. » Puis il oppose à Malebranche un principe que celui-ci semblait reconnaître, que les traces du cerveau sont nécessaires pour la mémoire, et que par conséquent si les pures intellections ne laissent point de traces, nous ne saurions en avoir aucun souvenir, ni, par suite, aucune science.
Malebranche détruit tous ces grands raisonnements en distinguant deux sortes de traces : « les unes, que l'esprit « se forme pour se représenter les choses, comme la trace « qui accompagne l'idée d'un quarré ; les autres, qui acc( compagnent les idées abstraites, et qui ne les représen- « tent pas, comme sont les traces que le son des mots et « la vue des caractères produit dans le cerveau. » Cette distinction était loin de satisfaire Foucher, qui ne voyait entre ces deux sortes de traces d'autre différence qu'en ce que les dernières sont, disait-il, plus confuses, ou qu'elles ne représentent pas immédiatement les idées ou les objets auxquels on a coutume de les rapporter.
La critique de cette quatrième supposition nous initie aux singulières opinions de Foucher sur l'obscure question des rapports de l'âme et du corps dans les diverses opérations de la connaissance; ce n'est là que la première escarmouche d'une lutte à outrance, qui ressemble assez à ces combats fantastiques des épopées romanesques, où les coups se
donnent en Pair, et n'atteignent que des ombres et des fantômes. Une fois sur ce terrain des idées, il faut avoir le courage d'accepter les hypothèses singulières qui sont, de part et d'autre, à cette époque, le point de départ nécessaire de toute polémique sur ce sujet.