‹ Étude philosophique. L'abbé Simon FoucherChapitre 44 sur 55 · LXIV APPENDICE · texte numérisé non relu

LXIV APPENDICE

LEIBNIZ A POUCHER.

Sans date (1).

Monsieur,

Je suis en voyage quasi toute cette année pour mes recherches d'bistoire que je fais par ordre de S. A. S. d'Hanover. J'ay esté longtemps en Hesse, en Franconie, en Suabe et en Bavière et enfin je suis descendu à Vienne pour profiter de la bibliothèque Impériale où il y a bien des manuscrits considérables touchant Thistoire de TAUemagne^ comme il est aisé de juger. J*aurois souhaité de pouvoir aller premièrement par la Hollande et France et puis retourner par Strasbourg et par la Suabe^ Bavière, Autriche, Bohème et Saxe, mais mon instruction ne me Ta pas permis.

Cependant je souhaite de tout mon cœur ce voyage de France pour vous revoir, monsieur et plusieurs illustres amis qui auront bien profité en découvertes depuis le temps de nostre séparation comme j'ay fait aussi. Surtout je souhaite de revoir nostre incomparable Mons. Thevenot à qui je suis si obligé. De sorte que si Dieu le permet^ je feray asseurément ce voyage pour ma satisfaction et pour apprendre bien des belles choses dans les sciences. Je pourray aussi leur communiquer des choses que je ne scavois pas quand j*etois autres fois en France. Entre autres j*ay quelques considérations de conséquence touchant le système de l'Univers; et j'ay trouvé qu'en supposant que tous les cercles concentriques que Téther décrit à Tentour du soleil font leurs cours avec des forces égales entre elles^ et qu'entre elles il y a aussi une égalité dans les forces de leur circulation, nous aurons justement le système des planètes, tel qu'il est, scavoir des ellipses dont le soleil est le foyer et d'autres particularités : j'en ai déjà

(1) Cette lettre inédite, dont Toriginal autographe ou projet est conservé dans la bibliothèque de Hannover, est évidemment de 1688, car nous avons une lettre de Leibniz datée de Vienne le 20 mai 1688, au landgrave de Hessen; et dans celle à Tabbé Foucher, Leibnis fait allusion à ce voyage entrepris par ordre de S. A. S. rélecteur Ernest-Auguste, et cite Vienne comme la dernière station qu*il lit fiiite, pelle-là même d*où il écrit à Foucher.

(Note de M. Foucher de Careil.)

APPENDICE. LXV

commimiqaé qu«Ueqae chose à des amis qui se pourront publier à Leipsig.

Autaot que j'ay jugé par les nouvelles de la Republique des lettres qui sont venues dans mes mains Mons. Tabbé Catelan (1) n'a pas osé mordre au problème que j'avois proposé pour égayer un peu la dispute qui estoit entre nous et qui estoit inutile^ parce qu'il n*avoit pas seulement compris mes sentiments, comme il avoit découvert luymême sans y penser en m^imputant des opinions estranges et provenant des propositions que je n'avois garde de soutenir.

Cependant M. Hugens a pris luy-méme la peine de donner la solution de mon problème qui s*accorde avec la mienne. Le problème est : trouver une ligne dans laquelle le corps pesant descend uniformément et approche également de Tborizon en temps égaux.

Le R. P. Malbranche avoit répondu dans les nouvelles de la Republique des lettres à une difficulté que je lui avois faite en passant dans cette contestation qui estoit entre M. Catelan et moy (2); et il avoit reconnu en quelque façon le défaut des lois du mouvement qn^il avoit données dans son ouvrage, mais comme il faisoit des distinctions qui ne s'accordent pas avec les principes que je croy d'avoir establis j'ay fait voir dans ma réplique (8) d'une manière très claire en quoy luy aussi bien que M. Des Cartes se sont trompés; et j*ay expliqué un très beau principe général qui sert à examiner des propositions tant en physique qu'en mathématique, lequel s'il avoit esté connu à M. Des Cartes, il n'auroit eu garde de nous donner ses lois du mouvement qui sont tout à fait contraires à l'harmonie des

(1) L'abbé de Catelan, Méthode pour les tangentes et logistique universelle, Paris, IGOS, in-8. ^

(2) Voir sur cette contestation différents articles des Nouvelles de la république des lettres, septembre 1686, février 1687 ; extrait de la lettre du P. Malebranche à laquelle Leibuis fait allusion, avril 1687.

A la place de l'abbé de Catelan, nous trouvons le nom du cartésien vénitien l'abbé Conti dans M. Cousin {Correspond, inédite de Maleb. et de Leibniz, p. 394) et dans M. Bouillier (11,532). C'est bien de l'abbé de Catelan qu'il s'agit, comme on peut le voir en rapprochant de ce texte une autre lettre de Leibniz à Malebranche où il accuse l'abbé de Catelan de n'avoir pas compris son sentiment. (Cousin, ibid., p. 40S.)

(3) Juillet 1687. Extrait d'une lettre de M, L, sur un principe général utile à Verplieation des lois de la nature par la considération de la sagesse divine, pour Servir de réplique à la réponse du II. P. M, Leibnis formule ainsi ce principe général au . moyen duquel, selon lui, la véritable physique doit être puisée effectivement de la iourte des perfections divines : « liorsque les cas (ou ce qui est donné) s'approchent

« continuellement et se perdent enfin l'un dans l'autre, il faut que les snittt ou > événements (ou ce qui est demandé) le fassent au8si«...DalM ordinalw, etiam s fiMWt'ta wnt ordinata» »

LXVl APPENDICE.

chose«. Je ne ecaU ai le R. P. Malbranche en aura profité dana la nouvelle édition de sa Recherche (1). On fait souvent profession de n'aimer que la vérité et de ne demander que d'estre édairci, mais souvent un peu de (àusse gloire s'oppose à beaucoup de bonne in*tention sans qu'on y prenne garde.

Si Môns. FindkeUer qui vous envoyera cette lettre vous marque son adressa, je vous supplie, monsieur, de luy faire envoyer la réponse que vous me ferez si je puis espérer ce bonheur là : mais en cas qu'il ne vous la marque point, je vous supplie de la faire en* voyer k Mons. Heiss le jeune qui l'envoyera à S. A. S. monseigneur le prince Kmeste de Hesse Reinfels avec cette inscription :

A Monsieur, Monsieur Leibniz,

Rheinfels, chez S.A. S. monseigneur le prince Emeste de Hesse.

parce que ce prince scait mon adresse et me fait la grâce de me faire tenir mes lettres.

LEIBNIZ A FOUCHER «

Bfay 4687.

Monsieur,

J'ai receu vostre lettre avec le discours que vous avez fait sur le sentiment de saint Augustin à Tégard des académiciens dont je voua remercie fort. Je l*ay lu avec beaucoup de plaisir et je vous diray

(1) tin sait que Malebranche doena satisfaction sur e« point à Leibaii, sinon dans une nouvelle éditipn de la Rtohercàe, au moins dans son Traité de la com* municalion des mouvemenU. (Voir sur cette lente conversion Cousin, t6id., p. 393.417.)

(3) Inédite. La copie, faite d'après Toriginal autographe conservé dana la biblio* tbêqve de Hannover, nous a été communiquée par M. Grottfend. Noua y joignons un billet à M. de firosseau, qui est la réponse à celui de ce dernier du 2 septem* bre i686, et qui aurait dû, ainsi que la lettre ci-dessos et la réponse de Fouchex^ précéder la lettre san3 date,p, 62. On y voit la trace d'une négoeUtion diploma* tique engagée très prQbaJbUment pour fixer Leibnic en France, et où l'abbé Foucher parait jouer le principal r6Ie. Ce n'est pas la seule démaiNcbe de ce genre dont

APPENDÏCfl. LXVlf

sans vous flatter que je le trouve entièrement à mon gré. Les loix des académiciens que vous exprimés par les paroles de saint Augustin sont celles de la véritable logique.

Tout ce que je tiouve à adjouter c'est qu'il faut commencer à les pratiquer non seulement en regrettant ce qui est mal establi^ maig en taschant d'establir peu à peu des vérités solides. Je fis autre fois un essai de démonstration de continente et contenta ou je demonttray par caractères (à peu près de la façon de Talgebrc et des nombres] des propositions dont les règles des syllogismes et quelques propositions de mathématique ne sont que des corollaires (1). J'en pourrois donner non seulement sur la grandeur^ mais encor sur la qualité, forme et relation bien d'autres^ qui se démonstrent toutes hypothétiquement sur quelque peu de suppositions^ par la simple substitution des cbaractères équivalentes. Les plus importantes seroient sur la cause^ l'effet et le changement, Faction, le temps, où je trouve que la vérité est bien différente de ce qu'on s'imagine ; car quoyqu'une substance se puisse appeler avec raison cause physique et souvent morale de ce qui se passe dans une autre substance^ neantmoins, parlant dans la rigueur métaphysique, chaque substance (conjointement avec le concours de Dieu) est la cause réelle immédiate de ce qui se passe dans elle, dejsprte qu'absolument parlant, il n'y a rien de violent. Et même on peut dire qu'un corps n'est poussé que par la force qui est en luy-méme.

Ce qui est encor confirmé par les expériences (car c'est par la force de son ressort qu'il s'éloigne d'un autre corps en se restituant après la compression). Et quoyque la force du ressort vienne du mouve-

Leiboiz ait été l*obj«t. Voyez i ce sujet un passage d'une lettre à l'abbé Thorel, cité par nous dans un article du Corretpondant, t. XXX, dixième année, p. 742.

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