‹ Étude philosophique. L'abbé Simon FoucherChapitre 11 sur 55 · CINQUIÈME SUPPOSITION · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SUPPOSITION

Dei idéei qui repréientent ce qui eit hori de nous.

SIXIÈME SUPPOSmON :

Dei idéei qui représentent lani 6tre lemblablei.

D'après Malebranche, toutes les choses que l'âme aperçoit sont de deux sortes : ou elles sont dans Pâme, ou elles sont hors de l'âme. Quoique Malebranche se trouvât assez embarrassé pour expliquer en dehors de la vision en Dieu la connaissance que l'âme a d'elle-même, il ne pouvait se soustraire à l'évidence de la conscience et du sentiment intérieur qui nous révèle directement et très clairement, quoi qu'il en dît, les différentes modifications de l'âme ou du moi. Toute la difficulté, c'était d'expliquer la connaissance des objets qui sont hors de l'âme. Or, ces objets sont ou Dieu, que nous voyons d'une vue immédiate et directe, ou les esprits, que nous ne connaissons que par conjecture et par analogie ; ou enfin les corps à l'égard desquels nous serions dans une ignorance absolue, si Dieu ne nous les faisait connaître par leurs idées, qui font partie de ce monde intelligible où se trouvent les idées de toutes choses.

Aujourd'hui, quand on parle de la vision en Dieu, il n'est plus question pour les philosophes idéalistes que de l'aperception des idées étemelles et nécessaires dans laquelle vient se résoudre le grand problème ontologique de l'origine de nos connaissances métaphysiques. Mais pour Foucher,

pour Malebranehe lui-même à cette première phase de son système, les idées absolues, les vérités nécessaires ne sont nullement en jeu ; il s'agit simplement de la perception sensible, et de la connaissance du monde extérieur, qui nous est révélé par les sens. Uâme se peut^elle représenter autre chose <iue ses propres idées ; et comment par ses idées se peut-elle représenter les objets extérieurs et sensibles ? Telle est la question qu'il fallait résoudre.

S'il est un fait acquis à l'histoire de la philosophie, après les travaux de l'école écossaise et de l'école éclectique, c'est que les systèmes idéalistes du XVIP siècle, inaugiu*és par Descartes, aboutissent bon gré mal gré au scepticisme sur le monde extérieur. L'origine d'une erreur si capitale, si directement opposée aux croyances du sens commun, a été découverte à l'aide de l'analyse la plus scrupuleuse et la plus approfondie des éléments de la connaissance sensible. On a reconnu avec raison la première source de cette erreur dans l'infidélité à la méthode d'observation, dans l'esprit hypothétique dont le propre est d'ajouter aux éléments de la connaissance incomplètement étudiés des éléments étrangers qui n'ont d'autre fondement qu'une analogie imprudente, transportant les lois du monde physique dans le monde intellectuel. Au premier rang de ces hypothèses inventées pour remplir les lacunes de l'observation, est cette fameuse hypothèse des idées représentatives, la véritable clef de tous les systèmes idéalistes du XVII» siècle.

Il y a dans toute opération de l'âme en rapport avec les choses extérieures deux faits incontestables et parfaitement distincts, reconnus par Malebranehe (1) lui-même, et très heureusement formulés par Leibniz (2) : « A l'occasion de « ce qui se passe en elle, l'âme connaît ce qui se passe hors « d'elle. » Rien de plus net, de plus précis que ces données

(i) Llv. m, part. 1, c. 3.

(2) Voy. sur oe sujet Nowim\êa 9s$ai4y l. f^ «. i.

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de l'expérience. Mais la curiosité humaine s'arrète-t-elle à de si minces résultats? Gomme elle n'aperçoit aucune connexion nécessaire entre les éléments qui lui sont donnés par l'observation, entre la sensation et la perception, entre la matière et la pensée, il faut, pour combler cet abîme, imaginer un système qui relie naturellement ces deux termes, et fasse disparaître l'intervalle qui les sépare. L'idée représentative conçue comme un intermédiaire participant de la natiu^e des deux termes qu'elle unit, sera ce lien mystérieux, ce moyen de communication qui mettra l'esprit en contacti sinon avec l'objet lui«môme, du moins avec quelque chose qui lui ressemble ; car, dans ce système, l'hypothèse appelant l'hypothèse, il y a quelque chose d'aussi nécessaire que l'existence du milieu, c'est la similitude de ce milieu avec l'objet qu'il représente ; similitude garantie d'abord par l'invention grossière de l'émission de certaines espèces, formes ou images sensibles, à laquelle des philo*sophes plus spiritualiâtes substituèrent des impreBsions-images produites sur le cerveau, ou dans l'esprit même.

Telle est en résumé, d'après l'analyse achevée que M. Royer-Collard en a faite après Reid, cette théorie des idées représentatives, ébauchée par les anciens, nettement reconnue dans ses points essentiels par l'école de Descartes, et qui a reçu dans YEsaai sur VenUndemeni ses plus complets développements.

Voyons comment Foucher, en l'attaquant dans Malebranche, était plus logique que lui, et travaillait sans le vouloir à en faire ressortir l'absurdité, en la poussant à ses dernières conséquences.

Deux points surtout sont l'objet de la discussion : les idées sont-elles ou non des façons d'être de notre âme ? Peuvent-elles représenter leurs objets sans leur être semblables?

Sur le premier point, jamais Malebranche et Foucher ne purent s'entendre ; plusieurs années après (1686), quand la

chaleur du débat était depuis longtemps calmée, nous avons vu Foucher écrire à Leibniz ; c Je voudrais que vous eus- « siez été présent à quelques conférences que nous avons « eues ensemble le P. Malebranche et moi, sur la philoso- « phie. Il me semble toujours que son opinion des idées, < qui ne sont point des façons d'être de l'âme, est insoute- (( nable(l). » Malebranche avait beau se défendre d'avoir jamais professé l'opinion contraire, puisqu'il avait fait dans son troisième livre « un chapitre exprès (2) pour prouver « qu'elle est insoutenable, » Foucher aimait mieux le convaincre de contradiction plutôt que de lui imputer un sentiment i aussi extraordinaire, aussi éloigné du bon sens. Car, « après tout, ajoutait-il très sensément, si nos idées ne sont pas des façons d'être de notre âme, elles nous sont a aussi étrangères que les objets mêmes ; nous ne les con- « naissons pas immédiatement (3), ce qui est contraire à ^ la définition qu'en donne Malebranche dans son premier « chapitre. » Et il s'acharnait à soutenir qu'au fond Malebranche et les cartésiens n'avaient pas une autre opinion. En effet, que veut dire Malebranche, quand il prétend que les idées et les sentiments sont à notre âme ce que sont à la matière les figures et les configurations, c'est-à-dire les façons d'être de la matière ? D'un autre côté, Malebranche consentait à ce qu'on ne donnât pas aux idées le nom de substance. Si ce ne sont pas des substances, disait Toucher,

(1) On peut voir à ce sujet une lettre de Malebranche an P. Lamy, bénédictin, dans laquelle Foratorien s'attache à prouver que nos idées représentatives ne sont point des modalités de nofxe âme, mais les réalités intelligibles, ou la substance divine elle-même affectant les esprits {Correspondance inédite de Malebranche, recueillie par M. l'abbé Blampignon, p. 52).

(2) Liv. m, c. v.

(3) Malebranche soutenait que nous connaissons immédiatement les idées. « Car pour moi, dit-il dans la lettre que nous venons de citer, « je crois qu'à parler exactement et en rigueur, rien de ce qu'on voit immédiatement n'est représenté, mais seulement présenté, qu'on ne voit que ce qui est, que l'idée contient ce qu'on voit en elle, que

POUGHEH £T MALEBRÂMGRE. 65

le prenant au mot et exagérant la portée de cet aveu, ce sont donc des façons d'être de notre âme (1).

Il y avait ici un malentendu évident, résultant du point de vue différent où se plaçaient les deux adversaires , Foucher ne considérant que le caractère subjectif de Tidée reçue dans l'âme, et se préoccupant trop peu de ce que peut être en dehors de Fâme le principe de ces modifications in* térieures saisies par la conscience ; Malebranche n'appliquant le mot d'idée qu'à l'objet immédiat de la pensée, à ces êtres spirituels qui forment en Dieu le monde intelligible, et perdant trop volontiers de vue le rôle actif de l'âme dans l'opération de la connaissance. Mais il n'était pas assez aveugle pour nier qu'à ces idées perçues à la lumière de Dieu correspondissent dans l'âme certaines modifications, certaines manières d'être, qu'il comprenait sous le nom générique de pensée : par quoi, disait-il (2), j'entends généralement toutes les choses qui ne peuvent être dans l'âme sans qu'elle les aperçoive, comme sont ses sensations, ses imaginations, ses pures intellections, ou simplement ses conceptions^ toutes choses qui ne sont que l'âme même d'une telle ou telle façon, et qui, par conséquent, peuvent être aperçues sans le concours de l'idée.

Il n'y a donc pas véritablement là dans Malebranche une contradiction^ mais seulement, comme l'a très bien reconnu

c*est préciBément ce qu'on voit qui affecte Tàme par son efficace, qu'ainsi les réalités iutelligibles sont plus nobles que celles que Dieu forme sur elles comme modèle, sunt maxime qua sunt, dit saint Augustin. » Malebranche n'avait qu'à appliquer ce qu'il dit ici aux réalités créées et sensibles pour être dans le yrai et mettre à néant ce fantôme de la représentation,

(1) Nous trouvons dans Amauld les mêmes objections, presque dans les mômes termes, quand il reproche à Malebranche d'avoir parlé autrement des idées dans les deux premiers livres de la Recherche, que dans le troisième [Des vraies et des fausses idées, ch. 3) : <x Les « définitions des mots sont libres..., etc.,» p. 87 (édit. J. Simon).

(i) Liv. UI, ch. I. Yoy. aussi Réponse de Malebranche à M, Amauld, c, Yl. 8.

06 POUCHER ET MALEBRÀNCHE.

Ânunild (1), « un manquement d'exactitude, en ce qu'il « aurait pris un même mot en deux différentes manières, a sans nous en avoir suffisamment avertis; n et si, dans son troisième livre, il ne voulait pas qu'on attachât au mot idée le sens de modifications de Vâme, ce n'était que pour prévenir la conséquence qu'on en pouvait tirer, que l'esprit n'a besoin que de lui-même pour se représenter toutes les choses qui sont hors de lui (2) ; la conséquence opposée, que ce n'est pas en soi-même ni par soi-même que l'esprit voit l'essence et l'existence des choses, l'amenait directement à établir son hypothèse victorieuse : c Que nous « voyons toutes choses en Dieu. »

Jusqu'ici, on le voit, Foucher est parfaitement d'accord avec Arnauld, pour considérer nos idées comme des modalités de notre âme essentiellement représentatives ; mais ils se séparent touchant la nature de cette représentation, et la réfutation d' Arnauld, dans sa rigueur, est peut-être phis applicable encore à la théorie de Foucher qu'à celle de Malebranche.

Malebranche, tout en admettant qu'afin que l'esprit aperçoive quelque chose, il est absolument nécessaire que l'idée de cette chose lui soit actuellement et immédiatement présente, n'en concluait nullement, quoi qu'en dise Arnauld (3), la nécessité d'une ressemblance entre l'objet et l'idée. C'est cette nécessité que Foucher s'acharne à lui prouver : pour échapper au scepticisme sur le monde extérieur qiii lui semblait découler logiquement du principe de l'idéalisme, il se rattachait de toutes ses forces à cette seconde hypothèse, dans la persuasion que nous ne pouvons être assurés de l'existence des réalités intérieures, qu'à la condition que nos idées en seront une véritable représentation, c'est-à-dire exactement semblables aux objets qu'elles

(i) iwa., p. 8».

(a) Reckwreh», liv. tli, e. v.

(8) Ihid,, p. 46.

FOWHER ET MALEBRi^CHE. 67

représentent. D'après Foucher, la supposition oontjraire dé* truit ce que Malebranche a avancé touchant les erreurs de nos sons ; « car alors, dit-il, il n'y aura aucune raison pour « s'assurer que les façons d'être que nous recevons par les « sens ne nous représentent pas les objets qui nous les <( causent, quelque dis$emhlahle8 qu'ils puissent être. » C'était en effet en s'appuyant sur la non-similitude des objets extérieurs avec les sensations, que MalebranchOi 4 la suite de Descartes (1), infirmait le témoignage des sens» et établissait le grand principe cartésien de la pure subjectivité des qualités secondes de la matière. Mais de ce que Descartes et les cartésiens repoussaient cetto similitude entre les objets et les sensations qu'ils produisent, ce n'était pas une raison pour eux de l'admettre comme une condition sine qua non de la perception des qualités premières, telles que l'étendue ; Descartes, du reste, s'en est défendu, au témoignage même de Foucher» dans sa réponse 4 Gas-^ sendi sur la manière dont notre âme se représente l'étendue ; et Foucher, par conséquent, avait tort de soupçonner Descartes d'avoir craint d'approfondir cette question de la représentation par les idéee, « de peur, dit-il, d'être obligé « d'abandonner la notion qu'il apportait de la matière, sur « laquelle repose toute sa physique. »

C'est donc avec quelque justice que Maiebrani^he, dans «a réponse, reprochait i Foucher de n'avoir pas bien compris Desoartes. A'-t'U, en revanche, apporté quelque lumière sur une question à laquelle, selon M^ se trouvait attachée toute la destinée de sa philosophie ?

11 £illait avant tout s'entendre sur le sens d^s expression^. U terme de repri^mtatiçn, l'un des plus employés d^s

(1) tt Je M yina poiat <Iq wmu qw noua ohliga k eroir.^ ^^e ce qui est dans les objets d'où nous vient le intiment de la luipière soit plus semblable à ce sentiment que les actions (fane pKime ou d'une coBiFoie le soal au cfia^oaiitemeat oa à la dMlew. » (D«c.^ tmp,i7).

68 FOUCHER ET MALEBRANGHE.

la langue philosophique, est aussi l'un des plus vagues et des moins définis. Foucher essaie de l'expliquer :

« Pour éviter toute équivoque, dit-il, il faut remarquer que « le mot de représenter se peut prendre en plusieurs ma- « nières. On peut dire qu'un peintre représente une mon- « tagne ; mais ce n'est qu'en qualité de cause efficiente, et € non de cause formelle, non immédiatement, mais par le « moyen de son tableau. On peut dire que les mots repré- « sentent les idées, mais c'est en qualité de causes détermi- « nantes des causes efficientes, et non en qualité de causes « formelles ; car si cela était, ils ne seraient pas indifférents « à représenter des idées contraires, comme ils le sont ina contestablement. d Par rapport aux idées, « on n'entend « autre chose par représenter, sinon rendre une chose pré- « sente, ou faire le même effet que si elle agissait actuelce lement, ou du moins en faire un semblable, 'ç Ainsi dire avec Descartes et Malebranche que nos idées nous représentent les objets qui sont hors de nous, c'est dire que ces idées produisent dans notre âme un effet semblable à celui que les objets y feraient, s'ils y étaient actuellement et immédiatement ; et la similitude des effets supposant la similitude des causes, elles ne sauraient produire cet effet, à moins d'être semblables à ces objets. Du reste, Descartes et ses disciples n'avouent-ils pas cette similitude entre nos idées et leurs objets, quand ils prétendent qu'il faut rapporter à l'imagination toutes les idées dans lesquelles se remarque de la ressemblance avec les objets qu'elles représentent ? A ce propos. Toucher observe avec justesse contre cette théorie mécanique de l'imagination que ce que nous connaissons en imaginant n'est pas dans les organes de notre cerveau, mais véritablement dans notre âme : « et dès « lors, conclut-il, il faut avouer que cette similitude est de « la part de notre âme. » Mais quelle sera cette similitude, condition indispensable de la représentation? S'agit-il, pour l'objet et ridée d'être semblables quant à la substance?

FOUGHER ET MALEBRANCHE. 69

(( Je ne le pense pas, répond M. Foucher de Careil (1) : c( l'abbé Foucher n'est pas panthéiste. » Il n'y a pas à eii douter ; Foucher se justifie formellement du sens grossier qu'on pourrait attribuer à sa théorie ; il ne veut pas dire que l'image excitée en nous par l'idée soit semblable « à ce que « les objets sont en eux-mêmes ; mais seulement à l'effet « que l'objet produit en nous par nos sens. "» A s'en tenir à ces derniers mots, il semblerait que Foucher bornait le rôle des idées représentatives au seul cas où, l'objet étant absent, l'idée doit en tenir lieu, et dans le cas contraire, concevait la connaissance immédiate de l'objet présent saisi par les sens. Mais il est difficile, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, de se faire une idée nette de la théorie de Foucher ; il se contente, surtout dans cette critique, d'amasser les difficultés et les objections, sans essayer de résoudre positivement les questions qu'il soulève. Ainsi, comme l'a très bien remarqué M. Foucher de Careil, à propos de cette similitude d'effet exigée pour la représentation, cette question se posait d'elle-même : comment un objet et l'idée de cet objet peuvent-ils produire les mêmes effets sans être semblables quant à la substance ? Question capitale en effet dans l'hypothèse qui nous occupe, et qui revient à celle-ci : comment une idée spirituelle peut-elle représenter le corps, la matière, les objets sensibles ! Question insoluble au point de vue de l'idéalisme ; car, dans cette théorie, rien n'étant présent à l'esprit hormis les perceptions, il est impossible que nous ayons aucune connaissance de leur liaison avec les objets. C'est ce qui a légitimement amené M. Cousin à cette conclusion que l'idée représentative, prise même spirituellement, conduit à la destruction et du corps et de l'esprit, au scepticisme absolu et à l'absolu nihilisme, ainsi que le prouvent Hume et Berkeley. Ces conséquences extrêmes, Foucher pensait

(1) Introduction, p. St.

70 F>OUGHCm Et MALËBRÂNGHE.

qu'en bonne logique «lies découlaient de la théorie qu'il at- '

taquait dans Malêbranche, des idées qui représentent sans ,

être semblables à leurs objets ; théorie qui enfermait à ses i

yeux non seulement l'impossibilité d'une démonstration de ;|

l'existence objectiTe des choses, mais encore la négation de toute science véritable. Accepter ce principe, « c'est '

t «'exclure entièrement de la connaissance de ce que l'on ,

« cherché. Car bien loin que l'on tâche d'avoir des idées ,

« justes et véritables, qui, comme autant de portraits sem- |

« blobles à leurs originaux, mettent notre âme en posses- i

« sion de tout ce que les objets ont de plus considérable, et '

« nous fassent devenir toutes choses par notre connaissance, '

« suivant l'âxiôrrie d'Aristote : « Intellecius cognoscendo « fit ofnnia; * bien loin que l'on tâche d'éloigner tout ce j

t qui peut altérer de si précieuses copies, qui sont les i

« images de la vérité, on n'aurait aucune pensée de les re- I

€ cèvoir comme elles le méritent, puisqu'on les jugerait 1

« impossibles ou du moins inutiles. i>

Impossibles et inutiles, c'était bien là, comme l*a prouvé |

amplement M. Cousin, le caractère de ces entités représentatives, aussi dangereuses dans Foucher que dans Malebranche, quelque différence que l'auteur de la Critique essayât d'établir entre la théorie de l'oratorien et la sienne. Foucher avait beau se défendre des conclusions matérialistes que l'on pouvait tirer de son système : elles étaient évidemment Contenues dans ses principes, et surtout dans ces comparaisons continuelles qu'il fait de la vue de l'esprit avec la vue du corps, des images nécessaires à la représentation avec celles qui accompagnent le phénomène de la vision, ou avec l'image des tableaux représentant leurs originaux. Amauld a mis dans tout son jour le vice de ces comparaisons ; « et c'est, dit-il (1), ce qui a brouillé toute « cette matière des idées, de ce qu'on a voulu expliquer

{i) Ibid., p. 52.

FOUGHER ET HALEBRANGHE. 71

« par des comparaisons prises des choses corporelles, la

« manière dont les objets sont représentés par nos idées,

« quoiqu'il ne puisse y avoir sur cela aucun vrai rapport

« entre les corps et les esprits. »

Il faut cependant tenir compte à Foucher du sentiment profond de la réalité, qui ne l'abandonne jamais (1). Point de vérité, point de certitude pour lui, si l'esprit par l'idée ne saisit réellement les objets extérieurs, et n'entre ainsi en possession de la réalité même ; ce n'était point alors un petit mérite de se tenir en garde contre le grand écueil où tombait l'idéalisme, de construire la science d'éléments a priori, et de ne bâtir ainsi, conune on l'a dit très ingénieusement, que des palais d'idées, sans tenir aucun compte du monde sensible et des procédés qui nous mettent en rapport avec lui. Malebranche avait beau inventer, pour atténuer la hardiesse de son hypothèse, l'expédient des causes occasionnelles, qui faisaient des sensations l'occasion des idées (2) ; ce n'était là pour l'élément empirique dans le fait de la connaissance qu'un rôle illusoire qu'on ne peut prendre au sérieux, et qui n'était pour lui qu'une conclusion logique de la conception de ce monde intelligible avec lequel le monde sensible ne pouvait avoir aucun rapport.

(1) Voyez surtout un passage de sa réponse à la préface de Malebranche, art. vin : a Qu'il est fiécessatre de connaître les choses qui a sont hors de nous, » dirigé contre les philosophes empiristes.

(2) Leibniz disait aussi dans le même sens que Malebranche : tf Cesi par une admirable économie de la nature que nous ne saurions avoir des idées abstraites, qui niaient point besoin de quelque chose de sensible... et si les traces sensibles n'étaient point requises, rharmonie préétablie entre Pâme et le corps n'aurait point lieu. » Nouveaicx essais, h l, c. i.

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