‹ Étude philosophique. L'abbé Simon FoucherChapitre 20 sur 55 · ET RESTAURATEUR DE L' ACADÉMIE · texte numérisé non relu

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remarque très naïvement que cette unité serait très facile à prouver dans l'opinion des anciens, que Dieu est l'âme du monde. Mais on comprend qu'il abandonne ce principe, e^ cherche en dehors du panthéisme stoïcien un appui à sa démonstration. Il prend pour point de départ l'idée platonicienne de Dieu considéré comme père des génies et des hommes. C'était en efifet autant pour exprimer leur foi en l'unité de la cause suprême que pour purifier la notion de Dieu de toutes les additions de l'anthropomorphisme populaire que les plus spiritualistes des philosophes grecs, tels que Pythagore, Empédocle et Platon, avaient relégué dans une sphère inférieure et subordonné au Dieu suprême, sous le nom de démons, les divinités d'Homère et de la théologie poétique. De cette unité souveraine découlent les autres attributs de la divinité ; il suit de là, dit Foucher, qu'il « faut que toutes choses procèdent de l'unité d'un seul « être, lequel n'étant point produit, ne suppose rien avant « lui, et soit éternel, immuable et nécessaire. t> Foucher, sur les traces de saint Justin et des autres Pères platoniciens, va jusqu'à trouver dans Platon une ombre et un crayon du mystère de la Trinité.

Quels sont les rapports des êtres créés avec ce Dieu dont l'entendement est le principe unique de tout ce qui existe ? La conservation des créatures n'est pour Foucher, comme pour Descartes, qu'une continuelle production ou création de l'entendement divin. « En effet, dit-il, comme elles ne « sont produites que par la voie de l'entendement, si Dieu « cessait de les concevoir, elles n'existeraient plus, car « elles n'ont rien, comme dit Platon, de fixe en soi ni de «c permanent ; semper generantur et numquam su7it. Il « y a cette différence entre l'entendement divin et les enten- « déments créés, que le divin forme son objet, et que les « entendements créés le supposent. Aussi, de même que « tant, que le soleil éclaire, sa lumière subsiste ; ainsi, si le « soleil éternel vient à cesser de rayonner dans ses créa-

« tures et de les éclairer par son intellectioii, qui est une < vraie lumière, elles s'effacent et tombent dans les ténèc bres du néant. » Mais n'est-ce pas là introduire en Dieu le variable, le successif, le contingent? Ce flux étemel des créatures ne suppose-t-il pas dans l'entendement qui les connsdt et les crée dans le temps un ordre mobile de connaissances toujours nouvelles? Foucher essaie de résoudre cette difficulté en recourant à la distinction théologique de la science de Dieu en science de simple intelligence, e* science de vision. Ainsi Dieu concevait le monde comme possible avant que de le produire, et maintenant il le conçoit comme actuellement existant. Gela posé, il n'y a que la science de vision qui change ; et encore on peut dire qu'elle ne change pas réellement, puisque Dieu ne connaît par sa science de vision que ce qu'il a connu par sa science de simple intelligence. Mais cette distinction, imaginée par la scolastique, pour se soustraire à la conséquence du célèbre principe d'Aristote, que la pensée dans Dieu ne fait qu'un avec ce qui est pensé, et assurer au monde actuel une place dans l'entendement divin, avait le grand tort de faire l'entendement divin trop semblable à l'entendement humain, en y introduisant des connaissances antérieures et postérieures, une science discursive, quelque soin que mettent Foucher et les scolastiques à en établir les différences.

La conservation des êtres ainsi conçue, il suit de là que les créatures ne sauraient se soustraire un seul instant à la connaissance et au gouvernement de Dieu. Le désordre dans le monde vient de l'imperfection des créatures ; il ne doit durer qu'un temps ; l'entendement de Dieu, qui est l'ordre même, devant conduire toutes choses à la fin qu'il destine... Il n'est pas de la Providence d'empêcher entièrement le mal, mais de le réparer.

Tel est le plan de restauration de la philosophie platonicienne que Foucher se proposait d'exécuter dans une suite de dissertations qui devaient former un corps complet de

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philosophie. La mort ne lui permit pas d'achever son dessein. Nous n'en avons que l'introduction logique, qui ne se compose guère que de définitions et de préceptes méthodiques. Toucher, malgré toute sa bonne volonté, s'est arrêté sur le seuil du sanctuaire. Mais n'aura-t-il pas rendu un grand service à la pensée, s'il est parvenu à dégager la notion de la philosophie, à la rappeler à la recherche des premiers principes ? C'est au moins ce qu'il a essayé, comprenant que c'est déjà beaucoup de persuader à l'esprit humain qu'il a quelque chose à chercher, quelque chose à croire, et que les premiers principes en toutes choses, c'est toute la philosophie.

Et d'abord, qu'entend-il, que devons-nous entendre par premiers principes ? S'agit-il de ces premiers principes des choses, où, dans son premier essor vers la vérité, l'esprit spéculatif de la Grèce chercha la solution du problème de l'origine du monde ? Pour Toucher, la philosophie est avant tout la science de l'esprit humain, et malgré sa tendance sceptique à se préoccuper du point de vue objectif, il soupçonne que la science de l'être est intéressée dans celle de la pensée. Il faut entendre par premiers principes métaphysiques € les premières vérités sur lesquelles nous devons

< nous fonder pour en déduire toutes les autres. » Le caractère de ces vérités premières est qu'elles soient incontestables, et qu'on ne les puisse révoquer en doute. En un mot, ce caractère, c'est l'évidence. Nous l'avons déjà remarqué, jamais Toucher n'est mieux inspiré que lorsqu'il parle de l'évidence et de l'estime que l'on doit en faire ; par ce côté, il est véritablement cartésien, et des meilleurs ; par là il se rapproche de Malebranche, dont il reproduit quelquefois avec bonheur les pensées et le ton. « Il arrive ordinai-

< rement que les vérités évidentes ne semblent pas fort « considérables, et cela procède de ce que les hommes, € pour la plupart, se conduisent par des idées sensibles... « Quelquefois on s'étonne de ce qu'un philosophe parle

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« comme s'il était inspiré par quelque génie, et ce sont ces c vérités qui rendent des oracles dans le fond de son esprit, « lorsqu'il les consulte loin du bruit des objets extérieurs. » Ce qui fait aux yeux de Foucher la beauté, l'excellence de ces premiers principes, de ces vérités générales, c'est leur fécondité. <r Un fameux mathématicien de nos jours, démon- • trant une proposition de géométrie, disait à ses écoliers : « Que ce théorème est beau I II renferme une infinité de « conséquences ; pour moi, je vous avoue que j'y trouve « quelque chose de divin. » C'est ainsi qu'en astronomie, en physique, en médecine, une seule vérité évidente donne naissance à une foule de conséquences, qui sont à leur tour la source des plus précieuses découvertes.

De tout temps, pendant que d'un côté le vulgaire fait un crime à la philosophie de ses obscurités et de ses énigmes, les philosophes, à leur tour, accusent de timidité et de faiblesse ceux d'entre eux qui veulent réconcilier la spéculation avec le sens commun. Foucher leur répond ce que répondait dernièrement un intrépide défenseur du spiritualisme à ce reproche qu'on lui fait de manquer d'originalité (1) : <L II n'y a plus rien à innover depuis longtemps « dans les grandes thèses de la métaphysique... Que reste- . <L t-il pour mesurer l'originalité d'un philosophe ? La force « qu'il montre en les développant, en se les appropriant, « en liant ses méditations entre elles... en un moi, l'emploi <L qu'il fait de sa science et de sa raison dans la démonstra- « tion du principe choisi et dans le développement du « système. j>

On n'a rien fait, dit Foucher, quand on a conçu simplement une vérité, il faut encore la pénétrer et l'approfondir, de manière à y découvrir les vérités qu'elle enferme. Puis, se donnant naïvement en exemple : « Lorsque j'étais encore « dans l'adolescence, je concevais plusieurs vérités de mo-

(1) Garo, ndée de Dieu, p. 4S0.

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« raie, que je conçois aussi présentement... Je les conce- « vais superficiellement, el je pouvais dire que ma raison « ne leur résistait pas ; mais présentement elle les pénètre, « et je les trouve encore si profondes, que je ne saurais les « sonder entièrement... Après tout, conclut-il, il fautad- « mirer la bizarrerie de l'esprit de la plupart des hommes. « Us demandent des vérités évidentes ; ils en cherchent ; et « quand on leur en donne, ils les méprisent :

« Sic quia semper aves qaod abest, prœseotia temnis » (Lucrèce).

Tel est donc le caractère de ces premiers principes, qui ne sont pas sans doute toute la vérité, mais qui enferment dans leur généralité toute vérité.

Au nombre de ces premiers principes, au premier rang doit se placer cet axiome, « que la première chose que les « hommes doivent faire, est de chercher la vérité. » Fou cher serait tenté de substituer cette proposition au fameux enthymême de Descartes : Je pense, donc je suis. « Il y « aurait, dit-il, quelque raison de le faire. » Cependant il n'ose formellement l'établir, dans l'incertitude où il est qu'on puisse trouver dans le mouvement continuel et l'enchaînement successif de nos pensées un véritable point de départ, un véritable premier principe. « Car notre esprit, « dit-il, se plaît à circuler, et comme ses pensées s'entre- « suivent et se soutiennent les unes les autres, il semble (t que l'on ne puisse pas mieux assurer laquelle est la pre- « mière, que de montrer le premier point dans la circonfé- « rence d'un cercle. » Foucher éprouvait ici le même embarras qu'ont éprouvé tous ceux qui ont essayé de dresser la liste des premiers principes ; mais ce qu'il a vu clairement, et ce qui le porte à infirmer le choix du cogito, ergo sum comme le premier anneau de la chsune^ c'est l'impossibilité logique d'assigner un caractère fondé d'antériorité à l'un ou l'autre de ces principes, dont le caractère général

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edt (ji'étre tout à la fois premiers au môme titre dans r«tUendément humain.

U}x mérite, aux yeux de Fouclier, de Taxiome qu^ pçus venons de citer, c'est qu'à sa suite s'introduit immédiatement le grand problème qui, depui3 Kant surtout, est devenu le problème fondamental de la métaphysique, le problème de la certitude. Car, pour se déterminer à chercher la vérité, il faut être convaincu qu'il n'ost pas impossible de la reconnaître. La préface obligée de la philosophie, c'est donc la réfutation du scepticisme. On le voit, c'est la même marche qu'a suivie Kant ; ce n'est ni la même rigueur ni le même génie ; Foucher reste toujours dans le vague et les généralités.

Réfutant donc ceux qui sont prévenus de l'opinion de la prétendue impossibilité où nous sommes de découviâr la vérité, il les convainc de contradiction, en ce que dansl'hyi* pothèse de cette impossibilité, il ne leur est pas même permis de soutenir qu'on ne la peut reconnsdtre ; et qu'en se rangeant parmi les pyrrhoniens, ils philosophent et dogma-* tisent malgré eux. Tous les arguments de cette réfutation^^ exposés avec une grande subtilité, sont tirés de saint Augustin. Foucher semble avoir pris à tâche de soutenir ici le rôle de Licentius, qui, dans les dialogues de saint Augustin contre les académiciens, prétend que le bonheur consiste i chercher la vérité. Prenant la question au point de vue bistorique, il s'attache surtout à détruire l'un des principaux fondements de ce scepticisme positif qu'il combat, en prouvant que l'on accuse à tort l'antiquité d'avoir été impuissaiKte à trouver la vérité. C'est là une de ses démonstrations favorites, et qu'il a voulu pousser à sa dernière rigueur dans son livre de la Sagesse des anciens, en rapprochant de l'enseignement de l'Evangile les aphorismes moraux de l'antiquité.

Mais Foucher^ tout exi défendant les anciens contre leurs, détraoteurs, donnait la main à ses i^dversaires, et retombait

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dans 1^ scepticisme historique qu'il voulait éviter. En eiel, qudOie certitude historique pourrait résister à l'épreuve terrible à laquelle il la soumet, quand, partant de cet axiome académicien, que les mots ne donnent point les idées, mais qu'ils les supposent, il prétend que la vérité pourrait être contenue dans les ouvrages des anciens, sans que pour cela nous soyons assurés de l'y découvrir : « Presque tous les « mots étant devenus équivoques, et réveillant aujourd'hui € des idées fort différentes de celles qu'ils réveillaient au- « trefois (1). j» Sans doute, c'est là une des sources les plus communes d'obscurité dans l'interprétation de l'antiquité, surtout lorsqu'il s'agit de formules philosophiques ; et nous pouvons nous trouver embarrassés en face de certains termes vagues ou équivoques, qui arrêtaient déjà Cicéron ; mais les progrès de la philologie et de la critique philosophique ont prouvé de nos jours surtout qu'il n'est point impossible de triompher de ces difficultés, et de démêler, au mUieu de la multiplicité des textes et de la variété des interprétations, le vrai. sens et la véritable portée des opinions de Tandenne Grèce (2).

C'était pour Foucher l'occasion d'exposer son opinion

(1) « Si les rapports des témoins oculaires, dit-il dans son livre de « la Sagesse des anciens, sont pour la plupart si défectueux, quels « seront ceux qui ne sont fondés que sur des rapports de rapports et « de» histoires d^histoires? On trouvera qu'un nom célèbre n'est « qu'un composé d'autant de fantômes différents qu'il y a de perce sonnes qui le prononcent. Alexandre est conçu d'une manière par « un enfant, d'une autre par une femme, d'une autre par un homme o d^ cour, d'une autre par un philosophe. »

(2) Pour n'en citer qu'un exemple, le livre de M. Ravaisson sur la Métaphysique d'Aristote a montré jusqu'où pouvait aller chez nous l'isteUigence critique de la philosophie ancienne, et que nous n'avons rien à envier sous ce rapport à l'érudition étrangère. Toutes les expressions dont Foucher relève l'obscurité ou l'équivoque, telles que oùaia, cvTcXc;(cta, les mots d'essence, de substance, de fantaisie, etc.. . « que l'on ne sait, dit-il, comment traduire et interpréter, » y sont eaipliquéea et traduites dims une langue où l'éclat et l'élévation le disputent à la clarté et à la précision.

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touchant la grande question qui divisait alors le monde savant, de la supériorité des anciens sur les modernes, ou de la perfectibilité de l'esprit humain. En effet, quand même les anciens n'auraient pas connu la vérité, s'ensuivrait-il que nous ne puissions la connaître ? Aussi Foucher accordait-il que l'héritage de la science s'était beaucoup accru des nombreuses découvertes modernes. A côté du fait, Foucher faisait valoir aussi le droit en faveur des modernes. « En a: effet, disait-il, nous avons encore plus d'avantages qu'ils « n'en avaient ; car, outre leurs méditations, nous avons « encore les nôtres propres. Et s'il est vrai que l'on doive « regarder le commencement des temps comme l'enfance « du monde, il faudra dire que nous sommes nous-mêmes « les anciens à l'égard de ceux qui nous ont précédés ; et u nous ne devons point envier à nos descendants l'avantage « d'enchérir sur nos pensées, et d'ajouter à nos décou- « vertes. » Foucher s'exprimait ainsi à peu près à l'époque où Huet lui-même entrait dans la lice par sa lettre à l'auteur des Parallèles (1692) . Huet, en sa qualité d'érudit et de lettré, se bornait à défendre Homère, laissant de côté, dans la thèse de Perrault, tout ce qui regardait le progrès des connaissances humaines. C'est ce côté philosophique de la question, volontairement omis par l'auteur du Traité de la faiblesse de Vesprit humain, qui attirait Foucher, partisan dévoué, comme nous l'avons déjà vu, du progrès des lumières et de la perfectibilité humaine. Nous l'avons entendu proclamer avec Bacon, avec Descartes et Malebranche (1), « que c'est nous qui sommes les vrais anc ciens ; » à ceux qui prétendaient qu'il est impossible de trouver la vérité, parce qu'on ne l'a point encore trouvée, il répondait que ce n'est point une raison pour renoncer à

(1) Voir sur rorigine cartésieune de la doctrine de la perfectibilité et les rapports de cette fameuse querelle avec le cartésianisme. M. Bouiilier, I, p. 481, et Rigaut, Histoire de la querelle, partie I, c. 4.

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Tespérance de la découvrir, « et que si les hommes ne « l'ont point trouvée après l'avoir cherchée pendant quatre- « mille ans, ils la trouveront peut-être après l'avoir cherc chée encore autant de temps. :» La Bruyère s'écriait dans la même pensée, avec un ton légèrement sceptique : « Quelle « ignorance est la nôtre, et quelle légère expérience est « celle de cinq ou six mille ans ! » Avec quel orgueil, toutes les fois qu'il en trouve l'occasion, Foucher n'énumère-t-il pas les découvertes modernes, gage pour l'avenir de décou»vertes plus merveilleuses encore (1) !

Mais tout en acceptant ces idées cartésiennes du progrès et de la perfebtibilité, il n'a garde de tomber dans ce mépris systématique de l'antiquité qui attirait aux cartésiens le nom de barbares. Il n'est pas du nombre <( de certains esprits « qui sont teUement remplis de leurs propres idées, qu'ils « méprisent toutes les pensées de ceux qui les ont préce cédés. Ils se représentent les anciens comme des bonnes « gens qui n'avaient aucune finesse et qui ne pensaient que (I d'une manière lourde et pesante. » Mais il faisait aussi la part des partisans exagérés de l'antiquité, et leur prêtait des traits qu'il pouvait s'appliquer à lui-même dans sa polémique contre Descartes : « D'autre côté, dit-il, il s'en trouve « qui ne regardent les nouveaux que comme des écoliers, « incapables de nous instruire et de rien inventer d'eux - « mêmes. Jusque-là, que si l'on rencontre quelque chose « de bon dans leurs écrits, on demande aussitôt où ils ont « pris cela, comme si les hommes de notre temps étaient « d'une autre espèce que ceux des siècles passés, et comme « s'ils ne pouvaient rien tirer de leur propre fonds. )>

(1) « Nous pouvons dire que notre siècle ne nous donne point « sujet de nous plaindre; au contraire, on se souviendra d'un règne « où les plus heureuses découvertes ont redoublé les trésors des « sciences, par les soins de ces célèbres sociétés et académies, qui « pourront transmettre aux siècles à venir les plus riches monuments •( que des particuliers tAcheraient en vain de conserver. »

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Foucher essayait d'établir ensuite une balance équitable entre les deux partis ; ce partage ne manque pas de justesse et de pénétration. Si les anciens ont en philosopbio quelque supériorité, ce n'est qu'en matiëfe de logique, de métaphysique et de morale^ « au lieu que les nouveaux ont « excellé pour ce qui regarde la physique et les mathéma- « thiques. » Foucher, en effet, ne pouvait tenir un autre langage, lui qui faisait profession de suivre Platon. N'avait^ il pas quelque raison de penser que, depuis Platon, Aristote et les anciens, ces parties supérieures de la philosophie a*avaient pas notablement étendu leur domaine, ni avancé de beaucoup leui*s solutions? Le cartésianisme, sans do«té, était une révolution radicale, après les excès de la scdastique, mais plutôt dans la méthode que dans la solution des questions ; et, en réalité, que Descartes l'eût voulu ou non, il y avait assez de points de contact entre ses innovations et certaines doctrines de l'antiquité chrétienne et payenne, pour que, dans l'ardeur de la réaction, ce point de vue éclipsât tous les autres, et fit échapper à certains esprits prévenus les conséquences vraiment fécondes qu'il portait dans son sein, et que l'avenir se chargeait de développer.

Cette question particulière amène Foucher à en étudier une plus générale et qui y touche de très près, celle de l'usage philosophique de l'autorité. Or, d'après lui, cet usage en principe, est nul : < L'autorité ne sert que pour la «c conduite de la foi, et non point pour donner de la science. . . € ni éclairer l'entendement. » Il accepte sans restriction le devoir que s'imposaient les académiciens de ne jurer sur la parole d'aucun maître ; il fait sonner bien haut la fameuse maxime : € Amicus Plato, amicus Aristoteles, sed magis « amica veritas. :» L'autorité même du plus grand nombre n'est d'aucun poids en philosophie, e: Argumentum pessimi « turba, » comme disait Sénèque ; les plus communes opinions ne sont souvent que des préjugés, et les plus importantes vérités passent souvent pour de grands paradoxes.

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