LXVIII APPENDICE
ment d*un fluide, neantmoins ce fluide, quand il agit^ est dans le corps pendant qu'il exerce son ressort. Mais il s'ensuit encor que dans chaque substance, qui Test Téritablement et qui n'est pas simplement une machine ou un aggrégé de plusieurs substances^ il y a ' quelque moy qui répond à ce que nous appelons l'àme en nous^ et | qui est ingénérable et incorruptible^ et ne peut commencer que par ! la création. Et si les animaux ne sont pas de simples machines, il y a lieu de croire que leur génAration, aussi bien que leur corruption apparente, ne sont que des simples transformations d'un même anûnal, ! qui est tantost plus tantost moins visible. Ce qui estoit déjà le sentiment de l'auteur du livre De diœta, qu'on attribue à Hippocrate. Cependant je tiens que les esprits, tels que les nostres,sont créés dans le temps et exemtés de ces révolutions après la mort, car ils ont un rapport tout particulier au Souverain Estre, un rapport, dis-je, qu'ils doivent conserver, et ce Dieu à leur égard n'est pas seulement cause, mais encore seigneur ; c'est ce que la religion et mesme la raison nous enseigne.
Si les corps n'estoient que de simples machines, et s'il n'y avoit que de l'étendue ou de la matière dans les corps, il est démonstrable que tous les corps ne seroient que des phénomènes : c'est ce que Platon a bien reconnu à mon avis. Et il me semble que j'entrevoy quelque chose d'y conforme dans vos pensées, page 59 de vostre discours sur le sentiment de saint Augustin touchant les académiciens. Je prouve mesme que l'estendue, la figure et le mouvement enferment quelque chose d'imaginaire et d'apparent, et quoyqu'on les conçoive plus distmctement que la couleur et la chaleur, neantmoins, quand on pousse l'analyse aussi loin quej'ay fait, on trouve que ces notions ont encor quelque chose de confus, et que, sans supposer quelque substance qui consiste en quelque autre chose, elles seroient aussi imaginaires que les qualités sensibles, ou que les songes bien réglés. Car par (1) le mouvement en luy-méme, on ne scauroit déterminer à quel sig'et il appartient ; et je tiens pour démonstrable qu'il n'y a nulle figure exacte dans les corps.
Platon avoit reconnu quelque chose de tout cela, mais il ne pouvoit sortir des doutes. C'est qu'en son temps la géométrie et l'analyse n^estoient pas assez avancées. Aristote a aussi connu la nécessité de mettre quelqu'auire chose dans les corps que Pétendue; mais n'ayant pas sceu le mystère de la durée des substances, il a cru des véritables générations et corruptions, ce qui lui a renversé toutes ces
(1) Usez : pour.