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Vous aurés vu que tout mon système, fondé sur la considération de l'unité réelle qui est indestructible et sui juris^ et dont chacune exprime l'univers tout entier d*une manière qui lui est particulière, et cela par lesloix de sa propre nature sans recevoir de l'influence de dehors, excepté celle de Dieu qui la fait subsister depuis qu'il Ta crée par un renouvellement continuel. Si M. Lantin vivoit, je crois qu'il
(1) Cet extrait est écrit de la main de Leibniz sur la première feuille de la lettre deFoucher. Leibniz, quand il ne conservait pas la minute de ses lettres, avait soin d*en extraire ainsi la pensée principale, et de la mettre, soit au commencement, soit à la fin de la lettre qui demandait une réponse. (Note de M. Foucher de Co' reil.)
(2) Cette lettre fut écrite à Foucher après la publication du Système nouveau de la nature et de la communication des substancett, aussi bien que de l'union qu'il y a entre l'âme et le corps. {Journal deb Savants, 27 juin 16ft5.)
cil APPENDICE.
prendroit un plaisir particulier dans ces considérations^ comme on peut juger par une lettre qu*il m'écrivit il y a vingt ans ou environ, jugeant dès lois que mes médilalions dynamiques De conatu pourroient éclaircir encor les matières de métaphysique. Si le public reçoit bien ces méditations, on m'encouragera adonner encor des pen* sées assez singulières que J*ay pour lever les difficultés de fato et eoniififjenti, et pour éclaircir une différence essentielle qu'on peut concevoir entre les formes matérielles et les intelligences ou esprits. Ce qu'on trouvera d'autant plus curieux, que les mathématiques y serviront merveilleusement, en sorte que sans en avoir quelque teinture, il seroit difficile de s*en aviser.
Quoique votre système, monsieur, ne soit pas nouveau pour moi, et que je vous aye déclaré en partie mon sentiment, en répondant à une lettre que vous m'aviez écrite sur ce sujet il y a plus de dix ans (2). je ne laisserai pas de vous dire encore ici ce que j'en pense, puisque vous m'y invitez de nouveau.
La première partie ne tend qu'à faire reconnoistre dans toutes les substances des unités qui constituent leiu-s réalités, et les distinguant des autres, forment, pour parler à la manière de l'école, leur individuation; et c'est ce que vous remarquez premièrement au sujet de la matière ou de l'étendue. Je demeure d'accord avec vous, qu'on a raison de demander des unités qui fassent la composition, et la réalité de l'étendu . Car sans cela, comme vous remarquez fort bien, une étendue toujours divisible n'est qu'un composé chimérique, dont les principes n'existent point, puisque sans unités il n'y a point de multitude véritablement. Cependant je m'étonne que l'on s'endorme sur cette question ; car les principes essentiels de l'étendue ne scauroient exister réellement. En effet, des points sans parties ne peuvent être dans l'univers, et deux points joints ensemble ne forment aucune extension Il est impossible qu'aucune longueur subsiste sans largeur, ni aucune superficie sans profondeur. Et il ne sert de rien d'aporter des
(i) Communiqué au Journal det Savanls^ i^ septembre 16Sfô. (î) V. plus haut, p. LViii.
APPBNDIGE. GUI
points physiques, puisque ces points sont étendus et renferment toutes les difficultés que l'on voudroit éviter. Mais je ne m'arrêterai pas davantage sur ce sujets sur lequel nous avons déjà disputé, vous et moi^ dans les journaux du seizième mars 1693^ et du troisième août de la môme année.
Vous aportez d'autre part une autre sorte d*unités qui sont, à proprement parler, des unités de composition ou de relation, et qui regardent la perfection ou Tachèvement d'un tout, lequel est destiné à quelques fonctions, étant organique. Par exemple, un horloge est un, un animal est un; et vous croyez donner le nom de orme substantielle aux unités naturelles des animaux et des plantes, en sorte que les unités fassent leur individuation, en les distinguant de tout autre composé. lime semble que vous avez raison de donner aux animaux un principe d'individuation autre que celui qu'on a coutume de leur donner, qui n'est que par rapport à des accidens extérieurs. Effectivement il faut que ce principe soit interne, tant de la part de leur Ame que de leur corps ; mais quelque disposition qu'il puisse y avoir dans les organes de l'animal, celane suffit pas pour le rendre sensible ; car enfin tout cela ne regarde que la composition organique et machinale, et je ne vois pas que vous ayez raison par là de constituer un principe sensitif dans les bétes, diffèrent substantiellement de celui des hommes; et après tout, ce n'est pas sans sujet que les cartésiens reconnoissent que si on admet un principe sensitif capable de distinguer lô bien du mal dans les animaux, il est nécessaire aussi, par con^ séquent', d'y admettre de la raison, du discernement et du jugement. Ainsi, permettez-moi de vous dire, monsieur, que cela ne résout point non plus la difficulté.
Venons à vôtre concomitance, qui fait la principale, et ia seconde partie de votre système.
[On vous accordera que Dieu, ce grand artisan de l'univers, peut si bien ajuster toutes les parties organiques du corps d'un homme^ qu'elles soient capables de produire tous les mouvemens que l'âme jointe à ce corps voudra produire dans le cours de la vie, sans qu'elle ait le pouvoir de changer ces mouvemens, ni de les modifier en aucune manière, et que réciproquement Dieu peut faire une construction dans l'âme (soit que ce soit une machine d'une nouvelle espèce ou non), par le moyen de laquelle toutes les pensées et modifications^ qui correspondent à ces mouvemens, puissent naître successivement dans le même moment que le corps fera ses fonctions, et que cela n'est pas plus impossible que de faire que deux horloges s'accordent
CIV APPENDICE
si bien^ et agissent si conformément (1), que dans le moment qoe Thorloge A sonnera midi, Thoiloge B le sonne aussi^ en sorte que l'on s'imagine que les deux horloges ne soient conduits que par un même poids ou un môme rcssorl] (2). [Mais après tout, à quoi peut servir tout ce grand arliâce dans les substances, sinon pour faire croire que les unes agissent sur les autres, quoique cela ne soit pas? En vérité, il me semble que ce système n'est de guères plus avantageux que celui des cartésiens; el si ou a raison de rejetter le leur, parce qu'il suppose inutilement que Dieu coiisidérant les mouvemens qu*il produit lui-même dans le corps, produit aussi dans Tâme des pensées qui correspondent à ces mouvemens; comme s'il n'étoit pas plus digne de lui de produire tout d'un coup les pensées et modifications de l'Ame, sans qu'il y ait des corps qui lui servent comme de règle, et pour ainsi dire, lui apprennent ce qu'il doit faire; u'aura-ton pas sujet de vous demander pourquoi Dieu ne se contente point de produire toutes les pensées et modifications de l'âme ; soit qu'il le fasse immédiatement ou par artifice, comme vous voudriez^ sans qu'il y ait des corps inutiles que l'esprit ne sçauroit ni remuer ni connoitre? Ju»ques là, que quand il n'arriveroit aucun mouvement dans ces corps, l'âme ne laisseroitpas toujours de penser qu'il y en auroit; de même que ceux qui sont endormis croyent remuer leurs membres et marcher, lorsque néanmoins ces membres sont en repos, ne se meuvent point du tout. Ainsi, pendant la veille, les âmes demeureroient toujours persuadées que leurs corps se mouvroient suivant leurs volontés, quoique pourtant ces masses vaines et inutiles fussent.
(1) On lit dans le Journal des Savants, si unifoifnémenl.
(^2) Nous donnerons en note les passages de la réfutation de Bûlffinger qui se rapportent aux différents points de la réponse de Foucher. On y trouvera le développement des réponses de Leibniz.
% 124. Accipimus vero ista liberaliter concessa, et grata mente : tnaehinam noui generis per nos dicas, si machinam voces omne id, rbi ordine sibi mu» tationes succedunt, singul» ex antecedentibus suo ordine et modo déterminât» : quo sensu et Leibnitivs eam vocauit automatum spirituale vel formale, et, quoniam rationale est, liberum. Memineris saltim, partes hoc sensu nulles requiri in ipsa re, vt est in machinis corporeis : hic enim, quia res expediri débet per caussas efficientes veras et reaies, et a se iuvicem distiuctas, partes esse oportet, quarum altéra agat in alteram; ibi autem, quia per caussas finales omnia consequuntur, sufficit, vt diuersitas adsit reprœsentationum, siue rerum a simpliei reprœsentatarum, vt altéra alterius ratione fieri possit et finis et médium, atque sic repraesentatio medii sit ob reprœsentationem finis intentam : quœ, vt facile videtur, spiritui nec quicquam contradicunt; cum multitudo non sit in ipsa re, sed limitationibus eius, vel in termine, ad quem eius repraesentatio refertnr, exterou.
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dans rinactioD et demeurassent dans une continuelle létargie] (l). [En vérité, Monsieur, ne voit-on pas que ces opinions sont faites exprès, et que ces systèmes venant après coup, n*ont été fabriqués que pour sauver de certains principes dont on est prévenu? En effet, les cartésiens supposant qu*il n*y a rien de commun entre les substances spirituelles et les corporelles, ne peuvent expliquer comment les unes agissent sur les autres ; et par conséquent, ils en sont réduits à dire ce qu'ils disent. Mais vous, Monsieur, qui pourriez vous en démêler par d'autres voyes, je m'étonne de ce que vous vous embarrassez de
(i) % 126. Fateor» me non intelligere hic omnia : itaque in nonnullis disiunctitte respondebimus, in aliis per modum prouisionis. Si quaeras, cui bono istud artificium? Duplex sensus est : vel de sententia quaeris» vel dere ipsa. Siprimum : cui bono ista hypothesis excogitatasitlEiBNiTio? Âccipe sequenlia : vbi arbitrari» sunt hypothèses, quœri iure potest, cui bono excogitentur vel supponantur? Si non sint arbitrariae, sed ex principiis ante stabilitis consequantur, pro examinanda sententiœ alicuius veritate, inutilis hœc disquisilio est, saltim non necessa^ ria, minus etiam illi, vtcunque res cadat, prœiudicans. Quis vnquam Euclidi op« posuit, cui bono sit illo anguloruro in triangulo rectilineo cum duobus rectis œqualitas? Cui bono incommensurabilitas lateris et diagonalis in quadrato? Detnde vero id difficile non est, dicere : cui bono. Ad euitandas in systemate antiquo specierum emissiones et transmissiones et transmutationes et transcreationes, et entitates vnitiuas, et intermedia inter spiritum atque corpus véhicula, etscholas< ticorum fîgmenta, et figmentorum supplementa omnia : in systemate Cartesiano ad prsecauenda perpétua miracula, et legum naturaliuro turbas, et systematis hiatus, quos inducerent, res, leges et statuta plane arbitraria : in tertio denique, ad distinctos rerum conceptus formandos, ad reddendapa rationem effectui homogeneam, et suffîcientem et domesticam, in vtroque substantiarum génère, et quae sunt hniusmodi. Si denique et vsus systematis hic reccnseri posse admittas, cogita ex nostra explicatione exsurgentem animse a corporibus independentiam, atque adeo nouam libertatis et immortalitatis illustrationem , demonstrationem nouam existentiœ diuinee : et summum sapientiae diuinœ spécimen, etc.
^ 127. Si de re ips-a sermo sit, cur DEO non suffîciat facere spiritus sine materia? Memineris primo, id non esse nostrum contra Cartesianos argumeutum, quo hic nititur dn. Fovcherivs. Deinde responslonem in promtu esse : maioris id sapientiae spécimen est, si plura sint creata, eademque natura quidem sua inter se differentia, in mutationibus tamen suis harmonice conspirantia. Ita enim plus |)erfectionisest iu vniuerso, quam si omisisset DEYS illum rerum a se diuersarom ordinem tam mire, sed ettam eleganter consentientem. Atqui hoc DEO dignum est, agere et producere id, quod est perfectissimum, miscere maximum cum optimo, combinare adeo corpora cum spiritihus. Tum vero inuHtia corpora non sunt, quam diu et finibus modo enarratis inseruiunt, et rationem iu se continent determinationis reprœsentationum iu spiritihus, quod ante asseruimus. Dicerem potius euro casum. quem vir doctissimus nostro substituit, fore incommodum, si corpora reraoueas. Cui bonueuim spirituum reprœsentationes limitabunturexsitu corporum in vniuerso, si corpora non existuut? Dico autem cui bono?Quoniam ita et FovcHEBiTS disputauit, ne putes, me hic alieno misceri negotio, atque aduersus idealislas disputare velle.
^ 128. Ad reliqua hœc babe; corpora sunt inutiliOt quatenus pbysice non
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leurs difficultés] (1). [Car qui est-ce qui ne conçoit qu*une balance étant en équilibre et sans action, si on ajoute un poids nouveau à l'un des côtés, incontinent on voit du mouvement, et Tuu des contrepoids fait monter Tautre, malgré Teffort qu'il fait pour descendre. Vous concevez que les êtres matériels sont capables d'efforts et de mouvement; et il s'ensuit fort naturellement que le plus grand effort doit surmonter le plus foible. D'autre part, vous reconnoissez aussi que les êtres spirituels peuvent faire des efforts, et comme il n'y a point d'effort qui ne suppose quelque résistance, il est nécessaire ou que cette résistance se trouve plus forte ou plus faible, si plus forte elle surmonte, si plus foible elle cède. Or, il n'est pas impossible que l'esprit faisant effort pour mouvoir le corps, le trouve muni d'un effort contraire qui lui résiste tantôt plus, tantôt moins, et cela suffit pour faire qu'il en soufre. C'est ainsi que saint Augustin explique de dessein formé dans ses livres de la musique l'action des esprits sur les corps (2).l
influunt : sed non sunt inutilia, quaienus in se continent rationem limitatîonis et determinationis reprœsentationum in spiritibus. Etsi igitur physica cesset connexio, non cessât taraen metaphysica. Deinde corpora vigilantibus nobis quieta supponi non possunt, cum moueri videntur : alioqui cessaret harmonia corporis et spiritu?. Quod autem porro somniantibus aliter eueniat, id est ex discrimine sensationum et imaginationum : vt enim id fiât, quod imagineris fieri, non postulat harmonia, imo ne quidem admittit; nullis enim id legibus obtineri potest. Quare autem somniantes non distinguant phantasmata et sensationes, adeoque id fieri putent, quod fabulantur, id cel. Wolfivs docere potest. Postea vero inaclionem, vanas massas, perennera lethargum philosophia Leibniliana nullibi admiserit : nullum corpus est, quod non moueatur; saîtim intestino motu : nulla substantia, quin agat ; sed in se ipsa. Sxnprœterea actiones alteriusin altérant vrgeas, distinguo : si actionem, definias, mutationem, cuius principium sit in re ipsa; passionem, cuius aliqua ratio sit extra hanc rem in alia : coucedaro mutuas actiones etpassiones. In anima enim est ratio, cur hœc percipiat, est aliqua etiam in corpore, pro cuius situ animse reprœsentationes limitât» sunt. Idemque dico de corpore; est enim in corpore motus ratio efficiens; est in anima ratio determinationis, quoniam hic motus huic appetitui respondere débet. Itaque vides denique, quomodo dici possit, quod anima moueat corpus; quin autem cognoscat, nemo ambigit.
(1) ^. 130. Si principia illa ante stabilita intelligasprœtudtcta, veritatis speciem mentientia, prsestaret addi, quam negligi probationem subsumtionis : sin axiomata, et theoremata a priori illata, vel ex phœnomenis a posteriori aliunde cognita; id laudem systemati conciliât, non créât vituperium. Recte Cartesiani diffîcultates viderunt, sed non satis caute deuitarunt. Leibnitivs non aliam habuit viam,quam calcare poterat, prœter hanc vnam. Id puto constare ex tota hac exercitatione. Sed videamus, guif illemodus sit, quem dominusFovcHKRiTS proposuit.
(2) %. 132 Dicuntur ista ad Lbibnitiym, quasi conformia systemati eiusT. ^.129, fin. sed ex aententia, vt videtur, minus dextre intellecia. Leibnitivs substantiis simplicibus fînitis impetum, vel nisum coucedit, açendi m se : non extra se. Nisus