‹ Étude philosophique. L'abbé Simon FoucherChapitre 26 sur 55 · POUR SERVIR DE RÉPONSE A LA PRÉFACE DU PREMIER VOLUME · texte numérisé non relu

POUR SERVIR DE RÉPONSE A LA PRÉFACE DU PREMIER VOLUME

Il paroit depuis quelque-temps un Livre , qui a pour titre : Critique de la recherche de la vérité y oit l'on examine en même- temps une partie des principes de Monsieur Descartes. Lettre , par un Académicien à Paris, etc. On dit que ce Livre m'attaque , et Ton a raison de le dire ; car le titre le marque et TAuteur en paroit avoir le dessein. Cela me donne droit et m'impose môme quelque sorte d'obligation de dire ce que j'en pense. Car outre que je dois désabuser certaines gens qui se plaisent à ces petites querelles, et qui décident d'abord en faveur des Critiques qui flattent leur passion ; je croi devoir quelque réponse à celuy qui m'attaque , afin qu'on ne pense pas que je me taise ou par fierté, ou par impuissance.

L'Auteur de la Critique me pardonnera, s'il lui plaît, s'il semble quelquefois que je l'offense : je serois bien fâché d'en avoir seulement le dessein. Mais je ne puis me défendre sans le blesser : je ne puis repousser les coups qu'il me veut porter, sans lui faire sentir et sans faire connoitre aux autres sa foiblesse et son impuissance. L'obligation de se défendre est naturelle, meis celle de défendre la vérité est absolument indispensable.

APPENDICE. Xin

Voici en deux mots son dessein. Il suppose que le Livre qu'il critique est une méthode pour jeter les fondemens des sciences. 11 réduit cette Méthode à quatorze chefs. Il montre que ces quatorze chefs sont ou des suppositions sans preuve , ou des assertions sans fondement, et parconâequent que le corps du Livre est entièrement inutile à la recherche de la vérité ; quoiqu'il y ail par ci par là quelques réflexions, qui le mettent au rang des ouvrages qui ont attiré l'estime de nôtre siècle.

Je réponds en général que l'Auteur de ia Critique n'a pas compris, ou qu'il a fait semblant de ne pas comprendre le dessein du Livre qu'il combat : car il est visible que le dessein principal de ce Livre est de découvrir les erreurs ausquelles nous sommes sujets. Il est vrai que l'on y traite de la nature des sens . de l'imagination, et de l'esprit ; mais il est cla\r, et j'avertis même en plusieurs endroits, que ce n'est que pour découvrir ces erreurs dans leurs causes : car c'est une méthode que je tâche toujours d'observer, parce que je la croi la plus utile pour éclairer l'esprit.

Le titre de la première page du Livre qu'il attaque, où il y a en grosses lettres des erreurs des sens, la table seule du même Livre, ou plutôt le lieu où je fais la division de tout l'ouvrage, lui en auroient appris le dessein s'il avoit voulu le sçavoir. Il y auroit lû ces paroles qui me paroissent assez claires : Ainsi l'on peut rapporter toutes les erreurs des hommes à cinq chefs, et on les traitera selon cet ordre. Premièrement on parlera des erreurs des Sens ; Secondement des erreurs de L'imagination ; En troisième lieu des erreurs de L'entendement PUK ; En quatrième lieu des erreurs des inclinations naturelles ; En cinquième lieu des erreurs des Passions. Enfin après avoir essayé de délivrer Vesprit des erreurs ausquelles il est sujet, on donneka une Méthode générale pour se conduire dans la Recherche de la VERITE. On voit assez par cette division, que le premier volume que nôtre Auteur a voulu critiquer, ne traite que des sens, de l'imagination, et de l'esprit : et que la Méthode, qu'il suppose que j'ai donnée, ne doit se trouver que dans le volume qui paroit présentement.

Cependant comme il lui plaît de me faire entreprendre un dessein que je n'exécute pas, afin de trouver davantage à redire à ma conduite : il tâche de prouver que j'ai eu dessein dans ce Livre de donner une Méthode. le ne luy fais point de tort, dit-il, de regarder son Livre comtne une méthode pour jetter les fondemens des sciences : car outre que son titre le témoigne , il se déclare sur ce point en cette manière, u Examinons les causes et la nature de nos erreurs, et

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» puisque la Méthode , qui esamine les choses en les considérant » dans leur naissance et dans leur origine, a plus d'ordre et de lu- » mière et les fait connoitre plus à fond que les autres, tâchons de la » mettre ici en usage. »

Je ne fais point de tort à un homme, lorsque je dis quMl a dessein de représenter un Hercule : mais si je montre qu'au lieu d'Hercule , il prend Polyphème ou Thersite, je le rends ridicule. Si je disois comme plusieurs autres que TAuleur de la Critique est Cartésien, ou qu'il a eu le dessein en me critiquant de défendre la doctrine de Descartes, je ne lui ferois point de tort : mais si en même temps je faisois yoir qu'il la combat sans l'entendre, cela pourroit le choquer. C'est donc faire tort à un homme que de lui imposer des desseins qu'il n'a pas^ afin de le rendre ridicule. Mais c'est s'y prendre fort mal que d'en imposer à ceux qui, comme j'ai fait en plusieurs endroits, se sont expliquez clairement sur ce sujet.

Mais, le titre de mon Livre le témoigne , car il est de la recherche de la vérité. Je réponds que pour chercher la vérité, il faut deux choses. Il faut être délivré des préjugez de l'enfance ou des erreurs communes , et avoir une bonne Méthode. Le titre du Livre est général pour ces deux parties. J'en ai donné la première, mais l'Auteur de la Critique veut supposer que j'en ai donné la seconde. Cela n'est pas juste. Il devoit plutôt corriger le titre par le Livre, si ce titre ne lui plaisoit pas, que de vouloir renverser tout un Livre à cause du titre.

Mais, contine cet Auteur, je me déclare sur ce point en cette manièt^. « Examinons les causes et la nature de nos erreurs ; et puisque » la Mélhode, qui examine les choses en les considérant dans leur » naissance et dans leur origine, a plus d'ordre et de lumière et les 9 fait connoitre plus à fond que les autres, tâchons de la mettre ici » en usage. »

Je viens de montrer que j'ai déclaré assez nettement, dans la division que j'ai faite de mon ouvrage, que je ne donnois point ma Méthode dans le premier volume , il n'en peut pas douter. Mais voyons si ce passage a dû lui faire croire que j'ai donné une Méthode. Je dis : Examinons les causes et la nature de nos erreurs. Mon dessein est donc selon ce même passage, d'examiner les causes et la nature de nos erreurs, cela est clair. Je continue : Et parce que la Méthode qui examine les choses en les considérant dans leur naissance a plus d'ordre et de lumière que les autres, tâchons de la mettre en usage Mon dessein est donc d'examiner les canses et la nature de nos er. reurs avec Méthode. Cela peut-il faire croire que j'ai donné une Mé-

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tliode ? Si cela est, on peut croire aussi qu'il n'y a point d'Auteur qui n'ait donné une Méthode, puisqu'il n'y en a point qui n'ait prétendu comme moi d'écrire avec méthode. Je pourrois même dire que l'Auteur de la Critique a prétendu donner une Méthode et le battre par ce côté-là, s'il n'aimoit mieux que l'on crût qu'il a écrit sans Méthode. Ce sont là toutes les preuves qu'il emploie pour démontrer que j'ai donné une Méthode.

Les quatorze Chefs de cette Méthode imaginaire sont, dans les endroits d'où ils sont tirez, ou des propositions incidentes, ou des réponses à des objections, ou des opinions qu'il m'attribue, faute de coa\prendre ce qu'il combat, ou enfin des exemples qui ne sont et ne peuvent être par eux-mêmes Chefs de Méthode. Voici le premier de ces Chefs.

Je commence ainsi. « L'esprit ou l'ame de l'homme n'étant point » matérielle ou étendue, est sans doute une substance simple, indivi- » sible et sans aucune composition de parties ; mais cependant on a » coutume de distinguer en elle deux facultez , sçavoir l* entendement M et la volonté^que nous allons expliquer d'abord, car il semble, etc. » Et afin de rendre sensibles les idées abstraites de ces deux mots, je les explique, non, comme m'impose l'auteur de la Critique, par rapport à Tessence de la matière qu'il suppose incouDuë; mais par rapport aux proprietez que tout le monde recounott être dans la matière ; qui sont celles de pouvoir être mue, et celle de recevoir différentes figures extérieures, et configurations intérieures.

L'Auteur de la Critique supposant, comme je viens de le dire, que le Livre qu'il combat est une Méthode, commence ainsi : la première chose que Von doit observer, lorsqu*on fait état de chercher la vérité, c est de ne pas supposer qu'on Vaye déjà trouvée; Quoiqu'on la possède parfaitement, etc. Et plus bas : c'est ce qu'il semble que l'Auteur n'ait pas assez considéré ; car dès le premier pas qu'il fait, il s'engage dam la supposition d'une chose, dont la connoissance est le principal motif qui luy fait chercher la vérité, et qu'il ne doit pas décider qu'après avoir épuisé les plus grandes questions de la Philosophie. C'est ainsi qu'il commence à entrer en matière dans son premier Chapitre. L'esprit ou l'ame de l'homme n'étant point matérielle, etc. // est assez facile de voir que cette supposition n'est point indifférente, etc.

Je réponds premièrement que je n'ai point eu dessein de donner une Méthode dans le Livre qu'il combat, mais d'y préparer l'esprit en le délivrant de ses préjugez.

2. Que quand même j'en aurois eu le dessein, j'aurois pu supposer certaines véritez dont on tombe assez d'accord, comme que l'ame

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ti*est point matérielle; principalement si je ne m*en servois point comme de fondement pour établir quelque système.

En troisième lieu je réponds que la proposition qu'il prétend être un des chefs de ma Méthode, est une proposition incidente : La seule construction des mots le marque assez , la suite du discours en est une preuve incontestable, et tout ce que je dis en ce lieu subsisteroit, quand même Tame seroit matérielle. Ce n'est pas estre bon Critique que de prendre une proposition incidente pour une proposition fondamentale , et pour un chef de Méthode. Ce n'est pas aussi prouver que fay supposé avoir trouvé la vérité qne je cherche, puisque la chose que je suppose, ou plutôt que je n'examine pas, ne me sert de rien.

Lorsqu'il a été nécessaire pour la suite, que l'on sçut que l'ame est un genre d'être distingué de la matière , je Tai prouvé, ou j'ai renvoyé à ceux qui l'ont prouvé. Mais pourquoi veut-il ici m'obliger à prouver une chose qui m'est inutile pour la suite , et que je serois fâché d'avoir prouvée en cet endroit. Que l'ame soit matérielle on non , il est toujours vrai que l'on a toûtume de distinguer en elle deux facultez, l'entendement et la volonté. Ces deux mots sont eu usage, je m'en puis servir. Ils sont peut-être obscurs, je dois les dé- 6nir. Et parce que leurs idées sont abstraites, je puis les rendre sensibles. Voilà ce que j'ai fait, et je ne vois pas encore ce qu'on y peut trouver à redire.

Dès le premier pas que Je fais, dit-il, je m'engage dans la supposition (tune chose dont la connaissance est le principal motif qui me fait chercher la vérité, et que Je ne dois pas décider qu'après avoir épuisé les plus grandes questions de la Philosophie.

Tout ce discours est faux : je ne m'engage point dans une supposition, car les propositions incidentes ne se considèrent point. Le principal motif qui me fait chercher la vérité, n'est point pour sçavoir si l'ame est ou n'est pas matérielle. Et tant s'en faut q;}iQ cette question ne se doive résoudre, qu'après avoir épuisé les plus grandes questions de la Philosophie^ que sa résolution ne dépend d'aucune autre. Cette question n'est point composée; et la seule comparaison des idées qui répondent & ses termes, suffit pour la résoudre , comme je ferai voir dans le sixième Livre : quoi que ceux qui font plus d'usage de leur imagination que de leur raison ne le voyent pas.

11 n'est pas nécessaire que je m'explique ici davantage : il suffit que l'on sçache que cette supposition n'est qu'une proposition incidente, dont je ne tire aucune conséquence, et que j'aurois mêmes eu tort de prouver. Cependant si l'on croit l'Auteur de la Critique, ce

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