A MALEBRANCHE
Si je ne regardais que ce qui me touche en particulier^ je ne ferais aucune réflexion sur la manière dont Fauteur de la Recherche a répondu à ma critique, étant assuré que lorsque j'aurais fait voir le peu de fondement de ses raisons , toute la chaleur qu*il y ferait paraître se dissiperait d'elle-même , et que les termes rebutants dont il tâche de rabaisser la critique demeureraient entièrement sans effet. Mais lorsque je considère qu'il est dangereux que quelqu'un ne se hasarde de l'imiter, de peur qu'on ne m'accuse d'approuver ici la conduite d'un auteur que j'ai traité d'équitable et de judicieux, je me vois obligé d'en dire deux mots, et pour satisfaire à l'intérêt des personnes de lettres, et pour soutenir les droits de l'honnêteté qu'il semble avoir méprisés dans sa réponse. \\ devait considérer que les ouvrages des philosophes sont des biens communs que ]a raison et le bon sens les obligent de regarder comme des tributs ou comme des restitutions qu'ils doivent au public, et non pas comme des sujets qui soient destinés à leur propre satisfaction ; il aurait reconnu qu'on pouvait désapprouver son livre sans attaquer sa personne, et qu'on n'avait pas dessein de lui ravir une gloire à laquelle on savait assez qu'il devait prendre fort peu de part. Sa réponse ne contiendrait que l'explication de ses sentiments et la résolution des difficultés qu'on lui a proposées; au lieu qu*il a pris plaisir d'y faire entrer ce que l'imagination lui a fourni de plus ardent comme un homme qui en a usé à son égard avec toute la retenue que l'on pouvait souhaiter , qui s'était étudié à couvrir ses fautes contre les siennes propres, et qui lui avait accordé des louanges qu'il pouvait lui refuser sans injustice. // ne saurait se défendre, dit-il, sans me blesser; bien loin de me blesser, il m'aurait fait plaisir, s'il ne s'était appliqué qu'à combattre mes raisonnements; je n'avais écrit que pour lui donner lieu de faire paraître davantage sa science, et d'enrichir le public de quelques nou-