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tranquille au Montana, dans la république voisine. Détail important à noter, il y exerçait le métier d'instituteur. Un jour il traverse la frontière américaine et vientse mettre à la tête du peuple Métis, qu’il avait déjà entrainé à la révolte en 1870.
Pendant plusieurs mois, il est au milieu de cette population et la convoque à des assemblées publiques pour y discuter ses grief. De pacifiques, ces conventions deviennent peu à peu tumultueuses. Riel organisait sourdement les préparatifs d'une nouvelle rébellian contre l’autorité. Le clergé catholique, l'ami naturel de la paix et de l’ordre s'aperçut qu'il allait entrainer par d’habiles prétextes la population sans défiance dans les égarements du passé. Il lui retira sa confiance. Toutes ses combinaisons allaient doncéchouer misérablement s'il ne frappait un grand coup et ne se montrait supérieur à cette influence qui venait lui faire échec. 11 se déclare prophète et chargé d'une mision providentielle vis-à-vis de son peuple.
On sait tout ce qui s’est passé ; on sait toutes les ignominies commises par une partie de la population trompée, les tristes scènes exécutées au nom d’une religion nouvelle, les horreurs du soulèvement des sauvages et les désastres, puis la fin soudaine de la guerre, la reddition de Riel, son procès et sa mort tragique.
C’est là le résumé de cette histoire lamentable.
Recherchez, analysez tant que vous voudrez les symptômes de cette prétendue vassion qui à poussé Riel à entreprendre l'insurrection du Nord-Ouest et à l’étayer sur le mensonge ou sur une inspiration divine, il est impossible de trouver chez le chef Métis un sujet affecté chroniquer--"t, de la maladie de la mégalomanie. Riel a obéi à des sentiment: désordonaés, à certaines illusions qui ont mis au fonds de son esprit et de son cœur l’idée fausse d’un grand devoir ou d’une action importante à remplir.
Voilà à quoi se réduit le désordre de ses facultés.
L'erreur, l’aveuglement des passions, une triste fatalité, d'autres mobiles encore librement manifestés n’excusent pas, aggravent au contraire les actes criminels de Riel ; ils n'ont pas été certainement les marques de la folie constitutive.
Voilà ce dont il faut s’euquérir quand il s'agit de déterminer la responsabilité de Riel au point de vue pathologique.
A part ces moyens d'appréciation, il existe beaucoup d’autres preuves d’une logique irréfutable.
Que penser, messieurs, de tous ces mémoires, ces lettres, ces manifestes écrits par Riel dans le cours des événements de l'insurrection, au mileu des préoccupations émouvantes de l’organisation de la campagne militaire ? Que penser des appréciations de cet homme sur la situation politique du Nord-Ouest, ces ordonnances qui indiquaient une intelligence maîtresse de ses facultés ? Tout cela a été dit et fait dans un langage et une forme tels que beaucoup d’esprits superieurs n'auraient pas honte de réclamer la paternité de la plupart de ces écrits.
On sent tellement la force et l'autorité de ces arguments contre la théorie de l’irresponsabilité qu’on est obligé d’invoquer en faveur de Riel des symptômes
d'insanité, de folie dont l'existence remonte à plusieurs années auparavant. Dans un cas, on constate des signes de folie constitutive, ayant les caractères déterminés du délire ou d’une simple affection cérébrale ; dans l’autre c'est le paroxisme d’une grande passion qui prend le nom de mégalomanie.
Qu'on veuille bien le remarquer, aucune preuve n’a été apportée dans ce procès tendant à reconstituer la chaîne des faits, à prouver les intermittences d'une folie parfaitement caractérisée pendant l'intervalle écoulé depuis le séjour de Riel au Montana et les événements de la dernière insurrection. Riel, devenu citoyen américain, s'était fait instituteur au Montana. Ceci n'indique pas précisement un homme insensé. Sa conduite subséquente en venai : soulever la révolte au Nord-Ouest, a démontre qu'il avait des visées absurdes. Voilà tout. D’aucuns prétendent qu'il a émis des idées curieuses sur la politique et la religion. C’est fort possible. Etait ce calcul on démence ? Quelques médecins et les prêtres examinés concluent plutôt à l'imposture qu’à la folie. D’autres, par un sentiment de charité aiment à dire qu'il est tout simplement maniaque. Cette mansuétude évangélique ne dit rien au point de vue de la présente difficulté scientifique, mais elle à plus de prix à mes yeux que la fausse pitié des démagogues.
Entre ces diverses théories, il importe de prendre un moyen terme. Car, ou en arrivons-nous avec la question d’irresponsabilité ?
Il convient dans une matière de ce genre d'adopter une conclusion raisonnable qui puisse satisfaire des hommes sérieux et réfléchis. Pour cela il suffit de débarrasser la question de toutes les lubies dont elle a été entourée à des-ein par les pêcheurs en eau trouble et les politiciens intéressés. Quant à moi, j'estime que Riel a donné lui-même dans son procès le démenti le plus catégorique à toutes les odieuses insinuations proférées sur son compte quand il a repoussé le plaidoyer de folie présenté par les avocats. Ouvrez les débats de la cause, vous verrez que Riel a prononcé deux discours au cours de l'instruction. Dans chacun d’eux il a mis la note qui conveuait à la circonstance. Le premier s'adressait au jury. Si j'avais à juger Riel par cette harangue echevelée, je dirais qu'il savait simuler la folie ;il avait besoin d’invoquer dans ce moment solennel la pitié, lasympathie de ceux qui allaient rendre le verdict. Ila tiré d’une manière subtile parti du plaidoyer de folie en tâchant de se montrer tel qu’on l’avait laisser soupçonner. Prenez son second discours prononcé à quelques heures d'intervalle ? Est-ce le même homme qui parle ? Non. Le voilà maintenant en face de son juge, de celui qui va prononcer la sentence de mort. Ce que la clémence, la pitié n'ont pu faire, Riel va tâcher de l’obtenir par un grand coup. Il va démontrer que ses motifs étaient excusables ; il impressionnera le juge par l'intérêt d’une cause sacrée, de devoirs publics à protéger. Il invoquera les circonstances aiténuantes pour échapper à la mort ignominieuse et avoir le bénéfice de la recommandation du jury. Son langage n’est plus le même. Riel a parlé dans ce discours de politique et de religion. Je recommande la lecture attentive de tout ce morceau à ceux qui pensent que Riel était alors en proie à des hallucinations indiquant des facultés intellectuelles irrémédiablement et physiquement malades et oblitérées.
Messieurs, c’est au nom de la charite chrétienne que les âmes compatis-
santes ont pu demander que l'exécutif fasse un acte de clémence. J'ai partagé comme beaucoup d’autres ce sentiment véritable, je ne m'en repens pas. Mais ce n’est pas répondre à la question que d'accuser le gouvernement d'avoir pendu un pauvre fou. C’est au contraire mentir à l’histoire et insulter à la mémoire de Riel de dire qu'il n'avait pas la conscience de ses actes au milieu des troubles du Nord-Ouest et qu’il n'est pas moralement coupable des crimes qu’il a commis alors. Dans cette discussion les débats de la faculté sont impuissants à résoudre la difficulté. Disonsle de suite : la profession médicale a eu le souci de sa dignité ; elle n’a pas voulu se faire la complice aveugle des passions mauvaises. J’en appelle ici au jugement et au bon sens de tous pour apprécier cette question d’irresponsabilité d’une façon conforme aux saines notions de la science et aux droits de la vérité.
L'opinion publique instruite par les témoignagnes irrécusables fournis dans cette cause mettra bientôt de côté les théories’ fallacieuses des pseudopoliticiens, qui ont été si funestes au bien être et au repos de notre pays et de la société.
Mon intention en dévoloppant aussi longuement cette thèse délicate, a été de faire la réfutation des nombreuses idées erronées qu’une presse mal inspirée a cherché à répandre sur la prétendue folie de Riel pour tromper le peuple. J'espère avoir atteint ce but.
Il est temps, Messieurs, de fermer cette sombre page de l’histoire de Riel. Quelle que tragique qu'’ait été la fin de cet homme, le deuil qu'il a laissé au sein d’âmes sincères et loyales ne vaut pas certes celui qu’il a semé au milieu de notre population. Le Canada français et catholique a eu pitié de son malheur. C’en est assez. Il ne pourra pas regretter que Riel soit disparu de la scène lugubre ou il a failli jouer ses destinées.
C’est un fait acquis, indéniable que Riel est monté sur l’échafaud en complète possession de ses facultés; il a été pendu par l’acte d’un gouver ment qui avait le devoir pénible de laisser la loi suivre son cours; les ministres responsables de l’administration ont été blâmés sévèrement, mais la grande majorité de notre population jugeant d’après des données véridiques et le sens droit de sa conscience et non pas par une idée fausse de la responsabilité morale verra dans cette acte la sanction suprême de la loi et dans la mort de Riel un exemple du châtiment réservé aux criminels qui comptent sur les appels à la clémence età la prerogative du pardon pour échapper à l'échafaud. Fasse le Ciel que la leçon soit salutaire !—