‹ Étude philosophique. L'abbé Simon FoucherChapitre 27 sur 55 · XVIII APPENDICE · texte numérisé non relu

XVIII APPENDICE

» testahles , comme sont celles cpii regardent des faits d^histoire et » d'autres choses qui dépendent de la Tolonté des hommes. Car il y >i a de deux sortes de véritez, les unes sont nécessaires, les autres » contingentes.nVA, parce que ces deux mots contingentes et nécessaires ne sont peut-être pas assez clairs^ je les explique ainsi. « rappelle » véritez nécessaires celles qui sont inmiuables par leur nature^ et » parce qu'elles ont été arrêtées par la volonté de Dieu^ laquelle » n*est point sujette au changement. Toutes les autres sont des véritez » contingentes. » Et plus bas : « On demande donc qu'on observe exac- » tement la règle, dont on vient de parler^ dans la recherche des vé- » ritez nécessaires dont la connoissance peut être appelée science ; » et l'on doit se contenter de la plus grande vrai-semblance dans » l'histoire , qui comprend les connoissances des choses contin- » génies. Car l'on peut^ etc.

Je souhaitte que Ton examine d'abord^ si les choses que je viens de dire sont claires ou obscures : Si Ton ne peut point supposer qu'il y ait des véritez nécessaires, comme; Que 2 !ois 2 font 4; et des véritez contingentes, comme; Que Monsieur tel dira une telle parole à une telle heure , principalement lors qu'on n'a pas dessein d'établir quelque système sur cette supposition : S'il y a quelque chose de plus certain que cette même supposition avec quoi on la puisse prouver : Enfin si l'on peut raisonnablement se persuader que je prenne pour un des chefs de ma Méthode, ou pour une supposition essentielle à quelque système une proposition qui commence par

un CAR.

Gela supposé, je vais rapporter tout le raisonnement de nôtre Critique contre ce que je viens de dire des véritez contingentes et des véritez nécessaires. Je mettrai seulement à la marge quelques notes ou quelques réponses que je croirai nécessaires. Cest-là le plus court et le plus facile pour moi. Il est plus difficile qu'on ne pense de répondre clairement à ceux qui ne sont pas intelligibles, et qui-ne raisonnent pas conséquemment. 11 faut au moins donner quelque forme & leurs objections pour les résoudre, et Ton ne le peut pas toujours, ou parce qu'elles n'en sont pas capables, ou parce qu'on ne les comprend pas. Pour moi je suis bien aise qu'on ne s'imagine pas, que je fasse de la Critique ce qu'on a fait de la Recherche, ni que je compose de différens passages de ce livre un galimatias incompréhensible) .

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LA GIITIQUE.

Seconde supposition des véritez nécessaires,

La seconde chose que Tanteur a sapposée, c'est qu'il y a de deux sortes de Téritez : les nécessaires et les contingentes. le ne sçai par quelle raison il regarde ce qu'il dit ici comme quelque chose d'incontestahle^ et pourquoi il ne songe pas à le prouver; • car cette question est l'une des plus considérables qui ait occupé les Sçavans^ et surtout les Anciens, jusques-là que les premiers Philosophes estoient ^ tous excepté Parmenide^ dans un sentiment contraire à celuy qu'il soutient en cet endroit :

encore Parménide ne reconnoissoit qu'une seule vérité nécessaire, au lieu qu'il en suppose un très- grand nombre. Protagore a creu qu'il n'y avoit aucune vérité de la part des choses bien loin d'en reconnoltre de nécessaires^ et que l'homme étoit la mesure et la règle de tout ce qui pouvoit tomber en question; qu'il n'y avoit que de pures apparences et point du tout de réalitez , que par conséquent nous n'avions point de véritez à chercher, ny point d'erreurs à éviter, tout estant également vray, ou plûtost également faux. Les Pyrrhoniens ont encore soutenu qu'il n'y avoit rien de constant, ny rien de déterminé véritablement, ou que s'il y avoit quelque chose de constant, nous n'en pouvions rien sçavoir. Les nouveaux demeurent d'accord que les individus n'ont rien d'immuable, et qu'ils sont sujets à de continuelles vicissitudes.

Cela estant, où sont donc les véritez

RÉPONSE

* C'est que cela est plus certain que tout autre chose, et qu'il n'y a môme rien de certain, si cela ne l'est. Car si 2 fois 2 sont nécessairement égaux à 4 , si un tout est nécessairement plus grand que sa partie, il y a des véritez nécessaires. le ne sçai par quelle raison l'auteur de la Critique veut que je pense à prouver ce qui ne se peut prouver que par quelque chose de plus obscur ou de moins clair. Ce n'est pas philosopher à la manière de l'ancienne Académie,

^ Ceci est curieux et bien recherché. Tous les premiers philosophes, excepté Parménide, ont nié qu'il y eût des véritez nécessaires et des véritez contingentes.

Quelle merveille! que c'est une belle chose que l'érudition! Certainement on ne trouveroit jamais par la méditation les choses que l'on apprend dans la lecture des Anciens, quoi qu'on ne les entende qu'à demi. Mais on voit que nôtre Auteur n'entend pas mieux les anciens Philosophes que les nouveaux.

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RÉPONSE

e Pour moi j'en parle : cela doit faire une question à part, mais 11 ne la fait nulle part.

^ La demande est plaisante : mais l'auteur ne me la feroit pas s'il avoit seulement lu le troisième livre de la Recherche de la Vérité; puisque i*y ai dit clairement ce que je pense de ces choses.

Mais il semble que nôtre auteur prenne les véritez pour de certains petits êtres , qui naissent et qui meurent à tous momens.

« Il y a de deux sortes de véritez immuables.

Il y en a qui le sont par leur nature ou par elles-mêmes, comme 2 fois 2 font 4; et d'autres parce qu'elles ont été déterminées par la

LA CIITIQUE.

nécessaires : je ne parle point de celles qa*on reconnoist dans les mathématiques, cela doit faire une question à part; « mais de celles qu'il suppose être dans la Physique, dans la Médecine, et dans la Morale, quoyque j'excepte encore celles qui regardent l'essence ou Texistence de Dieu. Où les pourroit-il donc placer, ^ sinon dans les espèces et dans les essences de ces mêmes individus qui sont sujets au changement? et si ces essences et ces espèces ne sont que des idées, comme on le pourroit soupçonner, si leur immutabilité n'est qu'en apparence, ne serions-nous pas en suivant cette supposition dans une erreur qui nous exclueroit entièrement de la connoissance du véritable estât des choses?

Mais voyons ce que l'auteur appelle des véritez nécessaires, car du moins il explique ce qu'il entend par ces mots. J'appeUe, dit-il, des véritez nécessaires celles qui sont immmbles par leur nature, et parce qu*elles ont été arrestées par la volonté de Dieu qui n'est point sujette au changement.

De dire que ces véritez sont immuables par leur nature, ce n'est pas davantage que si on disoit qu'elles sont immuables, parce qu'elles sont immuables; à moins que cela ne signifie qu'elles le sont du fond de leur estre, sans aucun secours externe. Mais si ces véritez sont de cette manière, comment ont-elles esté délerminées par la volonté de Dieu, puisque Dieu estant libre, comme l'auteur ne le voudroit pas nier, il pouvoit, s'il eût voulu, ne les point déterminer à estre immuables? e Cela estant, elles sont donc immuables seulement par grâce; parce que Dieu Ta voulu, et parce qu'il les a déterminées à cet estât d'immutabilité.

Si cela est, comment sont-elles immuables de leur nature, puisqu'il estoit possible qu'elles fussent sujettes au changement? et s'il n'étoit pas possible qu'elles fussent sujettes au changement,

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XXt

LA CRITIQDB.

comment est-ce que Dieu les anroit déterminées à estre immuables; et comment lesanroit-il arrestées par un effet de sa volonté?

L'antenr s'expliquera sur ce point sMl le trouve bon; mais ce n'est pas une petite affaire de sçavoir si Dieu peut changer les essences des choses, et s'il peut faire que deux contradictoires soient véritables en mesme temps^ car comme a dit un illustre théologien de nostre siècle sur les mesmes mots que nous examinons présentement :

Dieu est 'il Vauteur de la vérité de son existence? Devons-nous dire aussi qu'il puisse former un triangle rectiligne dont les trois angles valent plus que deux droits^ ou dont un seul costé soit plus grand que les deux autres ensemble. En un mot^ s'il est possible que les contradictoires soient Yrayes et fausses en mesme temps , que deviendra le raisonnement humain^ et de quelle manière faudra-t-il regarder les conclusions de Théologie^ qui nous assurent que Dieu n'est point corporel^ qu'il n'est point sujet au changement^ qu'il a toujours esté; ' etc.

Ne pourroit-on pas dire en suivant cette hypothèse^ qu'il est possible qu'il ait toujours esté et qu'il n'ait pas toujours esté^ qu'il soit sujet au changement et qu'il n'y soit pas sujet? Te ne veux point prononcer sur une si grande question; mais je pois assurer que l'auteur n'a pas eu droit de le faire^ surtout dans les circonstances où il l'a fait y et sans en apporter des preuves suffisantes.

s Néanmoins ; j'aperçois une apparence de raisonnement dans ces mots : Et par la volonté de Dieu, qui n'est point sujet au changement. Il semble qu'il regarde icy

RÉPONSE

volonté de Dieu qui n'est point sujette au changement^comme qu'une boule en meut une autre en telle rencontre. Il est facile de voir qu'il n'a point compris ce qu'il prétend combattre. Il n'a pas pris garde que la particule conjonctive et faisoit quelquefois le môme effetqueladisjonctiveou. Car s'il y avoit pris garde, il auroit ici mauvaise grâce de chicaner sérieusement sur l'équivoque d'une particule. 11 pouvoit bien penser que les véritez qui sont nécessaires par leur nature^ comme que 2 et 3 font 4; n'ont pas besoin d'une volonté de Dieu pour les rendre telles. Je veux cependant que je ne me sois pas assez expliqué; mais comme l'endroit qu'il critique n'est qu'accessoire à mon dessein, il n'étoit pas nécessaire que je m'expliquasse davantage. Si on prend la peine de le lire , on verra qu'il suffisoitque je disse qu'il y a des véritez nécessaires et que je ne devois pas examiner la cause de leur nécessité.

^ Je ne sçai pas à qui il eu veut. Cette manière de critiquer est bien commode : on a raison quand on le souhaite.

s 11 m'impose trois faussetés en six lignes. Je n'ai rien décidé sur cette question, ni dans les circonstances oii je

APPENDICE

RËPONSB.

ne ie devais pas, ni sur de méchantes preuves; car je n'en ai pas seulement parlé. Mais s'il veuts^avoir ce que j'en pense^ je ne crains point de dire que Dieu ne peut pas faire que les contradictoires soient vraies ou fausses dans le même temps.

i> n confond les êtres avec les véritez. L'homme est capable de raison et de sentiment : une boule se peut couper en deux hémisphères. L'homme et la boule sont sujets au changement; mais ces véritez sont immuables.

i II veut faire rire^ mais je ne sçai s'il aura les rieurs de son côté.

1 Tout ceci ne me regarde point, et ne part que de la fécondité de nôtre autetir.

» Considérez, s'il vous platt, toutes ces reprises, tAchez de les comprendre, et admirez comme l'imagination séduit la raison.

LA CIITIQDI.

l'imoratabilité de la la volonté de Dieu comme la cause de la nécessité de ces véritez. Mais si cela est, il proove trop dans l'endroit où nous noQs plaignons qu'il ne proove point du tout. Car si ce qae Dien vent est immuable, parce que sa volonté n'est pas sujette au changement , il s'ensuit que tout ce qu'il veut doit avoir une égale immutabilité, puisque c'est la mesme volonté qui en est la cause. Cependant il est certain qu'il veut des choses qui sont sujettes au changement, lors qu'il détermine les créatures à exister ou à cesser d'être^ dans la vicissitude des temps : ^ ainsi quand Dieu n'auroit arresté ces véritez que pour quelques siècles, sa volonté n'en seroit pas moins immuable, non plus qu'elle ne l'est pas moins, lors qu'elle produit tous les jours les changements admirables qui font la beauté de l'Univers.

Mais, dira Tauteur, Dien veut que ces véritez soient immuables pour toujours. Comment le pourroitril sçavoir, en auroit-il en quelque révélation particulière ? Il parle pourtant ici comme s'il en estoit bien assuré.

> Peut-être qu'il se fonde sur ce que, si ces véritez nous paroissent immuables, quey qu'elles fussent sujettes au changement, nous serions trompez lors que nous prétendrions avoir de la science ; ^ mais si cela êtoit^ on n'en pourroit rien conclure, sinon que les Philosophes, les Académiciens et les Pyrrhoniens^ anroientmieuxphilosophéquelesPéripatéticiens, les Cartésiens et les autres Dogmatiques; et je ne crois pas que l'auteur voulût établir sa philosophie sur un pareil sophisme : ^U n'y avoit des veniez rUcessaires , nous ne poumons avùir de science : donc U y ena.

m Mais quand nous pourrions supposer qu'il y a des véritez nécessaires dans la Physique, dans la Médecine, etc. Et quand nous pourrions nous

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LA CBITIQUE.

détenniner ainBisar cette questionsans noas exclare entièrement de la connaissance de la vérité;

Quand ces véritez seroient nécessaires par leur natnre^ et que leur immutabilité^ par quelque noayeanmystère^seroit encore Teffet d'one libre détermination de la volonté de Dien;

Quand la nécessité de ces véritez viendroit de ce qoe cette volonté n'est point snjette au changement^ quoy qu'elle soit la cause de tous les changements qui arrivent dans l'Univers;

Quand il seroit assuré d'ailleurs que Dieu auroit résolu de conserver ces véritez dans une entière immutabilité;

11 faudroit encore supposer pour entrer dans son sentiment^ et la science de l'existence de Dieu, et celle de sa volonté,celle de sa liberté, et celle de sa puissance.

B Ce qui m'oblige à faire quelques réflexions sur ce qu'ils emprunté de la Foi pour joindre à ses raisons philosophiques, et c'estce que noos pouvons regarder comme sa troisième supposition.

RÉPONSE

Je croi pouvoir dire que nôtre auteur ressemble ici à un homme qui, s'étant imaginé voir son ennemi présent, auroit d'abord déchargé ses armes contre ce phantôme, l'auroit percé de son épée, et lui auroit coupé la tête; et tout joyeux d'une victoire si heureuse et si facile, s'écrieroit : quand mes pistolets n'auroient point porté, mon épée l'a percé ; maid quand mon épée ne l'auroit point percé, je lui ai coupé la tête; mais enfin quand sa tête seroit encore sur ses épaules, j'ai reconnu que c'est un homme si foible, et qu'il est si facile de vaincre, que je n'ai rien à craindre de lui. On voit assez par toutes les reprises de nôtre auteur qu'il s'imagine m'avoir fort maltraité, mais je ne sens pas plus de blessures que l'ennemi que ce pauvre homme croiroit avoir massacré.

n Je devois , selon nôtre auteur, commencer par la Théologie, afin de prouver méthodiquement qu'il y a des véritez nécessaires et des véritez contingentes; mais je ne crois pas que cette conduite eût eu l'approbation de bien des gens. Et comme il est difficile de contenter les critiques, je ne croi pas môme que le nôtre en eût été fort satisfait : son troisième chef que nous allons commenter conmie le précédent, nous le fait assez connottre.

Après que j'ai prouvé qu'il ne faut jamais se rendre qu'à l'évidence, excepté dans les choses de la foi, lesquelles ne sont point sujettes àlaraison, je conclus par ces paroles, u II faut donc bien » distinguer les mystères de la foi des choses de » la nature : il faut se soumettre également à la » foi et à l'évidence; mais dans les choses de foi » il ne faut point chercher d'évidence, comme » dans celles de la nature il ne faut point s'ar- » rôter à la foi , c'est-à-dire à l'autorité des » philosophes. Er. un mot, pour être fidèle, » il faut croire aveuglément; mais pour être » philosophe, il faut voir évidemment. »

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