TROISIÈME SUPPOSITION
Dei f «ritéi de la foi.
Dans la troisième supposition des vérités de la foi, Foucher touche au reproche bien souvent répété depuis, la confusion des recherches philosophiques et des mystères de la foi, l'application continuelle de la philosophie à la théologie : c Je m'étonne, dit-il, qu'il n'observe pas dans son li- < vre la résolution qu'il forme de ne point mêler ce qui « concerne la religion avec les décisions de la philosophie. . . « Je trouve qu'il a tellement attaché ses principales propo- « sitions avec ce que la religion veut que nous croyions, tf qu'il semble plutôt parler en théologien qu'en philo c sophe... Nous ne saurions satisfaire en même temps à la c raison et à la foi, parce que la raison nous oblige d'ouvrir « les yeux, et la foi nous commande de les fermer. :»
Malebranche, en effet, dans la préface du premier volume de la Recherche, semblait séparer complètement le domaine de la philosophie de celui de la théologie ; la raison, y disait-il, doit présider au jugement de toutes les opinions humaines qui n'ont point de rapport à la foi, de laquelle seule Dieu nous instruit d'une manière toute différente de celle dont il nous découvre les choses naturelles. Plus tard encore {Recherche, V« livre), il reconnaissait qu'il y a une grande différence entre la foi et l'intelligence, entre l'Evangile et la philosophie, l'une ne détruisant pas l'autre, parce que Dieu ne peut combattre contre lui-même, et l'homme, à l'aide de ces deux facultés, s'associant aux deux ordres de volontés générales qui règlent toutes choses en Dieu d'après l'ordre de la grâce et celui de la nature. Mais, pour quiconque a lu Malebranche, il est difficile d'établir la véritable ligne de démarcation entre ces deux ordres de volontés, et par conséquent entre les facultés, au moyen desquelles
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rhomme s'y associe ; ces formules antithétiques, si vagues dans leur apparente rigueur, n'enchaînaient point l'esprit de Malebranche, avîde surtout d'éclairer des lumières de la raison et de l'évidence les obscurités et les mystères de cette foi, qui, selon lui, doit reconnaître la raison pour la maîtresse, et n'est véritablement un grand bien que parce qu'elle conduit à l'intelligence. « Je voudrais, s'écrie-t-il « ailleurs, s'il était possible, accorder toutes les philoso* ce phies, fausses et vraies, avec la religion ! »
On conçoit qu'avec un zèle aussi ardent pour la concilia* iion de la philosophie et de la raison avec la foi, Maiebranche, blâmé d'être théologien et moraliste, se soit senti blessé dans ce qu'il y avait pour lui dans son livre de plus cher et de plus sacré. Aussi son indignation est au comble, et il répond à celui qui l'accuse d'être un sermonneur et un théologien plutôt qu'un philosophe : <( H y a dans cette « Critiqi^ de petites railleries qui font un contrecoup de ce pitié ; mais celle«-ci pourrait faire un contre-coup d'inditf gnation. Qu'il sache, une fois pour toutes, que si J'ai oon- € senti que ce livre parût, c'est principalement parce qu'il « contient des choses qu'il y condamne comme de^ enthouce siasmei. i> Malebranche, il est vrai, se défend dans sa réponse de poser c^iains articles de foi comme des principes pour en tirer des conséquences essentidles à la recherche de la vérité. Mais il n'en est pas moins vrai que cette tendance à confondre deux ordres de vérités entre les^ quelles il reconnaît lui-même de si profondes différences, ne l'abandonna jamais^ et fut la source de plus d'une de ses erreurs.
ro«fC!ififi Et malëbhanChe. 59